Archive for mai, 2012

LES "EUROBONDS": UNE FAUSSE- BONNE IDEE !

Il ne suffit pas qu’une proposition soit rejetée par Angela Merkel pour être une bonne idée! François Hollande estimait sans doute avantageux pour son image d’apparaitre en divergence avec la Chancelière.Il suffisait pour cela d’évoquer les "eurobonds" (obligations européennes).C’était d’autant plus tentant, pour le nouveau Président, de choisir ce terrain, que celui-ci était déjà bien balisé: nombre de "ténors" européens -pas franchement progressistes…- sont, de longue date, favorables à cette mesure. Parmi eux, le Président de l’eurogroupe; le Président du Conseil italien;la Commission européenne elle-même;la majorité des parlementaires européens…Jusqu’au Président du Conseil européen,M. Van Rompuy, qui avait invité les leaders européens à engager une discussion "sans tabou"…

Rappelons de quoi il s’agit: les pays de la zone euro emprunteraient ensemble les fonds dont ils ont besoin sur les marchés financiers, pour obtenir de meilleurs taux d’intérêts. L’Allemagne,chouchou des marchés, s’endetterait donc en commun avec les pays qu’elle juge "laxistes",en partageant les risques. Nul besoin de sortir de l’ENA pour imaginer les contreparties qu’exigerait le pays financièrement le plus puissant des Etats qu’il ferait profiter de la "confiance" qu’inspire  aux "marchés" la "rigueur" de sa gestion! D’ailleurs,Madame Merkel dit  concevoir les "eurobonds",mais comme un "aboutissement". De quoi? D’une mise sous tutelle préalable de ses futurs protégés?

Dans une précédente chronique (voir HD du 4/9/2011), je notais à ce propos:"Si l’Allemagne était finalement poussée à accepter d’affaiblir sa propre position sur les marchés en intégrant à sa dette AAA des dettes de pays financièrement menacés, on a froid dans le dos en imaginant la contrepartie imposée à ces derniers!Leur politique économique et budgétaire,leur législation sociale et un solide programme de privatisations seraient immanquablement pilotés d’en haut au nom d’une "gouvernance européenne" capable d’inspirer confiance aux "investisseurs"… Un tel saut dans le renoncement à la démocratie et à la souveraineté serait à la "règle d’or" ce que le plat de résistance et aux hors d’oeuvre.A gauche, les thuriféraires des "eurobonds" seraient donc bien inspirés de dévoiler les deux faces de la médaille et de passer de l’illusion d’un aménagement de l’ "Europe" actuelle à sa profonde transformation."

Huit mois plus tard, le très orthodoxe président de la Bundesbank (banque centrale allemande), M. Weidmann, vient de confirmer mes craintes en déclarant sans fioritures:" On ne confie pas sa carte de crédit à quelqu’un si on n’a pas la possibilité de contrôler ses dépenses." Et d’inviter François Hollande à dévoiler …"l’autre côté de la médaille (des eurobonds) : le fédéralisme".A bon entendeur, salut!

Attention donc à ne pas jouer avec le feu! Si  notre Président souhaite réellement croiser le fer avec Madame Merkel,la bonne cible est celle de la transformation des missions de la Banque centeale européenne. Elle seule peut libérer les Etats de la domination étouffante des marchés financiers,grâce à son pouvoir de créer de la monnaie et de la prêter à un taux proche de zéro , y compris aux Etats. A la fois pour acheter des titres de dettes et pour financer des projets de développement social et écologique. Le moment est venu d’aiguiser le débat à gauche sur la France et l’Europe que nous voulons. Et de donner au Front de Gauche,le poids qui lui permette de faire entendre ses idées.

31 mai 2012 at 10:07   Poster un commentaire

CHANGER L’EUROPE, C’EST UN COMBAT

"La méthode dont nous sommes convenus consiste à mettre toutes les idées,toutes les propositions sur la table et à voir ensuite quelles sont les traductions juridiques pour les mettre en forme" a déclaré François Hollande à l’issue de son premier entretien avec Angela Merkel.En attendant, on fait quoi?Disons-le tout de go: sans un sacré bouger du rapport des forces d’ici au Conseil européen de la fin juin,il n’y a aucune chance que l’on débouche sur la "réorientation" des politiques européennes dont le nouveau Président a suscité l’espoir en France comme chez nos voisins, notamment du Sud de l’Europe. Et ce pour au moins trois raisons.

D’abord,pour positives que soient plusieurs des idées reprises par François Hollande pour stimuler la "croissance", celles-ci ne sont pas du tout à la hauteur des transformations qu’exige la crise de loin la plus grave que l’UE ait jamais connue ( 25 millions de chômeurs, 115 millions de pauvres, la zone euro en récession, des pays pris à la gorge par les marchés financiers…)

Ensuite,parmi "toutes les propositions sur la table" figurent celles de 12 chefs de gouvernement connus pour leur obsession libérale. Pour eux, les chemins vers la "croissance" passent par "l’assouplissement du marché du travail"(faciliter les licenciements);"l’ouverture des marchés"(davantage de concurrence);ou la "simplification des lois"(moins de contraintes pour les employeurs)… Aller dans leur sens ne conduirait pas vers une "réorientation" des politiques européennes mais vers leur accentuation .

Enfin,François Hollande ,rappelons-le, ne remet pas en cause le "Pacte budgétaire"lui-même,pas plus que les directives et règlements exprimant la même logique ("sixpack").

Alors,que faire d’ici fin juin pour contribuer à ce que les décisions du Conseil européen soient prises dans un rapport des forces plus favorable aux transformations nécessaires? Pour le nouveau Premier Ministre,Jean-Marc Ayrault,"plus l’appui des citoyens sera fort aux législatives,plus nous pourrons agir".Mais" l’appui "à quoi? A la non-remise en cause du Pacte budgétaire, simplement "complété" par des mesures notablement insuffisantes et qui risquent d’être mâtinées d’autres,franchement libérales?
 Non. Il faut être clair: changer l’Europe est un combat! Les elections législatives doivent permettre de progresser dans ce combat. Elles doivent exprimer des exigences réellement transformatrices dont le Président pourra -devra- être le porteur dans les négociations impitoyables à venir! En particulier les exigences qui touchent aux missions et aux statuts de la Banque centrale européenne,seul levier nous permettant de nous libérer de la toute-puissance malfaisante des marchés financiers. Ces élections doivent aussi exprimer une franche solidarité avec les forces sociales et politiques qui résistent en Europe à la politique que nous voulons enrayer puis inverser.Je pense en premier lieu à la Grèce, aujourd’hui menacée d’exclusion de la zone euro et d’abandon si ses citoyens donnaient , le 17 juin prochain, la majorité à une gauche favorable à l’euro mais opposée à l’austérité et à la descente aux enfers du pays.

Sur ce double plan,dans les positions actuelles de François Hollande, le compte n’y est pas! C’est au Front de Gauche qu’il appartient , sur ce plan aussi, de faire réussir la gauche!

25 mai 2012 at 8:38   1 commentaire

LA GAUCHE FACE A LA DÉ-CONSTRUCTION EUROPEENNE


La zone euro peut supporter une sortie de la Grèce. Voilà,en substance,le message lancé le 11 mai dernier par Wolfgang Schauble, ministre allemand des finances."Nous avons beaucoup appris ces deux dernières années et construit des mécanismes de protection" a précisé le possible futur président de l’Eurogroupe. Il faisait allusion à la fois au traité de discipline budgétaire et au Mécanisme européen de stabilité (MES) destiné à emprunter des fonds sur le marché financier ( à la place des Etats membres qui en sont de fait exclus ) moyennant des plans d’austérité draconiens,des "réformes structurelles" ultralibérales,et une quasi-mise sous tutelle des institutions des pays "assistés".

La veille,un député allemand du parti libéral, au nom prédestiné,Otto Fricke,avait fait le même constat en termes encore plus cyniques:"un défaut désordonné de la Grèce ne fait plus peur à personne,car les États de la zone euro n’ont rien fait d’autre ,ces derniers mois,que de prendre des précautions pour une telle éventualité." Bref, peu nous importe le sort de 10 millions de Grecs ( puis d’autres, le cas échéant)dès lors que le "noyau dur" de la zone euro (l’expression est de Monsieur Schauble en 1994 !) est préservé…

Cette dé-construction européenne appelle une vive réaction de la gauche européenne.Certes, les promesses lyriques du traité de Lisbonne, annonçant dès son article 1 notre entrée dans "une nouvelle étape du processus créant une union sans cesse plus étroite entre les peuples d’Europe" ne nous avaient jamais arraché de larmes d’émotion, tant elles manquent de crédibilité. Madame Merkel n’avait-elle pas lancé,dès mars 2010,un pavé dans la marre ,au tout début de la crise grecque, en affirmant tout de go:" Une manifestation de solidarité rapide ne peut pas être la bonne réponse" A ses yeux, la priorité était de "mettre de l’ordre dans tout cela", estimant (déjà) qu’il fallait pouvoir exclure "en dernier recours" un pays de la zone euro. Le véritable état d’esprit de la classe dirigeante allemande (et partiellement européenne) nous était donc connu depuis belle lurette.

Ce qui est nouveau dans les dernières déclarations allemandes, c’est qu’en haut lieu on considère que ce qui était un souhait de la Chancelière en 2010 est devenu réalité en 2012, grâce aux "mécanismes" élaborés  entretemps: le traité Merkozy et le MES. Quelles conséquences la gauche  européenne tire-t-elle de cet aveu aussi scandaleux qu’irresponsable?

Cela devrait être de témoigner de façon visible et claire toute sa  solidarité avec le peuple grec . Accepter de voir imposer à un pays membre de telles régressions, soumissions,humiliations et finalement une expulsion de la zone euro reviendrait à  signer l’arrêt de mort de l’idée même d’ "Union" européenne. Honte à ceux qui osent faire l’amalgame à cet égard entre nos amis de Syrisa qui sont au coeur d’une insurrection démocratique et salutaire et les nazillons héritiers des colonels!

Toute la gauche gagnerait à mesurer l’urgence à s’engager dans une action sans précédent par son ambition et son ampleur pour une refondation de la construction européenne autrement plus exigeante qu’un protocole additionnel au traité Merkozy ! Au centre des négociations, mais aussi des luttes, des débats …et des votes, la transformation des missions de la Banque centrale européenne doit en particulier trouver toute sa place . Avec un objectif désormais vital: donner aux Européens les moyens de se libérer de la dictature des marchés financiers pour pouvoir donner souverainement à leur Union un nouveau cap: l’ "humain d’abord".

17 mai 2012 at 1:38   2 commentaires

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