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Y-A-T-IL UNE ALTERNATIVE AU "PROJET EUROPEEN" ?

wurtz-l-humanite-dimanche          "Il y a une alternative au projet européen, c’est le repli national, préconisé à droite de la droite et à gauche de la gauche par tous ceux qui vantent le mot d’ordre: seuls, nous seront plus forts."  Cette -grosse- sottise sort de la bouche du président du Parlement européen, le social-démocrate allemand Martin Schulz. D’abord, sa formule à l’emporte-pièce conduit de fait , pour la France, à amalgamer les traditionnels adeptes du nationalisme lepeniste et les internationalistes de toujours qui se reconnaissent dans le Front de gauche. J’ai connu Martin Schulz plus perspicace. Je lui conseille de laisser à d’autres ce genre d’ignominie. Mais je veux m’arrêter sur l’autre message que véhicule son propos: derrière tout opposant à l’ Europe de la "troïka" se cache un tenant du "repli national" – ce qui n’est vraiment pas sérieux- et, plus généralement, "hors de l’Europe libérale, point de salut pour l’Europe" en quelque sorte. Si c’était vrai, tous ceux que révulse le nationalisme – dont je suis- n’auraient plus que les yeux pour pleurer, tant l’actuelle "Europe" provoque désormais le rejet, jusque dans les pays les plus profondément "européïstes" comme l’étaient jusqu’à ces tout derniers temps l’Italie ou l’Espagne. "La popularité de l’Union européenne est à son niveau le plus bas dans la plupart des pays européens" peut-on lire dans la dernière étude annuelle d’un institut de recherche qui fait autorité (1). Et pour cause! On ne tombe pas amoureux d’une construction devenue symbôle non de solidarité et de paix mais d’austérité et d’arrogance, et dont le bilan est sans appel: 12% de chômage; un citoyen sur quatre en situation de pauvreté; une économie plongée dans la récession; une écrasante domination "nord"-"sud" au sein même de la zone euro, qui a, par aileurs, besoin de recourir au Fonds monétaire international pour "régler" ses problèmes!…

Mais, fort heureusement, Martin Schulz a tort: il y a une vie pour l’Europe après celle du fric et du père fouêtard ! Mieux: il est absolument nécessaire de s’opposer à cette caricature d’ "Union" et de rompre avec la logique "austéritaire" et les structures autoritaires qui l’accompagnent si on veut donner ses chances à un projet européen alternatif. C’était déjà ce qu’avaient entrepris,en 2005, des millions de Françaises et de Français favorables au non de gauche au traité constitutionnel. Aujourd’hui, il est vital pour la démocratie sur tout le continent que le légitime désenchantement que suscite le projet Merkel-Barroso-Draghi (Banque centrale européenne) se transforme en une force solidaire et constructive autour d’une nouvelle ambition européenne dans laquelle les peuples puissent se reconnaitre et s’investir. On imagine aisément autour de quel type d’axes fondamentaux il est aujourd’hui possible de se rassembler largement, de Paris à Rome et d’Athènes à Madrid et…jusqu’à Berlin:  "Non à l’austérité – priorité au développement social et à la transition écologique";  "Non à la soumission aux marchés financiers – changer les missions de la Banque centrale européenne pour que ses prêts quasi-gratuits permettent de financer la création d’emplois et l’essor des services publics";  "Non à la centralisation des pouvoirs et à l’opacité des lieux de décisions – restaurer la démocratie, promouvoir l’intervention des citoyens,respecter la souveraineté populaire et la dignité des nations"…

Hélàs, le Président français ne prend pas ce chemin!  "Sa ligne est européo-socialo-libérale" reconnait Jacques Attali, l’ancien conseiller de François Mitterrand, qui précise: "Mais ces faits ne peuvent pas être dits aussi franchement, car la pire des choses qui puisse lui arriver, c’est de perdre sa gauche sur un malentendu idéologique".(2)
Et si on s’appliquait à clarifier ce "malentendu"?

(1) Pew Research Center (14/5/2013)
(2) "Les Echos" (16/5/2013)

23 mai 2013 at 7:47 Poster un commentaire

UNE AUTRE RELATION FRANCO-ALLEMANDE EST POSSIBLE

wurtz-l-humanite-dimanche                 Le jeudi 23 mai prochain aura lieu à l’Assemblée Nationale – mais ouvert à tous – un séminaire franco-allemand qui tranchera à tous égards avec les rencontres bilatérales traditionnelles qui se multiplient tant au niveau présidentiel ou gouvernemental qu’entre les partis, notamment socialistes, des deux rives du Rhin. Il s’agit d’une heureuse initiative conjointe du Front de Gauche et de Die Linke sur trois thèmes d’une brûlante actualité: "L’agenda néolibéral : soumission du politique aux marchés financiers. Quelles alternatives ?" ; "De l’expérience allemande des lois Hartz au piège de l’ANI en France: un défi politique pour la gauche" et "Compétitivité, concurrence, esquives et alternatives". (1) S’y côtoieront des parlementaires des deux pays (dont le président du groupe de la "Gauche démocratique et républicaine", André Chassaigne, et le vice-président de Die Linke, député au Bundestag, Dr Axel Troost; des économistes "Front de gauche" ainsi que plusieurs "Économistes attérés"; des syndicalistes; une sociologue; le directeur du département "mondialisation et stratégies de développement" de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED)…Un temps y sera réservé au débat avec le public, avant les conclusions, très attendues dans le contexte politique actuel, de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et président du Parti de la Gauche Européenne.hd-

Le hasard veut que le même jour François Hollande rencontre Angela Merkel à Leipzig à l’occasion du 150ème anniversaire du SPD, le parti social-démocrate allemand…Sans doute qu’en marge de cette manifestation -aux accents vraisemblablement très "à gauche" destinés à "ripoliner" une organisation à l’image ternie par l’expérience de ses passages au pouvoir- le Président français réitèrera à la Chancelière son engagement à mener à bien les "réformes structurelles" que Berlin, via Bruxelles, exige de Paris comme "contrepartie" du sursis de deux ans accordé à la France pour ramener les déficits publics en-deçà du seuil mythique des "3%" des richesses produites. A ce propos,il n’est pas sans intérêt de savoir ce qu’une "spécialiste" berlinoise des relations franco-allemandes , Madame Ulrike Guérot, croit connaitre des positions des autorités de son pays à l’égard de la France: " L’Allemagne attend une nouvelle réforme des retraites, l’abandon des 35 heures, une réforme plus profonde du marché du travail, de la sécurité sociale et un assainissement des déficits. Elle doit faire tout ce que les pays du sud de l’Europe ont fait (et ) prouver que c’est un pays sérieux" ! (2) Dans une formule sinon élégante, du moins éclairante, Pierre Moscovici nous avait prévenus:  le fameux délai de deux ans n’est pas "une incitation à la paresse". Son propos laconique est à présent décrypté.

C’est dans ce contexte que le PS prépare sa "Convention sur l’Europe". Fait sans précédent: l’aile gauche du parti s’est vu interdire le dépôt d’une motion alternative au texte officiel, lui-même expurgé des passages critiquant le rôle joué par l’actuel pouvoir allemand et surtout évitant les "questions qui fâchent" sur la "compétitivité", la concurrence, etc.. Nouveau hasard du calendrier: cette "Convention" verrouillée se déroulera à Paris le 16 juin prochain, en même temps que se tiendront, sous l’égide du Front de Gauche et à l’initiative de Pierre Laurent, les "Assises de la refondation sociale et démocratique", prolongeant par l’élaboration d’un "nouveau contrat politique" l’extraordinaire mobilisation citoyenne du 5 mai dernier. Des chantiers grands ouverts à toute femme , à tout homme , à toute force de gauche aspirant au changement. Prochain rendez-vous: le 23 mai à l’Assemblée Nationale.

———
(1) Pour toute information,s’adresser à : seminaire23mai@gmail.com
(2) Le Figaro 8/5/2013

16 mai 2013 at 7:48 Poster un commentaire

LES INCENDIAIRES PASSENT AUX AVEUX

wurtz-l-humanite-dimanche            L’un après l’autre, les "ténors" de l’Union européenne passent , d’une certaine manière, aux aveux sur l’impasse dramatique où nous a conduits leur politique d’austérité draconienne. Le premier à sembler battre sa coulpe fut José-Manuel Barroso. Le président de la Commission, jusqu’alors adjudant-chef zêlé dans la chasse aux "déficits excessifs", reconnaissait le 22 avril dernier que "cette politique a atteint ses limites" faute de "bénéficier d’un minimum de soutien politique et social".

Le très orthodoxe président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, ne fut pas longtemps en reste. Le 2 mai, il est allé jusqu’à réclamer des "mesures immédiates" en faveur de la croissance et de la création d’emplois. "Prendre ces mesures" lui parait même subitement "plus urgent" que tout le reste. En effet, confesse le coordinateur de toute la stratégie d’ "assainissement des comptes publics" mise en oeuvre sous l’égide des Chefs d’Etat et de gouvernement : "Après trois ans de combats, la patience à l’égard de l’austérité est pratiquement épuisée".

Et voilà que Jean-Claude Juncker, qui fut, jusqu’à ces dernières semaines, le "patron" de l’Eurogroupe (qui réunit les ministres des finances de la zone euro), s’épanche à son tour sur les conséquences , non plus seulement sociales mais politiques , gravissimes, des choix austéritaires des principaux dirigeants de l’UE tout comme des humiliations désastreuses qui les ont accompagnés. Dans un entretien au magazine allemand "Der Spiegel", il s’alarme ainsi, particulièrement au sujet de la Grèce et de l’Italie, de la renaissance du "ressentiment national" -notamment dirigé contre Berlin- en des termes qui frisent l’affolement: "ceux qui croient que la sempiternelle question de la guerre et de la paix en Europe est derrière nous risquent de se tromper lourdement" diagnostique l’ex-leader de la zone euro, qui va jusqu’à oser un parallèle entre "le contexte européen de 2013" et celui de…1913 ! On ne peut dresser plus implacable acte d’accusation contre ce qu’est devenue une construction européenne dont la première raison d’être officielle fut jadis de rendre à jamais impossible toute guerre entre ses peuples et ses Etats!

Serions-nous donc face à une prise de conscience salutaire, prélude à une révision déchirante des politiques poursuivies jusqu’ici ? Hélàs, non.  Si le réalisme impose un report des échéances pour atteindre les mythiques "3%", la logique libérale est, elle,réaffirmée: celle de la "compétitivité" par la "baisse du coût du travail" , le rationnement des dépenses publiques et sociales , les "réformes structurelles" du marché du travail et du système des retraites…afin de "gagner des parts de marché" sur les partenaires de la zone euro.

Alors, rien de neuf ? Oh que si! Quand les dirigeants européens sont eux-mêmes contraints de constater qu’ils se sont gravement fourvoyés, ils perdent ce qu’il leur reste de légitimité pour continuer d’ imposer leurs vues comme "les seules solutions possibles". L’heure est au débat citoyen sur les alternatives. L’Europe est décidément un enjeu trop important pour que les peuples s’en laissent désaisir.

9 mai 2013 at 4:30 Poster un commentaire

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