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LE REVELATEUR CHYPRIOTE
L’attitude ignoble -et totalement irresponsable- des principaux dirigeants européens vis-à-vis de Chypre aura des conséquences politiques lourdes et durables, non seulement sur l’île elle-même, mais dans toute la zone euro comme dans l’Union européenne en général.
Elle sert, en effet, pour des millions d’ Européennes et d’ Européens, d’incroyable révélateur de la nature profonde de ce qu’est progressivement devenue l’Union européenne.
Tous les efforts déployés par Bruxelles pour accréditer l’image d’une Europe solidaire, fondée sur des "valeurs", régie par une "économie sociale de marché", promotrice des droits de l’homme, attachée à assurer la "cohésion sociale" … sont ruinés par cette expérience concrète vécue en direct dans chaque foyer européen: ils ont osé envisager de spolier tous les petits épargnants d’un pays membre (contrairement aux engagements les plus solennels des autorités de l’UE), puis,devant le refus spectaculaire d’ obtempérer du parlement de Nicosie (0 voix en faveur du plan de la "troïka"!), le président de la Banque centrale européenne est allé jusqu’à menacer d’organiser le blocus financier du pays, faute , pour ce minuscule Etat de 800 000 habitants, d’avoir dégagé 5,8 milliards d’euros (le tiers de la richesse nationale, soit l’équivalent de 700 milliards dans le cas de la France!) dans les quatre jours ! De la folie furieuse. Et cela alors même que les Chypriotes ne sont pour rien dans la crise de leurs banques. C’est l’annulation d’une partie de la dette de l’Etat grec ,dont les banques chypriotes étaient de gros créanciers, qui rend vitale depuis…juin 2012 la recapitalisation de ces établissements financiers pour éviter l’effondrement de toute l’économie du pays.
En fait, le très influent ministre allemand des finances, Wolfgang Schauble, avait "mangé le morceau" dès le mois dernier. Pour expliquer ses interminables tergiversations devant les appels à l’aide de plus en plus pressants des responsables chypriotes, il avait lâché ce terrible aveu: "Il faut vérifier si Chypre constitue un danger pour la zone euro dans son ensemble. C’est l’une des conditions pour que le Mécanisme européen de stabilité (l’instrument de "sauvetage" des pays en grande difficulté financière) puisse être utilisé." (L’autre condition étant l’application d’un plan d’austérité écrasant, des privatisations massives et une mise sous tutelle du pays.) Autrement dit, puisque Chypre ne "pèse" que 0,2% de la richesse de l’UE, il peut faire banqueroute. Ce n’est pas notre problème. Et ils appellent cela "l’Union"…
Quelle conclusion tirer de ce constat révoltant ? On peut comprendre que des personnes, légitimement exaspérées par tant de cynisme, n’aient qu’une envie: quitter ce "navire pourri" et qui prend l’eau. Ce n’est pourtant pas la solution. En l’ occurrence , si Chypre n’avait pas été dans la zone euro, il aurait dû s’adresser au Fonds monétaire international -autrement dit… à l’un des trois affameurs de la "troïka" (BCE, Commission, FMI). La réponse aurait été exactement la même que celle de Bruxelles et Francfort. Il n’y a, en vérité, aucun raccourci possible: il faut changer l’euro et l’Europe en profondeur ! Cette grande bataille de classe de notre époque comporte à mon sens un triple volet: Refuser (les diktats de ce quarteron d’irresponsables qui se croient les patrons de l’Europe); Rassembler ( sans étroitesse, à gauche, toutes les forces qui aspirent à la rupture avec cette politique désastreuse); Reconstruire (un projet européen, solidaire, démocratique et pacifique avec les peuples voisins).
Voilà l’autre leçon que nombre d’Européens peuvent et doivent tirer de la tragédie chypriote.
EUROPE-GRECE: SCANDALEUSE HUMILIATION

"La souveraineté de la Grèce sera énormément restreinte" a averti Jean-Claude Juncker au début du mois dans un entretien accordé au magazine allemand Focus."Pour la vague de privatisations à venir,il faudra une solution qui se fonde sur le modèle de la Treuhand allemande" a poursuivi le président de l’ "eurogroupe"(les ministres des finances de la zone euro).Pour mesurer à quel point la référence à ce "modèle" constitue une scandaleuse humiliation vis à vis de la Grèce,il convient de revenir sur la terrible épreuve imposée à partir de 1990 à la population de l’ex-République démocratique allemande.Les "vainqueurs" de l’ Ouest avaient alors créé une agence "indépendante"(la Treuhand) chargée de privatiser qelque 14 000 entreprises d’Etat est-allemandes -mission dont cet organisme honni s’était acquittée à la hussarde en moins de quatre ans. Bradant sans scrupule le patrimoine économique d’un pays de 17 millions d’habitants pour un dixième de la valeur estimée au départ, la Treuhand organisa la destruction de plus de 2,5 millions d’emplois et offrit aux grands groupes de la République fédérale un nouveau et énorme marché vierge de tout concurrent. Ce dépeçage colossal fut, en outre, ponctué par une série d’affaires de corruption et de spéculations dont on n’a jamais connu toute la substance,les conclusions de la commission d’enquête chargée de faire la lumière…ayant été classées "secret d’Etat".
Voilà donc l’expérience historique dont le responsable politique de la zone euro entend s’inspirer pour réaliser l’énorme programme de privatisations de biens publics engagé en Grèce,comme condition du déblocage d’une tranche de 12 milliards d’euros de prêts consentis par l’UE, la BCE et le Fonds monétaire international.De fait,une "agence de privatisation",formellement créée par un vote du Parlement d’Athènes,a été chargée de la besogne,sous la houlette d’ "experts européens".Comme en Allemagne,il y a vingt ans,les gros prédateurs sont sur les rangs pour s’octroyer à vil prix les "actifs" grecs les plus rentables, parmi lesquels les principaux ports et aéroports,les compagnies d’électricité,de chemins de fer et de téléphonie,la poste,les plages ,les mines…Gageons que les "plans d’assainissement" sont fin prêts.Et tant pis si le produit de ces gigantesques enchères réalisées au pas de charge (une privatisation tous les dix jours en moyenne selon la "Tribune" qui juge ce pari intenable) ne résoudra en rien les problèmes de solvabilité du pays ou de productivité de son économie! La leçon,espère-t-on à Bruxelles,portera en Grèce et au-delà: la "crise de l’euro" est appelée,dans les prochains temps, à tout justifier- la superaustérité,les privatisations ,et ,au besoin,la mise sous tutelle d’un pays au mépris de toute souveraineté -ce que l’ancien Secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, John Monks, avait appelé,non à tort, un régime "semi-colonial".
Ce n’est vraiment pas le moment, pour un parti se réclamant d’une alternative de gauche,de mettre le doigt dans l’engrenage de cette caricature de solution à la crise de l’euro! Avis aux principaux candidats à la candidature du PS à l’élection présidentielle, qui viennent -pour prouver le "sérieux" de leur programme…- de s’engager à respecter à la lettre non seulement le principe mais le calendrier comminatoire de Bruxelles d’un retour aux mythiques 3% de déficits publics d’ici 2013,quoiqu’il en coûte à la société. Voilà un vrai sujet de débat politique en vue de 2012.
1000 A ATHENES AVEC LE PGE !
C’était la foule des grands jours, samedi dernier, à Athènes, où se tenait un meeting combatif et chaleureux du Parti de la Gauche européenne (PGE)! Mille personnes y sont venues écouter Pierre Laurent, nouveau président du PGE; Oskar Lafontaine, figure emblématique de la Linke d’Allemagne et Alexis Zipras, le jeune leader du parti Synaspismos de Grèce! En soi, cela représentait déjà un magnifique succès. Mais il ne s’agissait là que du "clou" final d’une Conférence internationale de deux jours organisée en coopération avec la Fondation "Transform" sur le thème de la dette publique, des politiques d’austérité en Europe et des réponses de la Gauche européenne. Deux jours durant lesquels plus de cinquante orateurs se sont succédé à la tribune: syndicalistes, économistes, sociologues, représentants d’ATTAC, personnalités progressistes de Grèce, d’Espagne, du Portugal, d’Italie, d’Allemagne, d’Irlande, de Grande Bretagne, d’Autriche, de Belgique, de France. Et même d’Amérique latine, avec notre ami Pedro Páez, ancien ministre des finances de l’Equateur, aujourd’hui engagé dans la mise sur pied d’une "Banque du Sud" et d’une monnaie commune aux nouvelles démocraties de la région.
La raison cet intérêt du public grec pour la réflexion et l’action sur les enjeux explosifs liés à la dette publique est aisé à comprendre. La Grèce est dans l’œil du cyclone des marchés financiers et elle est le premier pays à être passé sous les fourches candides du "Fonds européen de stabilité financière" piloté d’une main de fer par L’UE, la Banque centrale européenne et le Fonds Monétaire International. Mais l’actualité est venue rappeler à qui l’aurait oublié que ce sont tous les pays de la zone euro qui sont concernés par cette machine de guerre: cette conférence se tenait, en effet, alors même qu’à Bruxelles, Angela Merkel, Nicolas Sarkozy et leurs pairs, mettaient au point leur "pacte de compétitivité", rebaptisé "pacte pour l’euro", et qui mériterait plutôt le titre de "pacte pour les marchés", puisque le but de cette offensive de régression sociale et de négation de la souveraineté populaire est de "rassurer" les "investisseurs", grâce au blocage des salaires, au report de l’âge de la retraite, à l’augmentation des impôts sur la consommation, à l’ouverture des secteurs protégés, à l’inscription de cette politique de "stabilité financière" dans chaque Constitution nationale et à l’obligation faite à chaque gouvernement de soumettre chaque année les "réformes" accomplies à l’agrément du Conseil européen – autrement dit de la Chancelière qui tient les cordons de la bourse…
La bonne nouvelle, c’est que les peuples relèvent la tête. La Grèce en est à sa huitième grève générale; le Portugal connait ses plus gigantesques manifestations depuis le retour de la démocratie; l’Irlande vient de balayer du pouvoir les partis coresponsables de cette politique. Et on annonce des actions en France, en Allemagne et un rassemblement géant à Bruxelles quand les dirigeants de l’UE se réuniront, le 24 mars prochain, pour mettre la dernière main à leur "pacte". Quant au PGE, après Porto et Athènes, il annonce de prochains meetings européens à Milan, à Paris, à Madrid, à Prague, à Sofia… La contre-offensive a commencé. Même si, au vu des enjeux, il en faudra davantage!




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