Posts filed under ‘OLP’
LIBEREZ BARGHOUTI !
Il y a un bon quart de siècle, une magnifique campagne d’information, de sensibilisation et de mobilisation prenait son envol à Paris, à l’initiative des communistes français, pour la libération de Nelson Mandela. Le plus ancien prisonnier politique du régime d’apartheid n’était alors connu dans notre pays que par une petite minorité d’initiés. A force de populariser son nom, son visage, sa biographie et ses idées, les acteurs et les actrices de plus en plus nombreux de cet impétueux mouvement, associant militants, citoyens de toute condition, élus, artistes de renom, intellectuels, personnalités politiques, ont contribué à en faire une figure familière et attachante pour des centaines de milliers de nos concitoyens. Dans d’autres pays européens, particulièrement en Grande-Bretagne, d’imposants rassemblements de solidarité -auxquels nombre d’entre nous participions- poussaient dans le même sens. Quiconque a vécu cette expérience ne peut l’oublier: la libération de Mandela -et tout ce qui s’ensuivit- fut aussi,un peu, leur oeuvre.
Impossible de ne pas se remémorer cette épopée lors de la conférence organisée, le week-end dernier, à Ramallah, en Cisjordanie, à l’occasion du 11 ème anniversaire de l’arrestation de Marwan Barghouti. Intitulée "Liberté et Dignité", elle était destinée à lancer une campagne internationale pour la libération du dirigeant palestinien et de ses 4950 compatriotes (dont 27 parlementaires et 236 mineurs!) toujours détenus dans les prisons israéliennes, certains sans procès depuis plus de six ans. Barghouti est, en effet, devenu la figure emblématique de la résistance du peuple palestinien à l’occupation, comme Mandela l’était de la résistance du peuple sud-africain à l’apartheid. Signe de l’autorité acquise par Marwan Barghouti jusqu’en Europe: Hubert Védrine, ancien Ministre français des Affaires Etrangères, a adressé un message à la conférence de Ramallah pour souligner la "légitimité incontestable" du député palestinien , dont il "ne doute pas de la capacité à apporter une contribution importante aux efforts de paix" dans la région. Même tonalité dans le message du président du Parlement européen, comme dans celui de l’ex-Président américain Jimmy Carter. C’est dire l’écho que pourrait susciter une mobilisation citoyenne de l’envergure de celle à laquelle Nelson Mandela avait estimé devoir, en partie, sa libération! Avec l’effet "réseaux sociaux", inconnu à l’époque, en plus…
Ce constat partagé nous crée en quelque sorte un devoir d’initiative. Certes, nous sommes loin de partir de zéro: par exemple, 30 villes françaises ont fait du membre du parlement palestinien ( qui y présidait le groupe d’amitié avec la France) , enlevé chez lui par l’armée d’occupation et condamné à perpétuité par un tribunal militaire israélien , un citoyen d’honneur et ont mis son portrait sur le fronton de leur mairie ! Mais la situation exige et permet de dépasser les acquis. "Libérez Barghouti!" devrait devenir un mot d’ordre fédérateur, portant très au-delà des amis sensibilisés de longue date au problème palestinien en général et à celui des prisonniers politiques en particulier. Il faudrait qu’il puisse faire à nouveau converger dans l’action les progressistes, les républicains, les révoltés contre l’inacceptable , en faveur de la libération d’une personne de chair et de sang qui incarne une cause juste . Il s’agit ni plus ni moins que de faire respecter le droit international (187 décisions de l’ONU depuis 1967 !) et des droits humains fondamentaux . Qui plus est, à un moment peut-être décisif pour faire émerger une nouvelle donne dans une situation aujourd’hui dramatiquement bloquée.
SOS PALESTINE !
Deux événements consternants viennent,coup sur coup,de révéler au grand jour l’urgence d’une remobilisation des Français et des Européens en général ,attachés au droit international,sur le problème palestinien.Le premier est la visite officielle de Nétanyahou à Paris et les propos tenus par le Président de la République à cette occasion.Le second concerne le rapport circonstancié publié par 22 ONG et validé par un ancien commissaire européen -pourtant politiquement très modéré- qui apporte la preuve que l’Union européenne,loin de combattre la colonisation ,la renforce dans les faits,en important…quinze fois plus de produits des colonies israéliennes installées dans les territoires occupés que de marchandises vendues par les Palestiniens eux-mêmes!
Arrêtons-nous d’abord sur l’accueil de Nétanyahou.Quel sens donner à cet honneur,fait au plus réactionnaire des dirigeants de toute l’histoire de l’Etat d’Israël?Qui plus est,en pleine campagne électorale dans ce pays,provoquée par le Premier ministre pour asseoir son pouvoir! Ce cadeau royal à l’adversaire le plus impitoyable des Palestiniens a-t-il,à tout le moins,été accompagné d’une initiative marquante de la France en faveur du respect du droit international (qui,en l’occurence,renvoie notamment aux frontières de 1967 et à la restitution de Jérusalem-Est)?Au contraire.Au-delà de quelques phrases formelles sans la moindre portée,François Hollande a apporté sa caution à une thèse particulièrement perverse de la droite israélienne: "pour des négociations sans conditions".Il s’agit de contraindre les dirigeants palestiniens -sous peine d’être accusés d’être responsables du blocage- de discuter "du processus de paix" (?) avec un pouvoir qui,fort de sa supériorité écrasante et de l’impunité absolue dont il bénéficie de toute part ,n’a cesse d’étendre la colonisation et jure qu’il ne rendra jamais Jérusalem!Et en prime,le Président français a fait la leçon à l’Autorité palestinienne,coupable,en désespoir de cause,"d’aller chercher devant l’Assemblée générale des Nations Unies ce qu’elle n’obtient pas dans la négociation".Trop,c’est trop.Des initiatives s’imposent pour réaffirmer la primauté du droit sur la force en Palestine autant que n’importe où dans le monde.
La même exigence doit s’exprimer vis-à-vis de l’UE .Il est loin,le temps où un commissaire européen rappelait que "la communauté condamne l’occupation de la rive occidentale du Jourdain et de Gaza en violation du droit international", marquait "l’émotion de la Commission devant les souffrances infligées aux jeunes qui manifestent spontanément contre l’action des forces israéliennes de sécurité." et "déplorait la gravité des mesures prises par les autorités d’occupation". C’était en 1987 ,six ans avant les Accords d’Oslo,alors que débutait la première "révolution des pierres". Le Commissaire en question,Claude Cheysson (qui nous a récemment quittés) était français et socialiste.
Cinq ans plus tôt,alors ministre des relations extérieures de François Mitterrand,le même rappelait déjà,au nom de la France,que "Le fait politique fondamental dont le Proche-Orient souffre depuis des dizaines d’années est qu’on ne reconnait pas au peuple palestinien les droits du peuple français,du peuple allemand,du peuple israélien,de tous les peuples du monde:le droit à un Etat."C’était il y a tout juste 30 ans.A Paris comme à Bruxelles,les dirigeants de 2012 feraient bien d’en prendre de la graine.
EUROPE-PALESTINE : UNE EMBELLIE ?
Le très dynamique et très politique premier ministre de Palestine, Salam Fayyad, vient d’effectuer à Bruxelles, le 13 juillet dernier, une visite officielle réussie. L’accueil reçu, après plusieurs autres initiatives européennes récentes, peut laisser espérer une embellie dans l’engagement – longtemps décevant – des 27 en faveur d’une solution juste du problème palestinien.
La visite du chef du gouvernement palestinien avait un triple objet. D’abord obtenir un soutien européen plus appuyé
à son plan : « Mettre fin à l’occupation ; construire l’État palestinien », lancé il y a un an. Il s’agit, selon Salam Fayyad, de « créer (en deux ans) l’infrastructure appropriée à l’État palestinien et (de) nous préparer à l’acquisition de ce statut. » Y compris en posant les jalons d’un État de droit, en assumant ses responsabilités sur le plan sécuritaire et surtout en favorisant l’appropriation de ce processus préétatique par la population. Il apparaît ainsi que la seule condition à remplir pour la création de l’État est le déblocage du processus politique visant l’arrêt de l’occupation des territoires palestiniens par Israël. Sur le terrain, là où ce plan a pu être mis en œuvre, les premiers résultats sont très encourageants. Le soutien international est, à ce stade, déterminant.
Le deuxième objectif de la visite de Salam Fayyad était de presser ses interlocuteurs d’agir pour la levée du blocus de Gaza. Enfin, l’autorité palestinienne a un besoin impérieux d’obtenir de chaque acteur du « Quartet » (États-Unis, Union européenne, Russie, ONU) qu’il use de son influence sur Israël en faveur de négociations dignes de ce nom.
Les réactions européennes se sont avérées plus positives qu’à l’accoutumée ! Y compris de la part du président de la Commission européenne. Ainsi M. Barroso a-t-il rendu un hommage public et appuyé au travail du premier ministre palestinien qui est, à ses yeux, « d’une incroyable importance », et débloqué une aide substantielle « en soutien direct à la construction de l’État ». Puis, au sujet de Gaza, il a souligné que l’Europe n’attendait pas d’Israël qu’il « laisse simplement passer l’aide ». Ce qu’il faut, a-t-il rappelé, c’est le développement du territoire et donc « l’ouverture de passages frontaliers l’infrastructure, les hôpitaux et les écoles puissent être reconstruites, que les matières premières puissent entrer et les exportations sortir. « Enfin, évoquant la colonisation à Jérusalem-Est et les récentes démolitions de maisons palestiniennes, le chef de l’exécutif bruxellois a qualifié ces politiques israéliennes de « contre-productives », « illégales », et d’« obstacle à la paix ».
Ce ton nouveau du président de la Commission s’inscrit dans un ensemble de faits encourageants de la dernière période, de la part de toutes les institutions européennes, et même du Conseil (qui représente les 27 gouvernements). En son nom, la nouvelle haute représentante pour la politique étrangère et la sécurité, Mme Catherine Ashton, ne vient-elle pas de se rendre pour la seconde fois en Palestine, y compris à Gaza, appelant à « un changement urgent et fondamental » de la politique d’Israël vis-à-vis de ce territoire ? » Tout comme le premier ministre (palestinien) Fayyad, a-t-elle précisé à ce propos, « je pense que le mouvement des personnes et des biens entre Gaza et la Cisjordanie doit devenir un des objectifs clés. » L’exaspération de millions d’Européens devant l’impunité accordée jusqu’ici aux dirigeants israéliens commencerait-elle à produire son effet ? On veut l’espérer. Tout en amplifiant les actions pour une issue juste et durable au drame palestinien




Commentaires récents