La France et l’UE doivent porter les aspirations populaires au changement

2 mars 2011 at 3:21 Laisser un commentaire

L’Interview paru le   le 26 Février 2011 dans l’Humanité

Ancien député européen et président du groupe de la Gauche unitaire européenne 
au Parlement européen, Francis Wurtz formule des propositions pour une autre diplomatie.

Après Alain Juppé et Hubert Védrine, des diplomates remettent en cause
la politique étrangère 
de la France telle qu’elle s’exprime sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Comment appréciez-vous 
ces critiques ?

Francis Wurtz. Je pense qu’elles expriment un malaise latent, exacerbé par les derniers développements : le tête-à-queue à l’égard de la Tunisie, l’effet désastreux de l’offre par Michèle Alliot-Marie des compétences particulières de la France 
en matière de répression et, plus récemment, le comportement surréaliste de l’ambassadeur de France à Tunis, ancien de l’Élysée. Ce fiasco a sans doute été analysé comme la résultante à la fois du style, de la méthode Sarkozy en matière de diplomatie et de l’effacement organisé de la voix de la France sur un certain nombre de problèmes de fond comme ceux qui ont conduit aux soulèvements populaires dans les pays arabes.

Un effacement organisé ?

Francis Wurtz. Nicolas Sarkozy 
a une ligne politique qui vise à se faire agréer par les puissants afin de jouer dans la cour des grands. Il l’a fait avec les États-Unis dès la présidence Bush, par exemple en renforçant l’engagement de la France en Afghanistan et, en ce moment même, au sein des instances européennes en collant aux exigences d’Angela Merkel sur le pacte de compétitivité, entre autres. Il colle à leurs thèses, il s’en fait le porte-parole comme si c’était les autres qui le suivaient. C’est une astuce qui ne trompe pas ses partenaires, qui ne s’en formalisent pas dans la mesure où Nicolas Sarkozy roule pour eux. En normalisant la France, depuis le retour dans le commandement militaire intégré de l’Otan jusqu’au vol de la victoire du peuple français sur le traité constitutionnel pour ouvrir la voie au traité de Lisbonne. Il a ainsi payé son ticket d’entrée dans le club des grands. Cette politique d’allégeance étant inavouable, il use de dérivatifs : une politique compassionnelle, le retour des otages français, tenter de libérer Florence Cassez au prix d’une crise diplomatique majeure, la moralisation du capitalisme. Grâce à sa présidence du G20, il réformera le système monétaire international, organisera la taxe Tobin, terrassera les spéculateurs sur les matières premières… 
Il n’en sera rien, évidemment. 

La grille de lecture française qui a prévalu jusqu’alors vis-à-vis des révolutions arabes jouera-t-elle sur les relations à venir avec ces pays ?

Francis Wurtz. Considérablement. Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy – tout comme l’UE – tente de courir en direction des nouveaux responsables en débloquant des crédits. Mais c’est tout une stratégie qu’il est nécessaire de remettre en cause. C’est seulement à ce prix qu’une véritable confiance sera rétablie. Sarkozy comme ses pairs européens attendaient de ces régimes une stabilité confortant les intérêts qu’ils servaient : le libre-échange du pot de fer contre le pot de terre, la rétention des candidats à l’immigration et, enfin, le fait de barrer la route à l’islamisme et au terrorisme. Peu importent finalement les conséquences sur les peuples et leurs aspirations, l’essentiel était qu’ils soient les garants de cet ordre stable. Il faut désormais porter une appréciation critique des politiques menées 
et en changer en profondeur.

Quelle vision diplomatique la France et l’UE devraient-elles porter ?

Francis Wurtz. Il faut en premier lieu miser sur les peuples et leurs aspirations. Nous parlons de « dépasser le capitalisme » mais tout le monde ne le dit pas sous cette forme. Changer de civilisation revient à poser la question de la justice, de la dignité, de la liberté… C’est certainement ce qui fait converger le plus massivement les aspirations des peuples ; c’est plus flagrant pour les peuples dits du Sud, mais c’est évidemment valable pour les peuples d’Europe ou d’Amérique latine. De manière concomitante, la France dans l’Union européenne doit porter cette aspiration au changement dans les institutions. Enfin, sur cette base, il est nécessaire de rechercher tous les alliés possibles dans le monde : les pays, les sociétés, les organisations. Saisir toute opportunité en tant que pays comme en tant que membre de l’Union européenne ou de la communauté internationale.

Entretien réalisé par 
Lina Sankari

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Entry filed under: Europe, France, Francis Wurtz, Francis Wurtz Le Blog, Franciswurtz.net.

MERCI ZAHIA ZIOUANI ! UN REVELATEUR ACCABLANT POUR L’UE

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