Les indignés: la démocratie limitée, ils n’en veulent plus

8 juin 2011 at 3:40 Laisser un commentaire

L’Interview paru le   le 6 juin  2011 dans l’Humanité

Ce qui rapproche les manifestations de la jeunesse des différents pays n’est-il pas une aspiration très forte à la démocratie ?

Francis Wurtz. 
Je le crois profondément. D’ailleurs, le mot d’ordre vedette de la place 
de la Puerta del Sol, est « démocratie maintenant ! » Au moment où en Espagne on assiste à l’éclosion de ce mouvement citoyen, Jean-Claude Trichet a déclaré qu’il faudrait aller vers une autorité centrale européenne en matière budgétaire avec droit de veto sur les décisions budgétaires de chaque pays. C’est le contraire absolu de la démocratie citoyenne réclamée avec force par le mouvement des indignés On ne peut mieux illustrer le divorce entre les aspirations des citoyens d’Europe et la fuite en avant centralisatrice des autorités actuelles de l’UE. Elles ont véritablement peur des peuples, elles relancent cette vieille antienne des puissants, à savoir la limite « souhaitable » de la démocratie. Tout cela pour faire passer les exigences des marchés financiers. Il y a un vice de fabrication dans la construction européenne actuelle : elle est fondée sur les marchés et parallèlement, à cause de cela, elle se fait en dehors des peuples et des citoyens. Mais ce qui pouvait être accepté dans les années 1950 devient insupportable pour la grande majorité des citoyens européens.

Peut-on dire qu’une partie importante de la population entre en conflit avec les dirigeants de l’UE ?

Francis Wurtz. C’est un conflit ouvert avec toutes les structures qui visaient à court-circuiter l’expression démocratique des citoyens. Je pense au fait que la BCE soit mise à l’abri de toute intervention émanant d’institutions publiques, au pacte de stabilité dont le but est de contraindre chaque gouvernement à rationner les dépenses publiques. À tout cela s’ajoutent l’obligation faite aux États de soumettre aux institutions européennes les projets de budget avant de les faire examiner par les parlements nationaux, et l’inscription dans la Constitution d’engagements contraignants en matière de réduction des déficits publics, au plan pluriannuel que les États se sont engagés à présenter sur les réformes structurelles, sur les retraites, les salaires. Il y a aussi les six règlements en discussion au Parlement européen pour renforcer le pacte de stabilité et le pacte pour l’euro, la mise sous tutelle des pays très endettés. Tout cela fait que la cocotte-minute explose. Nous sommes entrés dans un engrenage sous la pression des marchés financiers. Les principaux dirigeants européens sentent qu’ils ont de plus en plus de mal à maîtriser le contrôle des peuples. Il faut aller vers des ruptures avec une politique qui nous entraîne effectivement plus vite que prévu vers la catastrophe. Je pense à des ruptures dans trois directions et qui recouvrent ce que l’on rencontre dans tous les mouvements sociaux actuellement : une réorientation des priorités européennes en faveur du développement social, une plus grande indépendance vis-à-vis des marchés financiers pour financer le développement et la démocratie.

Les élections en Espagne et au Portugal le montrent, les électeurs sanctionnent les sortants quitte à choisir la droite. Un sentiment anti-européen peut-il aussi se développer?

Francis Wurtz. Si la seule hypothèse plausible d’union européenne est celle que nous connaissons, les peuples, tout à fait logiquement, la rejettent. Ce serait dramatique si cela conduisait à une sorte de repli sur soi face aux marchés qui continueraient de sévir. Il faut absolument faire grandir au milieu de ces contestations légitimes l’idée d’une construction européenne alternative. Priorité à la sécurisation de l’emploi, de la formation, aux pouvoirs nouveaux des salariés. Nous devons travailler à une autre façon de produire. Orienter l’argent vers l’emploi et la recherche, à la promotion des services publics. La coopération doit s’imposer contre la guerre économique. Une réforme du système monétaire international peut être mise en chantier. Toutes ces questions doivent être débattues pour montrer qu’une autre voie est possible, que nous représentons ensemble une force considérable. Il faut se faire entendre nos seulement pour protester mais pour ouvrir des pistes de transformation. C’est l’enjeu que doit affronter la gauche européenne digne de ce nom.

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