UE : Que voulons-nous faire ensemble ?

14 décembre 2011 at 2:06 Laisser un commentaire

L’interview paru le  9 décembre 2011 dans l’Humanité

Francis Wurtz, ancien président du groupe de la Gauche unitaire européenne à Strasbourg, estime qu’une refondation de la construction européenne passe par l’intervention citoyenne et par un changement des finalités de l’UE.

Francis Wurtz. Une démocratisation de l’UE passe par une refondation de la construction actuelle. Car celle-ci est conçue précisément pour dépolitiser les choix stratégiques, qui sont sortis du champ de la délibération démocratique. La doctrine libérale est ainsi imposée comme étant une loi naturelle. C’est la raison pour laquelle la Banque centrale européenne n’a le droit de recevoir aucune consigne émanant des institutions publiques – c’est-à-dire des citoyens – en matière de politique monétaire. C’est aussi pour cela que, selon les traités, la Commission européenne est toute-puissante sur les règles de concurrence. La Cour de justice, elle, a, par sa jurisprudence, mis en cause un certain nombre d’acquis majeurs du droit du travail, au nom de la libre circulation des capitaux et des services. Autrement dit, il y a un vice de construction dans ce modèle, qui exclut la possibilité d’une démocratie citoyenne moderne. La démocratisation de l’UE est inséparable d’un changement de finalité de la construction européenne afin que les citoyens aient à la fois l’envie et les moyens de s’impliquer dans les affaires européennes. Cette finalité nouvelle passe par trois choses. Premièrement, la promotion d’un modèle social avancé. Deuxièmement, l’aide au rattrapage de la productivité des pays en difficulté ; cela passe par la solidarité. Troisièmement, le jeu du poids de cette communauté pour faire émerger d’autres règles dans les relations internationales.

Mais comment parvenir à de tels changements ?

Francis Wurtz. Trois exigences fondamentales sont exprimées, qui reviennent dans tous les pays : le refus de la régression sociale, la volonté d’être libérés de la soumission aux marchés financiers, la soif de démocratie. Il faut faire converger le maximum de forces en Europe autour de ces exigences. Pour l’heure, si les dirigeants européens continuent d’exercer leur leadership, c’est qu’ils ont réussi à laisser en dehors de la délibération démocratique les grands choix stratégiques. En France, nous pouvons nous appuyer sur la mémoire collective de la période 2003 et 2005, celle de la bataille pour le référendum sur le traité constitutionnel européen. On trouve, dans le programme populaire partagé du Front de gauche, la proposition d’organiser des états généraux de la refondation européenne en cas de victoire en France d’une gauche portée par un mouvement populaire exigeant. Seraient conviés toutes les organisations syndicales, tous les mouvements associatifs qui le souhaitent et qui s’exprimeraient sur ce qu’ils ne veulent plus, et ce qu’ils souhaitent. Cela peut ouvrir une brèche, favoriser l’implication citoyenne, changer le rapport de forces.

Au niveau institutionnel, 
quels changements doit-il y avoir ?

Francis Wurtz. Le rapport de forces est la condition pour créer des ruptures économiques et politiques. Sur le plan économique, tout ce qui vise, dans les traités actuels, à transformer les règles libérales en règles naturelles intangibles doit changer. Sur le plan politique, la pyramide actuelle doit être inversée. Les citoyens doivent participer à l’élaboration des politiques avant que les décisions ne soient prises au niveau des institutions européennes. Ils doivent participer au contrôle de leur application, à l’évaluation de leurs effets. Mais la condition pour cela est que l’exercice en commun de certaines responsabilités au sein d’institutions communes, telles que le Parlement européen, réponde à une envie, et non pas à quelque chose de contraint. Il faut créer une volonté commune des peuples de s’associer entre Européens. Cela dépend largement de l’ambition que l’on fixe à la construction européenne. Une question doit être posée, qui ne l’est jamais par les dirigeants européens : que voulons-nous faire ensemble ?

Le rapport des mouvements sociaux à l’UE a-t-il changé ces dernières années ?

Francis Wurtz. Le mouvement syndical a fait d’énormes progrès dans le sens d’actions communes à l’échelle de l’Europe. C’est aussi vrai d’autres mouvements sociaux moins structurés, tel que celui des altermondialistes. Les jeunes générations sont nées avec la mondialisation, l’Internet, l’explosion des moyens de communication. Le risque est grand d’une immense déception, d’une tentation de repli. Il nous faut cultiver l’esprit d’ouverture aux autres, l’interaction entre les cultures. L’ambition commune aux Européens doit être tentante, répondre aux aspirations. Là est le noyau même du défi que nous avons à relever.

Entretien réalisé par G. D. S.

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