« DU DESPOTISME EN AMÉRIQUE »
6 février 2026 at 12:36 Laisser un commentaire
On connaît le livre de référence d’Alexis de Tocqueville sur le système politique américain dans la première moitié du 19ème siècle : « De la démocratie en Amérique ». Dans une claire allusion à ce fameux essai, un éminent universitaire new yorkais, Mark Kesselman, qui avait alerté dès 2021 sur « le risque d’un coup d’Etat légal aux Etats-Unis » en cas de réélection de Donald Trump, vient de publier, sous le titre évocateur : « Du despotisme en Amérique », une analyse éclairante de la première année de pouvoir de celui-ci (1).
Cette année, rappelle l’universitaire, est celle du 250ème anniversaire de la Déclaration d’indépendance. Et c’est également celle de « la plus grave crise politique depuis la guerre de Sécession ». Ce qui a rendu possible cette crise est le déplacement progressif du pouvoir du Congrès vers la présidence. Certes, précise-t-il, « la dérive présidentielle n’a pas commencé avec Trump », même si ce dernier l’a poussée beaucoup plus loin que ses prédécesseurs, « en remplaçant la séparation et la division du pouvoir prévues par la Constitution par l’intégration des pouvoirs sous son contrôle ». Il y est parvenu en nommant « des flagorneurs » obéissants aux postes exécutifs de haut niveau, en prenant le contrôle des deux chambres (fût-ce avec une faible majorité), en devenant « le leader incontesté d’un puissant parti politique » contrôlant la majorité des gouvernements des Etats et en fixant comme seules limites à son pouvoir -selon ses propres dires- « Ma propre moralité, mon propre esprit : c’est la seule chose qui peut m’arrêter ». Il bénéficie en outre d’une « super-majorité de juges ultra-réactionnaires nommés par lui-même et d’autres présidents républicains » à la Cour suprême.
Profitant d’une « résistance timide et inefficace » des dirigeants du Parti démocrate, « à quelques exceptions près », Trump a « exploité les ambiguïtés, les contradictions et les silences de cette Constitution ». C’est ainsi qu’il a « fabriqué des crises imaginaires » ( les Etats-Unis « envahis » par les migrants ) pour organiser les raids de l’ICE, invoqué une « guerre contre les cartels de la drogue » pour s’attribuer des pouvoirs d’urgence, déterré une « loi sur l’insurrection » de 1807 pour justifier l’éventuel déploiement de troupes fédérales afin de réprimer les manifestations populaires ou encore prétexté de pseudo-« urgences économiques internationales » pour retirer au Congrès à son profit le pouvoir de réglementer les droits de douane…
Fort heureusement, conclut Kesselman, « l’opposition s’est récemment amplifiée à mesure que les Américains constatent et subissent les dommages catastrophiques causés par ses actions ». Il invite cependant ses compatriotes à ne pas sous-estimer la détermination de Trump à violer les procédures légales qui menacent son maintien au pouvoir.
« Invasion » du pays par les migrants, « dérive présidentielle », « flagorneurs obéissants », « leader incontesté d’un puissant parti politique », « ambiguïtés, contradictions et silences de la Constitution », « résistance timide et inefficace »…: Puissent les Françaises et les Français attachés à la démocratie réfléchir à temps -dans les conditions propres à notre pays et à l’Europe- à cette terrible expérience pour prévenir toute variante du « despotisme américain » sous nos cieux !
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(1) Mark Kesselman, professeur émérite de science politique à l’Université Columbia de New York ( Telos, 28/1/2026)
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