Archive for janvier, 2018

BÉTHLÉEM EMMURÉE : SA MAIRE PARLE !

Véra Baboun, Palestinienne chrétienne, première femme élue maire de Béthléem, en 2012, viendra à Strasbourg,  le 27 janvier prochain, à l’invitation d’une association interculturelle ( chrétiens, juifs, musulmans, boudhistes, hindouistes ) : les « Sacrées Journées ». Elle présentera son livre au titre évocateur : « Ma ville emmurée » (1). Son récit autobiographique constitue à l’encontre  de l’occupation, de la colonisation et tout particulièrement du mur d’annexion un acte d’accusation d’autant plus marquant qu’il émane d’une femme étrangère à tout extrémisme, à tout fondamentalisme, et qui parle de personnes juives israéliennes de son entourage -telle son enseignante à l’Université hébraïque- avec beaucoup de respect et de tendresse.

Sa narration est un condensé impressionnant de toutes les souffrances qu’endurent les Palestiniens : le traumatisme historique de la « Nakba »( la « catastrophe » de 1948 ) « en raison de l’expulsion et de la fuite de centaines de milliers de Palestiniens »; le souvenir douloureux de l’enfant qu’elle était et de sa famille, en 1967, quand « les occupants lui ont tout pris »; les espoirs déçus après les Accords d’Oslo, en 1993, censés aboutir au règlement de « la question des frontières, des réfugiés, des colonies, de l’eau, du statut de Jérusalem… ». Aujourd’hui, c’est la rupture du lien sacré entre la Cisjordanie et Jérusalem-Est ; les humiliations aux « check points »; l’arbitraire total présidant à l’octroi des droits  ( exceptionnels ) de passage de l’autre côté de « la muraille de béton de huit mètres de haut »; les confiscations de terres pour l’édification des colonies, pour la construction de routes de contournement interdites aux Palestiniens, et pour l’érection du mur; les interventions brutales et sanglantes des soldats israéliens contre des jeunes révoltés par l’oppression; les arrestations de manifestants non armés; les destructions de biens sur simple présomption de complicité; sans parler des privations d’eau organisées, du chômage endémique et de la pauvreté de masse, faute d’activités économiques un tant soit peu normales. « L’emmurement est l’une des pratiques les plus radicales qu’une communauté humaine puisse endurer », souligne Vera Baboun.

Mais, pour elle, à l’image de son peuple, « Baisser les bras, c’était couler ». Face aux épreuves, elle s’engage : pour l’émancipation des femmes palestiniennes, pour l’éducation des jeunes, pour les droits fondamentaux de son peuple. « Que fait le monde ? » s’interrogeait-elle, en 2003, dès l’apparition des premiers blocs de béton, des miradors, des projecteurs du futur mur de 773 km isolant 13% du territoire de la Cisjordanie ! « Pourquoi les laisse-t-on construire ça ? » Et de relater la naïveté ou l’inconscience de tel représentant de l’Union européenne s’indignant récemment de l’absence des mères au chevet de leur enfant en train de mourir du cancer dans un hôpital spécialisé de Jérusalem ! La raison en est malheureusement simple : elles sont jeunes et habitent Gaza , aussi les autorités israéliennes leur ont-elles refusé le permis de passer !

En refermant ce livre poignant de vérité et de dignité, quiconque a du coeur se demande ce qu’il ou elle peut faire pour contribuer à faire avancer cette cause impérissable. Les priorités ne manquent pas : la reconnaissance de l’Etat palestinien par la France et l’Europe; l’arrêt de toute importation de produits des colonies; la libération de Marwan Barghouti et de tous les prisonniers politiques, parmi lesquels notre concitoyen Salah Hamouri…Merci et bienvenue en France, Vera Baboun !

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(1) Bayard Editions, 2016.
(« Sacrées Journées » organise notamment un festival international de musique sacrée d’une conception sans équivalent en France, en réunissant conjointement, pour chaque concert, trois ensembles de culture différente. Prochaine édition : 1-4/2/2018)

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25 janvier 2018 at 11:40 Laisser un commentaire

A « GRANDE COALITION » GRANDE DÉSILLUSION !


Les grands axes d’un programme de gouvernement CDU-CSU-SPD sur lesquels viennent -une nouvelle fois- de s’accorder la droite et les sociaux-démocrates allemands ont donné lieu aux traditionnelles auto-congratulations des dirigeants de Berlin et aux soupirs de soulagement de leurs alliés européens. Un résultat « formidable » s’est enthousiasmé Martin Schulz, le leader social-démocrate; « Un nouveau départ pour l’Europe » a, plus sobrement, salué la Chancelière Angela Merkel. « Je suis complètement satisfait » a surenchéri Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne; tandis que, pour le porte-parole du gouvernement français, l’accord susceptible de rouvrir la voie à une « grande coalition » outre-Rhin est « bon pour l’Allemagne, bon pour la France et surtout bon pour l’Europe ». Fermez le ban !

Tout le monde n’est, apparemment, pas de cet avis… Nos amis de la « Linke », ainsi que des syndicats de la DGB , notamment. Mais aussi près de quatre adhérents du SPD sur dix ( d’après un sondage du « Spiegel ») jugent négativement l’accord , soit sensiblement la même proportion que celle des membres qui l’approuvent. Or, l’ouverture des négociations proprement dites est subordonnée au vote favorable du congrès du SPD, le 21 janvier prochain, et le programme de gouvernement définitif sera soumis directement aux adhérents du parti. La messe n’est donc pas dite ! C’est que toutes les précédentes expériences de ce type de compromission s’est payée électoralement au plus fort. En outre, aucun des grands objectifs sociaux avancés par les sociaux-démocrates durant la campagne électorale n’a pu être imposée aux conservateurs : ni la revalorisation du « SMIC » (8,84 €  brut de l’heure); ni la taxation des hauts revenus, ni la réforme de l’assurance-maladie, jugée indispensable par l’aile gauche du SPD et les jeunes socialistes (JUSOS), dont certains ont fustigé un accord « honteux ».

La compensation obtenue par Schulz en échange de tous ces renoncements est plutôt modeste : le point placé en tête de l’accord est…l’Europe ! Un geste symbolique qui a, semble-t-il, eu l’heur de satisfaire l’ancien président du Parlement de Strasbourg. Mais en quoi consiste au juste cette apparente priorité européenne , aussitôt saluée par Emmanuel Macron ? Le texte prévoit -sans plus de détails- de « renforcer » et de « réformer » la zone euro, ainsi que de doter celle-ci d’un « budget d’investissement ». Voilà un flou très macronien qui laisse une bonne  place à l’imagination …et aux désillusions. Faut-il s’attendre à voir un futur gouvernement Merkel IV opter pour cette « Union de transferts » -autrement dit une Europe solidaire entre pays riches et pauvres- que les cabinets Merkel I, II, et III ont toujours rejeté avec pertes et fracas ? Clairement, non ! Peut-on, pour le moins, espérer de cette future équipe qu’elle abandonne son obsession des pressions à la baisse des dépenses publiques des gouvernements de la zone euro ! Pas davantage. A quelles priorités serait, par ailleurs, destiné l’éventuel « budget d’investissement »? A la défense européenne ? À la sécurisation des frontières pour stopper les migrants ? A aider les multinationales dans la course à la « compétitivité » sur le marché mondial ? Ou, à l’opposé, à la réduction des inégalités sociales et territoriales et à la promotion des capacités humaines ? Le climat politique de cette coalition ne laisse, hélas, planer que peu de suspense à cet égard.

Non, la perspective européenne nouvelle à construire ne prend décidément pas sa source dans la « grande coalition ». Un vrai dialogue avec le « peuple de gauche » allemand est, en revanche, plus que jamais, le bienvenu !

19 janvier 2018 at 7:41 Laisser un commentaire

GUERRE OU PAIX : 3 GRAVES MENACES A SUIVRE EN 2018

Le monde hérite en 2018 de nombreuses zones de conflits ou susceptibles de s’embraser suite à l’irresponsabilité effarante de « dirigeants » de premier plan, au premier rang desquels figure  le chef de la « puissance indispensable », Donald Trump. Trois graves menaces du point de vue de la sécurité internationale sont à suivre tout particulièrement : dans la péninsule coréenne ; en Palestine; en Ukraine .

En Corée, un espoir de détente s’est levé à l’occasion du Nouvel An, quand le leader nord-coréen a, à la surprise générale, proposé de rencontrer son homologue du Sud « pour discuter de la participation » de Pyongyang aux Jeux Olympiques qui se dérouleront à Séoul en février prochain et , plus généralement, de « l’amélioration des relations inter-coréennes ». Le « téléphone rouge » entre les deux capitales va d’ailleurs rouvrir. Le Président sud-coréen a aussitôt saisi la balle au bond en proposant de tenir ces pourparlers dès le 9 janvier et en priant Washington de suspendre les méga-manoeuvres militaires prévues sous peu -comme chaque année !- dans la péninsule . « On verra, on verra » a répondu Trump, envisageant au mieux de décaler de quelques semaines cette gigantesque provocation et non  d’y renoncer comme l’y invitent depuis longtemps Pékin et Moscou ! Arrivera-t-on à empêcher la Maison Blanche de gâcher cette chance de relancer le dialogue dans la poudrière coréenne ? On aimerait entendre la France et l’Europe s’exprimer fortement sur cet enjeu crucial…

Au Proche-Orient, non content d’avoir, le mois dernier, scandaleusement encouragé les pires ultras en Israël en leur accordant sa caution sur l’annexion de Jérusalem, le pyromane de Washington vient de menacer de suspendre la contribution américaine -369 millions de dollars par an !- à l’Agence des Nations-Unies en charge des réfugiés palestiniens (l’UNRWA) si l’Autorité palestinienne… « refuse de négocier le traité de paix qui se fait attendre depuis trop longtemps avec Israël » ! La concrétisation de cette incroyable menace risquerait de pousser à bout ces 5,2 millions de Palestiniens les plus fragilisés, qui vivent, de génération en génération, depuis 1948, dans 59 camps répartis en Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem-Est, mais aussi dans les autres pays de la région. Rappelons que c’est pour suppléer au refus d’Israël d’assumer ses responsabilités de puissance occupante qu’a été créée l’UNRWA, afin d’assurer les services sociaux, la santé, l’éducation et l’aide humanitaire indispensable aux  Palestiniens chassés de leur terre. Voudrait-il provoquer l’explosion du désespoir que l’inqualifiable personnage américain ne s’y prendrait pas autrement. Là encore, l’inertie de Paris et de Bruxelles est consternante.

En Ukraine enfin, on notait avec un peu d’espoir un léger bouger, le 27 décembre dernier, lorsqu’a fini par aboutir le très attendu échange massif de prisonniers, sans précédent, entre Kiev et le Donbass. Il s’agissait enfin d’un début de mise en oeuvre d’un point des accords de paix de Minsk. C’était compter sans l’incommensurable irresponsabilité de Washington qui annonça quasiment au même moment son intention de fournir des armes létales lourdes -lance-roquettes; missiles antichars…- au pouvoir ukrainien, au risque de déclencher une nouvelle escalade meurtrière dans la région. Ce à quoi Emmanuel Macron et Angela Merkel ont réagi en se contentant de rappeler, sans autre considération, « leur attachement à la mise en oeuvre intégrale des Accords de Minsk »… Voilà pourquoi il est si important que l’enjeu de la guerre ou de la paix devienne ou redevienne une grande question populaire.

11 janvier 2018 at 4:31 Laisser un commentaire

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