Posts filed under ‘Francis Wurtz’

« LES FAISEURS DE PAIX »

En marge des commémorations du 75ème anniversaire du Débarquement du 6 juin 1944 , s’est tenue, les 4 et 5 juin dernier, à Caen, la deuxième édition du Forum mondial « Normandie pour la Paix ». Son thème – « Les faiseurs de paix » – ne pouvait être plus actuel, alors que, du Sahel au Proche et Moyen-Orient, la guerre fait rage, et que, au-delà des conflits proprement dits, la pauvreté endémique, les ravages écologiques et toutes les crises sociales compromettant la dignité humaine si ce n’est la survie -qu’illustrent cruellement les tragédies des migrants- nous rappellent que nous sommes toujours très loin d’un monde de paix. Parmi les nombreuses personnalités prestigieuses invitées à s’exprimer sur le sujet, arrêtons-nous sur deux noms qui nous sont familiers : notre ami Bertrand Badie, éminent spécialiste des relations internationales, et Hubert Védrine, ancien Ministre des Affaires étrangères, lui aussi expert reconnu en la matière. Leurs témoignages respectifs nous incitent d’autant plus à la réflexion qu’ils sont, à bien des égards, contradictoires.

Pour le premier, clairement hostile à la militarisation des relations internationales et très attaché au concept de « sécurité humaine » promu par le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), ce n’est plus seulement la puissance qui est en cause comme facteur de guerre, c’est aussi la décomposition des sociétés , des institutions, des Etats…Or, on ne répond pas à la décomposition d’une société par le canon ! « La paix, c’est la reconstitution de ce tissu humain dont la rupture est probablement l’une des sources majeures de conflictualité ». Aux yeux du second, au contraire, si l’on s’en tient à « un océan de bons sentiments, on est perdu d’avance »…Et de citer un ancien dirigeant du SPD allemand, Sigmar Gabriel, qui mettait en garde ses compatriotes contre ce qu’il estime être un dangereux travers : »Attention : nous sommes des herbivores géopolitiques dans un monde de carnivores géopolitiques. Bientôt, nous serons des vegans , puis des proies! »

Il ne s’agit pas là d’un débat académique, mais d’une vraie confrontation stratégique. Il nous faut choisir entre la pérennisation de l’OTAN; la mobilisation de 2% des ressources nationales pour les dépenses militaires dans chaque pays membre; la promotion, en parallèle, d’une « défense européenne » comme nouvelle réponse à l’insécurité dans notre voisinage; l’obsession du « leadership » européen de la France pour les interventions militaires, notamment en Afrique; et, partant, la course aux records en matière de ventes d’armements, y compris dans les zones de conflit…et, à l’inverse, l’ambition de « construire un monde qui soit protégé de toutes les peurs : en matière alimentaire, sanitaire, environnementale, sociale, culturelle » (Badie). Certes, cela ne signifie pas que la puissance ne puisse plus constituer une menace (Hubert Védrine cite à ce propos un risque d’affrontement USA-Chine, car « la Chine veut devenir No 1 d’ici 2049 et les Etats-Unis ne l’accepteront pas » !). Gardons-nous d’autant plus de nous inscrire dans la logique mortifère des « camps » -la « famille occidentale »- , qui risque de nous faire perdre de vue l’essentiel : « la conflictualité liée à l’insuffisance sociale » et la lutte contre « l’humiliation qui empoisonne les relations internationales et qui est la cause du ressentiment ». Vue ainsi, la puissance s’avère l’ennemie de la paix, et la reconstruction multilatérale de la sécurité humaine son plus sûr allié.

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21 juin 2019 at 9:25 Laisser un commentaire

ELECTRICITÉ + 5,9% : LE COÛT DE L’EUROPE LIBÉRALE

Depuis le 1er juin dernier, le tarif de l’électricité pour les particuliers que nous sommes -le « tarif bleu »d’EDF- a, comme on sait, augmenté de 5,9%, sur décision du gouvernement. Plus de 25 millions de foyers verront donc leur pouvoir d’achat rogné d’autant. C’est l’occasion de revenir sur l’une des dispositions les plus cyniques et scandaleuses des traités européens, notamment depuis l’Acte unique européen (1986) et Maastricht (1992) : l’obligation d’ouvrir à la concurrence tous les « monopoles publics » (comprenez : les entreprises publiques de service public : ferroviaire, postal, de l’énergie, etc…) . La France s’était d’autant plus exécutée qu’elle était co-rédactrice de ces traités. Restait le problème épineux des centrales nucléaires: difficile de céder au privé une partie d’un secteur aussi stratégique et aussi sensible ! Or, celui-ci fit des jaloux parmi les concurrents d’EDF car, les centrales étant amorties, les coûts de production y étaient particulièrement compétitifs, notamment à partir de 2005. Le principe sacro-saint de l’Europe libérale -« la concurrence libre et non faussée »- supposait donc que soit assuré urgemment l’accès des concurrents d’EDF à l’électricité bon marché de l’opérateur historique.

Sous leur pression, la Commission européenne finit par poursuivre la France en 2008 pour transposition insuffisante des directives concernées. C’est ainsi que, pour se mettre en règle, les autorités françaises adoptèrent en 2010 la loi NOME (Nouvelle organisation des marchés de l’énergie). Celle-ci oblige EDF à vendre le quart de sa production à ses concurrents à un prix fixé à l’avance et calculé pour être, sauf accident, sensiblement inférieur aux tarifs du marché, ce qui permet à des firmes comme Direct-Energie ou Total…de prendre plus facilement des clients à EDF tout en augmentant, eux aussi, leurs tarifs ! On marche sur la tête.

Les partisans de cette logique justifiaient cette mesure par le souci de satisfaire les services « à moindre coût » en évitant les « abus de position dominante » des fameux « monopoles publics »…On attend toujours leur commentaire sur la nouvelle augmentation que la « libre concurrence » (…faussée) vient de provoquer. Muets sur ce point, ils sont, en revanche, prolixes quand il s’agit de demander la prolongation au-delà de 2025 (date-butoir inscrite dans la loi de 2010) du mécanisme dit de « l’Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique », et même de plaider en faveur de l’augmentation de la part de la production d’électricité d’EDF (au-delà des 25% prévus dans la loi actuelle) mise à la disposition de ses concurrents. C’est dire si le moment se prête comme jamais à un réexamen complet de ce système pervers et contreproductif pour les usagers comme pour l’entreprise EDF.

6 juin 2019 at 2:28 Laisser un commentaire

EUROPE: ET MAINTENANT ?

Inutile de se le cacher : les résultats de ces élections européennes sont les plus préoccupants enregistrés depuis 40 ans que le Parlement de Strasbourg et de Bruxelles est élu au suffrage universel. Le premier problème est naturellement le poids sans précédent des partis d’extrême-droite qui se traduira par un escalade dans la démagogie nationaliste, sécuritaire et anti-migrants. Une deuxième source d’inquiétude est liée à l’affaiblissement et à la division des forces qui se réclamaient jusqu’ici de la gauche. Quelle sera la proportion de membres du groupe de « l’Alliance des socialistes et démocrates » (ex-groupe socialiste et social-démocrate) prête à s’engager sur de vraies options progressistes ? Comment évoluera le groupe des « Verts » désormais dominé par un parti allemand n’hésitant pas à s’allier à la droite dans certains « Länder » et comprenant des élus, notamment français, qui se disent « ni de droite ni de gauche » ? Et puis, il y a le crève-cœur de l’absence de tout parlementaire communiste ou apparenté français dans le groupe que le PCF a contribué à fonder et qu’il a présidé pendant dix ans ! Dans le contexte actuel, cette absence est dramatique. Il faudra réfléchir sereinement et sans apriori aux raisons multiples qui ont conduit à cette situation, mais cette chronique n’est pas le lieu pour cela.

Une chose apparaît sûre, cependant : les enjeux européens actuels et prévisibles exigent qu’une formation politique comme le PCF -qu’aucune autre force ne remplacera à gauche- se donne les moyens d’une triple reconquête. Celle de ses positions dans le Parlement européen -une institution bien plus importante que beaucoup ne le pensent. Celle d’une popularisation approfondie de sa vision actualisée du combat pour changer l’Europe. Celle, enfin, d’une capacité à contribuer au rassemblement des forces de gauche pour arracher des succès concrets sur les enjeux européens.

Pour ce faire, nous ne partirons pas de zéro, loin s’en faut ! Par sa clarté, sa modernité et sa dignité, l’excellente campagne de Ian Brossat a grandement favorisé l’écoute de nos idées sur l’Europe . Le bilan et l’expérience de nos anciens députés et députées au Parlement européen, la constance de leur positionnement « pour une Europe des gens, pas de l’argent » sont également de précieux atouts à valoriser. L’apport de nos candidates et candidats, reconnus pour être au diapason du monde du travail dans toutes ses composantes et des luttes sociales et sociétales de notre époque , a creusé un sillon à même de porter au-delà de l’élection elle-même. Les soutiens remarquables recueillis par la liste présentée par le PCF constituent un autre atout potentiellement durable. La campagne dynamique et au plus près des gens menée par les communistes a bien plus semé que ce que leur liste a récolté dans l’immédiat. Notre coopération permanente avec nos partenaires progressistes européens au sein de notre groupe GUE-NGL, du Parti de la Gauche Européenne (PGE) et au-delà, est un bien précieux, à préserver coûte que coûte . Sans oublier les acquis d’une expérience exemplaire de démocratie citoyenne appliquée aux questions européennes dont les communistes furent les initiateurs et le fer de lance, et qui reste, à mes yeux -au prix, naturellement, des mises à jours nécessaires- une référence toujours actuelle en la matière : la campagne pour le « NON de gauche » au projet de traité constitutionnel européen de 2005. L’après-26 mai commence maintenant !

31 mai 2019 at 4:41 Laisser un commentaire

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