Posts filed under ‘Francis Wurtz’

« BRUXELLES DÉCIDE DE TOUT »: UN RACCOURCI PARALYSANT

Nous sommes à sept mois des élections européennes . C’est un devoir démocratique de clarifier aux yeux des citoyens et des citoyennes la part de pouvoir sur les futures décisions de l’UE que leur confère le bulletin de vote lors de ce scrutin.

Rappelons une fois encore qu’aucune directive ni aucun règlement ayant trait au marché unique européen ne peut voir le jour sans qu’une majorité de parlementaires européens ne l’ait adopté.e ! Si la Commission est -scandaleusement- seule à avoir le droit de proposer une loi, elle n’a, en revanche, absolument pas le pouvoir de l’imposer ! C’est le Parlement européen, d’une part, et le Conseil (c’est-à-dire les représentants des gouvernements), d’autre part, qui décident (D’où l’expression : « co-décision ») et amendent comme ils l’entendent chaque proposition de « Bruxelles ». Sans leur accord, le projet de la Commission européenne est mort.

Si nos concitoyennes et concitoyens étaient bien informés de cette seule réalité, nul doute qu’une majorité d’entre eux ne se réfugierait plus dans l’abstention (56% en 2014) ! Et surtout, nombre d’entre elles et eux demanderaient vraisemblablement aux listes en compétition des preuves tangibles de leur engagement de longue date -sur le terrain et dans les institutions européennes- en faveur des attentes de leurs électrices et électeurs. Et ce dans les 85 domaines où s’applique cette « co-décision » du Parlement de Strasbourg et des gouvernements de l’UE. Parmi ces domaines , citons la politique sociale; l’environnement et le climat; les transports; la recherche; la lutte contre les discriminations; l’aide au développement…

Mais les pouvoirs des parlementaires européens ne s’arrêtent pas là. Ils s’exercent également dans le vote du budget, dont les crédits à l’agriculture et les fonds d’aide aux collectivités. Sans oublier leurs prérogatives à l’égard de la Commission européenne : depuis son investiture , en passant par le contrôle de son activité, jusqu’au pouvoir de la renverser…Dans la période à venir, les parlementaires européens auront, en outre, à approuver -ou non- l’éventuel accord de retrait de la Grande-Bretagne de l’UE, ainsi que le cadre financier de l’Union européenne portant sur les années 2021 à 2027 ( représentant plus de 1000 milliards d’euros ! ). Savoir quel sera demain le rapport des forces dans cette Assemblée n’a donc rien de négligeable ! Qui incite, d’une manière ou d’une autre, les citoyens et les citoyennes à négliger ces terrains de lutte, sous prétexte qu’ils ne couvrent (évidemment) pas, et de loin, tous les enjeux de la transformation de l’ « Europe » , leur rend un bien mauvais service.

Tout aussi crucial est, par ailleurs, de faire la clarté sur le rôle -toujours plus déterminant- que jouent les Etats membres, et singulièrement les plus puissants d’entre eux, dans la conduite des affaires européennes. Nous y reviendrons. Mesurons néanmoins d’emblée combien sont trompeurs et dangereusement paralysants les slogans du type de « Bruxelles décide de tout » !

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18 octobre 2018 at 6:09 Laisser un commentaire

« L’AQUARIUS » MÉRITE LE PRIX NOBEL DE LA PAIX !

Ces jours-ci sera annoncé le nom du lauréat ou de la lauréate du Prix Nobel de la Paix 2018. L’an dernier, cette éminente distinction fut décernée à la Coalition internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), mouvement dont la magnifique campagne avait été à l’origine de l’adoption -historique !- d’un traité d’interdiction de l’arme atomique par 122 Etats, à l’Assemblée générale des Nations Unies. Le Comité Nobel s’honorerait à nouveau en attribuant cette année son prestigieux Prix à « l’Aquarius » et à la très méritoire association « SOS Méditerranée », qui affrète depuis 2016 ce bateau de sauvetage grâce auquel  plusieurs dizaines de milliers de vies humaines ont pu être sauvées.

Un tel acte hautement symbolique serait d’autant mieux venu que la décision du Panama, sous la pression du gouvernement d’extrême-droite italien, de retirer son pavillon au navire humanitaire, compromet gravement la poursuite de ses missions si aucun pays ne se résout à l’immatriculer. Gageons que l’hommage du Prix  Nobel de la Paix donnerait à ces héros des temps modernes un poids décuplé face aux Etats européens, aujourd’hui plus prompts à livrer les migrants aux pseudo « gardes-côtes » -et vrais criminels-  libyens qu’à aider à organiser le secours à leurs victimes !

Plus généralement, un tel choix du Comité Nobel allégerait la chape de plomb du discours anti-migrant -tantôt ouvertement xénophobe, tantôt vicieusement ambigüe- qui s’abat depuis des mois sur une opinion publique en plein désarroi. Il aiderait, par exemple, cette majorité absolue de Françaises et de Français, troublés par la campagne ambiante , mais qui conservent une bonne opinion des ONG qui aident les migrants (1) ,  à reprendre confiance dans les valeurs humaines et à s’engager plus hardiment dans l’action pour les faire vivre au quotidien. « L’Aquarius est un symbole politique -note avec perspicacité un observateur averti de la société française- (…) Il rappelle d’autres bateaux célèbres, comme « l’Exodus »,  qui transporta en 1947 des juifs rescapés de la Shoah, ou encore « l’Ile de lumière », navire affrété en 1979 pour secourir les boat people en mer de Chine » (2). On pourrait ajouter le cas, odieux et tragique, du « Saint-Louis » , transportant 938 juifs fuyant l’Allemagne en 1939 à destination de l’Amérique, où ils furent refoulés pour être finalement accueillis, après une longue errance,  en Hollande, en France et en Grande-Bretagne. Un tiers de ces réfugiés finira dans les camps de la mort…

Vivement un sursaut ! Sinon, nos descendants risquent de nous voir un jour avec le même regard incrédule mêlé de honte que celui que nous portons aujourd’hui sur les « zoos humains » exhibant jusqu’à la seconde guerre mondiale des hommes, des femmes et des enfants « primitifs » ou « sauvages », arrachés à leur terre africaine, sud-américaine ou australienne pour divertir les  visiteurs des pays « civilisés ».
———
(1) Voir sondage ODOXA (27/9/2018)
(2) Jérôme Fourquet, Directeur du département Opinion de l’IFOP (Le Figaro, 26/9/2018)

XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
JE SALUE AVEC JOIE LA LIBÉRATION DE SALAH HAMOURI, VICTOIRE DE LA MOBILISATION POUR LA  JUSTICE SUR L’ARBITRAIRE ET LE DESPOTISME !

4 octobre 2018 at 4:47 Laisser un commentaire

ARIANE : UN AUTRE VISAGE DE L’EUROPE.

A l’occasion du 100 ème tir d’une fusée  Ariane 5, le 25 septembre dernier, arrêtons-nous sur une dimension très particulière de « l’Europe » : l’ Agence spatiale européenne (ESA), indépendante de l’UE, mais co-élaborant avec elle la politique spatiale . Celle-ci est intéressante à plusieurs égards. D’abord, pour les nombreux services qu’elle est capable de générer. Certains sont connus, comme ceux concernant les télécommunications, l’accès à internet, la météorologie ou la navigation-localisation. D’autres le sont moins, tels l’observation de la Terre pour la protection de l’environnement, la gestion des ressources naturelles (agriculture, eau…) à l’échelle de la planète, ou l’évaluation de l’efficacité des mesures prises contre le réchauffement climatique. Sans oublier ses importantes retombées en matière de développement scientifique et technologique, de création de nouveaux métiers et de nouvelles filières industrielles.

L’Europe spatiale mérite également notre attention du point de vue de son mode de fonctionnement, très différent des règles en vigueur au sein de l’Union européenne . Fondée sur une coopération intergouvernementale, l’ESA est dirigée par un Conseil où chacun de ses 22  Etats membres dispose d’une voix, quelle que soient sa taille et son poids financier (1). Le budget de l’Agence est composé d’une partie fixe et obligatoire (20% du total) -à laquelle chacun contribue en fonction de sa production de richesses (PIB)- et d’une partie variable et facultative (80%) alimentée par chaque pays à la hauteur… de son choix. Mais, en retour, à la proportion de sa contribution financière correspondra celle des commandes confiées par l’Agence à ce pays. Celui qui décidera de verser 10% du budget facultatif bénéficiera de 10% des travaux de recherches ou de production d’engins spatiaux. C’est ce qu’on appelle le principe du « retour géographique » , par opposition à celui de la mise en concurrence, pratiquée dans l’UE à travers les appels d’offres. Ajoutons que  l’excès de centralisation est, ici, clairement évité : si le siège de l’Agence est à Paris et le centre de tir en Guyane, le « Centre européen de technologie spatiale » chargé de concevoir la plupart des véhicules spatiaux est situé aux Pays-Bas; le Centre de formation des astronautes en Allemagne ;  l’Institut européen de recherches spatiales en Italie; le Centre européen de l’astronomie spatiale (qui traite les données issues des missions) en Espagne…Quant au personnel, il provient de tous les Etats membres.
Enfin, l’ambition de l’ESA est d’assurer l’indépendance technologique et la « préférence européenne », tout en coopérant activement avec les autres grandes agences mondiales -Etats-Unis, Russie, Chine, Inde…- Ce modèle original resistera-t-il aux pressions en faveur de « l’ouverture des marchés à la concurrence » ? « Space X », le lanceur « low-cost » américain, sous contrat avec la NASA, aura-t-il raison des acquis remarquables d’Ariane et de l’ESA ? Comment réagir ? Ce type de défi a, lui aussi, toute sa place, dans le débat sur l’avenir du projet européen.
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(1) Sur les 22 Etats membres de l’ESA, 20 sont dans l’UE, auxquels s’ajoutent la Norvège et la Suisse.

27 septembre 2018 at 6:08 Laisser un commentaire

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