Posts filed under ‘Francis Wurtz’

DU  CHINA BASHING  A LA CHASSE A LA CHASSE AUX SORCIERES !

Peut-on encore évoquer tel ou tel aspect de la situation chinoise en termes positifs sans prendre le risque de se faire clouer au pilori par les gardiens du « politiquement correct » ?
La question mérite d’être posée depuis la publication du désormais fameux Rapport de 646 pages de l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM) intitulé : « Les opérations d’influence chinoises. Un moment machiavélien » (1) . Retour sur une épreuve de vérité pour notre démocratie ! 

On connaissait jusqu’ici -et pas depuis hier !- le China Bashing  . Dès les premières années de ce millénaire, la Chine avait « remplacé le Japon dans le rôle du vilain qui serait à l’origine de toutes les difficultés de l’Amérique » (Les Echos, 15/12/2003). Outre-Atlantique, notamment, le dénigrement à tout-va du grand rival systémique s’accompagne depuis une dizaine d’années d’une flambée de ce que les Allemands appellent la Schadenfreude (littéralement la « joie du dommage », ou le fait de se réjouir du malheur d’autrui) : chaque amorce apparente de crise en Chine est vécue comme le début de la fin de l’encombrant concurrent par certaines « élites »  -tel Francis Fukuyama, qui, après avoir annoncé « la fin de l’Histoire » au lendemain de la chute du Mur de Berlin, pronostiquait, en 2012, le crépuscule imminent du régime de Pékin. L’ échéance espérée se faisant attendre, Donald Trump saisit l’opportunité de la crise sanitaire pour tenter d’asséner le coup de grâce à son meilleur ennemi à coup de « virus chinois » coupable d’ une « tuerie de masse ».
Pour Joe Biden, « si l’on ne s’active pas, ils (les Chinois) vont manger notre repas »…L’analyse des leaders du monde libre ne vole pas toujours très haut, mais le message est clair : pour sauver l’Occident, il faut faire haïr la Chine .
En Europe, on suit depuis belle lurette le mouvement, mais en tentant, jusqu’ici, d’y mettre un peu plus les formes -interdépendance sino-européenne oblige…
La nouveauté , avec le Rapport de l’IRSEM, largement diffusé, c’est que l’on passe -et, cette fois, en France même- de la diabolisation de la Chine à celle de quiconque refuse de s’inscrire dans la chasse aux sorcières désormais engagée à grande échelle contre ce pays.
C’est ainsi qu’un passage substantiel de cette « étude » attaque frontalement l’Institut de Recherches Internationales et Stratégiques (IRIS) et nommément son Directeur, Pascal Boniface, soupçonnés d’être sous influence chinoise, pour avoir, notamment,  lors de trois colloques, en 2017 et en 2019 , « fait une présentation laudative du récit chinois des Nouvelles routes de la soie » ! Un procès gravissime en soi, et, qui plus est, mensonger, comme peuvent en témoigner tous les participants à ces événements de haute tenue ! Bien d’autres noms encore sont ainsi donnés en pâture, comme  -au choix-  corrompus ou naïfs, pour s’être prétendument prêtés à la diplomatie d’influence de Pékin. 

Pour avoir assisté, il y a quelques années à un « Forum de haut niveau » réunissant dans la capitale chinoise des responsables politiques européens de toutes sensibilités, je figure également dans ce Who’s Who maccarthyste…aux côtés, entre autres, de Charles Michel, devenu entre-temps Président du Conseil européen ! Pas question de céder à cette police de la pensée critique !

——–(1) https://www.irsem.fr  (septembre 2021)

1 octobre 2021 at 7:26 Laisser un commentaire

 ALERTE ROUGE DANS « L’ INDO-PACIFIQUE » !

« Face au caractère inéluctable du rattrapage par la Chine, les Etats-Unis, habitués à être la première puissance mondiale depuis 1945 et intimement convaincus que ce rôle leur revient de droit et garantit leur sécurité, sont pris d’angoisse », peut-on lire dans « L’Atlas des crises et des conflits », sous la plume de Pascal Boniface et de Hubert Védrine.
L’ouvrage, publié début septembre, évoque, pour l’avenir, deux scénarios possibles: soit « Les Etats-Unis se résignent au rattrapage par la Chine et opèrent un modus vivendi avec Pékin », soit « Les Etats-Unis, ne pouvant accepter la montée en puissance de la Chine, montent une coalition globale indo-pacifique et des démocraties ». Dans ce cas, « leur affrontement structure le monde sur tous les plans ». (1) 
Manifestement, l’ Affaire dite « des sous-marins » , à l’origine d’une grave crise diplomatique entre Paris et Washington, fait penser qu’outre-Atlantique, c’est bel et bien la seconde hypothèse évoquée par Boniface et Védrine -celle de l’affrontement entre les deux géants- qui a le vent en poupe ! 
La « coalition globale » en question regroupe, d’une part, l’Alliance quadripartite que forment  les Etats-Unis, l’Inde, le Japon et l’Australie (Le « QUAD », créé en 2007, revitalisé par l’administration Trump et destiné à devenir sous Biden une espèce d’OTAN pour l’Asie et le Pacifique) et, d’autre part, ce que Biden appelle « l’Alliance des démocraties », à savoir les Etats, notamment européens, qui se reconnaissent dans la « famille occidentale », et que le nouveau Président américain était venu, en juin dernier, lors d’un sommet de l’OTAN, enrôler dans sa croisade anti-chinoise.
Mais entre ces deux composantes de sa coalition, celle sur laquelle Washington compte le plus, c’est la première, l’ « Indo-Pacifique »-une zone suffisamment large pour réunir les principales puissances dévouées à Washington dans son offensive contre le grand « rival systémique » , ses « Nouvelles routes de la Soie » et ses objectifs militaires supposés, en particulier Taïwan (province chinoise indépendante de facto , mais que seuls 15 Etats sur 193 reconnaissent officiellement).
 Voilà le contexte stratégique du coup de force de Biden, annonçant la livraison -sans précédent !- de sous-marins nucléaires à l’Australie, dans le cadre d’ un « Pacte de sécurité » américano-britannico-australien, dans la zone indo-pacifique, face à la Chine. Le plus grave, dans cette initiative, légitimement qualifiée d’ « irresponsable » par Pékin, n’est pas d’avoir torpillé un gigantesque contrat de fourniture de sous-marins (non nucléaires) de la France à l’Australie. C’est, au nom de la nécessité de conjurer la militarisation de la zone par la Chine, de faire le choix de la surmilitariser !
Alerte rouge !

——–(1) « Atlas des crises et des conflits » (Nouvelle édition actualisée) Armand Colin / Fayard, 2021. Comme son nom l’indique, ce livre recense -cartes à l’appui- les crises et conflits qui marquent le monde contemporain. Les auteurs -le Directeur de l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et l’ancien Ministre des Affaires étrangères, qu’on ne présente plus- s’attachent à analyser les causes, les évolutions et les issues possibles de ces crises, sous une forme accessible au grand public. 

22 septembre 2021 at 12:20 Laisser un commentaire

« REPENSER LA SÉCURITÉ INTERNATIONALE »



Deux événements extraordinaires -au sens littéral du terme- suscitent actuellement, et alimenteront encore longtemps, débats et réflexions dans le monde entier. Ils sont apparemment sans lien, mais, à y regarder de plus près, appellent une même conclusion. Ce sont, d’une part, les dommages humains et économiques colossaux de la pandémie de la Covid-19 et, d’autre part, l’aboutissement sans gloire de l’aventure militaire des Etats-Unis et de l’OTAN en Afghanistan.
Tous deux posent avec une acuité renouvelée une même question : que faut-il changer dans les conceptions et les pratiques en vigueur pour assurer durablement dans le monde d’aujourd’hui notre sécurité commune ? C’est dire si la sortie, ces jours-ci, du dernier livre de notre ami Bertrand Badie :  -« Les puissances mondialisées / Repenser la sécurité internationale »-  est bienvenue ! (1)
Ainsi, l’auteur est-il particulièrement convaincant quand il souligne « l’énorme interrogation sur la place du militaire face à des formes nouvelles de conflictualité, d’extraction sociale plus que stratégique, mobilisant la faiblesse plus que la puissance ». Ironisant sur l’ambition affichée de l’opération militaire, d’initiative française, Barkhane -la « sécurisation »- Badie rappelle que « la guerre du Sahel s’alimente dramatiquement d’un manquement grave aux exigences de la sécurité humaine », à commencer par la malnutrition de masse, la quasi-absence de services sociaux, le chômage des jeunes, la désertification et les déplacements forcés, « autant de facteurs mécaniquement exploitables  par les entrepreneurs de violence, les réseaux mafieux ou les autorités communautaires rivales ».
En d’autres termes, attaquons-nous à la cause du mal plutôt que céder au « réflexe dangereux qui consiste à croire qu’il y a une solution militaire à toute réalité insécure ». D’ailleurs, « dorénavant, plus aucune puissance ne gagne les guerres ».
En outre -démontre brillamment Bertrand Badie- , à l’époque de la mondialisation, où les principales menaces ne sont pas le fait d’un « ennemi » ni ne visent spécifiquement tel ou tel territoire, « la sécurité, de nationale, est devenue globale, intimement rattachée à l’idée d’une humanité entière, inquiétée davantage dans son être que dans son appartenance nationale »,  ce qui doit nous faire mesurer le besoin vital d’un multilatéralisme digne de ce nom. Nous en sommes globalement  loin, tant sur le plan sanitaire qu’en ce qui concerne les autres enjeux vitaux, tels l’alimentation, le climat, la biodiversité ou encore les migrations. Pourtant, l’auteur attire notre attention sur le rayonnement planétaire de certaines dynamiques sociales prometteuses, ainsi que sur des initiatives économiques ou diplomatiques de certains États, privilégiant à l’occasion -sous l’effet d’une interdépendance de plus en plus incontournable- la coopération à la concurrence et la solidarité au cavalier-seul. 
Dans ce contexte, très fluctuant, l’auteur esquisse -prudemment- une définition du concept de « puissance mondialisée ».  C’est ainsi qu’il qualifie « un État capable de s’insérer dans la mondialisation de manière optimale, c’est à dire en en retirant le maximum d’avantages individuels tout en créant un ordre global profitable ». Un ordre global profitable (à toutes et à tous) : ce dernier membre de phrase est décisif.

———(1) Bertrand Badie est reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes des relations internationales. Son dernier ouvrage est paru chez Odile Jacob.

16 septembre 2021 at 5:51 Laisser un commentaire

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