Posts filed under ‘Francis Wurtz’

POUR « L’HUMANITÉ » , PARCE QU’ELLE EST UNIQUE

Jeune étudiant en philo, à la veille des « événements » de 1968, sympathisant communiste plein de bonne volonté mais davantage imprégné de l’air du temps que de culture politique, je me vois encore devisant avec mon voisin d’amphi sur un journal dont je ne connaissais, pour ainsi dire, que le nom : « l’Humanité ». Mon camarade ne semblait guère mieux informé que moi : « Il paraît qu’il est illisible » s’était-il tout juste hasardé. Il en avait dit trop ou pas assez. Nous voilà donc partis à la recherche d’un quotidien apparemment sans intérêt, pour en avoir le cœur net. Avec l’ardeur de néophytes , nous l’avons ausculté avec soin, page par page, pour conclure de concert que, ma foi, c’est pas si mal que ça, et même pas mal du tout. C’est ainsi que « l’Huma » fit son entrée dans mon petit monde. Qu’elle a durablement contribué à façonner.

Depuis bien longtemps, mes activités me conduisent à lire régulièrement de nombreux titres, qui m’apprennent souvent bien des choses, mais aucun d’entre eux, à mes yeux, ne peut remplacer l’ Huma. D’abord parce que « le journal de Jaurès » devenu celui des communistes est aujourd’hui le seul en France à se réclamer franchement de la gauche, du « peuple de gauche », des valeurs de gauche. À ce titre, il nous permet de disposer d’informations et d’analyses précieuses à qui veut exercer son esprit critique dans le contexte d’une impitoyable bataille d’idées. Mais, pour beaucoup d’entre nous, il y a plus : l' »Humanité » est unique dans sa capacité à faire vivre au concret et dans la durée une « certaine idée » de la société et du monde.

Quel autre journal nous aurait permis de vivre, 1336 jours durant, au côté de ses acteurs qui nous sont peu à peu devenus familiers, le conflit emblématique des « Fralib », jusqu’au succès final ? Nous avons eu droit à bien plus que des informations utiles : une véritable leçon de choses en matière de refus du fatalisme, de créativité dans les formes de lutte et du poids de la solidarité. De même , qui a oublié l’expérience exemplaire de démocratie citoyenne qu’a représentée la campagne pour le « non de gauche » au projet de traité constitutionnel européen , irriguée de bout en bout par les révélations et les arguments de « l’Humanité », de septembre 2003 à mai 2005 ! Ou encore, mesure-t-on bien ce que doit aux campagnes de solidarité légendaires relayées et stimulées par « l’Humanité » l’émergence, tour à tour, dans notre pays, d’une « génération Vietnam » ou d’une « génération Mandela », pour ne citer que celles qui ont précipité puis enraciné mon propre engagement ? Mais servir une cause suppose de ne pas la célébrer quand elle rayonne pour l’oublier quand elle traverse une passe difficile. C’est aussi à cela qu’on reconnaît l’éthique de « l’Humanité », par exemple quand elle traite sans relâche des succès comme des revers du peuple palestinien ou du peuple kurde dans leur long et difficile combat pour leurs droits fondamentaux, ou qu’elle ne dévie pas de sa ligne solidaire avec les migrants, même lorsque son message se heurte à des incompréhensions. Pareillement quand elle s’en tient indéfectiblement au parti-pris de l’amitié entre les peuples et de la paix quand des vents mauvais soufflent dans le sens du nationalisme et des aventures guerrières. Telle est notre « Humanité » : continuons à lui permettre de mériter son titre auprès du plus large public possible.

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7 février 2019 at 9:55 Laisser un commentaire

L’AMITIÉ FRANCO-ALLEMANDE MÉRITE MIEUX QUE CELA

Il y eu l’acte historique de De Gaulle proposant -avec l’autorité acquise durant la Résistance- à la République fédérale d’Allemagne de conclure, en 1963, un traité de coopération , symbole de réconciliation , poussant à l’apprentissage mutuel de la langue de l’ancien ennemi et créant l’Office franco-allemand de la Jeunesse. Il y a eu, vingt ans plus tard, l’hommage commun de François Mitterand et d’Helmut Kohl aux victimes de la Première guerre mondiale, à Verdun. On garde également à l’esprit les cérémonies du 60ème anniversaire du Débarquement, le 6 juin 2004, auxquelles Jacques Chirac invita Gerhard Schroeder. Pas évident, en revanche, que l’Histoire retienne le nouveau traité franco-allemand co-signé par Emmanuel Macron et Angela Merkel à Aix-la-Chapelle !

Certes, en ces temps où prolifèrent les nationalismes jusqu’au sommet de certains Etats de l’Union européenne; où l’extrême-droite se banalise dans toute l’Europe, Allemagne et France incluses ; où se colportent les messages de haine et les provocations xénophobes, on ne boudera aucun geste de rapprochement entre nos deux pays, à plus forte raison aucune initiative en faveur de l’amitié entre nos deux peuples. J’ai, personnellement grandi trop près du Rhin pour minimiser la portée du changement que représente le passage de l’ère des affrontements à celle de l’entente entre ces deux voisins.

C’est précisément en raison de cet attachement à l’amitié franco-allemande que l’on ne peut que regretter un double défaut du traité que viennent de signer le Président de la République française et la Chancelière allemande. D’abord, l’inclusion dans ce texte de clauses susceptibles de susciter l’inquiétude sinon la colère d’une partie de celles et de ceux que le traité devrait avoir pour vocation de rassembler. Que viennent faire, en effet, dans un document de cette nature, la promotion, en 2019, de « la convergence économique, fiscale et sociale » entre les deux pays -alors même que le « modèle social » CDU-SPD n’est pas vraiment celui que réclame avec force le pays en ce moment…- ; ou bien l’annonce de la création d’une « zone économique franco-allemande dotée de règles communes » dont on devine aisément l’inspiration dans le contexte actuel; ou encore le projet de coordination des deux politiques économiques afin « d’améliorer (leur) compétitivité »; sans parler de la mise en place …d’un « Conseil franco-allemand d’experts économiques » (neutres, évidemment) chargé de « présenter aux deux gouvernements des recommandations sur leur action économique » ? Chacun sait l’insistance que met, depuis son élection, le Président français à justifier son « agenda de réformes » et notamment sa politique sociale restrictive par la nécessité de « gagner la confiance d’Angela Merkel ». Difficile de ne pas voir dans ce type d’articles au cœur d’un « traité d’amitié » un gage d’orthodoxie libérale à l’égard des dirigeants de Berlin ! L’autre défaut majeur de ce traité censé consolider la paix est l’accent mis sur la coopération en matière de « forces armées », de « déploiements conjoints », d’ « industries de la défense  » ou d’ « exportation d’armements », non sans une triple référence au « traité de l’Atlantique-Nord », autrement dit à l’OTAN. Décidément, l’amitié franco-allemande vaut mieux que cela.

31 janvier 2019 at 10:48 Laisser un commentaire

LA FAUTE À L’ « EUROPE » OU A L’ ÉTAT ? : L’EXEMPLE DE L’HYDROÉLECTRICITÉ

La France va-t-elle ouvrir les concessions des barrages hydroélectriques à la concurrence ? Cette menace plane depuis des années sur l’avenir d’un secteur stratégique de notre économie. Et elle est à prendre très au sérieux. Mieux vaut donc savoir d’où vient exactement cette menace afin de voir comment agir pour la conjurer. Rappelons les explications généralement fournies à ce propos : « l’Europe » exige cette ouverture à la concurrence; la France a promis d’obtempérer à ses injonctions mais a tardé à s’exécuter ; « Bruxelles » lui a donc adressé, en 2015, une « mise en demeure ». Désormais, il ne resterait à Édouard  Philippe qu’à s’incliner au plus vite. D’ailleurs, c’est ce qu’il a laissé entendre l’an dernier.

Comme toujours, il y a, dans cette version simplifiée des faits, une part de vérité. Mais une part seulement. Certains s’en contentent, comme ce responsable de la France insoumise : « La Commission tente depuis une dizaine d’années de privatiser les barrages français. En 2015, elle a mis en demeure le gouvernement d’agir. En janvier 2018, le gouvernement d’Emmanuel Macron s’engage à répondre à ses attentes. » (1) C’est si confortable que chaque chose soit à la place qu’on lui a assignée ! L’Europe nous ligote, il faut donc lui « désobéir » ou en « sortir ». Pourtant, quand on se donne la peine d’écouter ce qu’en disent les premiers concernés, on apprend à affiner son jugement, et, partant, la stratégie à mettre en œuvre . C’est ainsi que l’animateur du collectif hydraulique de la CGT, Dominique Pani, apporte cette précision de taille : « En tant que syndicat, nous sommes allés rencontrer la Commissaire européenne, qui nous a expliqué qu’elle avait rappelé la France à ses propres engagements mais que CETTE MISE EN CONCURRENCE N’AVAIT RIEN D’OBLIGATOIRE. Si l’énergie était une prérogative européenne, les nombreuses fonctions réalisées par une centrale hydraulique, notamment dans la gestion des eaux, font qu’elle peut être rattachée aux « services d’intérêt général » qui ne sont pas soumis à la concurrence. » (2) C’est donc Paris qui, dans le cadre d’un inavouable « donnant-donnant », avait bradé, en son temps,  un patrimoine public essentiel,  à une Commission qui, en l’occurrence, n’en demandait pas tant !

Souligner cela n’enlève naturellement rien à l’exigence de contrer en permanence tous les vecteurs de l’Europe libérale, Commission en tête ! Mais à ne se laisser obnubiler que par elle, on en arrive trop souvent à sous-estimer gravement la part de responsabilité directe d’un État comme le nôtre dans la gestion de l’actuelle UE. En l’occurence, c’est, au nom-même des règles rappelées par la Commissaire au syndicaliste, qu’il nous faut arrêter le bras des bradeurs bien français d’un bien public comme nos centrales hydrauliques, qui, rappelons-le, représentent 61 % de la production d’électricité d’origine renouvelable en France -qu’elles sont, en outre, seules à pouvoir réguler en fonction des besoins- sans parler de l’utilisation des réservoirs d’eau qui leur sont associés pour l’agriculture, l’industrie ou l’alimentation des populations en eau potable. Une expérience qui doit faire réfléchir.

———
(1) Gabriel Amard (Gabrielamard.eu-4/9/2018)
(2) Entretien avec Angélique Schaller (La Marseillaise 8/4/2018)

11 janvier 2019 at 1:13 Laisser un commentaire

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