Posts filed under ‘Francis Wurtz’

A « GRANDE COALITION » GRANDE DÉSILLUSION !


Les grands axes d’un programme de gouvernement CDU-CSU-SPD sur lesquels viennent -une nouvelle fois- de s’accorder la droite et les sociaux-démocrates allemands ont donné lieu aux traditionnelles auto-congratulations des dirigeants de Berlin et aux soupirs de soulagement de leurs alliés européens. Un résultat « formidable » s’est enthousiasmé Martin Schulz, le leader social-démocrate; « Un nouveau départ pour l’Europe » a, plus sobrement, salué la Chancelière Angela Merkel. « Je suis complètement satisfait » a surenchéri Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne; tandis que, pour le porte-parole du gouvernement français, l’accord susceptible de rouvrir la voie à une « grande coalition » outre-Rhin est « bon pour l’Allemagne, bon pour la France et surtout bon pour l’Europe ». Fermez le ban !

Tout le monde n’est, apparemment, pas de cet avis… Nos amis de la « Linke », ainsi que des syndicats de la DGB , notamment. Mais aussi près de quatre adhérents du SPD sur dix ( d’après un sondage du « Spiegel ») jugent négativement l’accord , soit sensiblement la même proportion que celle des membres qui l’approuvent. Or, l’ouverture des négociations proprement dites est subordonnée au vote favorable du congrès du SPD, le 21 janvier prochain, et le programme de gouvernement définitif sera soumis directement aux adhérents du parti. La messe n’est donc pas dite ! C’est que toutes les précédentes expériences de ce type de compromission s’est payée électoralement au plus fort. En outre, aucun des grands objectifs sociaux avancés par les sociaux-démocrates durant la campagne électorale n’a pu être imposée aux conservateurs : ni la revalorisation du « SMIC » (8,84 €  brut de l’heure); ni la taxation des hauts revenus, ni la réforme de l’assurance-maladie, jugée indispensable par l’aile gauche du SPD et les jeunes socialistes (JUSOS), dont certains ont fustigé un accord « honteux ».

La compensation obtenue par Schulz en échange de tous ces renoncements est plutôt modeste : le point placé en tête de l’accord est…l’Europe ! Un geste symbolique qui a, semble-t-il, eu l’heur de satisfaire l’ancien président du Parlement de Strasbourg. Mais en quoi consiste au juste cette apparente priorité européenne , aussitôt saluée par Emmanuel Macron ? Le texte prévoit -sans plus de détails- de « renforcer » et de « réformer » la zone euro, ainsi que de doter celle-ci d’un « budget d’investissement ». Voilà un flou très macronien qui laisse une bonne  place à l’imagination …et aux désillusions. Faut-il s’attendre à voir un futur gouvernement Merkel IV opter pour cette « Union de transferts » -autrement dit une Europe solidaire entre pays riches et pauvres- que les cabinets Merkel I, II, et III ont toujours rejeté avec pertes et fracas ? Clairement, non ! Peut-on, pour le moins, espérer de cette future équipe qu’elle abandonne son obsession des pressions à la baisse des dépenses publiques des gouvernements de la zone euro ! Pas davantage. A quelles priorités serait, par ailleurs, destiné l’éventuel « budget d’investissement »? A la défense européenne ? À la sécurisation des frontières pour stopper les migrants ? A aider les multinationales dans la course à la « compétitivité » sur le marché mondial ? Ou, à l’opposé, à la réduction des inégalités sociales et territoriales et à la promotion des capacités humaines ? Le climat politique de cette coalition ne laisse, hélas, planer que peu de suspense à cet égard.

Non, la perspective européenne nouvelle à construire ne prend décidément pas sa source dans la « grande coalition ». Un vrai dialogue avec le « peuple de gauche » allemand est, en revanche, plus que jamais, le bienvenu !

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19 janvier 2018 at 7:41 Laisser un commentaire

DROITS DES MIGRANTS : LA FRANCE EST HORS LA LOI !

En ce qui concerne les droits des migrants en France, 2018 commence comme a fini 2017 : Emmanuel Macron et son ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, peaufinent leur arsenal de mesures durcissant de plus en plus leur politique migratoire, au point de risquer la condamnation de la France -une de plus !- par la Cour européenne des Droits de l’Homme. La honte ! Rappel de quelques données utiles à qui entend contribuer à faire de ce combat de civilisation l’une des priorités politiques de l’année qui s’ouvre.

2017 : Non contentes de détruire délibérément les effets des migrants des camps de fortune (tentes, couvertures…) , voire de les priver d’eau et de toilettes , ou bien de les refouler avant même qu’ils ne puissent déposer une demande d’asile, ou encore d’instaurer de fait un « délit de solidarité » à l’encontre des bénévoles portant secours à des réfugiés « illégaux »,  les autorités ont multiplié, courant décembre, les « circulaires » ministérielles et les instructions aux Préfets destinées à accélérer à tout prix les expulsions . Le dernier de ces textes prévoit l’envoi d’ « équipes mobiles » d’agents dans les centres d’hébergement d’urgence pour y organiser le tri des résidents afin d’en expulser les personnes sans papiers . Un comble lorsqu’on sait que l’accueil dans ces centres repose précisément sur le principe de l’inconditionnalité ! Le seul résultat à attendre d’un tel dispositif serait que les personnes sans papiers, se sentant menacées dans ces lieux, se résolvent à reconstituer des campements sauvages…

2018 : Les Fêtes passées, l’offensive reprend de plus belle. Certes, le 11 janvier prochain, le gouvernement organise une réunion de « concertation » . C’est qu’il se voit contraint de tenter d’enrayer l’impressionnante mobilisation du mouvement associatif au grand complet  contre les régressions programmées. Il ne s’attendait pas davantage aux effets sur de larges secteurs de l’opinion publique des vives critiques formulées par le Défenseur des Droits, Jacques Toubon, à l’encontre des violations des droits fondamentaux des migrants que représentent les mesures décidées ou en préparation. Il se voit enfin obligé de répondre au malaise qui s’exprime au sein-même de l’actuelle majorité contre cette dérive indigne. Cela étant, le projet de loi « Immigration et asile » si redouté n’est nullement remis en question. Attendu au premier trimestre de cette année, il prévoit notamment le doublement de la durée de rétention des étrangers en attente d’expulsion; l’accélération des « reconductions », en particulier des « migrants économiques »; la réduction des possibilités pour les déboutés du droit d’asile de déposer un recours; et même le refus de l’asile aux demandeurs pouvant être « réadmis dans un pays tiers sûr ». On aura une idée de ce que l’exécutif entend par « pays sûr » en se souvenant que le Président de la République envisageait l’été dernier d’installer des « hotspots » (centres d’examen des demandes d’asile)…en Libye, un pays si « sûr » qu’on y a découvert récemment des marchés aux esclaves ! Inconcevable !

Telle est la situation en ce début 2018. Une action à poursuivre et un débat à relancer en cette année marquée par le 65 ème anniversaire de l’entrée en vigueur de la Convention européenne des Droits de l’Homme, dont notre pays est signataire.

4 janvier 2018 at 2:25 Laisser un commentaire

A PROPOS DES APPORTS DE PAUL BOCCARA SUR L’EUROPE.

Le Parti communiste français vient de perdre, en l’espace de quelques mois, plusieurs figures particulièrement marquantes. Après le mathématicien de dimension et de réputation internationales, membre de l’Académie des sciences, Jean-Pierre Kahane; le brillant dirigeant parisien Henri Malberg; le fondateur des « Etats généraux de la culture » Jack Ralite -des hommes d’exception dont j’ai eu l’occasion de saluer la mémoire-, c’est à présent l’économiste, historien et anthropologue visionnaire (qualifié de « génie » par son ancien associé Philippe Herzog), Paul Boccara, qui vient de nous quitter. Le meilleur hommage que je puisse rendre à ce dernier est de revenir ici sur l’un de ses apports les plus pertinents -et les plus actuels-, à mes yeux, sur l’Europe. Je veux parler de ses analyses portant sur ce que pourrait être un rôle radicalement nouveau de l’euro et de la Banque centrale européenne axé sur le développement social et écologique ainsi que sur la solidarité, tant en Europe-même que dans nos relations avec le reste du monde. Car, autant sa condamnation des politiques européennes actuelles -plans d’austérité; intégrisme des marchés, notamment financiers; surveillance étroite des choix budgétaires et économiques des pays membres…- était sans appel, autant ses propositions alternatives étaient résolument constructives.

Répondant dès le début de la crise dite « de la dette publique » en 2010, à ceux qui préconisaient la sortie de l’euro, il les invitait à prendre la mesure du fait qu’il est parfaitement possible de « s’appuyer sur l’euro pour le financement du progrès social et de la coopération en Europe, à l’opposé de son rôle favorisant l’exportation des capitaux et entraînant la faiblesse de la croissance européenne ». (1) Autrement dit, ce n’est pas l’union monétaire en elle-même, mais l’usage qui en est fait aujourd’hui, pour des raisons de classe, qu’il faut remettre en cause. 25 ans après le lancement du processus qui a conduit à l’euro, les interdépendances créées entre pays membres ne peuvent être ignorées; en revanche, elles doivent être gérées de manière solidaire et démocratique. En plus, argumentait-il, « abandonner l’euro revient à laisser le dollar dominer le monde pour la finance. Changer le rôle de l’euro contribuerait à une autre construction mondiale, émancipée du dollar ».

Comme premier pas vers ce changement de rôle de l’euro, Boccara lança l’idée de la création d’un « Fonds européen de développement social, écologique et solidaire ». Ce Fonds serait alimenté par la création monétaire de la Banque centrale européenne (comme le sont les banques commerciales). Mais sa mission particulière serait de réserver ses crédits, gratuits ou quasi-gratuits, au financement de services publics et d’investissements dont l’efficacité sociale ou écologique aurait été établie. Cette proposition du PCF fut, à l’époque, reprise dans le programme du Front de gauche, « L’humain d’abord », puis par la trentaine de formations politiques qui composent le Parti de la Gauche Européenne (PGE). La grande fédération des syndicats allemands DGB -entre autres- nous affirmera, pour sa part, se reconnaître elle aussi dans une démarche de ce type. La recherche de convergences et d’initiatives européennes autour de tels objectifs de grande portée est plus actuelle que jamais. Comme le soulignait Paul : « Au-delà d’une émancipation économique et politique, c’est une autre civilisation en Europe et dans le monde, avec d’autres valeurs de coopération, de partage, de solidarité, de créativité commune, qui peut rassembler ».

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(1) Entretien dans « l’Humanité » (18/5/2010) Les citations qui suivent sont tirées de la même interview.

7 décembre 2017 at 10:38 Laisser un commentaire

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