Archive for février, 2018

LE « BREXIT » EN PLEIN BROUILLARD

La confusion la plus totale règne au 10, Downing Street…Depuis le vote en faveur de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, il y a…18 mois, non seulement rien n’est réglé, mais une incroyable pagaille paralyse le gouvernement de Londres . Un jour, la Première Ministre, Theresa May, semble rechercher un accord amiable avec l’UE ; le lendemain, son ministre des Affaires Étrangères, le fantasque Boris Johnson, annonce une rupture absolue avec Bruxelles.  Parfois, c’est la Cheffe du gouvernement elle-même qui se contredit à trois jours d’intervalle. Ce fut notamment le cas sur la très épineuse question du statut futur de l’Irlande du Nord. Cette province irlandaise, aujourd’hui rattachée au « Royaume-Uni » mais étroitement liée à la République d’Irlande (pays membre de l’UE) depuis l’accord de paix historique de 1998, va-t-elle à nouveau voir se fermer la frontière avec l’Irlande quand la Grande-Bretagne aura quitté l’UE ? Non, répond Theresa May le 4 décembre dernier, dans un document officiel, car elle bénéficiera d’un « alignement règlementaire complet » sur l’UE. Oui, corrige May Theresa le 7 décembre dans un autre document officiel, « la totalité du Royaume-Uni, y compris l’Irlande du Nord, quittera l’Union douanière et le marché unique européen (et) ne sera plus sous la juridiction de la Cour européenne de Justice » !

C’est que la Grande-Bretagne tout entière est aujourd’hui divisée sur la question du « Brexit ». Une courte majorité semble désormais pencher en faveur du maintien du pays dans l’UE. Beaucoup rêvent d’un nouveau référendum corrigeant le premier. Mais cela est politiquement indéfendable. Un récent rapport interne du gouvernement britannique -caché aux parlementaires mais qui a fuité dans la presse-  a accentué cette ambiance de chaos en tablant sur un affaiblissement sensible de l’économie du pays, du fait du « Brexit », dans les années à venir. La réplique des partisans les plus durs de la sortie de l’UE à ce risque est le projet diabolique de transformer le pays en paradis fiscal propre à séduire les partisans de « l’optimisation » des taxes et des impôts. Un coup de poker redoutable pour les pays voisins comme pour les classes populaires britanniques, qui seraient les premières à être sacrifiées sur l’autel de cette course à l’ hyper-compétitivité .

Pour le moment, nous n’en sommes par là. Les négociateurs britanniques en sont toujours à négocier une période de transition de près de deux ans après la sortie de l’UE . Durant cette période, Londres s’engagerait à continuer de respecter toutes les règles européennes sans plus avoir aucune voix au chapitre -ni ministre ni commissaire ni parlementaire européen- afin de tenter de digérer d’ici fin 2020 leur grand saut dans l’inconnu…Quant au type de relations , notamment économiques, que les Britanniques entendent entretenir avec leurs futurs ex-partenaires européens, il est, pour l’instant, comme le reste, en plein brouillard, si ce n’est de réclamer le beurre et l’argent du beurre : les avantages du « grand marché » sans l’accueil des « étrangers » européens ; sans contribution au budget de l’UE; et sans avoir à respecter des normes environnementales ou sociales européennes  (jugées encore trop élevées ! ) …Peut-être  en saurons-nous davantage après le discours de référence de Theresa May annoncé comme imminent. De quoi faire réfléchir ceux qui pensent qu’ « il n’y a qu’à » sortir de l’UE pour changer notre avenir.

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22 février 2018 at 11:47 Laisser un commentaire

CRITIQUER NETANYAHOU ? PLUS QU’UN DROIT, UN DEVOIR !

Il y a quelques jours, la presse faisait état d’un rapport confidentiel adressé au Conseil européen par l’ensemble des chefs de mission diplomatique des pays de l’UE à Jérusalem-Est et à Ramallah . Dressant un véritable réquisitoire contre « la politique israélienne déjà ancienne de marginalisation économique, politique et sociale des Palestiniens à Jérusalem », ce document rappelait fort justement que « la question du futur statut de la ville est au coeur du processus de paix au Moyen-Orient (et qu’) aussi longtemps que cette question ne sera pas résolue, il sera impossible d’espérer une paix durable fondée sur la solution à deux Etats ». Or, soulignaient les diplomates européens, les gouvernements israéliens conduisent, depuis 1967, à Jérusalem, une politique de « déportation silencieuse » en révoquant par milliers les permis d’habitants palestiniens afin d’y garantir une « majorité juive substantielle » et exercent depuis une quinzaine d’années « une répression constante sur l’organisation d’une vie politique palestinienne à Jérusalem-Est ». Les chefs de mission diplomatique préconisaient en conséquence un certain nombre d’initiatives européennes, parmi lesquelles des mesures plus efficaces pour distinguer « les produits des colonies » des produits israéliens, et, plus généralement, les territoires occupés du territoire israélien internationalement reconnu. Ils appelaient aussi les gouvernements européens à soutenir les « défenseurs des droits de l’homme à Jérusalem-Est » -dont ils saluaient « la non-violence et un fort sens de la solidarité »- et à sanctionner les « colons violents » désirant se rendre dans un pays de l’UE. Merci à nos diplomates pour leur rigueur et leur esprit de responsabilité !

Question : sont-ils, pour avoir rédigé ce rapport, tout comme les directeurs d’un certain nombre de journaux de gauche ou de droite, pour avoir consacré une large place à ce texte initialement confidentiel, qualifiables d’antisémites ? Absurde ! Critiquer la politique du gouvernement israélien -sur la base des résolutions des Nations Unies !- est un droit fondamental dont l’exercice n’a évidemment rien à voir avec le grave délit que représente le racisme, anti-juif en l’occurrence ! Assimiler l’un à l’autre relève d’une manipulation outrageante ! C’est pourtant ce type de procès en sorcellerie que subit depuis de longues années le fondateur de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), Pascal Boniface. Le livre qu’il vient de consacrer à l’évocation de ce harcèlement hallucinant laisse pantois : de la diffamation destinée à porter atteinte à l’honneur de sa personne à la tentative de « couler » le centre de recherches qu’il dirige, et de l’insulte publique jusqu’à la menace de mort anonyme, Pascal Boniface paie au prix fort son positionnement courageux sur le conflit du Proche-Orient (1).

J’ai dit que la critique de la politique de Netanyahou relevait d’un droit fondamental. En réalité, plus qu’un droit, c’est un devoir ! Un devoir auquel les dirigeants européens se sont délibérément soustraits alors même que leurs propres diplomates les alertent en fait annuellement depuis 2005 (!) sur la stratégie de torpillage de toute perspective de création d’un Etat palestinien. Ne les imitons pas. Réagissons ! C’est le sens de notre solidarité avec Pascal Boniface aujourd’hui.

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(1) voir : Pascal Boniface « antisémite »! (Max Milo Editions) Préface de Michel Wieviorka.

15 février 2018 at 12:49 Laisser un commentaire

NOTRE AMI GERRY ADAMS : HOMME DE PAIX; ARTISAN DE L’UNIFICATION DE L’IRLANDE; FIGURE DE LA GAUCHE EUROPEENNE

Il y a peu de dirigeants politiques en Europe qui peuvent se targuer d’avoir autant marqué l’histoire contemporaine de leur pays que Gerry Adams , le Président du parti de gauche irlandais Sinn Fein depuis 35 ans. Il était donc logique de s’arrêter sur son parcours exceptionnel alors qu’il s’apprête à passer le relai, le 10 février prochain. Ce jour-là, le congrès de la formation républicaine élira une nouvelle dirigeante. Le choix annoncé sera en soi un symbole du rayonnement que Gerry Adams aura grandement contribué à assurer à son parti. Il devrait, en effet, se porter sur l’ actuelle Vice-présidente du parti , une femme de 48 ans, originaire, non plus d’Irlande du Nord, comme l’étaient traditionnellement la plupart des responsables de Sinn Fein, mais de la République d’Irlande elle-même. La promotion de Mary-Lou McDonald, hier déjà première parlementaire européenne de son parti ( en 2004 ), aujourd’hui ( depuis 2011 ) députée au Parlement de Dublin, illustrera ainsi à elle seule l’une des réussites les plus importantes de l’action de Gerry Adams : faire de Sinn Fein un acteur politique de premier plan dans toute l’Irlande et crédibiliser , par là même, toujours plus, l’objectif stratégique central de son parti, qui est la réunification du pays .

Un petit rappel historique s’impose à ce propos : lors de la création du nouvel Etat libre d’Irlande, en 1922, les « Unionistes », descendants des colons anglais et écossais, majoritaires dans la région du nord du pays, avaient décidé de rattacher « leur » province à la Grande-Bretagne. Depuis lors, Londres considère cette partie de l’Irlande comme l’une des quatre « nations » constitutives du Royaume-Uni. Dès lors, les  républicains d’Irlande du nord, favorables au retour de la province dans la nation irlandaise, engagèrent le combat que l’on sait  -y compris, par la voie militaire avec l’IRA , opposée à la « Royal Ulster Constabulary »- contre les forces d’occupation. Sinn Fein fut longtemps présenté comme la « vitrine politique » de l’IRA, et Gerry Adams comme un membre clandestin de l’IRA, ce que l’intéressé a toujours démenti.

C’est, au contraire, dans son action inlassable pour que soit définitivement tournée la page de la lutte armée au profit de la seule lutte politique que Gerry Adams a acquis sa stature de leader incontournable , tant en Irlande-même que , progressivement, vis-à-vis des dirigeants britanniques successifs. Et les succès enregistrés sur cette voie sont spectaculaires. L’étape-clé de ce défi historique fut, on le sait, le fameux « Accord du Vendredi saint » du 10 avril 1998, par lequel « unionistes » et « républicains » d’Irlande du nord ouvrirent la voie à une co-gestion de la province dans des institutions spécifiques ( Conseil des ministres et Assemblée propres à l’Irlande du nord) et à la création d’instances de coopération entre la République d’Irlande et l’Irlande du nord. En outre, Londres et Dublin s’engagèrent à reconnaître la double citoyenneté -irlandaise et britannique- aux habitants de l’Irlande du nord. Cet accord fut massivement approuvé tant par les citoyens de l’Irlande du nord que par ceux de la République d’Irlande. Encore fallait-il s’assurer, côté républicain, du respect durable de la décision arrachée deux ans auparavant à l’IRA de renoncer à la lutte armée, et, dans le même temps, arriver à gérer tant bien que mal la cohabitation plus qu’atypique avec les chefs unionistes , souvent ultras et anciens ennemis jurés . Or, si cette expérience ne fut évidemment pas exempte de crises (comme c’est le cas en ce moment-même) , elle aura permis d’instaurer la paix dans la province et de déplacer le conflit sur le seul terrain acceptable en démocratie : celui de la politique. « Nous allons modifier le paysage politique du tout au tout -déclara Gerry Adams- Nous allons réussir ». Depuis lors, en effet, lui qui avait subi  la sinistre prison de Long Kesh -sans jugement- ; qui fut victime de deux attentats qui ont failli lui coûter la vie; lui dont même la voix fut bannie de la radio britannique par Margaret Thatcher, fit preuve d’un détermination sans faille pour faire « réussir » cette métamorphose. Aussi, lorsque, quatre mois à peine après ce fameux « Vendredi saint » , un groupe dissident de l’IRA opposé au processus de paix fit exploser une bombe tuant 29 personnes, il se montra d’une fermeté implacable dans la condamnation de ce crime. Gerry Adams est aujourd’hui reconnu comme un homme de paix.

Ces vingt années furent naturellement semées d’embuches. Plus d’une fois, en Irlande du Nord, de vieux démons de l’ex-IRA surgirent à nouveau, aussitôt exploités par les irréductibles adversaires de Sinn Fein. Mais jamais Gerry Adams n’a renoncé devant l’obstacle : « Nous avons perdu l’initiative ; il faut vite la reprendre ! » m’avait-il expliqué un jour, avec sa calme assurance. En République d’Irlande, les coups reçus ne sont pas moindres . C’est que, sous la conduite de son emblématique leader, Sinn Fein est devenu un authentique parti de gauche, proche du peuple et investi dans toutes les grandes questions sociales : « Ce qui inquiète les partis traditionnels, c’est que Sinn Fein a réussi à capter l’électorat ouvrier et populaire au détriment des partis centristes , ce qui introduit une logique de classe dans la politique irlandaise » notait fort justement,  à la veille des dernières élections générales dans la République d’Irlande, il y a tout juste deux ans, un éminent universitaire de Dublin (1). De fait, Sinn Fein est aujourd’hui un acteur majeur de la gauche irlandaise et européenne . « Il y a 20 ans, nous n’avions qu’un député. Aujourd’hui,  nous en avons 23 en Irlande et 27 en Irlande du nord » rappelait Gerry Adams en annonçant son prochain départ. De fait, Sinn Fein, seul parti présent dans les deux parties du pays, est la deuxième force politique en Irlande du nord et la troisième en République d’Irlande. Ses parlementaires européens siègent au groupe de la gauche unitaire européenne (GUE). « L’idéologie du républicanisme irlandais trouve ses racines dans la Révolution française : liberté, égalité, fraternité ! » déclarait Declan Kearney, un élu de l’Assemblée d’Irlande du nord , lors d’une récente rencontre avec Pierre Laurent au siège du parti communiste français.
Le « Brexit » constitue le dernier défi majeur auquel se sera attelé le président de Sinn Fein : plutôt que de le subir (puisque la future frontière extérieure de l’UE risque en principe de couper l’Irlande en deux !), il a, là encore, choisi l’offensive en soulignant que la réunification des deux Irlandes était la vraie solution au problème. « Le Sinn Fein fera campagne pour la tenue d’un référendum et pour la victoire dans les cinq prochaines années ! »
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(1) Aidan Regan,  professeur à l’University Collège of Dublin (« La Tribune » 22/2/2016)

11 février 2018 at 8:55 Laisser un commentaire

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