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IL FAUT DEMOCRATISER « ERASMUS » !

wurtz-l-humanite-dimancheDemandez à des étudiants -y compris britanniques…- de vous citer une réalisation positive de l’Union européenne , ils vous répondent : « Erasmus ». Et pour cause ! Grâce à ce programme de mobilité étudiante lancé il y a exactement trente ans, en 1987, et qui s’est sensiblement étendu et diversifié depuis, quelque quatre millions de jeunes Européens -étudiants surtout, mais également, depuis peu, lycéens, apprentis, demandeurs d’emploi, doctorants et même enseignants- ont effectué dans un autre pays que le leur, qui un stage de quatre semaines, qui une formation professionnelle d’un semestre, qui une année universitaire complète dans un établissement d’enseignement supérieur.

Pour tous les jeunes concernés, l’intérêt d’une telle expérience est multiple . Le premier est naturellement éducatif : l’acquisition de connaissances complémentaires dans un cadre scolaire ou universitaire ou encore un centre de formation nouveau par rapport à leur contexte national , constitue souvent un enrichissement qualitatif de leurs études ou de leur formation. Il s’y ajoute une valeur ajoutée sociale : un tel séjour a toutes les chances d’apporter à qui en bénéficie un atout bienvenu pour la recherche de son futur emploi. Mais c’est sans doute à l’épanouissement personnel d’un ou d’une jeune que cette immersion précoce dans une autre société que la sienne apporte le plus : les liens tissés avec des amis « étrangers »; la familiarisation avec d’autres cultures; l’initiation concrète à une forme de coopération internationale et de partenariat, sont autant de sources d’ouverture d’esprit propices à une approche sereine et constructive du monde interdépendant qui est aujourd’hui le nôtre. Pour toutes ces raisons, on ne peut que se réjouir de l’existence de cet acquis trentenaire de l’Union européenne, auquel participent à présent 33 pays d’Europe, et même 169 nations du monde pour les étudiants en master !

Raison de plus pour saisir l’occasion des commémorations de ce bel anniversaire pour tenter une évaluation équilibrée de cette réalisation. On vient d’en mesurer la portée positive; examinons-en à présent le plus sérieux manque à gagner. Nous nous en tiendrons ici à un seul grief car il est, de loin, le plus largement partagé, tant par d’anciens bénéficiaires de ces programmes que par certains des nombreux autres qui n’ont pas eu leur chance : le financement européen d’Erasmus est très loin de correspondre aux besoins ! Malgré une récente revalorisation du budget qui lui est consacré (qui atteint désormais environ 1,7% des dépenses totales de l’UE), le montant des bourses accordées (soit entre 150 et 300 euros par mois environ pour un étudiant ou une étudiante) n’a tout simplement rien à voir avec le coût réel d’un séjour dans la plupart des pays d’accueil ! Les bénéficiaires sont donc tributaires des aides complémentaires (de plus en plus aléatoires) versées par les collectivités territoriales dont ils dépendent, ainsi que de la contribution familiale quand c’est possible . Ces contraintes éliminent nombre de candidats : « En 2016, à peine 61% des demandes de financement de projets de mobilité et de partenariat, tous secteurs confondus, ont été satisfaites » ! (1) Et encore ne s’agit-il là que des demandes réellement déposées ! Mais combien sont-ils ou elles, en particulier parmi les apprentis, à connaître vraiment cette possibilité, à être pleinement rassurés sur les conditions de leur séjour à l’étranger ou à être épaulés auprès de leur employeur pour être en mesure de se porter sereinement candidat ? Et reste par dessus tout la question cruciale du financement ! La solution permettant de dépasser cette forme de discrimination est à rechercher du côté de l’idée d’une « allocation de mobilité adaptée aux réalités sociales » des jeunes, voire de celle de « la création d’un service public européen » destiné à aider les jeunes en question non seulement à s’installer dans le pays d’accueil, mais à bénéficier d’un accès au logement, aux soins médicaux et aux transports. (2) Cela s’appelle la démocratisation .

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(1) Sandrine Doucet, députée au Parlement européen, auteure d’un rapport sur le sujet, citée dans « Le Monde » (6/1/2017)
(2) Voir « Progressistes » (avril-juin 2014) : Jérémy Roggy, alors responsable Erasmus au CN de l’UEC.

12 janvier 2017 at 7:56 Laisser un commentaire

10 HEURES POUR LA SOLIDARITE ET LA PAIX

wurtz-l-humanite-dimanche« Merci ! Faites une réunion comme celle-là chaque mois ! » lança un invité africain à la fin de la « Conférence mondiale pour la paix et le progrès » organisé par le Parti communiste français le 1er juin dernier sous la coupole d’Oscar Niemeyer. A en juger par la réaction spontanée de tous ceux qui ont entendu ce cri du coeur en quittant la salle , le sentiment était largement partagé. C’est peu dire que nous-mêmes, comme les progressistes des cinq continents en général, nous avons tous un besoin vital de telles bouffées d’oxygène dans le moment difficile que traverse notre combat. En réussissant à faire se rencontrer aujourd’hui des acteurs au profil aussi divers et pourtant aux objectifs aussi convergents, ces 10 heures dédiées à la solidarité et à la paix constituent à mes yeux un acte politique exemplaire . Pour en mesurer l’intérêt, voici quelques brèves pépites de la mine d’expériences, de sensibilités et d’espoirs que nous ont offertes les 80 invités d’un jour.

« Le processus de paix (1) a transformé la société irlandaise. La réconciliation doit devenir la nouvelle dynamique, en prenant en compte l’héritage de souffrances de notre peuple » a déclaré l’éminent dirigeant du Sinn Fein, Pat Doherthy, précisant au passage sa position face au « Brexit » : « il faut changer l’Europe, pas en sortir ! » Retenu en Turquie, c’est par vidéo que Sélahattin Demirtas, le courageux leader progressiste du HDP, devenu la bête noire du tyran Erdogan, a exhorté les forces de paix à se rassembler : « être aussi unis que les tenants de la guerre est un défi primordial ! » nous a-t-il lancé. Côte à côte, la représentante du Parti du peuple palestinien et le Secrétaire général du Parti communiste israélien ont placé leur « confiance dans la solidarité internationale » (PPP) car, « sans pression internationale, le gouvernement Nétanyahou n’acceptera aucune solution de paix » (PCI). Militant de longue date de la cause des droits de l’homme en Syrie, Haytam Manna a fustigé le choix de la violence, tant de la part du régime de Damas que de celle de la Turquie, des pays du Golfe et de l’Iran. Il regretta que « la France (se soit) exclue d’elle-même » de tout règlement politique du conflit lorsque Laurent Fabius a déclaré que « les gens d’Al Nosra ( Al Qaeda ! ) font du bon boulot » sur le terrain ! Le même rejet de l’illusion des « solutions » militaires aux conflits fut exprimé par Aminata Traoré, ancienne ministre de la culture du Mali et figure progressiste internationalement reconnue, pour qui « la crise au Mali est la conséquence de l’agression contre la Libye ». Elle attire l’attention sur la contradiction des dirigeants européens qui disent à Verdun : « Plus jamais ça ! », mais font la guerre en Afrique, tout en rejetant les migrants qui meurent par milliers en Méditerranée. »

Des convergences prometteuses se sont également faites entendre parmi les invités français : depuis Françoise Dumont, la Présidente de la Ligue des Droits de l’Homme, prônant « la solidarité contre la pratique des boucs-émissaires » jusqu’à Claire Fehrenbach, la Directrice générale d’OXFAM-France, mettant en cause « le capitalisme sauvage » responsable du « fossé qui se creuse » entre riches et pauvres, en passant par Paul Quilès, ancien ministre de La Défense devenu un militant acharné et convaincant du désarmement nucléaire , ou encore Nicolas Hulot, Président de la Fondation pour l’homme et la nature, appelant à « redonner du sens au progrès ».

Laissons néanmoins le mot de la fin à la porte-parole du Maire d’Hiroshima appelant à renforcer « le réseau des Maires pour la Paix » déjà riche de 7000 villes du monde. Au total, une belle illustration du nécessaire « travail entre courants progressistes de plus en plus divers » auquel appela Pierre Laurent car « le monde solidaire est notre combat à tous ».

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(1) Accord de 1998 entre les Républicains et les « Unionistes » d’Irlande du Nord ainsi que la Grande-Bretagne et la République d’Irlande pour une solution politique du conflit.

9 juin 2016 at 6:26 Laisser un commentaire

LES TROIS PILIERS DE LA « REFONDATION DE L’ EUROPE »

wurtz-l-humanite-dimancheLes développements des mouvements sociaux dans tout le pays et le large soutien que leur témoignent nos concitoyens font renaître l’espoir d’une possible nouvelle donne à gauche en 2017. Cette situation en pleine évolution renforce la pertinence du débat autour de la question de l’Europe que nous voulons. La dimension européenne de nos luttes pèsera lourd, en effet, pour réussir à imposer de vrais changements. C’est là une vaste question sur laquelle nous reviendrons abondamment dans la prochaine période.

Mais tout d’abord, qu’entendons-nous par « refondation de l’Europe ». Il convient d’autant plus de clarifier ce point que l’expression est aujourd’hui galvaudée tous azimuts : Sarkozy lui-même se l’est attribuée ! Il me semble qu’il est possible de résumer l’essentiel des transformations que cette notion représente à nos yeux en nous concentrant sur trois piliers : la question sociale; la question démocratique; la question éthique. C’est, en effet, avant tout sur ce triple terrain qu’a pris racine la défiance de masse des Européens -tous pays confondus- vis à vis du modèle européen actuel. Chacun de ces enjeux a été évoqué ces dernières semaines dans le cadre de cette « chronique ». Rappelons-en schématiquement l’esprit :

La question sociale : la priorité des politiques communes doit radicalement changer. Elle est aujourd’hui centrée sur « l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre et non faussée » dont on constate les effets ravageurs. Il s’agit d’engager -en solidarité avec le plus de forces possibles d’autres pays européens- des batailles en rupture avec cette orientation et en faveur d’un nouveau modèle social et environnemental répondant aux attentes populaires. Cela pose , à l’échelle européenne, la question cruciale du pouvoir sur l’argent et son utilisation. Pour se libérer de la toute-puissance des marchés financiers et de leurs diktats anti-sociaux, le changement des missions de la Banque centrale européenne est décisif. Sa capacité à créer de l’argent gratuitement (80 milliards d’euros par mois actuellement !) doit servir aux dépenses publiques utiles à la société au lieu d’alimenter les opérations financières des banques. (1)

La question démocratique. On assiste , notamment depuis la crise de la zone euro en 2010, à une hyper-centralisation du pouvoir européen qui remet gravement en cause la souveraineté populaire ( mais à laquelle nos gouvernements participent activement ! ). « Refonder l’Europe » passe par l’inversion de cette verticalité de plus en plus insupportable. Les citoyens doivent être dûment impliqués dans les grands choix qui déterminent leur avenir. Le droit de chaque peuple de choisir son destin est imprescriptible. Nous voulons que les nations s’associent en choisissant ce qu’elles veulent faire ensemble pour gérer leur interdépendance de façon libre et solidaire. (2)

La question éthique. A l’opposé du naufrage moral de l’UE qu’illustre son rejet des réfugiés, une « Europe refondée » doit se fixer de grands desseins mobilisateurs : porter un modèle social avancé dans la mondialisation; rebâtir un système de sécurité collective sur le continent européen; user de son poids pour contribuer, avec des alliés des pays du Sud et des « émergents », à changer les règles dans les relations internationales…(3) . Autant de pistes qui devraient permettre de ranimer le débat démocratique européen. Et de faire renaître l’espoir.

(1) Voir notamment HD du 21/4/2016
(2) Voir notamment HD du 25/2/2016
(3) Voir notamment HD du 4/5/2016

2 juin 2016 at 6:20 Laisser un commentaire

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