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FAUT-IL BOUDER LA CHINE OU COOPÉRER AVEC ELLE ?

Alors que se tient le 19ème Congrès du Parti communiste chinois -événement majeur de part ses répercussions mondiales- le moment est propice à la réflexion sur la conduite à tenir en Europe vis-à-vis de ce pays à tous égards atypique. Limitons-nous aujourd’hui à un seul domaine -mais de quelles dimensions !- : les « Nouvelles routes de la soie » (1)

Du point de vue des potentialités qu’il recèle, ce projet visionnaire et hors normes suscite notre admiration et même notre enthousiasme. Ne concerne-t-il pas plus de 60 pays représentant plus de quatre milliards d’habitants et près des deux-tiers des richesses du monde ? L’immense maillage d’infrastructures civiles qu’il se propose de réaliser serait à même de connecter entre eux l’Asie, le Proche-Orient, l’Europe et l’Afrique -ici par des corridors ferroviaires de 10 000 à 15 000 km, là par d’imposantes routes maritimes ! Conçu correctement, il peut favoriser un développement des coopérations à une échelle sans précédent et contribuer à l’émergence d’un monde plus uni et plus solidaire. Magnifique défi, donc.

Certains hérauts de la « famille occidentale » craignent que ce projet ne contrecarre la suprématie des Etats-Unis sur le monde. Argument irrecevable pour les progressistes : nous ne soutenons la suprématie d’aucune puissance, quelle qu’elle soit. D’autres reprochent à la Chine de penser d’abord à ses propres intérêts -recherche de débouchés; sécurisation de ses approvisionnements; recherche d’une reconnaissance internationale… Cette objection tombe également si les coopérations sont conçues de manière à ce que les gains de l’un ne se traduisent pas par une perte pour les autres -principe essentiel que les Chinois disent explicitement accepter dans les négociations à venir. Enfin, certains milieux d’affaires ne conçoivent pas des « retours sur investissements » sur 30 ou 35 ans , comme c’est, en partie, envisagé pour ces méga-chantiers : leurs petits calculs de rentabilité à court terme ne doivent pas nous détourner d’une vision d’avenir comme celle que peuvent nous offrir ces chantiers titanesques et les relations culturelles et humaines qui doivent les accompagner !

Prenons, en revanche, très au sérieux les interrogations légitimes, telles que le risque d’une multiplication d’acquisitions de secteurs stratégiques par la Chine (comme le port grec du Pirée), ou celui de l’exacerbation de la concurrence dans des domaines sensibles en matière d’emploi (comme les exportations d’acier ou des produits high-tech), et plus généralement la crainte du dumping social ou environnemental. Il en va de l’acceptabilité de ces « Nouvelles routes » par les citoyens européens, donc de la réussite de ce grand projet ! « Nous voulons construire avec vous des rapports gagnants-gagnants » nous répondent à ce propos nos amis chinois . Dès lors, que faire ? Bouder cette initiative planétaire comme l’ont fait les principaux pays européens, dont la France, en refusant d’envoyer des dirigeants de haut niveau au récent Forum international chargé de définir les contours du projet, à Pékin ? Ou, au contraire, s’engager fermement dans des négociations transparentes , mais pour des coopérations effectivement bénéfiques pour tous ? Poser la question, c’est y répondre. Il faut saisir cette chance historique de changer le cours de la mondialisation, dans un sens plus inclusif, plus coopératif et plus pacifique ! Cela risque de ne pas être facile et prendra du temps ? Comme le dit, paraît-il, un proverbe chinois : « La patience est une planète amère…dont les fruits sont sucrés ».

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(1) Immense programme d’infrastructures visant notamment à relier la Chine à l’Europe. (Voir HD 22281 du 12/10/2017)

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19 octobre 2017 at 12:55 Laisser un commentaire

10 HEURES POUR LA SOLIDARITE ET LA PAIX

wurtz-l-humanite-dimanche« Merci ! Faites une réunion comme celle-là chaque mois ! » lança un invité africain à la fin de la « Conférence mondiale pour la paix et le progrès » organisé par le Parti communiste français le 1er juin dernier sous la coupole d’Oscar Niemeyer. A en juger par la réaction spontanée de tous ceux qui ont entendu ce cri du coeur en quittant la salle , le sentiment était largement partagé. C’est peu dire que nous-mêmes, comme les progressistes des cinq continents en général, nous avons tous un besoin vital de telles bouffées d’oxygène dans le moment difficile que traverse notre combat. En réussissant à faire se rencontrer aujourd’hui des acteurs au profil aussi divers et pourtant aux objectifs aussi convergents, ces 10 heures dédiées à la solidarité et à la paix constituent à mes yeux un acte politique exemplaire . Pour en mesurer l’intérêt, voici quelques brèves pépites de la mine d’expériences, de sensibilités et d’espoirs que nous ont offertes les 80 invités d’un jour.

« Le processus de paix (1) a transformé la société irlandaise. La réconciliation doit devenir la nouvelle dynamique, en prenant en compte l’héritage de souffrances de notre peuple » a déclaré l’éminent dirigeant du Sinn Fein, Pat Doherthy, précisant au passage sa position face au « Brexit » : « il faut changer l’Europe, pas en sortir ! » Retenu en Turquie, c’est par vidéo que Sélahattin Demirtas, le courageux leader progressiste du HDP, devenu la bête noire du tyran Erdogan, a exhorté les forces de paix à se rassembler : « être aussi unis que les tenants de la guerre est un défi primordial ! » nous a-t-il lancé. Côte à côte, la représentante du Parti du peuple palestinien et le Secrétaire général du Parti communiste israélien ont placé leur « confiance dans la solidarité internationale » (PPP) car, « sans pression internationale, le gouvernement Nétanyahou n’acceptera aucune solution de paix » (PCI). Militant de longue date de la cause des droits de l’homme en Syrie, Haytam Manna a fustigé le choix de la violence, tant de la part du régime de Damas que de celle de la Turquie, des pays du Golfe et de l’Iran. Il regretta que « la France (se soit) exclue d’elle-même » de tout règlement politique du conflit lorsque Laurent Fabius a déclaré que « les gens d’Al Nosra ( Al Qaeda ! ) font du bon boulot » sur le terrain ! Le même rejet de l’illusion des « solutions » militaires aux conflits fut exprimé par Aminata Traoré, ancienne ministre de la culture du Mali et figure progressiste internationalement reconnue, pour qui « la crise au Mali est la conséquence de l’agression contre la Libye ». Elle attire l’attention sur la contradiction des dirigeants européens qui disent à Verdun : « Plus jamais ça ! », mais font la guerre en Afrique, tout en rejetant les migrants qui meurent par milliers en Méditerranée. »

Des convergences prometteuses se sont également faites entendre parmi les invités français : depuis Françoise Dumont, la Présidente de la Ligue des Droits de l’Homme, prônant « la solidarité contre la pratique des boucs-émissaires » jusqu’à Claire Fehrenbach, la Directrice générale d’OXFAM-France, mettant en cause « le capitalisme sauvage » responsable du « fossé qui se creuse » entre riches et pauvres, en passant par Paul Quilès, ancien ministre de La Défense devenu un militant acharné et convaincant du désarmement nucléaire , ou encore Nicolas Hulot, Président de la Fondation pour l’homme et la nature, appelant à « redonner du sens au progrès ».

Laissons néanmoins le mot de la fin à la porte-parole du Maire d’Hiroshima appelant à renforcer « le réseau des Maires pour la Paix » déjà riche de 7000 villes du monde. Au total, une belle illustration du nécessaire « travail entre courants progressistes de plus en plus divers » auquel appela Pierre Laurent car « le monde solidaire est notre combat à tous ».

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(1) Accord de 1998 entre les Républicains et les « Unionistes » d’Irlande du Nord ainsi que la Grande-Bretagne et la République d’Irlande pour une solution politique du conflit.

9 juin 2016 at 6:26 Laisser un commentaire

PEUT-ON HUMANISER LA MONDIALISATION ?

wurtz-l-humanite-dimanche« La mondialisation sera ce que nous en ferons » a l’habitude de dire Bertrand Badie. De fait, les fléaux qui empoisonnent l’humanité et la planète elle-même aujourd’hui n’ont rien de « naturel » . Ils sont les fruits de décisions politiques très concrètes mises en oeuvre par le biais d’instruments conçus  à cette fin. Et l’Union européenne n’est pas le moindre des acteurs de cette mondialisation-là . Aussi, le combat pour changer l’Europe doit-il nécessairement porter également sur son action extérieure dans toutes ses dimensions. L’une des raisons d’être d’une construction européenne refondée serait précisément qu’elle use de son poids et de son influence pour agir avec les nombreux alliés potentiels qui n’attendent que cela, en particulier dans les pays du sud et parmi les pays dits émergents, pour démocratiser et humaniser la mondialisation. Nous tenterons d’illustrer dans la prochaine période , par des exemples tirés de l’actualité, les contours possibles de ces nouvelles ambitions de politique internationale pour une « autre Europe ».

Un premier exemple nous est malheureusement fourni en ce moment même par la nouvelle épreuve à laquelle sont confrontées plusieurs régions d’Afrique : la terrible sécheresse qui s’abat sur l’Est, le Centre et le Sud du continent. L’Ethiopie , en particulier, connait à cet égard l’une des pires situations de ces cinquante dernières années : récoltes limitées, prix des denrées alimentaires renchéries, manque de fourrage pour le bétail, et de semences pour la prochaine saison…Entre 10 et 15 millions de personnes sont touchées par les effets dévastateurs de cette calamité. Parmi elles, plusieurs millions d’enfants souffrent de pénurie critique d’alimentation. Le risque d’une catastrophe humanitaire couve depuis un an et demi ( c’est la quatrième saison sans pluie ) . Aujourd’hui, c’est l’alerte rouge ! Nombre d’autres pays de la région manquent cruellement de vivres et d’eau. Eux aussi ont un besoin vital d’aide alimentaire et humanitaire qui tarde dramatiquement, au point que l’ONU organise une réunion d’urgence des principaux « bailleurs de fonds » ce 26 avril pour tenter d’éviter le pire.

Alors, qu’attendre de l’UE sous ce rapport ? Qu’elle réponde à l’appel aux dons ? Oui, bien sûr. Elle le fait d’ailleurs, même si les 140 millions d’euros annoncés représentent à peine 10% de ce que demande la seule Ethiopie . Mais surtout, c’est un vrai partenariat pour le co-développement humain durable entre l’Europe et l’Afrique qui fait défaut . Au lieu de nourrir le mythe cynique de « l’eldorado africain » -tablant sur les profits à tirer dans 20 ans des 15% de « classes moyennes solvables » dont rêvent les « investisseurs » occidentaux- , l’Europe aurait tout à gagner à engager une saine coopération -en matière de formation, de développement agricole et agro-industriel, de construction d’infrastructures, de transfert de technologies adaptées, d’accès au crédit, ainsi qu’ un dialogue politique respectueux des souverainetés afin d’aider ces pays à se donner les moyens de répondre aux frustrations explosives des centaines de millions de laissés-pour-compte de ce continent jeune , à la créativité potentiellement très prometteuse. L’enjeu est de taille : l’Afrique représentera le quart de l’humanité dans quinze ans ! Il est dans l’intérêt de tous -à commencer par celui de ses voisins européens- qu’elle puisse offrir à ses sociétés un vrai contrat social et des institutions légitimes dans lesquelles ses peuples puissent se reconnaître et épanouir leurs capacités. Quel réseau d’amitiés, de coopérations et d’influence incomparable cette relation nouvelle permettrait-elle de faire émerger ! Un rêve ? Non : un projet !

28 avril 2016 at 10:30 Laisser un commentaire

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