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L’UKRAINE ENTRE ESPOIR TENU ET PROVOCATION IRRESPONSABLE

Deux informations -très peu commentées- concernant le conflit en Ukraine viennent de tomber à deux jours d’intervalle. La première, le 23 août : « Les Chefs d’Etat et de gouvernement des pays du format Normandie (France, Allemagne, Russie, Ukraine) ont apporté, mardi 22 août, lors d’un entretien téléphonique, leur soutien à un nouvel accord de cessez-le-feu dans l’Est de l’Ukraine » (1). Dans une Déclaration commune -événement suffisamment rare par les temps qui courent pour retenir l’attention- , Vladimir Poutine, Petro Porochenko, Emmanuel Macron et Angela Merkel soulignent qu’ils resteront engagés dans la mise en oeuvre des Accords de Minsk conclus en février 2015.

Malgré l’extrême fragilité de ce type de mesure dans le contexte actuel, on veut y voir l’espoir d’une amorce d’une nouvelle dynamique de paix…quand tombe, le 24 août, la seconde dépêche : premier Chef du Pentagone à visiter l’Ukraine de puis une décennie, Jim Mattis, Secrétaire américain à la Défense, a déclaré à Kiev « étudier de manière active » la possibilité de livrer les armes létales (susceptibles de provoquer la mort) réclamées par le Président Porochenko , quitte à torpiller d’emblée le cessez-le-feu et à provoquer une nouvelle escalade ! (2) On reste confondu devant pareille irresponsabilité.

Le terrible bilan de ces trois ans de guerre -plus de 10 000 morts, un pays plus divisé que jamais, une société minée par le ressentiment, la haine et l’esprit de revanche- rend l’illusion d’une « solution » militaire  totalement  absurde . La seule référence en matière de règlement politique du désastre russo-ukrainien reste à ce jour les accords de paix dit « de Minsk », encore rappelés par les « 4 » dirigeants politiques du format Normandie. Or, si les responsabilités des insurgés du Donbass et de Moscou dans le blocage du processus de « Minsk » sont légitimement dénoncées, celles de Kiev sont quasi-systématiquement passées sous silence. Rappelons donc les termes de ces accords : cessez-le-feu ; retrait des armes lourdes par les deux parties; libération et échange des prisonniers; amnistie et instauration d’un dialogue pour la tenue d’élections locales et la définition du futur statut des régions rebelles de l’Est du pays; rétablissement des liens économiques et sociaux entre Kiev et le Donbass; restitution aux forces de Kiev du contrôle des frontières dans toute la zone du conflit après la tenue d’élections locales; mise en place d’une nouvelle Constitution prévoyant une « décentralisation » des régions rebelles de l’Est, en accord avec les représentants de ces régions. Pourtant, que l’on sache, il n’a été question à Kiev jusqu’ici -pour ne citer que les points les plus névralgiques- ni du futur statut du Donbass ni des élections locales, ni de la réforme constitutionnelle. Même des observateurs peu enclins à la sévérité à l’égard des autorités ukrainiennes le reconnaissaient pourtant à l’occasion du premier anniversaire des Accords de Minsk : « C’est désormais l’Ukraine, jusqu’à présent attachée à tenir le rôle du bon élève, qui se retrouve dans le collimateur », notait alors « Le Monde » qui précisait même que , « selon un diplomate français », « La situation à Kiev constitue notre principale inquiétude ». Rien n’a bougé depuis, à cet égard.  Raison de plus pour ne rien entreprendre, en plein cessez-le-feu, qui puisse encourager les va-t-en guerre à jeter de l’huile sur le feu. Cap sur « Minsk », mais sans œillères !
——
(1) Agence Europe -23/8/2017. L’appellation « format Normandie » fait référence à la rencontre informelle entre les dirigeants des quatre pays, le 6 juin 2014, en Normandie, à l’occasion des célébrations du Débarquement de 1944.
(2) RFI avec l’AFP -24/8/2017
(3) Le Monde.fr -12/2/2016

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31 août 2017 at 10:59 Laisser un commentaire

LE PIÈGE DES « VALEURS COMMUNES » TRANSATLANTIQUES.

« Je ne vois aucune équivalence entre ceux qui ont des opinions (sic) fascistes et ceux qui s’y opposent. Je pense qu’il est important que tous ceux qui occupent des postes de responsabilité condamnent les positions d’extrême droite partout où ils les entendent » : la très conservatrice Première Ministre britannique s’est sentie contrainte de réagir aux scandaleux propos de Donald Trump après les violences criminelles des néo-nazis à Charlottesville . Et pour cause : elle s’était précipitée à Washington au lendemain de l’arrivée du milliardaire raciste à la Maison Blanche pour célébrer la « spécial relationship » à établir entre les deux pays à l’issue du « Brexit ». Theresa May n’est, cependant, pas seule parmi les dirigeants européens à se sentir gênée aux entournures face au spectacle hideux qu’offre au monde une partie de « l’Amérique », encouragée par le Président en personne. C’est que le mythe des « valeurs communes » entre l’Union européenne et les Etats-Unis était jusqu’il y a peu , à Bruxelles, une composante incontournable des discours officiels, quels que soient les circonstances et les interlocuteurs.

Ainsi, il a suffit que MM Barroso (pour la Commission) et Van Rompuy (pour le Conseil européen) rendent-compte à la presse , avec le Président Obama, de leurs discussions sur le très prosaïque dossier du traité de libre-échange TAFTA pour qu’aussitôt les journalistes constatent  que « les trois hommes ont constamment rappelé les valeurs communes des Européens et des Américains »(1) . C’était en 2014. Comme on sait, M. Barroso partit ensuite défendre ses valeurs à la direction de Goldman-Sachs. Avant lui , Romano Prodi adressant ses « chaleureuses félicitations » à George W. Bush pour sa réélection ne put s’empêcher d’insister, comme il se devait, sur « les valeurs partagées ». Des valeurs qui résistaient manifestement jusqu’ici à toutes les épreuves puisque la « Stratégie européenne de sécurité », publiée par l’Union européenne au lendemain de l’invasion de l’Irak par l’armée américaine, versait carrément dans le lyrisme en proclamant : « En agissant ensemble, l’Union européenne et les Etats-Unis peuvent constituer une formidable force au service du bien dans le monde » !
Avec l’infréquentable Trump, cela se complique. Lors de sa première visite à Bruxelles, il a eu droit au rappel de « la plus grande tâche » commune aux Etats-Unis et à l’UE, à savoir… « la consolidation du monde libre » autour des « valeurs fondamentales occidentales » (2). C’est, apparemment mal parti. Au-delà de ces formulations quelque peu « vintage », les dirigeants européens auront désormais du mal à échapper plus longtemps à une révision déchirante de la nature des relations transatlantiques . En commençant par sortir du piège de nos prétendues « valeurs communes ».

Cela vaut au demeurant pour les 27 ou 28 Etats membres de l’UE eux-mêmes ! On attend qu’on nous détaille les valeurs que nous partagerions avec les politiciens nationalistes et xénophobes au pouvoir en Pologne et en Hongrie (entre autres) tout comme avec des dirigeants de Lettonie qui autorisent à défiler à Riga, chaque 16 mars, des vétérans et des sympathisants de la « légion lettone » qui a combattu dans les rangs de la Waffen SS contre l’armée soviétique pendant la seconde guerre mondiale (3) ! La grande manifestation anti-raciste de Boston tout comme les récentes  mobilisations anti-nationalistes a Budapest et à Varsovie nous le rappellent : le lieu ne change rien à l’affaire ; construire une communauté de valeurs, c’est un combat.

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(1) RTBF 26/3/2014
(2) Donald Tusk, Président du Conseil européen, 25/5/2017.
(3) Le Parisien 16/3/2014

24 août 2017 at 5:22 Laisser un commentaire

LA HONGRIE D’ORBAN, LABORATOIRE DU POPULISME

Le Parti de la gauche européenne (PGE) a choisi de tenir cette année son Université d’été à Budapest. Les courageux militants et militantes du « Parti ouvrier hongrois-2006 », affilié au PGE, attendaient cet acte de solidarité. En brisant ainsi l’isolement de leurs camarades hongrois, les participants à l’événement, venus de toute l’Europe, de l’Ouest comme de l’Est, ont, en retour, appris à mieux cerner les ressorts pervers d’une politique qui ont permis à un dirigeant populiste de la droite extrême d’exercer une influence de masse sur un peuple désemparé dans un pays en crise profonde.

Tout d’abord, l’on ne peut comprendre le soutien apporté par de larges couches populaires -y compris celles qui se disent nostalgiques du leader historique de la Hongrie socialiste d’après 1956, Janos Kadar- au régime ultra-conservateur de Victor Orban sans mesurer l’ampleur du rejet du pouvoir social-libéral qui l’a précédé. C’est le sentiment d’abandon social et la désillusion politique qui avait poussé une population paupérisée et privée de perspective à porter au pouvoir le leader du parti Fidesz et à lui donner en 2010 la large majorité requise pour changer la Constitution. Depuis lors, Orban s’emploie à consolider les bases les plus réactionnaires de son pouvoir en jouant sur tous les registres à même de diviser le peuple et de compromettre toute alternative progressiste.

Il fut le premier à édifier un mur contre les migrants au nom de « l’unité spirituelle » de la nation chrétienne. Il poursuit avec zèle le harcèlement anticommuniste commencé il y a un quart de siècle, en prétendant déboulonner la statue et fermer les archives de Georg Lukacs, éminent philosophe marxiste hongrois de réputation internationale. S’il tente ainsi d’effacer de la mémoire nationale toute trace de pensée critique, il cherche, à l’opposé, à faire revivre l’esprit de revanche nationaliste né il y a un siècle du traité de Trianon (1920), qui priva la Hongrie de plusieurs de ses provinces en les rattachant aux pays voisins. C’est ainsi que les habitants de lointaine origine hongroise de ces pays se sont vus attribuer la nationalité magyare. Il multiplie par ailleurs les polémiques avec l’Union européenne en comptant tirer profit de l’impopularité de « Bruxelles », bien qu’il n’ait nul besoin d’injonction extérieure pour accentuer les inégalités sociales et exercer un autoritarisme quasi-dictatorial dans les institutions et les media.

Enfin, il n’a pas hésité à jouer subrepticement la carte de l’antisémitisme en couvrant les murs de la capitale d’affiches fustigeant le milliardaire américain d’origine hongroise Georges Sorros, dont la fondation aide les nouvelles couches moyennes mais qui symbolise aux yeux de nombreux autres citoyens le tournant libéral des années 1990 et les terribles injustices sociales qui ont suivi. Et, dans le même temps, le parti d’Orban reprend à son compte une vieille antienne réactionnaire au sujet du Pétain hongrois, l’ex-tyran Horthy, qui dirigea la Hongrie d’une main de fer, depuis l’écrasement de la République des Conseils en 1919 jusqu’à la capitulation du régime nazi auquel il s’était rallié : « Horthy a sauvé des juifs! » Précisons que 440 000 juifs hongrois ont été déportés pendant la guerre ! Ce n’est qu’à l’approche de la défaite -« alors que l’on entendait déjà les chenilles des chars soviétiques aux abords de Budapest », selon l’image d’un antifasciste- que le dictateur fit stopper la déportation des juifs de la capitale. La réécriture de l’Histoire fait partie de la panoplie du populiste.

On a dit de la Hongrie d’Orban qu’elle constituait « le laboratoire européen du populisme de la droite extrême ». A tout le moins, la gauche européenne gagne à tirer les leçons de la douloureuse épreuve des démocrates hongrois.

27 juillet 2017 at 7:22 Laisser un commentaire

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