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L’AMITIÉ FRANCO-ALLEMANDE MÉRITE MIEUX QUE CELA

Il y eu l’acte historique de De Gaulle proposant -avec l’autorité acquise durant la Résistance- à la République fédérale d’Allemagne de conclure, en 1963, un traité de coopération , symbole de réconciliation , poussant à l’apprentissage mutuel de la langue de l’ancien ennemi et créant l’Office franco-allemand de la Jeunesse. Il y a eu, vingt ans plus tard, l’hommage commun de François Mitterand et d’Helmut Kohl aux victimes de la Première guerre mondiale, à Verdun. On garde également à l’esprit les cérémonies du 60ème anniversaire du Débarquement, le 6 juin 2004, auxquelles Jacques Chirac invita Gerhard Schroeder. Pas évident, en revanche, que l’Histoire retienne le nouveau traité franco-allemand co-signé par Emmanuel Macron et Angela Merkel à Aix-la-Chapelle !

Certes, en ces temps où prolifèrent les nationalismes jusqu’au sommet de certains Etats de l’Union européenne; où l’extrême-droite se banalise dans toute l’Europe, Allemagne et France incluses ; où se colportent les messages de haine et les provocations xénophobes, on ne boudera aucun geste de rapprochement entre nos deux pays, à plus forte raison aucune initiative en faveur de l’amitié entre nos deux peuples. J’ai, personnellement grandi trop près du Rhin pour minimiser la portée du changement que représente le passage de l’ère des affrontements à celle de l’entente entre ces deux voisins.

C’est précisément en raison de cet attachement à l’amitié franco-allemande que l’on ne peut que regretter un double défaut du traité que viennent de signer le Président de la République française et la Chancelière allemande. D’abord, l’inclusion dans ce texte de clauses susceptibles de susciter l’inquiétude sinon la colère d’une partie de celles et de ceux que le traité devrait avoir pour vocation de rassembler. Que viennent faire, en effet, dans un document de cette nature, la promotion, en 2019, de « la convergence économique, fiscale et sociale » entre les deux pays -alors même que le « modèle social » CDU-SPD n’est pas vraiment celui que réclame avec force le pays en ce moment…- ; ou bien l’annonce de la création d’une « zone économique franco-allemande dotée de règles communes » dont on devine aisément l’inspiration dans le contexte actuel; ou encore le projet de coordination des deux politiques économiques afin « d’améliorer (leur) compétitivité »; sans parler de la mise en place …d’un « Conseil franco-allemand d’experts économiques » (neutres, évidemment) chargé de « présenter aux deux gouvernements des recommandations sur leur action économique » ? Chacun sait l’insistance que met, depuis son élection, le Président français à justifier son « agenda de réformes » et notamment sa politique sociale restrictive par la nécessité de « gagner la confiance d’Angela Merkel ». Difficile de ne pas voir dans ce type d’articles au cœur d’un « traité d’amitié » un gage d’orthodoxie libérale à l’égard des dirigeants de Berlin ! L’autre défaut majeur de ce traité censé consolider la paix est l’accent mis sur la coopération en matière de « forces armées », de « déploiements conjoints », d’ « industries de la défense  » ou d’ « exportation d’armements », non sans une triple référence au « traité de l’Atlantique-Nord », autrement dit à l’OTAN. Décidément, l’amitié franco-allemande vaut mieux que cela.

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31 janvier 2019 at 10:48 Laisser un commentaire

LES GILETS JAUNES : MENACE OU CHANCE POUR L’EUROPE ?

« Cet embrasement français pourrait accélérer le délitement de l’Europe » se plaint Bernard Guetta, l’ex-chroniqueur de France-Inter. En fait de « délitement », ce sont plutôt les bases du modèle européen actuel -la fuite en avant libérale sur le plan économique et autoritaire en matière politique- qui commencent à vaciller. Plusieurs faits en témoignent : le profond mouvement en cours en France peut -je dis bien « peut »- déboucher sur l’ouverture de brèches significatives dans le carcan réputé inamovible des règles actuelles de l’UE.

Un premier signe encourageant est l’évolution du débat sur les fameux « 3% » (des richesses produites) que ne doivent en aucun cas dépasser les déficits publics. « Ouvrir les vannes budgétaires, une voie périlleuse face à l’Europe » titraient encore « Les Echos » , le 4 décembre dernier. De fait, la Commission avait, fin novembre, critiqué publiquement la France pour n’avoir prévu qu’ une réduction du déficit structurel de 0,2% du PIB en 2019 au lieu de 0,6% demandé par Bruxelles ! (1) Seulement voilà : les événements, ont, depuis lors, changé la donne. Au point que Moscovici affirme désormais qu’il « n’a pas à dicter à Paris sa conduite » face à la crise des « Gilets jaunes ». Mieux, le membre « de loin le plus à gauche de la Commission européenne », comme il s’est présenté -ce qui en dit long sur le progressisme de l’exécutif de l’UE- vient de donner raison à l’un des membres les plus à droite du gouvernement, Gérald Darmanin, qui venait de faire cette hallucinante découverte : « 2,9% ou 3,1% , l’enfer n’est pas d’un côté et le paradis de l’autre (…) Je ne suis pas fétichiste des chiffres » (2). Dans la bouche de ces intégristes de l’un des mythes les emblématiques de « Bruxelles », c’est une reconnaissance de taille : face à un mouvement de cette ampleur, les règles les plus sacrées « se délitent ».

Autre « bouger » remarquable : alors que la Commission européenne soulignait, pour s’en féliciter, dans ses « recommandations » à la France , en mai 2018, « la croissance modérée des salaires », une autre foudre de guerre de la justice sociale, Muriel Pénicaud, exhortait les entreprises, le 7 décembre dernier, à « montrer l’exemple » en augmentant les salaires ! Encore de quoi voir se « déliter » les règles européennes. Ajoutons que des initiatives du type des « Gilets jaunes » commencent à apparaître en Belgique (pour la fin du « carnage social »), aux Pays-Bas, et jusqu’en Bulgarie, tandis qu’en Allemagne, la presse suit avec inquiétudes « la lutte de classe » en France…(3)

On le voit : nul besoin de négocier de nouveaux traités européens pour commencer à ébranler le carcan libéral de l’UE. Il faut agir en nombre et avec détermination, si possible en convergence avec d’autres peuples. Reste qu’on ne peut pas, pour réussir, faire l’économie de la clarification politique, et, à cet égard, rien n’est joué.

———
(1) Avis de la Commission sur le budget 2019 (21/11/2018)
(2) France Inter (7/12/2018)
(3) Tagespiegel (7/12/2018)

13 décembre 2018 at 1:54 Laisser un commentaire

EUROPE : FAIRE APPEL À L’INTELLIGENCE DES CITOYENS

Comment conduire de façon efficace et responsable le débat sur les enjeux européens avec nos concitoyens et concitoyennes ? La question mérite d’autant plus d’être posée que nous sommes en pré-campagne électorale et que tendent à se banaliser, y compris à gauche, les propos outranciers sur « l’Europe » ne débouchant sur aucune action constructive. Bien que très critique, de longue date, sur l’actuelle UE, je ne me reconnais absolument pas dans tout ce qui caricature le débat politique sur les enjeux européens . Pour une raison simple : diaboliser l’UE, c’est s’interdire de réfléchir à ses contradictions; c’est s’empêcher de chercher à ouvrir des brèches positives dans cette construction en crise profonde; c’est fermer toute perspective de transformation.

Certes, en surfant sur l’exaspération (légitime) des gens vis-à-vis de « Bruxelles », on peut espérer, du moins à court terme, engranger quelques bénéfices électoraux. Mais on ne fait qu’enfoncer nos interlocuteurs dans l’impasse du ressentiment. A l’inverse, faire appel à l’intelligence de chacune et de chacun , sans concession sur les réalités de cette « Europe », mais sans en cacher les contradictions, afin d’agir sur elles, c’ est un exercice sans doute plus exigeant . Mais il est, pour nos interlocuteurs comme pour le climat démocratique, d’un tout autre apport !

La référence en la matière reste l’expérience exemplaire de démocratie citoyenne sur les enjeux européens que fut la campagne pour un « Non de gauche » au projet de traité constitutionnel de 2005 (« NON à l’Europe libérale; OUI à une Europe sociale »). Une campagne dont les communistes s’honorent d’avoir été les initiateurs et le fer de lance. Le fait que Sarkozy et ses pairs européens aient réussi, dans le rapport de force de l’époque, à voler sa victoire à notre peuple, n’enlève rien au caractère emblématique de cet affrontement politique de très haut niveau qui a, pour la première fois, ébranlé la « forteresse » européenne.

Quelles leçons peut-on en tirer pour le débat actuel sur les questions européennes ? D’abord, me semble-t-il, il n’est pas bon de ne miser que sur la seule « expression de la colère populaire », comme on l’entend souvent dire. Cette colère est totalement justifiée ; elle doit s’exprimer. Mais une gauche digne de ce nom a le devoir d’apporter une « valeur ajoutée » à cet état de fait. Sa responsabilité n’est-elle pas de permettre aux gens de dépasser cette réaction de défense ? De favoriser leur participation à des luttes collectives larges et inscrites dans la durée ? D’y susciter leur créativité politique, car c’est le seul moyen d’ arracher progressivement les changements et les ruptures nécessaires ? Par ailleurs, et dans le même esprit, prenons conscience que « tout ce qui est excessif est insignifiant » . Présenter les réalités européennes comme uniformément catastrophiques est foncièrement contre-productif . Non seulement, ce faisant, on est inaudible pour quiconque a vécu une expérience européenne ressentie comme positive (ex : les bourses Erasmus pour le étudiants), mais on dévalorise de fait les points marqués par les luttes ou sous la pression des opinions publiques (ex: les 13 milliards d’euros récemment exigés -et obtenus- d’ Apple pour avoir bénéficié de cadeaux fiscaux illégaux). Ouvrir un débat serein sur ces questions me paraîtrait particulièrement opportun dans la période qui vient.

1 novembre 2018 at 10:08 Laisser un commentaire

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