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QUE PENSER DES PROPOS ICONOCLASTES DE MACRON SUR L’OTAN ?

wurtz-l-humanite-dimancheIci même, je notais le mois dernier que « les Européens se mettent à douter de l’OTAN ». Mais il s’agissait alors de propos privés ou d’allusions confidentielles. Voilà que le Président de la République, dans un entretien accordé au journal de référence britannique « The Economist », assène lui-même cette vérité iconoclaste: « Nous devons faire le bilan de l’OTAN. Ce qu’on est en train de vivre, c’est pour moi la mort cérébrale de l’OTAN. Il faut être lucide. »

Que penser de cette sortie accueillie comme un sacrilège par Angela Merkel et ses semblables ? Qu’Emmanuel Macron est devenu un partisan de la dissolution de l’organisation atlantiste ? Certes non ! Il le souligne lui-même : « Les Etats-Unis restent notre grand allié. Nous partageons les mêmes valeurs » et il développe un vibrant plaidoyer en faveur d’une « Europe de la défense en complémentarité avec L’OTAN ». Pour autant, à son corps défendant, le Chef de l’Etat offre aux progressistes l’occasion de relancer le débat sur l’anachronisme et la dangerosité de cette survivance de la « guerre froide » devenue une machine à fabriquer des tensions sur le continent européen et à pousser à la militarisation à outrance des relations internationales. En effet, la déclaration en question brise un tabou stratégique en énonçant des vérités, certes connues de tous, mais jusqu’ici absentes du débat européen sur la sécurité du continent. Exemples.

« Vous n’avez aucune coordination de la décision stratégique des Etats-Unis avec les partenaires de l’OTAN » (Autrement dit, Washington n’en fait qu’à sa tête sans se soucier de ses alliés). La Turquie, autre membre de l’OTAN, commet une agression contre « nos partenaires des FDS » (Forces démocratiques syriennes animées par les combattants kurdes) dans la lutte contre Daech. Que devient, dans ces conditions, la pierre angulaire des règles de l’OTAN : l’engagement à porter secours à tout autre pays membre attaqué par un tiers ? « Si Bachar réplique à la Turquie, allons-nous nous engager ? »

Plus généralement figure dans cet entretien décapant une autre vérité, qu’on qualifierait de banale si elle n’émanait pas du premier dirigeant d’un État du commandement intégré de l’OTAN: cette organisation, est-il rappelé, « a été pensée comme ayant un ennemi, le Pacte de Varsovie » (dissous en 1991). « Donc, la question de la finalité actuelle de l’OTAN est une vraie question à se poser ». D’autant que, sous la houlette de Donald Trump, l’organisation est devenue, est-il précisé, « une ombrelle géopolitique avec une contrepartie commerciale : acheter américain. La France n’a pas signé pour ça ».

Ces questions-clés étant désormais officiellement sur la table, il sera très difficile, dans les cercles politiques ou la sphère médiatique, de balayer d’un revers de main l’idée de dissolution de l’OTAN -ou, à tout le moins, dans un premier temps, celle du retrait de la France de son commandement intégré- ou d’ignorer superbement des propositions constructives telles que l’ouverture de négociations entre les États de l’UE et la Russie en vue de la conclusion d’un traité paneuropéen de sécurité et de coopération : une sorte de « Conférence d’Helsinki II », que nous appelons de nos vœux depuis une dizaine d’années.

21 novembre 2019 at 8:04 Laisser un commentaire

QUAND LES EUROPÉENS SE METTENT À DOUTER DE L’OTAN…

wurtz-l-humanite-dimanche« Les Etats-Unis semblent s’acharner à affaiblir leurs alliés (…) Ce ne sont pas seulement leurs alliés kurdes qu’ils trahissent, c’est la notion même d’alliance. Après l’abandon spectaculaire des Kurdes, comment les Alliés de l’Amérique ne pourraient-ils se sentir déstabilisés jusqu’au plus profond d’eux-mêmes (…) La confiance se gagne lentement et se perd très vite, de manière brutale et parfois définitive. » (1) L’auteur de ces propos alarmistes n’a rien d’un contestataire invétéré de l’ordre euro-atlantique : ancien disciple de Raymond Aron, co-fondateur du très classique « Institut français des relations internationales » (IFRI) , européen convaincu, Dominique Moïsi exprime ici une forme de désarroi aujourd’hui très répandue dans l’UE, jusque dans ses milieux dirigeants.

Certes, les interrogations sur la fiabilité du « protecteur » américain de datent pas d’hier. Un malaise se manifestait déjà sous la présidence Obama. Mais il s’agissait alors de tout autre chose : des va-t-en guerre européens reprochaient à Washington de les stopper dans leur élan ! On se souvient de la tempête déclenchée dans les cercles atlantistes par ce qui fut qualifié, en 2013, de grave « reculade » de Barack Obama : la « faute stratégique » imputée au Président américain avait été -face à l’utilisation d’armes chimiques par Bachar al Assad- d’avoir opté, non pour une très dangereuse intervention militaire en Syrie, vivement souhaitée par Paris, mais pour un accord de dernière minute avec la Russie sur la destruction de l’arsenal chimique syrien. « Il nous a lâchés sur la Syrie » lança, amer, Laurent Fabius, qui vit dans cette décision rien moins qu’ « un tournant pour le monde ».

Mais avec le nouveau locataire de la Maison-Blanche, le problème a changé de nature. Il ne s’agit plus d’un cas de faiblesse supposée du « chef du monde libre », mais d’un bouleversement complet des relations entre « partenaires » dans le monde occidental, désormais dominé par un personnage totalement imprévisible, adoptant une posture sinon franchement hostile envers les « Alliés » du vieux continent (n’hésitant pas à qualifier l’UE d' »ennemie »), à tout le moins cyniquement unilatérale et étrangère à toute forme de solidarité. Une situation sans précédent depuis la Seconde guerre mondiale…et la création de l’OTAN ! Il ne manquait, pour finir de déstabiliser les dirigeants européens vis-à-vis de Washington, qu’une expérience concrète de trahison caractérisée d’alliés dans la lutte contre Daech. C’est désormais chose faite avec l’irresponsable lâchage des combattantes et combattants kurdes de Syrie, par Trump.

Difficilement avouable, le doute stratégique s’installe dans les esprits d’un certain nombre de dirigeants européens sur la pertinence d’une OTAN dans ces conditions. Mais pour quelle alternative ?  C’est le moment ou jamais de relancer le débat sur les conditions d’une sécurité collective européenne et internationale, sans allégeance à une quelconque grande puissance et avant tout fondée sur la prévention des conflits, les mesures de confiance et les accords multilatéraux.

———
(1) « Les Échos » (14/10/2019)

25 octobre 2019 at 10:54 Laisser un commentaire

LETTRE OUVERTE À QUI APPRÉCIE IAN BROSSAT

« LE PCF vise la barre des 5% , le score minimum pour envoyer des députés à Strasbourg. Une mission pas impossible » : pour la première fois, le 17 mai dernier, le journal « Libération » reconnaissait que l’élection de Ian Brossat et des trois autres candidats et candidates placés en tête de la liste présentée par le Parti communiste français -Marie-Hélène Bourlard, Patrick Le Hyaric et Marie-Pierre Vieu- était envisageable. Pourquoi maintenant enfin ? « Parfois, en politique -explique le journal de Laurent Joffrin- certaines histoires s’emballent à grande vitesse. Un détail et tout s’accélère. Par exemple, Ian Brossat. Après un débat télévisé convaincant, la tête de liste du PCF aux européennes est une tendance qui ne cesse d’être en hausse » (1). Rendant compte du grand meeting réussi de la veille, à Paris, le quotidien « Le Monde » évoque, à son tour, « les bonnes ondes » qui « redonnent de l’espoir au parti de la place du Colonel Fabien ». (2) Pour « Le Parisien », Ian Brossat, « c’est l’une des révélations de cette campagne », qui « préfère la démonstration à la polémique, le débat à l’anathème » (3). Même son de cloche sur les réseaux sociaux et dans les conversations avec des gens de toutes les familles de la gauche, sans exception.

Pour avoir beaucoup côtoyé la tête de liste du PCF dans cette campagne, je vois bien la place que prendra très vite ce futur jeune député tant au sein de l’hémicycle de Strasbourg et de Bruxelles que sur le terrain, parmi les gens. Une chose est sûre : dans ces institutions si particulières, sa capacité à se montrer à la fois ferme et courtois, politique et concret, fort de son expérience sociale mais étranger à toute prétention,  fera merveille. Il saura se faire respecter, y compris de nos adversaires et de la Commission européenne. Il aura tôt fait de nouer des liens avec les autres composantes de notre groupe de la « Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique » , et au-delà, avec tous les alliés potentiels sur tel ou tel sujet d’importance. Il y sera un porte-parole créatif et moderne de notre peuple, pour toutes les avancées sociales, écologiques et de solidarité qu’il a développées tout au long de sa brillante campagne. Dans les institutions comme dans les territoires, il contribuera à redonner des lettres de noblesse aux idéaux et aux meilleures traditions de la gauche, dont il souhaite avec raison qu’elle « retrouve le chemin du rassemblement ». Nous serons nombreuses et nombreux à être fiers de lui et de ses camarades parlementaires.

Mais cette perspective si proche et si enthousiasmante ne deviendra réalité qu’à une double condition . D’abord, que chacune et chacun qui apprécie Ian Brossat et ses co-listières et co-listiers concrétise, dimanche prochain, cette légitime sympathie par son vote ! Et, dans le même temps, que nous utilisions toutes et tous les heures décisives qui nous séparent du verdict des urnes pour nous demander qui, dans notre entourage ou nos relations, gagnerait à partager notre conviction et notre acte électoral. Ne prenons pas le risque de regretter dimanche soir de ne pas avoir apporté notre pierre à l’édifice : ouvrir la porte du Parlement européen à Ian Brossat, Marie-Hélène Bourlard, Patrick Le Hyaric et Marie-Pierre Vieu !

———-
(1) Libération (17 mai 2019)
(2) Le Monde (17 mai 2019)
(3) Le Parisien (7 mai 2019)

23 mai 2019 at 6:31 Laisser un commentaire

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