Archive for octobre, 2010

LA GAUCHE DOIT PARLER CLAIR

Le mouvement social en cours contre la réforme des retraites que veut imposer la droite impressionne par son ampleur et sa détermination.L’éxigence qui en émerge très majoritairement -le droit effectif à une retraite décente à 60 ans- est claire.Ce qui l’est moins, c’est le positionnement de ce qui est aujourd’hui la principale force à gauche: le PS. C’est ce que vient d’illustrer la polémique déclenchée en son sein par Benoît Hamon affirmant qu’en cas de victoire,la gauche « mettra en débat » la question de l’allongement de la durée de cotisation.La position unanime du PS était jusqu’ici 41,5 années de cotisations en 2020 (loi Fillon),voire plus si la situation financière se détériorait. Benoît Hamon considère avec raison qu’il s’agit là d’un « point de désaccord »avec les syndicats et que l’actuelle mobilisation « interpelle tout le monde ».Il propose donc un léger assouplissement de la position du PS.

Se pose à partir de là un triple problème. Un: Marisol Touraine,en charge de ce dossier au PS,estime que son parti doit « maintenir le cap (car)il en va de la crédibilité globale des socialistes ». Deux:Martine Aubry,elle,accepte l’idée d’une négociation avec les syndicats après 2012,mais celle-ci ne doit porter que « sur les modalités »,non « sur le socle » que constitue la position du PS décidée avant le mouvement social.Trois:Benoît Hamon lui-même ne propose de mettre en débat la question si sensible de la durée de cotisation qu’après 2012…

J’ai pris cet exemple comme illustration d’un problème plus général:alors que se pose d’urgence à toutes les forces de gauche la question de la perspective politique à ouvrir à cette mobilisation populaire exceptionnelle,la clarté des positions sur tous les enjeux majeurs est un impératif catégorique.Jetons à ce propos un regard sur le document adopté début septembre à l’unanimité par le Conseil national du PS sur la politique européenne. On y évoque entre autres la volonté commune au PS et au SPD allemand d’agir pour « le renforcement de la coordination des politiques économiques et sociales au sein de l’Union européenne ».Mais le document reste flou sur le contenu des politiques à coordonner et carrément muet sur la Banque centrale européenne!Et ce n’est pas l’intention affirmée de construire l’Europe « notamment avec nos camarades du Parti socialiste européen » qui va en elle-même apporter les garanties attendues,quand on considère les politiques menées aujourd’hui en Espagne,en Grèce ou au Portugal, ou hier en Allemagne,par des leaders du PSE…

Il ne s’agit pas de polémiquer entre forces de gauche.En revanche,il y a besoin de débattre franchement, au grand jour et sur le fond, avec les acteurs sociaux, les citoyennes et les citoyens,sur les conditions d’un changement réel.La confiance , le rassemblement et le succès sont à ce prix.

29 octobre 2010 at 2:53 2 commentaires

GAUCHE EUROPÉNNE: LE CAS DE CHYPRE

Dans six semaines se tiendra, pour la première fois à Paris, le congrès du Parti de la Gauche européenne (PGE). Le contexte des mobilisations sociales en France mais aussi dans d’autres pays contribuera sans nul doute à poser avec force, à cette occasion, la question  clé des perspectives politiques à ouvrir à gauche  pour sortir par le haut de la crise de système dans laquelle toute l’Union européenne s’enfonce sous nos yeux. Le PGE compte une trentaine de partis membres ou observateurs. Certains d’entre eux sont relativement peu connus en France et méritent pourtant qu’on s’y intéresse. Le cas le plus typique, à cet égard, est le parti AKEL de Chypre. Je vais m’y arrêter aujourd’hui.

Voilà une île qui occupe une position stratégique à l’Est de la Méditerranée, devenue, en 2004, membre de l’Union européenne et, plus récemment, de la zone euro. Intégrée à l’empire ottoman pendant trois siècles (1571-1878) puis colonisée par la Grande Bretagne -qui y possède toujours deux bases militaires-  Chypre ne s’est vue accorder  l’indépendance qu’en 1960 et encore dans des conditions très défavorables qui donnèrent lieu à des conflits entre les deux principales composantes du peuple chypriote: les Gréco-Chypriotes et les Turco-Chypriotes.  Cette crise culmina, en 1974, avec le coup d’Etat fasciste des colonels grecs et l’invasion de l’île par l’armée turque.  36 ans après, cette plaie est toujours ouverte: 40 000 soldats turcs occupent le nord du pays (plus du tiers du territoire), des dizaines de milliers de colons venus de Turquie, ont été installés dans des propriétés appartenant à des Chypriotes grecs.  170 000 Chypriotes des deux communautés sont toujours réfugiés dans leur propre pays.  La grande question à l’ordre du jour reste, aujourd’hui, celle de la réunification de l’île, de la restauration de l’intégrité territoriale et de la souveraineté politique.  Des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unie en définissent les principes.  Des accords entre les leaders des deux communautés en précisent le cadre depuis plus de trente ans.  Et portant, rien n’avance.  En 2004, une tentative de compromis a été jugée trop favorable à l’occupant par une grande majorité des Chypriotes grecs et échoua.  Depuis 2008, des discussions ont repris entre les deux parties, sous l’égide des Nations Unies.

Tout faire pour rapprocher les deux communautés, obtenir le départ des troupes d’occupation, établir un Etat réunifié sous la forme d’une fédération dans laquelle Greco-Chypriotes et Turco-chypriotes bénéficient de l’égalité politique, trouver une solution acceptable au problème des réfugiés et des colons dans le respect du droit international – et, en même temps, lutter pour plus de justice sociale dans un pays marqué par une longue tradition libérale à l’anglo-saxonne, voilà la tâche herculéenne que s’est fixée le parti AKEL, notre partenaire.  AKEL est, en effet, le continuateur du Parti communiste de Chypre, fondé en 1926 et qui a changé de nom en 1941.  Il est aujourd’hui, avec quelque 35% des voix et 15 000 adhérents pour une population de l’ordre de 700 000 habitants, la grande force démocratique du pays.  A la tête des principales villes de l’île, – dont la capitale, Nicosie – il a également remporté l’élection présidentielle en 2008.  Le Président Demetris Christophias est, avec le Secrétaire général du Parti AKEL, Andros Kyprianou, l’homme le plus populaire de la République.  Bienvenue à AKEL au 3ème Congrès du PGE, à Paris!

21 octobre 2010 at 8:18 Laisser un commentaire

SORTIR DE LA « GUERRE DES MONNAIES »

Ce qu’on appelle déjà la « guerre des monnaies » -et qui est avant tout le duel dollar/euro- doit attirer notre attention sur l’importance qu’il y a  à changer en profondeur la politique monétaire européenne. Depuis des mois, la Banque centrale des Etats-Unis (FED) fait marcher la planche à billets, provoquant sciemment la baisse du dollar. Le but poursuivi par les autorités américaines est de rendre plus faciles les exportations et de tenter ainsi de relancer leur économie malade, non par la coopération mais par la domination. Washington reste, à cet égard, fidèle à la célèbre devise du Secrétaire au Trésor de Richard Nixon: « le dollar est notre monnaie mais votre problème ». Or, dans le même temps, en Europe, tout se passe comme si la Banque centrale (BCE) laissait faire, délibérément, trop contente de pousser l’euro à la hausse.

Une telle politique attire les capitaux -c’est le but de la BCE- mais elle a un, coût très élevé pour les peuples, ce qui n’émeut guerre M. Trichet, son président. « La zone euro vient de perdre cinq années de gains de productivité au cours des deux derniers mois » analyse un expert[1]! Mesure-t-on ce que cela veut dire? Que de sacrifices ont-ils été exigés des salariés européens au nom de la nécessité de gagner en « productivité » dans la concurrence mondiale! On aura trimé pour l’euro fort: Louis Gallois, le patron d’EADS, prévient pour sa part que si l’euro atteint la valeur de 1,50 dollar à la fin de cette année, comme on l’annonce, on ne pourrait plus fabriquer d’Airbus en zone euro! D’autres analystes laissent entendre que l’actuelle hausse de l’euro fera sentir ses effets sur le commerce extérieur en 2012 et que cela annonce un surcroit de mesures d’austérité pour le budget de l’Etat… On imagine, en outre, l’avalanche de reculs sociaux que directoires d’entreprises et de gouvernements sans scrupules justifieraient par cette « contrainte extérieure » contre laquelle on ne pourrait rien.

Mais justement, si! On peut et on doit faire d’autres choix de politique monétaire. Une monnaie européenne n’a de sens que si elle permet de ne pas subir,  les pressions déstabilisatrices de la mondialisation libérale.   Autrement dit, si elle favorise le  développement de l’emploi et la promotion d’un modèle social avancé en Europe, et si elle donne à l’Union européenne la capacité de coopérer efficacement avec tous les partenaires intéressés à œuvrer à de nouvelles règles dans les relations européennes internationales.

C’est le sens des propositions faites de longue date par les économistes communistes -aujourd’hui fort heureusement rejoints par d’autres- en faveur d’une refonte des missions et des statuts de la BCE, d’une nouvelle orientation du crédit bancaire (en faveur de l’emploi, de la formation, de la protection de l’environnement, de la recherche), de l’instauration d’un contrôle démocratique de la BCE, d’une intervention forte de l’Europe contre l’hégémonie monétaire américaine et pour l’émergence d’une vraie monnaie commune mondiale. La perspective d’une « guerre des monnaies » renforce l’urgence d’un débat de fond sur ces alternatives.


[1] Patrick Artus (Les Echos 8/10/2010)

14 octobre 2010 at 9:14 1 commentaire

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