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QUE SE PASSE-T-IL DANS LES BANQUES EUROPÉENNES ?

1000 milliards d’euros ! Tel est le montant astronomique des « créances douteuses » (prêts susceptibles de ne pas pouvoir être remboursés par les emprunteurs ) qui plombent toujours le bilan des banques de la zone euro et peuvent à tout moment menacer de déstabiliser l’économie d’une région, voire d’un pays tout entier, si ce n’est de la zone euro dans son ensemble. Des bombes à retardement au coeur de la zone euro ! Voilà encore un héritage de la frénésie spéculative et des politiques d’austérité des dix dernières années. Il préoccupe aujourd’hui la classe dirigeante qui porte elle-même une large part de responsabilité dans cette situation. Il s’agit à présent de prévenir toute faillite bancaire et le risque de contagion qui l’accompagne . Les autorités européennes de « supervision » des banques et de « résolution » des crises dans ce secteur viennent ainsi d’ordonner coup sur coup plusieurs opérations de « sauvetage » en catastrophe d’établissements financiers « défaillants ». Et ce n’est manifestement pas fini. Mais leurs « solutions » créent de nouveaux problèmes. Rappel des faits :

Début juin, c’est la 6ème banque d’Espagne , « Banco Popular », qui s’avère être au bord de la faillite. Pourquoi ? Du fait d’un bilan plombé par 37 milliards d’ euros d’ « actifs toxiques » liés à des biens saisis à des familles ruinées qui n’étaient plus en mesure de rembourser leurs emprunts . En un temps-record, « Bruxelles » a organisé le rachat de cet établissement…pour 1 euro symbolique par la première banque du pays, Santander (17 millions de clients dont de très nombreuses PME). Qu’adviendra-t-il des 11 000 salariés et des 1700 agences de la banque rachetée ? Nul ne le sait.

Seule consolation : l’Etat n’a rien dépensé dans l’opération. C’était la première application des nouvelles règles européennes en cas de faillite bancaire : le renflouement des banques en perdition ne doit plus se faire avec des fonds publics mais en sollicitant les actionnaires et les créanciers de l’établissement concerné . Cette « première » est alors célébrée dans l’UE comme une réussite prometteuse. Promis, juré : on n’allait plus revoir une situation comme celle du récent sauvetage de la troisième banque d’Italie -et la plus ancienne du monde- , Monte dei Paschi di Siena (MPS), à laquelle l’Etat avait dû verser une aide colossale de 8,3 milliards d’euros pour éviter l’effondrement de la vénérable institution , percluse de 47 milliards de créances douteuses, et surtout pour éteindre la mèche au plus vite. On devait donc en avoir enfin fini avec ces pratiques indéfendables qui voyaient la sphère publique se surendetter pour éteindre les incendies de la sphère financière, tout en taillant sans ménagement dans les effectifs des banques « sauvées » (5000 suppressions de postes dans le cas de MPS !)

Las, la quasi-faillite de deux banques qui vient de se produire en Vénétie vient d’apporter un spectaculaire démenti à ces pronostics rassurants . La seule « solution » trouvée pour circonscrire ce nouveau sinistre est, une fois encore la même que naguère…en pire. Les deux établissements en grande difficulté sont liquidés . Leurs « actifs sains » (les crédits sans problème) -et eux seuls- sont transférés pour 1 € symbolique à la plus grande banque de détail d’Italie, Intesa Sanpaolo, qui bénéficie en plus d’une aide publique de quelque 5 milliards d’euros . Quant aux fameuses « créances douteuses », c’est à nouveau l’Etat qui les prend en charge et en couvre tous les risques ! Coût supplémentaire potentiel pour les contribuables transalpins : 12 milliards d’euros ! Coût social immédiat : fermeture de 600 agences et départ « volontaire » de 3900 employés ! N’attendons pas le prochain « sauvetage » de ce genre pour ouvrir le débat de fond qui s’impose.

6 juillet 2017 at 11:05 Laisser un commentaire

POUR L’UE, LA PRIORITÉ, AUJOURD’HUI, C’EST…LA DÉFENSE !

Tandis que notre attention était concentrée sur les enjeux des élections législatives -en particulier les menaces du gouvernement Macron-Philippe sur le code du travail et la protection sociale- la Commission européenne annonçait, le 7 juin dernier, un « plan d’action » sans précédent destiné à ouvrir la voie à une  » Europe de la défense « . Elle juge ses propositions tellement prioritaires qu’elle demande aux Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE de les mettre à l’ordre du jour de leur tout prochain Sommet, le 22 juin prochain.

Il s’agirait, en premier lieu, de décider la création d’un  » Fonds européen de la défense  » .(FED). Celui-ci doit servir à favoriser des coopérations entre plusieurs Etats européens -condition absolue pour bénéficier de ses subventions- en matière de recherche dans les technologies militaires : électronique; métamatériaux; logiciels cryptés; robotique… Son volume passerait de 29 millions d’euros dès cette année à 90 millions en 2020, puis 500 millions par an au-delà. Par ailleurs, ce FED cofinancerait l’achat en commun par plusieurs Etats membres d’ équipements militaires, tels que des hélicoptères « en grande quantité pour réduire le coût », précise la Commission, ou encore des investissements en commun dans la technologie des drones : 5 milliards d’euros par an seraient mobilisés pour ce type d’opération. Ce projet vise ainsi à rompre avec une doctrine aussi ancienne que la construction européenne elle-même, qui veut que le budget européen soit exclusivement à visée civile. Des prêts de la Banque européenne d’investissement iraient également aux entreprises des  » chaînes d’approvisionnement de la défense « . Enfin, la Commission se dit décidée à renforcer « les conditions propices à un marché de la défense ouvert et compétitif en Europe »…

Plus généralement, les Chefs d’Etat et de gouvernement seront invités à fixer leur niveau d’ambition pour cette  » Europe de la défense  » que Bruxelles brûle de bâtir : soit ils optent pour le statu quo ( l’UE se limiterait, comme aujourd’hui, à des interventions militaires de « gestion de crises » à l’extérieur de son territoire ); soit ils envisagent des missions de combat « de haute intensité » à nos frontières ou ailleurs ; soit enfin ils décident de s’orienter vers une armée européenne « capable de conduire des opérations de pointe contre les groupes terroristes (…), des missions navales en milieu hostile ou des plans de cyberguerre ». Précision -mais qui en douterait :  » Il n’est pas question de remplacer l’OTAN  » , indique en passant Federica Mogherini, responsable de la politique extérieure et de sécurité de l’UE.

Pourquoi ce branle-bas de combat maintenant ? Est-ce ainsi que nous comptons empêcher les attentats ? Régler la crise ukrainienne ? Certains y verraient-ils le moyen de « sécuriser nos frontières » menacées par l’afflux de « migrants illégaux » ? Ou alors, serait-ce le seul « grand dessein »qu’on ait  trouvé pour redonner au projet européen une raison d’être ? Les Français auront-ils leur mot à dire sur des choix aussi structurants ? La future Assemblée nationale en débattra-t-elle seulement ? Un sujet de plus à garder à l’esprit en choisissant nos parlementaires , dimanche prochain.

15 juin 2017 at 12:52 Laisser un commentaire

LA « SOUVERAINETÉ » SELON DONALD TRUMP

« America first ! » Donald Trump a justifié sa décision de retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat par la primauté de ce qu’il estime être les intérêts de son pays sur tout autre considération. Il entend placer désormais « Pittsburgh avant Paris », comme des colonialistes français voulaient jadis qu’on fasse passer « la Corrèze avant le Zambèze ». Au nom de la « souveraineté » des USA , le Chef de l’Etat le plus pollueur du monde par habitant a adressé un bras d’honneur à la quasi-totalité de la communauté internationale -dirigeants , sociétés et milieux scientifiques confondus- et a annulé la contribution de la première puissance industrielle au « Fonds vert » destiné à aider les pays du Sud à s’adapter aux effets dévastateurs du réchauffement de la planète provoqué par le mode de développement des grands pays du Nord. L’on peut difficilement imaginer instrumentalisation plus cynique de la notion, au demeurant très contestable, d’ « intérêt national », tout comme du concept -a priori respectable, quant à lui- de « souveraineté ». On peut, en effet, douter que les « intérêts » de l’affairiste milliardaire et ceux des travailleurs nord-américains, fussent-ils électeurs de l’actuel Président, se superposent…Quant à la « souveraineté », il en va comme de la liberté : elle s’arrête là où commence celle des autres .

Ce principe ne vaut pas que pour les enjeux climatiques et ne s’applique pas qu’aux seuls Etats-Unis. L’unilatéralisme forcené et provocateur de l’actuel hôte de la Maison Blanche éclaire d’un jour cru un problème de fond qui , à un degré moindre et à des titres divers, nous concerne tous : face aux interdépendances croissantes qui caractérisent notre monde , le droit imprescriptible de chaque peuple de choisir son destin doit impérativement se conjuguer avec la reconnaissance des droits des autres peuples et le respect des biens communs de l’humanité. Autant l’attachement à la souveraineté populaire est , à mes yeux, aussi légitime aujourd’hui qu’hier, autant le souverainisme étroit , qui ne conçoit un gain pour un pays qu’au prix d’une perte pour un autre, apparaît-il comme un combat d’arrière-garde. Les coopérations tous azimuts, le multilatéralisme effectif, la recherche permanente des meilleurs compromis, l’esprit de responsabilité, la vision de long terme sont , plus que jamais, des ingrédients irremplaçables d’un monde de paix. Réconfortant et prometteur est, à cet égard, la vague impressionnante de réactions hostiles à l’initiative de Donald Trump, tant aux Etats-Unis même que dans toutes les régions du monde ! Puisse l’anti-modèle Trump faire évoluer durablement les consciences !

NB : Dans « Vers un monde néo-national ? » ( CNRS Éditions ), un livre d’entretiens qui vient de paraître, Bertrand Badie, professeur de Relations internationales à Sciences Po et Michel Fouchet, géographe et diplomate , confrontent leurs points de vue sur les questions de souveraineté, de frontières, de « gouvernance » mondiale…Que l’on partage ou non leurs analyses respectives, les deux penseurs nous offrent un échange stimulant pour qui veut réfléchir sur les mutations de notre monde.

8 juin 2017 at 10:52 Laisser un commentaire

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