Posts filed under ‘USA’

POUTINE EST NOTRE ADVERSAIRE, PAS LA RUSSIE !

En recevant la cheffe de l’extrême-droite française au Kremlin, et en gratifiant ses sinistres alliés européens de paroles flatteuses, Vladimir Poutine vient, à son corps défendant, de clarifier les termes du débat sur les relations France-Russie, et, plus généralement, Union européenne-Russie. Poutine est l’une des cibles privilégiées de tant de dirigeants occidentaux ( à commencer par les jusqu’au boutistes de l’OTAN, contre-références absolues pour des progressistes européens ) qu’il suscitait parfois des réactions de complaisance à gauche. Eh bien, non : les ennemis de nos ennemis ne sont pas nécessairement nos amis ! Poutine est notre adversaire. Mais pas la Russie !

Gardons les yeux grands ouverts pour ne pas tomber d’un schématisme dans un autre. Par exemple, en hissant un homme comme Alexeï Navalny -l’organisateur de la récente mobilisation populaire réussie contre le pouvoir russe- sur un piédestal moral pour la seule raison qu’il se présente comme « l’opposant No 1 », voire « le rival » de Vladimir Poutine ! Certes, le système de corruption dont il dénonce l’existence en Russie est, depuis fort longtemps, une triste réalité. Mais ce constat ne fait pas de celui qui s’en sert habilement un parangon de démocratie. « Le juriste anti-corruption » Navalny est avant tout un nationaliste notoire, dont le discours anti-immigrés ne déparerait pas un tract lepéniste !

Ce qui interpelle aussi bien dans le « phénomène-Poutine » que dans le « cas-Navalny », c’est le soutien -massif dans le premier cas; relatif mais surprenant dans le second- dont ils bénéficient dans la population. Si le Président russe est (encore) si populaire dans son pays, malgré l’autoritarisme de son régime, les inégalités effrayantes de son « modèle » social et la brutalité de son armée, c’est qu’il a su, aux yeux de la grande majorité de ses concitoyens, recouvrer l’autorité et la dignité de la Russie face aux humiliations subies de la part d’un « Occident » par trop arrogant. Au début de l’ère Poutine, note un analyste proche de l’UE, « le Kremlin n’entend pas s’affirmer contre l’Europe mais avec elle. Vouloir « faire jeu égal avec l’UE » (…) se traduit en appels et attentes de coopérations, formalisés selon certains impératifs politiques et/ou économiques » (1) On connaît la suite. Faute de tirer les enseignements de cette réalité, nos dirigeants s’avèrent des promoteurs hors pair du nationalisme russe en général et de la popularité de Poutine en particulier. Inversement, si les récentes manifestations anti-corruption pilotées par Navalny, ont obtenu un réel succès, notamment parmi les très jeunes, de Moscou jusqu’à Vladivostok, c’est au chef du Kremlin qu’elles devraient donner à réfléchir : la génération montante réclame plus que la fierté nationale. Elle veut la justice et semble de plus en plus décidée à faire ce qu’il faut pour l’obtenir.

Le temps est venu, dans les deux grands ensembles -tous deux en crise- qui structurent notre continent, l’Union européenne et la Russie, de passer du face-à-face au côte-à-côte. Certes, il ne faut pas rêver : avec tout le passif accumulé de part et d’autre, et considérant la faible propension des pouvoirs en place des deux côtés à l’auto-critique, il est présentement utopique d’imaginer revenir à la belle idée gorbatchévienne de « Maison commune européenne » ! Puisse au moins le réalisme laisser une chance à nos intérêts communs.

——
(1) « Les relations UE-Russie : Moscou pose ses conditions ». Laurent Vinatier (Institut Jacques Delors -mars 2006).

6 avril 2017 at 7:09 Laisser un commentaire

« PAS DE CIVILISATION FRANÇAISE SANS L’ACCESSION DES ÉTRANGERS » !

 

En ces temps de crispations identitaires et de bouffées nationalistes, il est bon de rappeler la vision ouverte et en évolution permanente de l’identité de notre pays que défendait l’historien de référence en la matière, Fernand Braudel. Parmi les conditions du « rayonnement de civilisation » de la France, il citait « la présence, dans ce carrefour que la France est en Europe, d’un nombre considérable d’étrangers. Il n’y a pas de civilisation française sans l’accession des étrangers; c’est comme ça », insistait-il. Et d’ajouter -il y a exactement 32 ans- cette vérité à l’actualité si cruciale : « Ce qui compte, c’est de faire l’Europe des peuples et non pas celle des patries, des gouvernements ou des affaires. Et ce ne sera possible que par la générosité et la fraternité ». (1)

Je me suis remémoré ces paroles à l’occasion de la « Rencontre nationale sur l’Europe » organisée par le Parti communiste français, le 17 mars dernier, à Villerupt, en Meurthe-et-Moselle. Il n’y a, en effet, guère de région où cette diversité des apports à « l’identité française » -ainsi que la fraternité dans les luttes pour leur reconnaissance- ne se soient mieux vérifiées que dans cette région lorraine, et particulièrement ce bassin de Longwy, depuis plus d’un siècle. Aux immigrants polonais des années 1920, et italiens une décennie plus tard, ont succédé les réfugiés espagnols et portugais des années 1050-1960, puis les travailleurs algériens. Leur insertion n’a pas été réalisée sans heurts ni injustices. Mais elle s’est bel et bien faite. En témoignent, par exemple, les noms de rue ou des cités, notamment dans les secteurs longtemps dominés par les industries sidérurgiques et minières. Autre signe tangible de ce métissage réussi : des manifestations culturelles, tel le toujours très prisé « Festival du film italien de Villerupt ». Sans oublier le grand nombre de personnalités publiques au rayonnement incontesté, dont seule la consonance du nom rappelle les origines « étrangères ». Je me souviens y avoir rencontré, comme jeune député européen, deux Français comme les autres, qui m’ont fait connaître et aimer leur région, tant ils en parlaient avec passion : l’un était secrétaire du Parti communiste, véritable figure de la vie politique en Lorraine ; l’autre venait, à la surprise générale, de se faire élire Président (communiste) du Conseil général. Le premier était fils d’immigré italien ayant fui le fascisme : Roland Favaro ; le second d’ascendance polonaise : Bogdan Politanski. Une leçon à méditer par tous les apprentis-sorciers qui n’hésitent pas à nourrir le fantasme de l’ « invasion des migrants » dans l’espoir de gagner des voix aux élections.

 

Dans une récente conférence, Marie-Christine Vergiat, députée du Front de gauche au Parlement européen, rappelait à juste titre à ce propos qu’aucun des 28 Etats membres de l’Union européenne n’avait, à ce jour, ratifié la « Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille » -un texte de l’ONU datant de 1990 et en vigueur depuis 2003 ! Le fait que des Etats qui se présentent comme des modèles de démocratie rechignent eux-mêmes à leurs devoirs de solidarité envers les migrants ne peut qu’apporter de l’eau au moulin des démagogues racistes et xénophobes travestis en « patriotes ». Puissent les trop nombreux Français, aujourd’hui près de tomber dans leur panneau revisiter ces expériences d’un passé somme toute assez récent, qui ont valu à la France son « rayonnement de civilisation » ! Le moment est venu de sonner le tocsin !

——–
(1) Entretien avec Fernand Braudel – « Le Monde » (24/3/1985)

23 mars 2017 at 10:57 Laisser un commentaire

LE PROJET HAMON SUR L’EURO : SES MÉRITES ET SES LIMITES.

Benoît Hamon « propose aux Etats membres de la zone euro un traité » prévoyant la mise en place d’une « Assemblée de la zone euro qui serait l’émanation des Parlements nationaux ». En entendant cela, on est perplexe. C’est tout ? Rien, en particulier, sur les ruptures nécessaires avec la logique de traités actuels ? Et qu’en est-il du combat à mener pour changer les rapports de force en France et en Europe ? Mais plutôt que de nous lancer d’emblée dans la polémique, n’est-il pas plus conforme aux exigences de la période de rechercher toute convergence possible, même partielle, à gauche, et d’évaluer dans cet esprit les mérites et les limites du projet du vainqueur de la primaire socialiste ?

Les mérites de ce projet ? Ils résident, je pense, dans les principaux objectifs qui lui sont assignés. Hamon dit, d’une part, vouloir en finir avec l’austérité, cette « marque de fabrique de (l’actuelle) Union européenne » et, d’autre part, voir dans la démocratisation des institutions européennes « la clé » des changements nécessaires. C’est juste. Oui : l’obsession de « la confiance des marchés » et « la confiscation des décisions fondamentales par (…) l’Eurogroupe, la Banque centrale européenne et la Commission » sont au cœur de la crise de l’UE ! Oui : la solution n’est pas plus dans « la désagrégation de l’Europe » que dans le statu quo. Et encore oui : l’une des leçons du drame de la Grèce, c’est qu’il faut rassembler tous les progressistes européens. Du moins ceux qui, à la différence de Macron, méritent ce qualificatif. Voilà un bon point de départ pour un débat de fond à gauche.

Les limites du projet Hamon, ensuite : si les convergences sont fortes sur les objectifs à atteindre, les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir méritent, à l’évidence, discussion. Benoît Hamon mise, à cet égard, sur une mesure purement institutionnelle : il reviendra, selon lui, à cette fameuse « Assemblée de la zone euro », très majoritairement composée de députés délégués par leur parlement national, de décider du budget de la zone; d’organiser l’harmonisation fiscale et sociale; de fixer le seuil de déficits publics etc… C’est grâce au transfert à ces élus de pouvoirs actuellement détenus par des instances émanant directement ou indirectement des Etats qu’Hamon espère « mettre l’austérité en minorité ». Cette idée soulève de nombreuses questions . D’abord -comme en témoigne la réaction (négative) immédiate de François Hollande- l’idée que les Chefs d’Etat et de gouvernements concernés accepteraient (à l’unanimité !) la « proposition » de ce basculement des pouvoirs est pour le moins…audacieuse. Ensuite, il faut rappeler que ces parlements nationaux dont émaneraient les futurs législateurs de la zone euro ont tous avalisé les traités qui fondent les actuelles politiques de l’UE. Enfin, il est plus qu’hypothétique que la majorité des citoyens soit acquise à ce type de saut fédéral.

Certes, le fait que ce soit des élus (qui plus est des députés nationaux) qui décident des grands axes de la politique européenne plutôt que des instances inaccessibles aux citoyens constituerait , en soi, un progrès démocratique. Pour autant, l’implication consciente des citoyens de chaque pays dans les grands choix européens -autrement dit d’intenses luttes sociales et politiques- ainsi que le respect du droit imprescriptible de chaque peuple à décider de son avenir sont, à mes yeux, des conditions incontournables d’une transformation réussie et acceptée de la construction européenne. Tout cela mérite, plutôt que des invectives, une confrontation d’idées -constructive mais franche- entre les différentes familles de pensée, à gauche, appelées à se rassembler impérativement dans les prochaines semaines. Et, plus généralement, un grand débat citoyen dans le pays.

——–
NB : les citations de Benoît Hamon sont extraites d’un entretien au « Monde » du 10/3/2017

16 mars 2017 at 8:11 Laisser un commentaire

Articles précédents


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 5 171 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

avril 2017
L M M J V S D
« Mar    
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930

Commentaires récents

de ANDRADE sur LES TROIS PREMIÈRES LEÇONS DU…
Gabriel Legros-Colla… sur FACE À L’ EFFET TRUMP,…
Gabriel Legros-Colla… sur WOLFGANG SCHÄUBLE, «…
de ANDRADE sur PALESTINE : L’EUROPE AU…
de ANDRADE sur « SAUVER L’EU…

Catégories

Pages

Pages