Archive for décembre, 2020

« BONNE ANNÉE, BONNE SANTÉ »…!

 

Jamais la formule la plus classique des vœux du nouvel an n’aura sonné aussi juste qu’aujourd’hui : « Bonne année, bonne santé » ! Cette évidence a , semble-t-il, échappé à une partie des gouvernements européens : à quelques jours de Noël, les 27 Etats membres de l’UE et le Parlement européen viennent, certes, de trouver enfin un accord sur le financement du programme « EU4Health » (L’UE pour la santé) pour les sept années à venir. Mais avec un budget finalement amputé de moitié par rapport à la proposition initiale de la Commission européenne et du Parlement européen ! L’histoire de ce bras de fer mérite d’être connu. Il révèle une fois de plus que ce sont, le plus souvent, ni la Commission ni le Parlement européen qui freinent les dépenses utiles, mais les gouvernements !
Récapitulatif.
Rappelons tout d’abord que les Etats membres n’ont pas souhaité jusqu’ici que la santé soit une compétence européenne. Aussi les traités actuels ne prévoient-ils qu’un rôle « d’appui » de l’UE aux politiques nationales. À quel niveau de dépenses ? Deux institutions européennes doivent en décider d’un commun accord : le Conseil (les représentants des Etats membres) et le Parlement européen, les deux seuls décideurs en matière budgétaire . En l’occurrence, la pression sur les gouvernements était d’autant plus forte que l’expérience d’une quasi-totale absence d’Europe au début de la pandémie Covid-19 avait été très mal vécue par les opinions publiques. Cette fois, il apparaissait donc vital de faire en sorte que cela ne se reproduise plus. 
Dans cet esprit, la Commission proposa au mois de mai dernier que près de 10 milliards d’euros soient consacrés, entre 2021 et 2027, à la prévention sanitaire et la « surveillance des menaces transfrontalières sur la santé »; à la constitution  de réserves d’urgence de médicaments et au renforcement des systèmes de santé des pays européens afin de les préparer à mieux affronter les épreuves sanitaires à venir. La grande majorité des députés européens approuva d’emblée ce montant. Les représentants des Etats membres ne l’ont, quant à eux, pas entendu de cette oreille : 1,7 milliards d’euros doivent suffire, ont-ils rétorqué en juillet ! Depuis lors, le dialogue de sourds entre les deux branches de l’autorité budgétaire empêcha tout compromis. A quelques jours de l’échéance, le couperet finit par tomber : on coupa la poire en deux avec un montant final de 5,1 milliards d’euros, soit, quand même, trois fois plus que l’objectif de départ des gouvernements…
Prochaine étape à suivre de près (aussi attentivement que l’industrie pharmaceutique…) : la création, annoncée pour fin 2021 avec une entrée en service en 2023, d’une Autorité européenne de santé, officiellement présentée comme devant marquer « une révolution (…) pour notre capacité à anticiper les menaces, à avoir une réaction commune »(Stella Kyriakides, Commissaire européenne à la santé) . En attendant : à toutes et à tous : « Bonne année, bonne santé ! »

25 décembre 2020 at 10:29 Laisser un commentaire

« ET SI LE MONDE OCCIDENTAL APPRENAIT LA MODESTIE ? »

           

Le monde est loin d’en avoir fini avec la crise sanitaire. Et nous sommes loin d’en avoir tiré tous les enseignements. Voilà pourquoi, à l’heure du bilan de cette année douloureusement atypique, il n’est pas déraisonnable de prendre un peu de recul sur l’agitation du quotidien. C’est ce que nous permet la lecture du dernier ouvrage de Pascal Boniface sur « ce que nous révèle la crise du coronavirus » (1).
D’une lecture facile, ce livre, très documenté, a le grand mérite de replacer la pandémie dans son contexte historique, car, explique d’emblée le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), « La crise déclenchée par le virus n’a pas créé de tendances qui n’existaient pas, qu’il s’agisse de la compétition entre la Chine et les Etats-Unis, de la crise du multilatéralisme, des interrogations européennes ou des limites de la mondialisation. Mais elle en a changé profondément les termes. Elle a accentué, amplifié, exacerbé tant leur réalité que leur perception ».
 
Chacun de ces enjeux est décortiqué sans œillères -ce qui n’est pas le moindre intérêt du livre. Ainsi, si la Chine n’échappe pas aux critiques légitimes, tant sur la gestion de la crise à ses débuts qu’en ce qui concerne les ombres de la politique de XI Jinping en général , l’auteur souligne sans détours les succès époustouflants du grand rival stratégique des Etats-Unis. Même démarche à propos de l’Union européenne : l’auteur aborde avec franchise l’épisode affligeant de l’abandon de l’Italie au début de l’épidémie. Il revient, en particulier, sur l’égocentrisme financier de la classe dirigeante allemande. Mais il développe une analyse tout aussi juste -à mes yeux- du revirement sans précédent de Berlin, quelques semaines plus tard, sur la mutualisation du grand emprunt pour financer le « Plan de relance européen » de 750 milliards d’euros . Très appréciable est également, par ailleurs, le rappel de quelques vérités, un peu vite oubliées, sur l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Mais ce sont les passages appelant avec éloquence les dirigeants occidentaux à ouvrir les yeux sur les réalités du monde qui méritent sans doute une attention particulière. « Et si le monde occidental apprenait la modestie ? » : que voilà une interpellation pertinente ! Et l’auteur de rappeler le sort de la majorité des citoyens dans cette Amérique great again : deux-tiers de ses habitants « ne peuvent faire face à une dépense imprévue de 500 dollars. C’est le coût, dans ce pays, d’un test de détection du Covid-19, qui n’est pas remboursé » ! Précision du Dr Fauci, responsable de la cellule de crise de la Maison Blanche -publiquement vilipendé par Donald Trump : « Le diabète, l’hypertension, l’obésité et l’asthme affectent de manière disproportionnée les populations minoritaires, en particulier les Afro-Américains ». Les « élites » occidentales -européennes comprises- continuent pourtant d’arborer leurs « valeurs » comme la marque de leur supériorité sur le reste du monde. Concluons avec le journaliste François Bonnet : « Le Covid-19 vient de leur rappeler que leur négligence ou leur hostilité à un multilatéralisme efficace a aujourd’hui un coût politique et sanitaire » (2). Stimulant.

———-(1) Pascal Boniface : « Géopolitique du Covid-19 – Ce que nous révèle la crise du coronavirus » Editions Eyrolles (13,90 €)(2) Médiapart, 16/4/2020 (cité dans le livre ci-dessus).

17 décembre 2020 at 2:52 Laisser un commentaire

ÉCHANGE VGE-WURTZ. SUR LE « TRAITÉ GISCARD »

La disparition de Valéry Giscard d’Estaing a été l’occasion de nombreux rappels historiques. Permettez-moi d’en ajouter un :  celui de la séance du 3 septembre 2003 au Parlement européen. Ce jour-là, l’ancien Chef de l’Etat était venu présenter le projet de traité constitutionnel européen , élaboré par la Convention dont il avait conduit les travaux. Dans le débat qui s’est ensuivi , le président du groupe de la « Gauche unitaire européenne » que j’étais fit entendre l’une des rares voix critiques sur ce texte emblématique dans lequel VGE avait, modestement, dit voir « du Montesquieu pour l’Europe du 21ème siècle ».  Voici un aperçu de cette intervention, ainsi que des extraits de la réponse de M. Giscard d’Estaing. Cet échange s’est déroulé près de deux ans avant l’expression spectaculaire du « NON de gauche » au « Traité Giscard » (29/5/2005). (1)

FW : « Je vais poser une question préalable : Une constitution (…) peut fixer un certain nombre de valeurs de référence et de droits fondamentaux. En aucun cas, elle ne peut prétendre brider pour 30 à 50 ans -puisque telle est la longévité (que vous promettez) à ce texte- la liberté des peuples de choisir souverainement leur modèle de société. La démocratie, c’est le choix. Or, nous avons sous les yeux, outre une réforme du système institutionnel, la constitutionnalisation du modèle de l’Europe libérale. Ainsi, nous apprenons que « l’Union offre à ses citoyens un marché unique où la concurrence est libre et non faussée ». Par la suite, à quatre reprises, revient le leitmotiv libéral de « l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre ». Mais c’est précisément contre cette obsession de la concurrence à tout va, contre cette tendance à vouloir ramener toute la vie sociale au rang de marchandise, que s’élève un nombre croissant de nos concitoyens ! »

VGE : « Mais nous ajoutons, dans les objectifs de l’Union : « Une économie sociale de marché, hautement compétitive, visant le plein emploi et le progrès social ! » Nous prévoyons que l’Union « combat l’exclusion sociale, les discriminations », qu’elle « promeut l’égalité entre femmes et hommes (…) et la protection du droit des enfants ! » Donc, à côté de la liberté économique (…), la Constitution décrit avec soin des objectifs sociaux ! »

FW : « Circonstance aggravante : l’essentiel des dispositions érigeant ainsi l’Europe libérale en modèle intouchable figure dans la troisième partie du texte (dont les) 340 articles (…) n’ont fait l’objet d’aucune discussion au sein de la Convention durant les 16 mois de travaux (…) La plupart des éditions de la Constitution en circulation (les) ignorent purement et simplement . C’est, en quelque sorte, la face cachée de (votre) projet ! »

VGE : « Ce sont des articles des traités (…) nous n’avions pas mandat pour les modifier ».

FW : « Profondément convaincu qu’il y a, de nos jours comme jamais, un besoin d’Europe pour espérer transformer le monde, j’estime qu’il serait très dommageable de pousser ainsi nombre d’anti-libéraux à devenir anti-européens ». C’était il y a 17 ans…Sans commentaire.

——–
(1) Les extraits qui suivent sont tirés d’une seule intervention de ma part suivie d’une seule réponse de M. Giscard d’Estaing. Ils sont présentés ici séparément pour la clarté des arguments exposés.

10 décembre 2020 at 12:00 Laisser un commentaire

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