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L’UE ET LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME

wurtz-l-humanite-dimanchePour l’Europe, « j’ai proposé une nouvelle impulsion. L’essentiel, c’est la protection des Européens » déclarait François Hollande dans son entretien télévisé du 14 juillet, quelques heures avant l’effroyable tuerie de la Promenade des Anglais. Mais quels sont , au fait, les compétences et les instruments dont dispose l’ Union européenne , à ce jour, dans ce domaine ? Et surtout, quelle est leur efficacité au regard de la tragédie de Nice ?

L’action européenne à cet égard date des suites du choc du 11 septembre 2001 . « L’Europe de la sécurité » s’est renforcée aux lendemains des attentats de Madrid du 11 mars 2004. Elle s’est notamment dotée d’un « coordinateur de la lutte contre le terrorisme ». Au départ, l’accent était mis sur le choix de l’UE de mener cette lutte contre le terrorisme « dans le respect de l’état de droit » . Une importance nouvelle était également accordée à « l’échange en matière de renseignements ». Enfin, on insistait officiellement sur « la nécessité de lutter contre les facteurs susceptibles d’alimenter le terrorisme (…) par l’action politique, la prévention des crises, le règlement des conflits, l’aide au développement, la coopération, la formation… » (1) Par la suite, les pressions en faveur de réponses de plus en plus sécuritaires (et militaires) au fléau terroriste n’ont cessé de s’accentuer tandis que se multipliaient les attaques dans de nombreuses villes d’Europe : Londres, Copenhague, Paris, Saint-Denis, Bruxelles…

Il existe désormais , au sein d’Europol ( Office européen de police ) un « Centre européen de lutte contre le terrorisme » destiné à faciliter l’échange d’informations entre les Etats membres. La lutte contre le phénomène dit des « combattants étrangers » y prend une place grandissante. Il s’agit du contrôle systématique de ressortissants européens repérés au moyen d’indicateurs de risques et souhaitant quitter l’espace Schengen afin de s’engager dans les rangs de Daesh. A l’extension des gigantesques fichiers du « Système d’information Schengen » ( signalement de personnes recherchées ou placées sous surveillance ) et d’ « Eurodac » ( base de données centrale informatisée d’empreintes digitales ) se sont ajoutés le déploiement dans différentes régions du monde, en particulier l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, du SIV (« Système d’information sur les visas » ) ainsi que la création du RAN ( « Radicalisation Awereness Network ») , centre de lutte contre la radicalisation. Une unité spéciale est chargée de centraliser les signalements de sites web incitant au terrorisme en vue de les bloquer. Par ailleurs, un « corps européen de garde-frontières et de garde-côtes » doit voir le jour. Quant à la fameuse directive PNR ( qui contraint les compagnies aériennes à fournir aux autorités les données des passagers pour tous les vols vers ou depuis l’UE ), elle est définitivement adoptée. Et pourtant…

Au vu des premiers éléments de l’enquête sur l’attentat du 14 juillet, l’on ne peut manquer de s’interroger sur la pertinence de cette fuite en avant sécuritaire. Rappelons que le tueur de Nice vivait en France. Selon ses voisins, « il buvait de l’alcool, mangeait du porc et n’avait rien à voir avec la religion ». Il était , d’après le Procureur, « totalement inconnu » des services de renseignements. Aucun des impressionnants dispositifs prévus n’était susceptible de prévenir son acte. Alors, on continue ou on s’interroge ?

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(1) Pierre Sellal, Représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne, devant la délégation pour l’UE du Sénat (17/11/2004).

21 juillet 2016 at 2:45 Laisser un commentaire

« RÉINSTALLER L’HUMAIN AU CENTRE DE TOUT » ! (1)

wurtz-l-humanite-dimancheJ’étais plongé dans le dernier ouvrage de Bertrand Badie -« Nous ne sommes plus seuls au monde »- lorsque j’appris que Bruxelles était à son tour frappée par un monstrueux carnage. Le choc et l’effroi provoqués par ces images de mort et de désolation dans cette ville si proche donnèrent après coup à certains passages du livre de cet éminent expert progressiste des relations internationales un relief particulier (1).

C’est naturellement le cas du chapitre intitulé « Après le 13 novembre » . L’auteur y développe ce qu’il appelle « la double responsabilité » de la société française après cette tragédie. La première coule de source et a trait au comportement au quotidien : « Ne pas céder à la peur, aux stéréotypes, à la haine, à la simplification ». L’expérience montre qu’il est loin d’être superflu de rappeler ces principes de base. La seconde « responsabilité » évoquée est bien plus exigeante : elle vise à créer les conditions d’une « nouvelle politique étrangère de la France ». Pourquoi ? Badie juge que la politique française , depuis une bonne dizaine d’années au moins, est atteinte de « myopie » et de « conservatisme ». Il est grand temps, estime-t-il ( avec raison ), de « commencer à construire l’altérité ( la reconnaissance de l’autre dans sa différence ), ( de )vivre avec des flux de populations, d’idées, de croyances qui ne nous sont pas familières, ( de ) tenir compte de l’apport de l’autre, ( de ) savoir même en faire une part de notre héritage commun ». Et de plaider pour que soit stimulée la connaissance et favorisée la compréhension des autres cultures : « La seule façon d’affronter la mondialisation et d’abaisser le seuil de violence consiste précisément à créer du lien social à l’échelle du monde ». Dès lors, une réponse militaire aux attentats est inadaptée car « elle entretiendra des situations de violence croissante et de plus en plus intraitables ». Une thèse qui ne vaudra sans doute à Bertrand Badie ni les louanges de l’Elysée ni la mansuétude d’un Premier Ministre pour qui « expliquer, c’est excuser »… Gageons que l’indulgence des actuels -tout comme des précédents !- dirigeants du pays n’est pas, en l’occurrence, le but recherché.
Pour autant, ce livre n’a rien d’un pamphlet polémique. C’est d’abord une mine de références historiques destinées à rendre intelligibles la marche du monde , ses contradictions et ses ruptures à l’heure de la mondialisation. C’est ensuite, tel un fil rouge, un suivi de l’émergence des « exclus du système international », du Mouvement des Non-Alignés aux actuels BRICS ( Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud…) . C’est également une illustration magistrale de la place sans précédent prise par les citoyens, les acteurs non étatiques dans la vie internationale. La révolution de l’information et de la communication y a non seulement favorisé l’irruption des « sociétés civiles » mais développé de façon exponentielle les relations multiformes  entre elles, bousculant par là-même « l’ordre international ». Enfin, tout ce livre est un vibrant plaidoyer en faveur d’une « ouverture au monde », avec un focus sur « les insécurités humaines » qui affectent les pays du sud.
Sans nécessairement partager toutes les positions qui y sont développées, on y trouve des professions de foi qui ne dépareraient  pas notre journal . Qu’on en juge : »Si on ne réinstalle pas l’humain au centre de tout, au-dessus du profit, de la compétitivité , de la production, d’un identitarisme incontrôlé, de la promotion de telle idéologie ou de tel ou tel modèle, si on ne remet pas l’homme au centre de la vie, on risque d’être rongé par ces sursauts conservateurs , ignorants, obscurantistes, routiniers et conformistes « . Stimulant !

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(1) Bertand Badie : « Nous ne sommes plus seuls au monde » ( Édition La Découverte – 2016 )

31 mars 2016 at 8:59 Laisser un commentaire

LA GAUCHE EUROPÉENNE SOLIDAIRE DU PEUPLE KURDE

wurtz-l-humanite-dimancheLe groupe de la « Gauche Unitaire Européenne » (GUE-NGL) du Parlement européen multiplie , ces jours-ci, les initiatives de solidarité avec le peuple kurde en général, et le grand parti progressiste de Turquie, le HDP, en particulier. D’abord, avec d’autres groupes, il avait demandé et obtenu la tenue d’un débat sur la situation alarmante dans ce pays , lors de la session du Parlement européen qui vient de s’achever. Ensuite, il a apporté son soutien aux intellectuels de Turquie interpellés pour avoir signé une pétition demandant « que l’Etat cesse son massacre délibéré » des Kurdes. Enfin, il s’apprête à accueillir -pour la 12ème année consécutive !- une Conférence internationale sur le thème : « L’Union européenne, la Turquie et les Kurdes », les 26 et 27 janvier prochains à Bruxelles.

Parrainée par plusieurs lauréats du Prix Nobel de la Paix, cette initiative sera notamment marquée par la présence et l’intervention de Selahattin Demirtas, co-Président du parti HDP de Turquie et de Salih Muslim, co-Président du PYD du Kurdistan syrien. Ces deux éminentes personnalités sont aujourd’hui les « bêtes noires » de l’autocrate nationaliste Erdogan. Au premier, le Chef de l’Etat turc ne pardonne pas l’autorité politique et morale acquise en 2015, qui l’ont empêché d’accomplir son rêve obsessionnel : obtenir la majorité nécessaire à l’établissement d’un régime ultra-présidentiel, sorte de néo-sultanat sans contre-pouvoir.  Quant au second, il a, aux yeux du maître d’Ankara, commis le crime rédhibitoire de construire , dans la région kurde de Syrie ( Le Rojava , frontalier avec la région kurde de Turquie ), une entité autonome. Pour torpiller cette expérience démocratique -menée à bien au prix d’un combat héroïque de tous les jours contre les terroristes de « Daech »-  Erdogan , paniqué à l’idée d’une contagion de l’exemple des Kurdes de Syrie parmi la minorité kurde de Turquie, a manifesté les complaisances ignobles que l’on sait à l’égard du groupe « Etat islamique ». C’est dire si nous suivrons avec un intérêt tout particulier les témoignages de ces deux invités de marque, et si notre soutien leur est acquis !

 Il est , en effet, inconcevable que, sous le prétexte -au demeurant aussi indigne qu’illusoire- que les « 28 » comptent sur le dictateur turc pour empêcher les réfugiés syriens  de tenter de rejoindre nos côtes, l’ « Europe des droits de l’homme » s’interdise toute action susceptible d’indisposer son irascible « allié » de circonstance !

Il nous appartient aussi de nous tourner vers les dirigeants de la France , qui, dans le même mouvement que ceux de l’Union européenne , apportent au régime Erdogan une caution devenue insupportable dans le contexte actuel. C’est une véritable guerre que ce tyran a relancé contre les Kurdes : avec ses morts et ses blessés par milliers, ses innombrables destructions jusque dans les quartiers historiques des villes, son climat de terreur, ses interminables couvre-feu, ses arrestations de masse , en particulier d’élus du HDP, ses menaces directes contre le leader de ce parti, Demirtas -ce défenseur infatigable d’une solution politique et non militaire du conflit- , et, à présent, sa chasse aux sorcières contre tous ceux qui osent critiquer cette fuite en avant vers le chaos, aussitôt assimilés à des « complices des terroristes » ! Cet homme est irresponsable et dangereux. Il ne peut en aucun cas être notre « allié » !

21 janvier 2016 at 11:18 Laisser un commentaire

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