Archive for septembre, 2019

« LES ERREURS DES OCCIDENTAUX » SELON MACRON

« Les choses changent. Et elles sont profondément bousculées par les erreurs des Occidentaux dans certaines crises ». L’auteur de ce qui ressemble à une amorce d’autocritique collective en matière de politique internationale n’est autre que le Président de la République lui-même (1). S’exclut-il de ces « Occidentaux » fourvoyés ? Apparemment non : « Nous avons sans doute longtemps sous-estimé l’impact de nouvelles puissances », reconnaît-il. « Regardons l’Inde, la Russie et la Chine (…) Elles pensent le monde avec une vraie logique, une vraie philosophie, un imaginaire que nous avons un peu perdu. Et donc, tout ça vient nous bousculer très profondément et rebattre les cartes (…) Les habitudes et données qui étaient les nôtres ne sont plus valables ».

Cet éclair de lucidité a, « a priori », de quoi nous réjouir ! Nous sommes, en effet, quelques uns à souligner de longue date l’urgence à dépasser l’occidentalo-centrisme et à faire nôtre l’injonction salutaire d’un Bertrand Badie : « Nous ne sommes plus seuls au monde » ! (2) Ceux qui contestent la vision occidentale traditionnelle de l’ordre international ne sont pas nécessairement des barbares à combattre ni même des égarés à remettre dans le droit chemin ! En tout cas, face à nombre d’enjeux, nous sommes dans le même bateau.

Dès lors, quelles conclusions stratégiques Emmanuel Macron tire-t-il de son légitime sinon courageux constat ? Certains projets présidentiels suscitent l’intérêt. C’est le cas -nous l’évoquions ici-même la semaine dernière- de la volonté affichée par Emmanuel Macron de « repenser très profondément nos liens avec la Russie ». Non pour acquiescer à la politique de ses dirigeants, mais pour nous libérer d’une « tension profondément stérile » et nous permettre de « faire quelque chose d’utile » avec ce voisin incontournable. A suivre, donc.

En revanche, deux mots caractérisent la plupart des autres perspectives qu’il dessine : au mieux, l’ambiguïté ; au pire, le pur effet d’annonce. Qu’entend-il au juste par « refonder profondément la civilisation européenne »? Comment définit-il le « véritable humanisme » qui aurait, selon lui, « toujours caractérisé l’Europe », et avec lequel il nous invite à renouer ? Inclut-il le respect de la dignité des réfugiés, par exemple ? Ou le refus de vendre des armes à un État guerrier ? Et que signifie concrètement « repenser très profondément les équilibres de l’économie de marché » ? La question est d’autant plus pertinente qu’il paraît que « nous avons commencé à le faire »…

On retiendra enfin un propos franchement inquiétant sur « l’attractivité de notre armée »; « en passe de devenir de manière indiscutable la première armée européenne », car « aujourd’hui, en Europe, personne n’a cette vitalité » ! « L’humanisme » de Macron a ses raisons que la raison ne connaît pas.

———
(1) Discours à la Conférence des ambassadeurs et ambassadrices (27/8/2019). Toutes les citations qui suivent sont tirées de ce même texte.
(2) Titre d’un livre de Bertrand Badie, éminent spécialiste des relations internationales.

26 septembre 2019 at 6:14 Laisser un commentaire

POUR UNE GRANDE CONFÉRENCE DE PAIX EN EUROPE !

Quelle meilleure occasion que la célébration de la journée internationale de la paix -ce 21 septembre- pour relancer une proposition que je m’efforce de promouvoir depuis une dizaine d’années, et que partagent , outre mes amis communistes, de nombreux militantes et militants pour la paix en France et en Europe : agir pour la tenue d’une grande Conférence de paix ouverte à tous les pays du continent européen, une sorte de « Conférence d’Helsinki 2 », adaptée aux conditions de notre époque, profondément renouvelées par rapport au contexte des années 1970.

Un tel projet semblait jusqu’ici quelque peu utopique, tant les dirigeants des Etats de l’Union européenne étaient fermés à toute idée d’accord de ce type avec la Russie, sans la participation de laquelle une telle Conférence n’aurait évidemment aucun sens. On me dira : « Tout cela est dû à l’affaire ukrainienne et à l’annexion de la Crimée en 2014 par Poutine ! » Faux ! C’est depuis bien avant ces événements -et avant même le retour de Vladimir Poutine à la présidence de son pays- que les Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE ont tourné le dos à toute perspective de grande initiative paneuropéenne de paix.

Rappelons une fois de plus le discours historique de Dmitri Medvedev -tout juste élu Président de la Russie- à Berlin, le 5 juin 2008. Ses entretiens avec les autorités allemandes semblaient avoir été appréciés : « Medvedev remplit positivement nos attentes » nota le ministre délégué aux Affaires étrangères, Gernot Erler. Angela Merkel avait, pour sa part, salué la « fiabilité » de son partenaire russe. Pourtant, la proposition-phare de celui-ci, à savoir « un accord juridiquement contraignant sur la sécurité européenne » -abordant tous les différends entre la Russie et l’UE !- , fut accueilli par les dirigeants de l’UE par un silence glacial ! Pourquoi cet incroyable gâchis ? Parce que le principe fondamental d’un tel traité de sécurité collective est nécessairement l’engagement de chaque pays signataire de ne rien entreprendre qui puisse nuire à la sécurité d’un quelconque autre pays signataire. Or le respect de ce principe cardinal serait allé à l’encontre de l’élargissement continu de l’OTAN vers l’Est. Il aurait également interdit toute rupture de l’équilibre stratégique , comme l’installation du « bouclier antimissile » américain sur le sol européen. Or, pour les Européens, brider le Pentagone ou l’OTAN, pas question ! Depuis, les tensions Est-Ouest n’ont fait que s’exacerber. Pressions des autorités polonaises et baltes aidant, au désastre ukrainien répondit le cycle des sanctions de l’UE contre Moscou… sans aucun résultat. D’un traité paneuropéen de sécurité, il ne fut plus jamais question.

Aussi ne pouvait-on que noter avec intérêt le tardif mais potentiellement salutaire revirement d’Emmanuel Macron sur ce point, le 27 août dernier, devant les ambassadeurs et ambassadrices de France : « Je pense, déclara-t-il, qu’il nous faut construire une nouvelle architecture de confiance et de sécurité en Europe, parce que le continent européen ne sera jamais stable, ne sera jamais en sécurité, si nous ne pacifions pas et ne clarifions pas nos relations avec la Russie ». À nous toutes et tous de veiller que ces paroles justes se traduisent au plus vite en actes concrets.

19 septembre 2019 at 6:44 Laisser un commentaire

« LETTRE À UN AMI DE GAZA » : UN CRI SALUTAIRE

On ne peut que se réjouir de telles initiatives dans le contexte actuel : le Théâtre de la Ville, à deux pas du Palais de l’Elysée, a invité le réalisateur israélien Amos Gitaï (Kadosh, À l’ouest du Jourdain…) à présenter à Paris sa « Lettre à un ami de Gaza ». Tandis que, désormais épaulé par le sinistre locataire de la Maison-Blanche, Nétanyahou fait de son acharnement contre le peuple de Gaza un argument électoral, sans susciter de la part de nos dirigeants un quelconque sursaut, ce spectacle, atypique à tous égards, est un cri poétique, une interpellation artistique, salutaires.

Pendant que défilent, en toile de fond, les images du « mur » si emblématique du blocus imposé aux Gazaouis, ou celles d’un hélicoptère militaire survolant un territoire palestinien dévasté par les chars israéliens, ou encore celles de jeunes résistants palestiniens se défendant avec une fronde contre les fusils des occupants,  des comédiens lisent en Hébreu et en Arabe des textes poignants (surtitrés en Français).

En particulier, cette injonction à la solidarité et au respect des autres, du plus grand poète palestinien, Mahmoud Darwish :

« Quand tu prépares ton petit-déjeuner,
pense aux autres.
(N’oublie pas le grain aux colombes.)

Quand tu mènes tes guerres, pense aux autres.
(N’oublie pas ceux qui réclament la paix.)

Quand tu règles la facture d’eau, pense aux autres.
(Qui tètent les nuages.)

Quand tu rentres à la maison, ta maison,
pense aux autres.
(N’oublie pas le peuple des tentes.)

Quand tu comptes les étoiles pour dormir,
pense aux autres.
(Certains n’ont pas le loisir de rêver) »…

Ou bien cet extrait d’un roman de l’écrivain israélien S.Yizahr qui relate et fustige l’expulsion des habitants d’un village arabe par l’armée israélienne à l’époque de la « Nakba », en 1948. Les ordres des militaires y claquent comme des fouets : « Brûlez ! Dynamitez! Capturez ! Embarquez ! Expulsez ! »

Ou encore cette épreuve de vérité venant de la « génération d’après »,  imaginée par la courageuse journaliste israélienne, Amira Hass, fille de deux communistes rescapés des camps de la mort : « Comment avez-vous pu détruire des villages -demandera leur fille ? »; « Je n’ai fait que suivre les ordres »; « comme si tout était normal… »

Pour ce grand moment de dignité humaine et de réveil des consciences, merci à Amos Gitaï, qui signe là une belle œuvre, et à Emmanuel Demarcy-Mota, le directeur du Théâtre de la Ville, à l’origine de cette initiative plus que bienvenue .

12 septembre 2019 at 1:54 Laisser un commentaire

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