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LA RHÉTORIQUE NAUSÉABONDE D’ORBAN DANS LE TEXTE !

 « La question principale qui se posera à l’Europe au cours de la prochaine décennie est de savoir si l’Europe restera celle des Européens (…) L’on n’a pas le droit d’être solidaire avec des groupes et des idées opposés aux objectifs existentiels et culturels de l’Europe, parce que cela équivaudrait à s’auto-sacrifier ». Cette rhétorique nauséabonde est celle de Viktor Orban. Elle émane du discours prononcé lors du premier meeting de la campagne qui s’est conclue par le succès que l’on sait du Chef du gouvernement de la Hongrie. (1) Ce texte est un condensé des thèses de ce politicien à la fois ultra-réactionnaire et habile manipulateur. Extraits.

Orban y développe notamment une dizaine de « facteurs-clé qui font la force d’une nation ». Parmi eux, on retrouve d’une part des thèmes traditionnellement chers à tous les régimes réactionnaires, tels que « la force de l’armée » ou l’appartenance à « la plus grande force militaire du monde, l’OTAN »; ainsi que « la protection des frontières et la capacité à écarter les menaces terroristes » ( à rapprocher de l’auto-glorification de sa qualité de « précurseur » pour avoir « arrêté l’invasion migratoire qui déferlait sur l’Europe »…) ou encore sa volonté de « rassembler dans une même communauté tous les Hongrois vivant dans le monde » ( allusion aux provinces perdues au profit des pays voisins lors du traité de Trianon de 1920 -abondamment cité ). Il reste par ailleurs très « classique » en se félicitant que son pays soit « membre du gigantesque marché commun (sic) de l’Union européenne », en s’insurgeant contre tout « déficit budgétaire » qui « dérape », ou en insistant sur l’idée que « restaurer notre compétitivité passe par des réductions d’impôts (des entreprises) et un marché du travail aussi souple que possible ».

Mais on ne peut comprendre son influence dans les classes populaires, notamment dans les campagnes, sans voir l’autre versant de sa stratégie : surfer sur le rejet massif -et très compréhensible- des dérives libérales qui ont marqué les douze ans de règne du Parti socialiste hongrois, dans la droite ligne de l’orthodoxie européenne. Ainsi insiste-t-il sur « l’indépendance financière » du pays (ses prédécesseurs avaient fait appel au FMI avec, en retour, de violentes mesures d’austérité ); le retour des « branches stratégiquement les plus importantes de son économie solidement entre les mains d’intérêts nationaux » (ses prédécesseurs avaient multiplié les privatisations en faveur de grands groupes étrangers); le « soutien des familles » en accordant des « avantages fiscaux aux personnes qui travaillent tout en élevant des enfants » -une mesure financée, précise-t-il, grâce à une taxe sur de grandes entreprises (le taux de fécondité de la Hongrie était de 1,2 par femme lors de son arrivée au pouvoir en 2010 ! Il a légèrement remonté à 1,4). L’attitude d’Orban vis-à-vis de l’Union européenne est, au demeurant, très calculée : suffisamment critique contre les « bureaucrates bruxellois » pour être au diapason de la population, mais relativement prudent sur le fond pour ne pas tuer la poule aux œufs d’or : le « gigantesque marché commun » et une manne substantielle (26 milliards d’euros d’aides entre 2014 et 2020 pour un pays de moins de 10 millions d’habitants !) dont les proches du pouvoir sont les premiers bénéficiaires. Une expérience à analyser sérieusement si l’on veut stopper la gangrène qui menace désormais toute l’UE.

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(1) Université d’été de Bāile Tusnad (22/7/2017)

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19 avril 2018 at 10:32 Laisser un commentaire

ITALIE – UNION EUROPÉENNE : LE BOOMERANG

Le spectacle affligeant qu’offre le paysage politique italien à l’issue des élections en dit long sur les responsabilités écrasantes de la « classe politique » de la péninsule, à commencer par l’ex-chef du gouvernement Matteo Renzi, que certains appelaient encore il y a peu « le Macron italien », en référence à son allure jeune et moderne, tout comme à son aptitude à recycler une partie de la gauche « et en même temps » un pan de la droite sur une ligne très Bruxello-compatible. Lui qui pérorait en 2014, du haut des 40% de voix que ses compatriotes lui avaient généreusement accordées lors du scrutin européen, peut mesurer aujourd’hui le champ de ruines que lui et les siens auront laissé derrière eux. Mais le Secrétaire du Parti démocrate partage ce déshonneur avec les principaux leaders européens .

Revenons à ce propos six à sept ans en arrière. En novembre 2011, l’ère Berlusconi semblait s’achever. On n’aurait pu que s’en réjouir, n’eût été les conditions de son départ précipité du pouvoir, et leurs conséquences prévisibles. En effet, quatre mois plus tôt, le 5 Août, le Président de la Banque centrale européenne d’alors, le Français Jean-Claude Trichet, ainsi que son successeur désigné, l’Italien Mario Draghi, adressaient au Président du Conseil italien un incroyable diktat, sous la forme d’une lettre, restée secrète quelques semaines, avant de fuiter -sans doute pas par hasard, histoire d’exercer une pression maximale sur le Chef du gouvernement à Rome. La missive commençait par cette injonction sans appel : « Le Conseil des gouverneurs (de la BCE) considère que les autorités italiennes doivent d’urgence adopter des mesures propres à restaurer la confiance des investisseurs ». Suivait une liste impressionnante de « réformes structurelles » à exécuter « au plus vite par décrets-lois » , parmi lesquelles « la libéralisation totale des services publics  » ; une « réforme supplémentaire du système des conventions collectives pour permettre  des accords d’entreprise afin d’adapter les salaires et conditions de travail aux besoins spécifiques des firmes »; le « passage en revue en profondeur des règles concernant l’embauche et les licenciements »; « un budget équilibré en 2012, pour l’essentiel par une réduction des dépenses ; le « durcissement des conditions d’éligibilité aux retraites séniors » et le recul de l’age de la retraite « pour les femmes du secteur privé » par l’alignement sur celui des employés du secteur public, permettant de faire des économies en 2012 »; la « réduction des coûts des employés du secteur public, si nécessaire en réduisant les salaires »; la « réforme de l’administration publique dans un esprit favorable aux entreprises », etc…!

Problème : le vieux briscard italien ne s’exécuta pas avec la célérité requise. Aussitôt, les « investisseurs » firent flamber leurs taux d’intérêt. Bruxelles, Berlin et Paris n’avaient plus qu’à pousser l’importun vers la sortie et à faire nommer à sa place -sans élection- un homme du sérail : Mario Monti, ancien Commissaire européen passé par Goldman Sachs. Du sûr ! De fait, il « fit le job ». Ses successeurs du parti démocrate aussi. On en a le résultat aujourd’hui. Non seulement, le sinistre Berlusconi est de retour , mais c’est son allié d’extrême -droite raciste et xénophobe qui est en situation de revendiquer la direction du prochain gouvernement tandis que le populisme relooké du « mouvement 5 étoiles » triomphe. Malheureusement, le boomerang ne touche pas les apprentits-sorciers co-responsables de cette tragédie, mais toute l’Europe.

8 mars 2018 at 8:52 Laisser un commentaire

A QUOI SERVENT NOS PARLEMENTAIRES EUROPÉENS ?

Cela se joua à 24 voix seulement, sur 704 votants ! 24 voix qui ont permis aux dirigeants européens d’ouvrir la voie à la libéralisation intégrale des chemins de fer dans l’Union européenne ! Revenons un instant sur ce vote très éclairant du Parlement européen , le 14 décembre 2016. Les députés étaient appelés à adopter la directive organisant l’ouverture à la concurrence du « marché des services nationaux de transport de voyageurs par chemin de fer ». Une fois n’est pas coutume : face à l’intégrisme libéral de la Commission en matière de transports, notre groupe de la « gauche unitaire européenne » (GUE) avait, cette fois, de nombreux alliés , tant socialistes que verts, unis sur un amendement de rejet pur et simple de la directive. Or, peu s’en fallut que nous arrachions ensemble ce succès d’envergure : 330 députés se prononcèrent pour le rejet ; 354 contre ; 20 s’abstenant ! Une poignée de voix de plus, et la directive était bloquée ! Comme c’est sur ce texte européen que le gouvernement Macron-Philippe se fonde aujourd’hui pour justifier son entreprise de casse du service public de la SNCF, cela vaut la peine d’y revenir. (1)

Cette directive n’était pas la première à s’attaquer au service public des transports. L’acharnement de l’exécutif bruxellois sur ce dossier durait déjà depuis 15 ans. Étape par étape, on avait libéralisé le fret, puis le transport international de voyageurs, avant de s’attaquer au noyau dur du secteur : les transports intérieurs, des trains régionaux aux TGV. Et tout cela, sans jamais accepter de procéder à une évaluation des conséquences d’une « réforme » avant de lancer la suivante. Quand se manifestaient des pressions suffisamment fortes contre cette fuite en avant libérale, les commissaires successifs lâchaient un peu de lest, avant de reprendre l’initiative quand les rapports de force leur redevenaient plus favorables. Trop souvent, ces reculs partiels ou ces manœuvres dilatoires suffisaient à la Commission pour obtenir le soutien du groupe socialiste.

Quels enseignements tirer de cette expérience ? Le premier est que l’ idée reçue : « Le Parlement européen n’a aucun pouvoir ! » est fausse. Certes, l’ assemblée de Strasbourg a des prérogatives limitées , voire nulles, dans certains domaines, comme la politique étrangère et de défense, ou encore la fiscalité , qui sont considérés comme des « domaines réservés » des Etats membres. Plus généralement, un quarteron d’Etats puissants -et tout particulièrement l’Allemagne, en tant que « principale créancière de l’Europe »- s’est arrogé de plus en plus de pouvoir depuis la crise financière de 2008-2010. Il demeure qu’en ce qui concerne l’adoption des lois européennes ( les fameuses « directives » telles que celle dont il est question ici ) , rien ne peut être décidé contre la volonté de la majorité des parlementaires européens. Pour entrer en vigueur, ces directives doivent, en effet, être adoptées à la fois -et dans les mêmes termes- par le Conseil (les représentants des gouvernements de l’UE) et…une majorité de députés européens ! Une autre leçon à retenir est que le combat pour changer la politique européenne ne peut se résumer à un « coup » de temps en temps, mais doit se mener dans la durée et en relation permanente avec les citoyens , les syndicats, les associations, les élus nationaux et locaux. Enfin, cette expérience est à méditer d’ici aux prochaines élections européennes tant du point de vue de l’intérêt à aller voter que de celui de choisir sa liste en pleine connaissance de cause.

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(1) Voir blog de Patrick Le Hyarick, 14/12/2016

1 mars 2018 at 10:11 Laisser un commentaire

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