Archive for janvier, 2013

PARIS-BERLIN CÔTÉ COUR ET CÔTÉ JARDIN

wurtz-l-humanite-dimanche Petit retour sur les récentes festivités du Cinquantenaire du traité de l’Elysée censées consacrer la permanence de l’amitié franco-allemande au plus haut niveau des deux États.fw

Côté jardin, il faut bien dire que les cérémonies de Berlin avaient de l’allure: 1000 parlementaires et de nombreux invités, dont 200 jeunes, des deux pays, réunis au Bundestag;  le Président de la République et la Chancelière célébrant de conserve leur attachement à la paix, à l’entente et à la coopération durables en Europe; le Chef de l’Etat fédéral déclamant les beaux vers du « Göttingen » de Barbara avant le bouquet final sous la forme d’un grand concert symphonique conclu par l’ « Ode à la joie » de Beethoven, pour célébrer en musique « les valeurs qui unissent les nations européennes ».

Malheureusement, le lustre de cette prestigieuse manifestation cachait mal le côté cour, décidément moins reluisant, de cette célébration. Ainsi, dès avant la cérémonie du Parlement allemand, les deux gouvernements avaient-ils rendu public le texte d’une Déclaration commune qui ne forçait pas sur le lyrisme! Les deux alliés y « invitent les représentants des employeurs et ceux des salariés à créer un groupe de travail franco-allemand qui proposera des initiatives conjointes…dans le domaine de la compétitivité ainsi que du modèle social dans nos deux pays. « La veille, dans un long entretien accordé au « Figaro », l’ancien Chancelier Gerhard Schroeder avait, en quelque sorte, décrypté par avance cette recommandation en déclarant tout de go: « L’Allemagne attend que la France fasse les devoirs que nous avions accomplis en 2003 », et même qu’elle « procède à un rattapage ». Rappelons que le détricotage de pans entiers d’acquis sociaux auquel s’était livré, il y a dix ans, le dirigeant social-libéral vaut à l’Allemagne d’afficher aujourd’hui un taux-record de précarité et de pauvreté, y compris parmi les travailleurs ayant un  » emploi « :  7,5 millions d’entre-eux gagnent en moyenne quelque 290 € par mois pour un « mini-job » à temps partiel et se préparent à une retraite de misère!

Gageons que le « peuple de gauche », des deux côtés du Rhin, a une autre vision de l’amitié franco-allemande que celle du père des « lois Hartz », qui avaient d’ailleurs valu à son parti d’être chassé du pouvoir. On peut imaginer que nombre de sympathisants socialistes français accueillent avec circonspection sinon inquiétude le satisfecit accordé par Schroeder au gouvernement Hollande-Ayrault au sujet du « processus de réformes qui semble enfin engagé » de ce côté-ci du Rhin.

Intéressant, à cet égard, est le récit publié, le jour des festivités berlinoises, par le quotidien allemand « Die Welt ». Son correspondant à Paris, Sascha Lenhartz,y relate une conversation avec son voisin français. Il lui vante sa conception des rapports entre syndicats et patronat, fondés selon lui sur « la confiance » et « l’intérêt commun ». « Ça,c’est de l’utopie! » rétorqua son interlocuteur parisien. Ce réalisme et ce bon sens font, du reste, leur chemin en Allemagne également. C’est précisément cette convergence qu’il s’agit de nourrir de nos expériences respectives.

Voilà pourquoi l’heure est à l’élaboration d’un nouveau « partenariat franco-allemand » dans une optique de gauche. C’est ce qu’ont décidé, en marge des cérémonies officielles du Bundestag, les dirigeants du Front de Gauche et ceux de « Die Linke ». Avec ,comme première initiative commune,…l’analyse des Lois Hartz,afin de contribuer à prévenir tout risque de contagion! Dans cet esprit, vive l’amitié franco-allemande!

31 janvier 2013 at 8:39 Laisser un commentaire

OÙ EN EST « L’EUROPE DE LA DEFENSE » ?

wurtz-l-humanite-dimanche      Bien avant l’intervention militaire de la France au Mali, les admonestations s’étaient déjà multipliées sur le thème de l’ « inconsistance de la défense européenne ». Par exemple, dans « Le Monde », le mois dernier -« L’Europe doit rester une puissance militaire crédible » y plaidait le directeur de la Fondation pour la recherche stratégique- puis, derechef, au début de cette année, avec, cette fois à la « une », un éditorial , sans lien avec le Mali, au titre retentissant: « Danger: l’Europe renonce à se défendre. » Diable! Pourquoi tant d’émotion? Y compris de la part de part de partisans du maintien de la France dans les structures militaires intégrées de l’OTAN, ce qui rend pourtant caduque l’idée même d’une « défense européenne »? Pour comprendre les raisons d’un certain type de déception vis-à-vis de l’évolution apparente de l’Union européenne sur le plan militaire, il n’est pas inutile de se reporter quelque dix ans en arrière…

Nous sommes en 2003. Les dirigeants européens affichent fièrement une (seule) ambition: faire de « l’Europe » un acteur mondial qui compte (ce qui serait bien), mais seulement grâce à un effort sans précédent dans le sens de sa militarisation (ce qui s’avèrera être une impasse). Ils y travaillent depuis 1998. Cette année-là, la Grande-Bretagne (Donc les Etats-Unis et l’OTAN) a accordé son feu vert à cette orientation. Deux ans durant, l’UE s’est alors attachée à se doter de « capacités opérationnelles crédibles », c’est à dire qu’elle est censée être désormais « en mesure de déployer en 60 jours et pour une année, 60 000 soldats » pour des missions allant du « maintien de la paix » aux « forces de combat ». Puis on passa à la création de toute une panoplie d’organes dignes d’une super-puissance militaire: le Comité politique et de sécurité; le Comité militaire; l’Etat-Major européen; le Centre de situation (renseignement, veille, analyse, réaction), le réseau de transmission cryptée,etc. Enfin, un accord fut conclu avec l’OTAN autorisant l’UE à utiliser les moyens de l’Organisation atlantique. En 2003, tout est prêt. S’y ajouteront par la suite la constitution de 13 groupements « de réaction rapide » de 1500 h. chacun, ainsi que la création d’une « Agence européenne de défense » chargée de favoriser le développement des armements dans l’UE.

Néanmoins, dès 2003, on passa aux travaux pratiques: première opération militaire européenne (En République démocratique du Congo), première opération avec les moyens de l’OTAN (En Macédoine), première opération « civilo-militaire » (En Bosnie). En 2003 fut aussi adoptée la « Stratégie européenne de Sécurité » dont une phrase résume l’esprit: « En agissant ensemble, l’Union européenne et les Etats-Unis peuvent constituer une force au service du bien dans le monde. » Cette doctrine fut solennellement présentée au Président Bush au lendemain de sa « Victoire » en Irak, en juillet 2003…

Seulement, voilà: dix ans plus tard, Bush est tombé depuis longtemps de son piedestal; l’aventure irakienne et l’enlisement afghan ont abouti à un fiasco; et les rêves de super-Etat militarisé se sont évanouis sous le poids des réalités. Faudrait-il le regretter? Plutôt que de se fourvoyer dans les guerres, l’Europe se grandirait à consolider la paix.

24 janvier 2013 at 7:53 Laisser un commentaire

LES « BÂTISSEURS » FRANÇAIS DE L’EUROPE LIBERALE

wurtz-l-humanite-dimanche      « Ras-le-bol du diktat de Bruxelles! Sortons de l’Europe et ça ira mieux! » Qui n’a entendu ce type de réaction expéditive? Réaction compréhensible, tant est légitime l’exaspération suscitée par les politiques menées au nom de « l’Europe ». Mais réaction à courte vue, car ce qui est à combattre dans ces politiques n’est pas leur caractère européen, mais leur orientation rétrograde. Or,parmi les « bâtisseurs » de cette Europe-là, que de « poids-lourds » français! La bataille pour le changement se mène donc indissociablement sur les plans national et européen.

Pour juger de l’influence française dans cette UE, on se contentera d’un rapide coup d’oeil sur quelques hauts cadres de notre pays – talentueux et compétents,mais toujours « orthodoxes »- qui y ont exercé une responsabilité structurante en l’espace d’un quart de siècle, ou qui l’y exercent encore.

1985: François Mitterrand négocie avec le Chancelier Kohl l’accession de son ministre de l’économie et des finances, Jacques Delors, à la présidence de la Commission européenne. Celui-ci y restera 10 ans et y impulsera la grande relance libérale de l’UE: Acte Unique,Grand Marché, Maastricht, lancement du processus de la monnaie unique…Excusez du peu!

2003: Jacques Chirac négocie à son tour avec le puissant partenaire allemand le poste – qui ne cessera de grimper dans la hiérarchie des pouvoirs- de Président de la Banque centrale européenne pour celui qui fut, dix ans durant,le très libéral gouverneur de la Banque de France. Jean-Claude Trichet passera huit années décisives à la BCE, durant lesquelles l’ex-homme du « Franc fort » deviendra tout naturellement le champion de « l’euro fort ».

Dans l’intervalle, la classe dirigeante française réussit encore à « placer » l’un des siens, en 1999, au poste – moins médiatisé mais tout à fait crucial- de secrétaire général adjoint, puis de secrétaire général , du Conseil de l’Union européenne! Pierre De Boissieu avait été, auparavant, au sein de la Commission, étroitement associé à la préparation du traité de Maastricht. Désormais, il était chargé, au Conseil, de l’organisation des travaux des représentants des gouvernements, en particulier pour la mise en oeuvre du traité de Lisbonne. On pourrait encore citer Giscard D’Estaing, à qui l’UE confia la présidence de la « Convention » qui accoucha de feu- le traité constitutionnel…Certes, tous ces ténors français de l’Europe libérale sont aujourd’hui à la retraite, mais ils continuent de passer dans la « classe politique européenne » pour des artisans de premier plan de l’UE d’aujourd’hui.

Enfin, ne sous-estimons pas les responsabilités qu’y exercent, sous nos yeux, des Français , toujours dans le même esprit, même si chacun a sa personnalité propre. Au Parlement européen, le groupe le plus nombreux (PPE, droite: 265 députés !) s’est choisi un président français, Joseph Daul. A la Commission, Michel Barnier occupe le poste, stratégique pour les libéraux, du « Marché intérieur » et des services, notamment financiers. Au Conseil, la nouvelle fonction de « Secrétaire général executif » du Service diplomatique européen, a échu à un ancien Représentant permanent de la France à Bruxelles – au demeurant brillant- , Pierre Vimont. Quant à la BCE, son futur « Conseil de supervision », chargé de contrôler les grandes banques européennes, sera présidée par Danièle Nouy, aujourd’hui responsable du contrôle des banques françaises. Tout ce beau monde contribue à façonner « l’Europe » telle qu’elle est.
La question est bien de changer ET la France ET l’Europe !

16 janvier 2013 at 6:41 1 commentaire

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