Posts filed under ‘Theresa May’

« BRUXELLES DÉCIDE DE TOUT »: UN RACCOURCI PARALYSANT

Nous sommes à sept mois des élections européennes . C’est un devoir démocratique de clarifier aux yeux des citoyens et des citoyennes la part de pouvoir sur les futures décisions de l’UE que leur confère le bulletin de vote lors de ce scrutin.

Rappelons une fois encore qu’aucune directive ni aucun règlement ayant trait au marché unique européen ne peut voir le jour sans qu’une majorité de parlementaires européens ne l’ait adopté.e ! Si la Commission est -scandaleusement- seule à avoir le droit de proposer une loi, elle n’a, en revanche, absolument pas le pouvoir de l’imposer ! C’est le Parlement européen, d’une part, et le Conseil (c’est-à-dire les représentants des gouvernements), d’autre part, qui décident (D’où l’expression : « co-décision ») et amendent comme ils l’entendent chaque proposition de « Bruxelles ». Sans leur accord, le projet de la Commission européenne est mort.

Si nos concitoyennes et concitoyens étaient bien informés de cette seule réalité, nul doute qu’une majorité d’entre eux ne se réfugierait plus dans l’abstention (56% en 2014) ! Et surtout, nombre d’entre elles et eux demanderaient vraisemblablement aux listes en compétition des preuves tangibles de leur engagement de longue date -sur le terrain et dans les institutions européennes- en faveur des attentes de leurs électrices et électeurs. Et ce dans les 85 domaines où s’applique cette « co-décision » du Parlement de Strasbourg et des gouvernements de l’UE. Parmi ces domaines , citons la politique sociale; l’environnement et le climat; les transports; la recherche; la lutte contre les discriminations; l’aide au développement…

Mais les pouvoirs des parlementaires européens ne s’arrêtent pas là. Ils s’exercent également dans le vote du budget, dont les crédits à l’agriculture et les fonds d’aide aux collectivités. Sans oublier leurs prérogatives à l’égard de la Commission européenne : depuis son investiture , en passant par le contrôle de son activité, jusqu’au pouvoir de la renverser…Dans la période à venir, les parlementaires européens auront, en outre, à approuver -ou non- l’éventuel accord de retrait de la Grande-Bretagne de l’UE, ainsi que le cadre financier de l’Union européenne portant sur les années 2021 à 2027 ( représentant plus de 1000 milliards d’euros ! ). Savoir quel sera demain le rapport des forces dans cette Assemblée n’a donc rien de négligeable ! Qui incite, d’une manière ou d’une autre, les citoyens et les citoyennes à négliger ces terrains de lutte, sous prétexte qu’ils ne couvrent (évidemment) pas, et de loin, tous les enjeux de la transformation de l’ « Europe » , leur rend un bien mauvais service.

Tout aussi crucial est, par ailleurs, de faire la clarté sur le rôle -toujours plus déterminant- que jouent les Etats membres, et singulièrement les plus puissants d’entre eux, dans la conduite des affaires européennes. Nous y reviendrons. Mesurons néanmoins d’emblée combien sont trompeurs et dangereusement paralysants les slogans du type de « Bruxelles décide de tout » !

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18 octobre 2018 at 6:09 Laisser un commentaire

BREXIT : LONDRES TANGUE MAIS MANŒUVRE DANGEREUSEMENT

« On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens » : la formule du Cardinal de Retz s’applique parfaitement à la situation présente de Theresa May ! Jusqu’ici, faute de position franche de sa part, les discussions avec ses « partenaires » européens étaient quasiment bloquées alors qu’approchait dangereusement la date-limite pour la conclusion d’un accord avec l’UE : décembre 2018, pour une « sortie » officielle fin mars 2019. La Première Ministre a donc décidé de « bouger ». Les partisans d’une rupture complète avec l’UE ont aussitôt déterré la hache de guerre…sous les applaudissements de Donald Trump ! Londres tangue. Cela fait-il de Mme May une « Brexiter modérée » ? Nullement !

Pourquoi ce revirement de la Première Ministre britannique ? D’abord, en raison de préoccupations économiques qui se confirment de jour en jour. L’économie du Royaume-Uni est, en effet, très dépendante de ses voisins européens. Selon un rapport interne au gouvernement britannique publié il y a plusieurs mois, la situation économique du pays se détériorerait sérieusement après sa sortie de l’UE, tout particulièrement en cas d’absence d’accord avec l’UE (1). D’ores et déjà, la croissance est revue à la baisse; le cours de la Livre chute; l’investissement recule, tout comme la production manufacturière. Tributaire du continent pour ses composants, l’industrie automobile ( BMW, Honda,Jaguar…) envisage de se délocaliser et Airbus, pour des raisons analogues, menace de faire de même. Y compris dans le secteur des banques , les départs se multiplient; tandis que Galileo, le GPS européen, (conformément à des règles naguère agréées par Londres) exclut les entreprises de pays extérieurs à l’UE des appels d’offre les plus stratégiques. Quant à la « relation spéciale » entre Londres et Washington, censée ouvrir une perspective alternative flamboyante à la Grande-Bretagne après le « Brexit », elle semble pour le moins grevée de lourdes incertitudes … Des raisons politiques s’ajoutent à ces menaces pour l’économie et pour des dizaines , voire des centaines de milliers d’emplois. C’est notamment le cas, inextricable, de la frontière (ouverte depuis 20 ans et gage de paix) entre l’Irlande du Nord (toujours rattachée au Royaume-Uni donc appelée à quitter l’UE) et la République d’Irlande décidée à rester « européenne ». Impossible de refermer ces 500 km de passages et tout aussi impossible de les laisser ouverts sans un accord spécial entre Londres et l’UE ! En outre, plus le temps passe, plus la (courte) majorité favorable au « Brexit » semble quelque peu s’effriter .

C’est dans ce contexte que Theresa May vient de proposer de conclure avec l’UE un « partenariat » , en réalité très intéressé et , à mes yeux, clairement inacceptable par les Européens . Il consisterait à créer une zone de libre-échange commune, mais réservée aux seuls produits industriels et agricoles (pour faciliter les importations britanniques et régler le casse-tête irlandais). Les services , autrement dit 80 % de l’économie britannique, force de frappe de ses exportations, entreraient, eux, en concurrence directe, voire sauvage, avec l’UE ! Et bien sûr, aucune avancée n’est proposée sur la circulation des personnes…Il serait temps d’associer les citoyens et citoyennes à ces redoutables conciliabules !

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(1) Le rapport fut révélé fin janvier 2018 par le site « Buzzfeed News ».

19 juillet 2018 at 5:05 Laisser un commentaire

LE « BREXIT » EN PLEIN BROUILLARD

La confusion la plus totale règne au 10, Downing Street…Depuis le vote en faveur de la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, il y a…18 mois, non seulement rien n’est réglé, mais une incroyable pagaille paralyse le gouvernement de Londres . Un jour, la Première Ministre, Theresa May, semble rechercher un accord amiable avec l’UE ; le lendemain, son ministre des Affaires Étrangères, le fantasque Boris Johnson, annonce une rupture absolue avec Bruxelles.  Parfois, c’est la Cheffe du gouvernement elle-même qui se contredit à trois jours d’intervalle. Ce fut notamment le cas sur la très épineuse question du statut futur de l’Irlande du Nord. Cette province irlandaise, aujourd’hui rattachée au « Royaume-Uni » mais étroitement liée à la République d’Irlande (pays membre de l’UE) depuis l’accord de paix historique de 1998, va-t-elle à nouveau voir se fermer la frontière avec l’Irlande quand la Grande-Bretagne aura quitté l’UE ? Non, répond Theresa May le 4 décembre dernier, dans un document officiel, car elle bénéficiera d’un « alignement règlementaire complet » sur l’UE. Oui, corrige May Theresa le 7 décembre dans un autre document officiel, « la totalité du Royaume-Uni, y compris l’Irlande du Nord, quittera l’Union douanière et le marché unique européen (et) ne sera plus sous la juridiction de la Cour européenne de Justice » !

C’est que la Grande-Bretagne tout entière est aujourd’hui divisée sur la question du « Brexit ». Une courte majorité semble désormais pencher en faveur du maintien du pays dans l’UE. Beaucoup rêvent d’un nouveau référendum corrigeant le premier. Mais cela est politiquement indéfendable. Un récent rapport interne du gouvernement britannique -caché aux parlementaires mais qui a fuité dans la presse-  a accentué cette ambiance de chaos en tablant sur un affaiblissement sensible de l’économie du pays, du fait du « Brexit », dans les années à venir. La réplique des partisans les plus durs de la sortie de l’UE à ce risque est le projet diabolique de transformer le pays en paradis fiscal propre à séduire les partisans de « l’optimisation » des taxes et des impôts. Un coup de poker redoutable pour les pays voisins comme pour les classes populaires britanniques, qui seraient les premières à être sacrifiées sur l’autel de cette course à l’ hyper-compétitivité .

Pour le moment, nous n’en sommes par là. Les négociateurs britanniques en sont toujours à négocier une période de transition de près de deux ans après la sortie de l’UE . Durant cette période, Londres s’engagerait à continuer de respecter toutes les règles européennes sans plus avoir aucune voix au chapitre -ni ministre ni commissaire ni parlementaire européen- afin de tenter de digérer d’ici fin 2020 leur grand saut dans l’inconnu…Quant au type de relations , notamment économiques, que les Britanniques entendent entretenir avec leurs futurs ex-partenaires européens, il est, pour l’instant, comme le reste, en plein brouillard, si ce n’est de réclamer le beurre et l’argent du beurre : les avantages du « grand marché » sans l’accueil des « étrangers » européens ; sans contribution au budget de l’UE; et sans avoir à respecter des normes environnementales ou sociales européennes  (jugées encore trop élevées ! ) …Peut-être  en saurons-nous davantage après le discours de référence de Theresa May annoncé comme imminent. De quoi faire réfléchir ceux qui pensent qu’ « il n’y a qu’à » sortir de l’UE pour changer notre avenir.

22 février 2018 at 11:47 Laisser un commentaire

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