Archive for novembre, 2011

FEDERALISME : ANGELA MERCKEL MANGE LE MORCEAU

Depuis quelque temps déjà,un certain nombre de voix s’élevaient pour préconiser,comme solution ultime à la crise de l’euro,un « saut fédéral ».Le problème,avec ce genre de concept,c’est qu’il se prête à des interprétations multiples,voire contradictoires.A chaque évocation d’une telle perspective,l’on ne pouvait donc faire l’économie d’une longue périphrase du type: »si vous entendez par là une construction solidaire,ayant pour mission de contribuer au rattrapage des économies moins productives,dans une optique de co-développement,avec pour ambition commune la promotion d’un modèle social et environnemental avancé dans tous les pays membres,nous convergerons aisément! A ceci près qu’une telle conception est aux antipodes de l’ « économie de marché ouverte où la concurrence est libre » dont se réclament des chantres le plus véhéments du fameux « saut ».Il faut donc clarifier ce qui est réellement en jeu. »

Désormais,foin de toutes ces circonlocutions:la Chancelière allemande vient de dissiper toute ambiguité sur la nature de l’ « Union politique » qu’elle entend voir mise sur les rails.Devant le congrès de son parti,la CDU,elle a précisé les objectifs assignés à la « Nouvelle Europe » découlant de la réforme des traités qu’elle réclame avec force.Ils se nomment: discipline budgétaire plus stricte;surveillance macroéconomique accrue;moyens plus coercitifs pour faire respecter les règles;sanctions automatiques pour qui s’écarterait des normes;saisine de la Cour de Justice contre les contrevenants…Précision de taille:c’est à la Commission européenne -érigée au rang de quasi-gouvernement européen,avec un Président…élu au suffrage universel (!) et un super-commissaire chargé des finances- qu’il échoirrait le rôle de contrôleur et de redresseur de torts des autorités nationales ( comme c’est déjà le cas en matière de respect des règles de concurrence,avec les résultats que l’on sait).C’est ce qui s’appelle « manger le morceau »!

Apparemment,l’idée d’un transfert de souveraineté aussi colossal n’a pas eu pour effet d’émouvoir les députés conservateurs du Bundestag -habituellement si sourcilleux quant aux prérogatives de leur Parlement à la veille de chaque négociation européenne.Il est vrai que les règles appelées à devenir intangibles dans l’hypothèse où s’imposerait une telle « gouvernance économique intégrée » auraient beau être gérées par une Commission indépendante: elles obeïraient aux critères du capital allemand comme celles mises en œuvre par la Banque centrale européenne,elle aussi « indépendante »,sont ,pour l’essentiel,celles de la Bundesbank. « Maintenant,l’Europe parle Allemand! » a proclamé sous les vivats de ses collègues le président du groupe de la CDU. C’est dire combien est dérisoire la posture d’un Nicolas Sarkozy s’affichant en allié stratégique des dirigeants allemands,alors qu’il n’en est que le faire-valoir.

En vérité,la droite d’outre-Rhin entend tirer profit du statut privilégié qu’accordent à son « modèle » les sacro-saints marchés financiers.Elle est décidée à faire le forcing pour mettre en chantier SA réforme des traités européens.Dès ce 24 novembre,le « couple » (élargi au nouveau chef du gouvernement « technique » italien) donnera une sorte de « top départ » de ces grandes manoeuvres. La gauche européenne saura -t-elle donner aux citoyens les moyens de s’impliquer dans ce chantier majeur?

24 novembre 2011 at 4:27 Laisser un commentaire

ITALIE: TROIS HOMMES ET UN COUP FOURRÉ

Trois hommes viennent, à des titres divers, d’œuvrer au changement de gouvernement en Italie: Silvio Berlusconi, en acceptant de démissionner; Mario Monti, en acceptant l’idée de remplacer le sortant; et Giorgio Napolitano, en mettant sa fonction de Président de la République, ses compétences et son prestige au service d’un règlement rapide de la crise politique de son pays. Il se trouve que, de par mes anciennes responsabilités au Parlement européen, j’ai eu l’occasion de côtoyer le premier, d’affronter le deuxième et de bien connaître le troisième. Je ne résiste donc pas à l’envie de commenter cette rencontre inattendue et très éloquente de trois visages fort contrastés d’un pays qui m’est cher.

Le « Cavaliere » tout d’abord. Il incarne tout ce qu’une frange d’hyper-privilégiés sans scrupule peut avoir de caricatural et de méprisable au milieu d’une société pourtant largement cultivée, subtile et solidaire. Certes, pour trouver des individus fortunés ignorant autant l’éthique que la bienséance et pouvant, le cas échéant, se livrer à des frasques peu reluisantes, inutile de franchir les Alpes… Mais dans l’échelle de l’affairisme louche; de l’étalage du luxe de mauvais goût; des abus de pouvoir et des mœurs repoussantes, cet ancien animateur de boîte de nuit devenu patron de presse puis Président du conseil a su gravir des sommets. Aucun démocrate ne pleurera sa chute. Bon débarras. La question est: sur quoi débouche ce changement?

Mario Monti est, quant à lui, aussi austère que le précédent est bouffon. Nul ne met en cause son sérieux. Cela étant, cet ancien de la tristement célèbre banque d’affaires américaine Goldman Sachs devenu ensuite Commissaire européen à la concurrence dans les années 2000, illustra son orthodoxie libérale, par exemple dans l’ « affaire Alstom » en contestant d’abord radicalement l’entrée de l’Etat au capital d’un groupe stratégique qui employait alors des centaines de milliers de salariés en Europe et dans le monde et se trouvait en grande difficulté financière, puis en mettant comme conditions à ce sauvetage, d’une part qu’un grand groupe privé remplace au plus vite l’Etat eu sein d’Alstom, de l’autre que ce dernier cède, en contre-partie de l’ « aide d’Etat » de 200 millions d’€, plusieurs de ses fleurons industriels à ses concurrents directs, notamment l’Allemand SIEMENS. Pour « rassurer les marchés », il était l’homme qu’il fallait… C’est bien là le problème!

Giorgio Napolitano, pour sa part, est carrément aux antipodes, du populiste débauché qui dirigea quatre gouvernements successifs à Rome. Ancien résistant dans sa jeunesse; éminente figure du Parti Communiste Italien jusqu’à la malheureuse dissolution de cette puissante force de gauche; député national puis européen très écouté, l’actuel Président italien est un homme cultivé, élégant et à tous égards respectable. Dans un moment historique où l’essentiel de la « classe politique » de son pays a failli, il sauve, d’une certaine manière, l’honneur de l’Italie officielle. Les divergences politiques qui nous ont, quelques fois, opposés au Parlement européen, notamment au sujet du traité constitutionnel, n’entravent pas mon estime pour cette personnalité d’exception.

Le problème est que le changement ainsi opéré n’épargnera nullement au peuple italien la violence des mesures exigées dès le 5 août dernier par la BCE dans la fameuse lettre « secrète » alors adressée au gouvernement italien – un diktat effarant que le successeur de Berlusconi et ses nombreux soutiens de droite et « de gauche » se sont engagés à respecter scrupuleusement. « Une telle situation ne ferait que renforcer la Ligue du Nord et Berlusconi » craint légitimement le dirigeant communiste Paolo Ferrero. La lutte continue de plus belle.

19 novembre 2011 at 3:56 Laisser un commentaire

Un véritable coup d’État financier

L’interview paru le  14 novembre 2011 dans l’Humanité

Dans deux pays de la zone euro, dont l’un est fondateur de la Communauté européenne, les marchés ont réussi à propulser leurs hommes. Les deux sont des anciens de Goldman Sachs, l’une des plus puissantes banques d’affaires américaines au cœur des manipulations financières colossales à l’origine de la crise du système. C’est un véritable coup d’État financier. Les marchés ont utilisé leur arme, à savoir la hausse vertigineuse des taux d’intérêt, pour menacer d’étranglement un pays qui ne répondrait pas à leurs injonctions. C’est extrêmement grave du point de vue démocratique. Aujourd’hui, Mario Monti et Lucas Papademos sont pressentis pour répondre aux exigences des marchés et ont exigé, pour y parvenir, d’avoir le soutien des principaux partis politiques. Les pires partis de droite vont utiliser le mécontentement qui naîtra de ces politiques pour dénoncer ces orientations, l’illégitimité de ces gouvernements non élus et les atteintes à la souveraineté. On imagine à partir de là ce que représenterait le fameux saut fédéral. Si l’on veut préparer une sortie par le haut de cette crise, il faut absolument se détacher de cette dépendance absolue aux maarchés. Ce qui ramène à nos propositions sur un tout autre rôle pour la Banque centrale européenne qui doit utiliser son pouvoir illimité de création monétaire pour financer les investissements publics de création sociale à l’opposé des mesures d’hyper-austérité qui sont aujourd’hui la condition de l’aide financière. Il faut enfin récuser cette violation énorme de la souveraineté populaire et travailler à l’implication des citoyens et à la conquête de pouvoirs d’intervention.

Propos recueillis par Lina Sankari

16 novembre 2011 at 2:32 Laisser un commentaire

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