Archive for mai, 2011

Angela Merkel et les « vacanciers » du Sud

«Il faudrait que, dans des pays comme la Grèce, l’Espagne, le Portugal, on ne parte pas à la retraite plus tôt qu’en Allemagne, que tous fassent un peu les mêmes efforts, c’est important », a lancé Angela Merkel, la semaine dernière, ajoutant, dans la foulée, une autre diatribe contre ces pays du Sud où les gens ont « beaucoup de vacances » alors que les Allemands en ont « très peu ». « Oui, l’Allemagne aide, a-t-elle martelé, mais elle n’aide que si les autres font aussi des efforts palpables. » Fermez le ban.

Voilà un modèle de populisme antieuropéen : la dirigeante parle « comme les gens » et met dans leur bouche des « explications » à leurs problèmes qui épargnent les vrais responsables en accablant les victimes. Qui, en effet, est coupable du fait que le pays le plus riche d’Europe fixe la durée de ses congés obligatoires à 20 jours et l’âge de départ à la retraite à 67 ans ? En outre, en insistant sur le principe, apparemment équitable, du « donnant-donnant » (l’« aide » de l’Allemagne contre « des efforts palpables » des peuples grec, portugais et espagnol), elle fait passer comme une évidence indiscutable un mensonge criant. Non, l’Allemagne n’« aide » pas ces peuples, elle vole au secours des banques allemandes créancières de ces États, en particulier la Grèce, et tente d’éteindre l’incendie qui risque de faire exploser une zone euro dans laquelle – avec son fonctionnement actuel – les grands groupes allemands trouvent largement leur compte. Quant aux « efforts palpables » demandés aux peuples du sud de l’Europe, de quoi s’agit-il ?

Prenons le cas de la Grèce, puisque c’est elle qui est, en premier lieu, dans la ligne de mire de la chancelière. Baisser les salaires ? Reculer l’âge de la retraite ? Geler les pensions ? Augmenter la TVA ? Allonger la durée du travail des fonctionnaires ? Fermer des écoles, des hôpitaux, des postes de police ? Tout cela a déjà été fait ! Privatiser l’eau, le gaz, l’électricité, la poste, les chemins de fer, la loterie nationale ; placer sous concession privée des ports, des aéroports, des marinas et d’autres atouts touristiques, c’est en cours ! Alors, quels autres « efforts » pour ce peuple meurtri ? Où doit s’arrêter le dépeçage du pays, ancien « berceau de la démocratie » ? Ce dont rêvent Mme Merkel et ses semblables serait de pouvoir se débarrasser de ces boulets en les boutant hors de la zone euro, mais les conséquences en chaîne d’un tel séisme risqueraient d’être dévastatrices pour toute la zone. Alors, on pressure les plus faibles : les taux d’intérêt pour les emprunts à 2 ans de la Grèce ont bondi, la semaine dernière, à… 25 % ! La leçon vaut aussi pour le Portugal et l’Espagne. Merci pour votre « aide », Madame Merkel. Bravo pour votre silence, Monsieur Sarkozy.

Pendant ce temps, en Espagne, où le gouvernement Zapatero avait devancé les attentes des créanciers d’« efforts palpables » (gel des pensions, baisse des salaires, suppression d’une aide de 400 euros aux chômeurs en fin de droits, allongement de l’âge de la retraite à 67 ans…), le trop-plein est atteint. La grande place de la Puerta del Sol de Madrid se transforme en une sorte de « place Tahrir » espagnole. On ne sait pas où va conduire ce mouvement, très jeune et largement spontané. Ce qu’on sait à ce jour, c’est que ses revendications sont aussi les nôtres : la fin de la « dictature des marchés » et des mesures d’austérité ; le droit à un emploi, à un logement, à la dignité ; « une démocratie réelle maintenant » ; un « changement de système » et non une alternance dans la continuité. Vérité au-delà des Pyrénées… et aussi en deçà.

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27 mai 2011 at 1:11 1 commentaire

La « force tranquille et le candidat anti-Giscard »

La campagne de George Marchais

Formellement,la campagne du Parti communiste pour l’élection présidentielle de 1981 n’a commencé qu’au mois d’octobre précédent. En réalité,Georges Marchais, à l’époque seul candidat envisageable, n’a pas attendu sa désignation pour engager un marathon politique qui a peu d’équivalents dans l’histoire de la Vème République. D’une certaine manière, il s’agissait de l’épilogue d’une longue période de mobilisation croissante du parti, de radicalisation croissante de son discours, et de politisation croissante de son électorat, consécutive à la rupture du programme commun de la gauche intervenue en septembre 1977.

A peine trois mois avant ce clash historique,Georges Marchais avait effectué

en Alsace un séjour exceptionnel dont les enseignements dépassaient de loin le

cadre spécifique de cette région.Durant huit jours,il avait sillonné cette

« terre de mission » en allant à la rencontre des publics réputés les plus

rétifs aux idées communistes : chrétiens; »malgré nous »;syndicats

« réformistes »;militants antinucléaires;travailleurs attachés à leur identité

régionale…S’il s’agissait d’un test de notre stratégie d’alors,il s’avéra

concluant!En tout cas, Georges Marchais excella dans cet exercice,fort qu’il

était à ce moment-là tout à la fois de notre politique d’ouverture fixée un an

auparavant lors de l’emblématique « 22ème Congrès »;de notre stratégie d’union

de la gauche censée annoncer des changements prometteurs;et aussi d’un

optimisme conquérant nourri par toute une série d’événements encourageants qui

s’étaient succédés ,tant sur le plan intérieur (comme les succès

spectaculaires enregistrés aux elections municipales de mars 1977) que dans

l’actualité internationale (tels la chute du fascisme en Espagne et au

Portugal,la libération de l’Angola et du Mozambique et surtout la victoire du

peuple viet-namien).

L’échec de la stratégie d’union en France ,en cassant ce climat de confiance,a

ouvert la voie à la radicalisation du discours communiste.Puisque la

perspective unitaire s’éloignait,il importait de bander les muscles et de

faire front.Les quatre années qui nous séparaient de l’election présidentielle

n’allaient cesser de voir s’exacerber cette nouvelle athmosphère.Toute la

campagne de 1981 en fut imprégnée,avec le double effet d’une mobilisation sans

pareil du « peuple communiste »…et d’un isolement de ce dernier au sein du

« peuple de gauche » en général.

Ce n’est qu’en ayant en vue cette contradiction qu’on peut comprendre que la

campagne à bien des égards la plus réussie de l’histoire récente du PCF ait

débouché sur un échec retentissant de son candidat.Campagne la plus réussie?

En effet!Soir après soir,d’immenses salles combles sinon des stades entiers

ovationnaient Georges Marchais!Un enthousiasme époustouflant!Un courant de

sympathie et même d’affection enflammé! Il fallait mesurer le souffle que

libérait le fameux « au-dessus de 4 millions,je prends tout! » ou bien voir

l’accueil réservé par les publics féminins au traditionnel passage sur « les

femmes passives;les femmes soumises; les femmes craintives,c’est bien fini et

c’est tant mieux! » (Pour la petite histoire,lors du premier de ses deux

discours en Corse,Georges Marchais céda aux amicales pressions de quelques

dirigeants locaux en supprimant cette phrase de son discours.Il se le reprocha

vivement et tint bon le lendemain.Avec un égal succès…)

Le jour fatidique approchant et les sondages annonçant avec constance un score

de 15% pour un parti alors habitué à dépasser la barre symbolique des 20% ,une

évidente et compréhensible nervosité habitat le candidat,son entourage et la

direction du parti.Georges Marchais,conscient de la cruelle déception qui

allait étreindre ces hommes et ces femmes scandant tous les soirs « Marchais

Président » (non parce qu’ils voyaient leur candidat à l’Elysée, mais parce

qu’ils puisaient leur dignité dans son succès),fut très affecté de ce

douloureux hiatus. Le soir du 26 avril,ce ne fut donc pas une surprise,mais la

confirmation dramatique d’un échec qu’on pressentait sans se l’avouer

annonciateur d’un déclin durable.Georges Marchais avait cependant réuni sur

son nom pas moins de 4,5 millions de voix – notamment parmi les couches

populaires et les jeunes- alors même que le premier espoir sérieux de victoire

d’un Président socialiste sous la Vème République avait dopé le « vote utile ».

Cette campagne laisse donc forcément un souvenir mitigé.Elle a permis

d’exprimer avec une force impressionnante des exigences légitimes,mais s’est

inscrite dans une stratégie qui n’a pas permis de les faire aboutir.A u total,

c’est une page d’histoire qui mérite un hommage lucide.

Cette article est publié dans

Hors-série  L’Humanité,

1981  l’Histoire d’une espérance

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25 mai 2011 at 3:48 3 commentaires

« SORTIR DE L’EURO? » POUSSONS LE DEBAT!

Dans une récente chronique, j’ai amorcé le dialogue sur une interrogation compréhensible mais, à mes yeux, piègeante : faut-il « sortir de l’euro » pour nous libérer des politiques dévastatrices menées en son nom?  Poussons le débat, sans prétendre faire le tour de la question en quelques lignes.

Tout d’abord, une donnée doit être claire: le statu quo est incompatible avec une ambition sociale.  La conception actuelle de la monnaie européenne a ses fondements dans le traité de Maastricht.  La logique de ce traité est, en particulier, traduite par une Banque centrale européenne (BCE) conçue pour ignorer l’emploi et le social.  Elle ne doit s’intéresser qu’à la « stabilité » des coûts, c’est à dire à la pression sur les salaires et les dépenses sociales afin de séduire les « investisseurs » à  la recherche de rendements élevés.  Cette logique a produit le pacte de …stabilité, véritable machine de guerre contre les dépenses publiques, et favorisé la politique de « l’euro fort », mortelle pour l’emploi.  Depuis la crise financière de 2008, elle a conduit les principaux dirigeants européens à sophistiquer encore substantiellement leur arsenal antisocial – et antidémocratique – avec la « pacte pour l’euro ».  Celui-ci vise à instaurer un régime d’hyperaustérité durable et à imposer d’en haut des « réformes structurelles » visant à doper la « flexicurité », l’allongement de l’âge de départ à la retraite, les privatisations…  La rupture avec cette logique est donc, plus que jamais, une exigence pour qui veut ouvrir la voie à un projet de gauche digne de ce nom.

Dès lors se pose la question: la meilleure rupture avec cette politique ne serait-elle pas la sortie pure et simple de l’euro?  Une fausse évidence, dramatiquement trompeuse!  Même un économiste comme Jacques Sapir, qui penche pourtant plus ou moins en faveur d’une telle issue, ne cache pas qu’ « il est évident qu’une sortie de l’euro est un basculement dans l’incertain », que le risque est que « la souveraineté monétaire soit captée par les marchés » et que la « nouvelle monnaie (soit menacée d’être) prise dans le tourbillon des spéculations financières ».  Les économistes communistes – non suspects de complaisance pour Maastricht ou la BCE! – estiment même pareille aventure bien plus dangereuse encore, avec, en particulier, les effets désastreux d’une forte dévaluation sur le niveau de vie des travailleurs et le poids de la dette, ainsi que l’explosion d’une mise en concurrence sans limite entre Européens.  Et surtout, ils mettent l’accent sur le besoin vital d’une construction monétaire européenne – mais profondément transformée – pour agir contre la domination du dollar et en faveur d’une monnaie commune de coopération à l’échelle du monde, au côté de pays du Sud et de grandes économies dites « émergentes ».

Naturellement, pour créer les conditions de tels changements, il ne faut pas se situer exclusivement au niveau des institutions européennes actuelles ou des négociations entre Etats, tels qu’ils sont sous nos yeux.  C’est précisément la responsabilité d’une gauche visant la transformation sociale d’offrir aux citoyens une grille de lecture plus dialectique des réalités et des potentialités.  Ainsi, la crise sans précédent des structures européennes et la montée partout d’aspirations au changement, elles aussi d’une ampleur sans équivalent depuis qu’existe l’UE, ouvrent-elles une « fenêtre d’opportunité » historique.  C’est le moment de faire valoir une vision alternative et d’avancer des propositions saisissables, crédibles et rassembleuses.  C’est dans cet esprit qu’on attend la gauche française en 2012.

19 mai 2011 at 10:45 2 commentaires

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