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LA « SOUVERAINETÉ » SELON DONALD TRUMP

« America first ! » Donald Trump a justifié sa décision de retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat par la primauté de ce qu’il estime être les intérêts de son pays sur tout autre considération. Il entend placer désormais « Pittsburgh avant Paris », comme des colonialistes français voulaient jadis qu’on fasse passer « la Corrèze avant le Zambèze ». Au nom de la « souveraineté » des USA , le Chef de l’Etat le plus pollueur du monde par habitant a adressé un bras d’honneur à la quasi-totalité de la communauté internationale -dirigeants , sociétés et milieux scientifiques confondus- et a annulé la contribution de la première puissance industrielle au « Fonds vert » destiné à aider les pays du Sud à s’adapter aux effets dévastateurs du réchauffement de la planète provoqué par le mode de développement des grands pays du Nord. L’on peut difficilement imaginer instrumentalisation plus cynique de la notion, au demeurant très contestable, d’ « intérêt national », tout comme du concept -a priori respectable, quant à lui- de « souveraineté ». On peut, en effet, douter que les « intérêts » de l’affairiste milliardaire et ceux des travailleurs nord-américains, fussent-ils électeurs de l’actuel Président, se superposent…Quant à la « souveraineté », il en va comme de la liberté : elle s’arrête là où commence celle des autres .

Ce principe ne vaut pas que pour les enjeux climatiques et ne s’applique pas qu’aux seuls Etats-Unis. L’unilatéralisme forcené et provocateur de l’actuel hôte de la Maison Blanche éclaire d’un jour cru un problème de fond qui , à un degré moindre et à des titres divers, nous concerne tous : face aux interdépendances croissantes qui caractérisent notre monde , le droit imprescriptible de chaque peuple de choisir son destin doit impérativement se conjuguer avec la reconnaissance des droits des autres peuples et le respect des biens communs de l’humanité. Autant l’attachement à la souveraineté populaire est , à mes yeux, aussi légitime aujourd’hui qu’hier, autant le souverainisme étroit , qui ne conçoit un gain pour un pays qu’au prix d’une perte pour un autre, apparaît-il comme un combat d’arrière-garde. Les coopérations tous azimuts, le multilatéralisme effectif, la recherche permanente des meilleurs compromis, l’esprit de responsabilité, la vision de long terme sont , plus que jamais, des ingrédients irremplaçables d’un monde de paix. Réconfortant et prometteur est, à cet égard, la vague impressionnante de réactions hostiles à l’initiative de Donald Trump, tant aux Etats-Unis même que dans toutes les régions du monde ! Puisse l’anti-modèle Trump faire évoluer durablement les consciences !

NB : Dans « Vers un monde néo-national ? » ( CNRS Éditions ), un livre d’entretiens qui vient de paraître, Bertrand Badie, professeur de Relations internationales à Sciences Po et Michel Fouchet, géographe et diplomate , confrontent leurs points de vue sur les questions de souveraineté, de frontières, de « gouvernance » mondiale…Que l’on partage ou non leurs analyses respectives, les deux penseurs nous offrent un échange stimulant pour qui veut réfléchir sur les mutations de notre monde.

8 juin 2017 at 10:52 Laisser un commentaire

FACE À L’ EFFET TRUMP, « FAIRE BLOC » NE SUFFIT PAS !

wurtz-l-humanite-dimancheLes milieux dirigeants européens sont littéralement abasourdis par les déclarations de Donald Trump, hostiles à l’UE ou en contradiction avec certaines de leurs « vaches sacrées ». Leur désarroi, voire leur panique, sont à la mesure de l’allégeance qu’ils vouaient jusqu’ici au grand frère américain, qui leur garantissait, en retour, de jouer le rôle de « protecteur » de la « famille occidentale ».

La seule parade qu’ils aient trouvée jusqu’ici face aux attaques et aux menaces du nouveau locataire de la Maison Blanche est d’appeler les Européens à « faire bloc », selon l’expression de notre ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault. Mais faire bloc autour de quelles positions ? Il est illusoire d’imaginer faire « l’unité des Européens » simplement en prenant le contre-pied systématique des affirmations -au demeurant aussi floues que paradoxales- du nouvel homme fort de Washington ! Certes, il faut espérer qu’une majorité d’Européens ne nourrisse aucune sympathie pour ce milliardaire raciste, xénophobe, sexiste, et foncièrement démagogue, dont le programme tient en deux mots : « L’Amérique d’abord » ! Le problème est que, pour galvaniser ses partisans et déstabiliser ses adversaires, ce bateleur malin appuie là où ça fait mal. Or, c’est là que le bât blesse pour l’Union européenne : elle a de nombreuses plaies ouvertes sur lesquelles il est facile à Trump de jeter du sel ! Elle a perdu la confiance de la majorité de ses citoyens , ce qui la rend très vulnérable au discours du démagogue américain.

Exemple : l’obsession de l’UE pour le libre-échange, souvent synonyme de concurrence sauvage, de chômage et de reculs sociaux. Trump dit vouloir s’y opposer. Il semble donc en accord avec des millions d’Européens -même si, en réalité, son projet de guerre commerciale à outrance risque de conduire à des résultats tout aussi désastreux pour les peuples des deux rives de l’Atlantique. Il en va de même lorsqu’il pointe le caractère « obsolète » de l’OTAN. C’est, en soi, pour beaucoup d’Européens, un constat indéniable -même si, dans l’esprit de Trump, il s’agit vraisemblablement surtout de soutirer plus d’argent aux membres de l’Alliance. On peut encore citer son intention supposée de lever les sanctions contre la Russie, en échange -si l’on comprend bien la logorrhée confuse du personnage- d’une négociation sur la réduction de l’armement nucléaire. Dit ainsi, difficile d’y voir un danger pour la sécurité du continent -même si Trump ajoute, énigmatique, qu’il fera « confiance à Vladimir Poutine ( et à….Angela Merkel ), mais peut-être pas pour longtemps »!

En clair : oui, l’UE serait dans son rôle en travaillant aux convergences les plus larges possibles contre les politiques probablement ultra-régressives du nouveau Président américain ( capitalisme sauvage; dérégulation maximale; unilatéralisme dominateur; chasse aux migrants; provocations contre la Chine; non respect de la COP 21…) Elle serait dans son rôle en allant à la rencontre d’alliés dans les autres régions du monde, à commencer par l’Amérique qui résiste et se mobilise -celle qui s’était reconnue dans le combat de Bernie Sanders. Le problème est qu’elle n’est plus crédible pour mener ce combat. C’est plus que jamais aux forces de progrès attachées à un projet européen coopératif et solidaire de prendre l’initiative . Maintenant.

26 janvier 2017 at 9:24 1 commentaire

LA CHINE S’AFFIRME ET SE TOURNE VERS L’EUROPE

wurtz-l-humanite-dimancheA peine un an après la disparition de l’Union soviétique, l’administration américaine publiait un document-clé qui continue de servir de référence à Washington : la « Defense strategic guidance » de 1992. Sa ligne directrice : empêcher désormais coûte que coûte l’émergence d’une nouvelle puissance capable de menacer le leadership des Etats-Unis. Ce texte ciblait naturellement, au départ, avant tout la Russie, mais sa doctrine dominatrice vise également, et de plus en plus, la Chine. Or, force est de constater que les déconvenues s’accumulent depuis quelques temps à cet égard pour tous ceux qui, outre-Atlantique, rêvent d’une hégémonie éternelle pour la « Nation indispensable ».

On se souvient ainsi du lancement, par Pékin, il y a un an, de la « Banque asiatique d’investissements pour les infrastructures » ( BAII ) qui arracha ce cri du coeur à l’ex-Secrétaire au Trésor américain, Larry Summers : « On s’en souviendra peut-être comme du moment où les Etats-Unis ont cessé d’être le garant final de l’économie globale ». C’est que, malgré les pressions de la Maison Blanche sur ses alliés, notamment européens, la plupart d’entres eux -y compris Londres !- finirent par céder au principe de réalité en rejoignant les BRICS au grand complet ( Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud ) et bien d’autres pays dans le capital de ce qui n’est autre qu’une amorce d’alternative -non hégémonique- au Fonds Monétaire International.

Moins flamboyant mais non sans portée symbolique était déjà auparavant l’élargissement successif, aussi discret qu’impressionnant, de « l’Organisation de Coopération de Shanghaï » ( OCS ). Créée il y a 20 ans entre la Chine, la Russie et quelques pays d’Asie centrale, cet ensemble a, entretemps, aggloméré nombre d’Etats au statut varié -membres, observateurs, partenaires- parmi lesquels l’Inde et l’Iran. Ensemble, ils représentent pas moins de 40% de l’humanité, possèdent d’importantes ressources énergétiques et disposent de forces armées dissuasives…Et ensemble, ils ont dénoncé « le renforcement unilatéral des systèmes de défense antimissile par un quelconque Etat » ( Suivez leur regard ).

Mais le projet chinois le plus impressionnant -et qui nous concerne directement- est celui de la « nouvelle route de la soie ». Lancée en 2013, l’initiative renoue avec un symbole d’échanges entre l’Orient et l’Occident vieux de 2000 ans. Elle vise rien de moins que de « favoriser l’interconnexion entre les continents asiatique, européen et africain ainsi que les mers et océans adjacents » (1) . Tout au long de cet immense parcours, un dialogue est proposé à chaque pays riverain ou proche en vue de développer les infrastructures régionales, de bâtir un réseau de transport, mais aussi de multiplier les échanges culturels, avec la volonté affichée avec insistance par les autorités chinoises d’ « asseoir l’approfondissement de la coopération sur une base populaire solide » (2). Il fallait entendre à ce propos le nouveau responsable du département international du PC chinois, Song Tao : « Travaillons ensemble ; chacun a besoin de l’autre; il nous faut un développement commun dans la paix et la concertation; nous devons échanger régulièrement sur les grands dossiers internationaux communs; nous pouvons réduire nos malentendus; renforçons le dialogue culturel entre l’Orient et l’Occident »…(3) Cela nous change des négociations transatlantiques sur le TAFTA ! Certes, les rapports Chine-Europe ne sont pas sans problèmes : abordons-les en toute clarté. Mais sachons saisir résolument la main qui nous est tendue.

———
(1) Voir « Construisons ensemble la ceinture économique de la Route de la soie et la Route de la soie maritime du XXI ème siècle » ( Éditions en langues étrangères – Beijing 2015 )
(2) Idem
(3) Le 18/5/2016 à Pékin devant près de 80 responsables politiques de nombreux pays européens.

26 mai 2016 at 3:49 Laisser un commentaire

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