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NON , LA CAMPAGNE DE 2005 N’AVAIT RIEN D’EUROPHOBE !

Que la candidate de l’extrême-droite prétende prolonger la campagne de 2005 contre le projet de traité constitutionnel n’est pas pour nous surprendre. On la sait prête à tout pour tenter d’égarer des électeurs de gauche, légitimement remontés contre ce prototype du « ouiiste » qu’est Emmanuel Macron.  Il est, en revanche, regrettable, que des commentateurs « républicains » valident ce type de supercherie.  Or, une lancinante petite musique répand, jour après jour, cette fable pernicieuse : dans le face à face du second tour des présidentielles, il y aurait, « comme en 2005 », d’un côté le « camp du non », représenté par Le Pen ; de l’autre, celui du oui , incarné par Macron. Le quotidien « Libération » nous en offrait une éloquente illustration au lendemain du « coup » médiatique de la candidate du FN devant l’usine Whirlpool d’Amiens , avant la venue sur les lieux de son concurrent d’ « En marche ». Sous le titre évocateur « Un arrière-goût du traité européen de 2005, on a pu y lire : « C’est comme si, douze ans après le « non » au référendum sur le traité européen, la France des « ouistes » et celle des « nonistes » s’étaient donné rendez-vous sur ce parking ». Vraiment ? L’ambition -prêtée (à juste titre) par le reporter à Marine Le Pen- d’ « agréger les souverainistes en tout genre » ou « les antimondialistes convaincus » peut-elle sérieusement être assimilée aux motivations des principaux artisans de la victoire du « non » en 2005 -qui était très majoritairement celle du « non » de gauche ?

Rappelons à ceux qui ont la mémoire courte que le non de gauche défendait la souveraineté populaire (le droit de chaque peuple de choisir son destin) : ce qui n’a rien à voir avec le « souverainisme » au sens du FN, autrement dit, le repli, le rejet des autres, le nationalisme !  C’est pourquoi, dans chacun de nos meetings, nous invitions des amis d’autres pays européens . Nous faisions vivre l’esprit d’une « Europe des peuples » : une « Union » véritable, qui soit fondée  sur leurs aspirations convergentes tout en respectant leurs différences. Nous exprimions , comme nous le faisons toujours, la colère des travailleurs contre « l’Europe libérale » et la concurrence à-tout-va, et non contre les travailleurs « étrangers », victimes des mêmes adversaires de classe. Le thème pervers du « plombier polonais » fut introduit par le très minoritaire Devilliers, l’ami des lepénistes, puis médiatisé par les partisans du oui pour tenter de dénaturer le mouvement. Loin d’entretenir la désespérance, nous nous attachions (comme aujourd’hui) à ouvrir des perspectives positives, constructives, rassembleuses ! Nous ne spéculions pas sur les effets dévastateurs de la mondialisation capitaliste pour prêcher le rejet de l’ouverture au monde. Notre campagne était « altermondialiste », fondée sur le rapprochement des forces de progrès des cinq continents et une vision solidaire de l’interdépendance de notre temps. En un mot, notre campagne n’avait rien d’ europhobe ! Elle s’inscrivait dans la lutte pour un progrès de la civilisation humaine.

Cette lutte n’a rien perdu de son actualité, bien au contraire ! Voilà pourquoi, s’il est évident que nous aurons à combattre d’arrache-pied la conception néolibérale et, par bien des aspects, antidémocratique, de l’Europe d’Emmanuel Macron après son élection, la priorité absolue et radicale est, aujourd’hui, de faire échec au spectre monstrueux que représente pour quiconque se reconnaît toujours dans l’esprit de notre campagne de 2005 le moindre risque d’une victoire lepéniste dimanche prochain.

4 mai 2017 at 10:57 1 commentaire

GARE AUX VRAIS…ET AUX FAUX « FAKE NEWS » SUR L’EUROPE !

De nombreuses informations trompeuses ou carrément fausses ont circulé pendant la campagne du premier tour de l’élection présidentielle. C’est ce qu’on appelle, dans les milieux branchés, les « fake news ». Un certain nombre d’entre elles ont pollué le débat sur « l’Europe ». Pour autant, il ne faudrait pas, à l’inverse -sous prétexte de combattre les caricatures europhobes- considérer comme des « fake news » toutes les affirmations qui contestent légitimement « l’ordre européen » actuel ! C’est pourtant ce à quoi se sont adonnés un certain nombre de commentateurs jusqu’aux derniers moments de la campagne, précisément quand bien des hésitants cherchent à affiner leurs opinions. « La Commission assiste, impuissante, au déferlement de « fake news » à la française » pouvait-on, ainsi, lire dans un grand quotidien économique à trois jours du scrutin. Et de citer plusieurs exemples de ces prétendues « fausses informations » (1). Précisions.

Premier exemple : « La PAC ruinerait les petits agriculteurs ! » Faux ? Hélas, non ! En cause : non la PAC en elle-même, mais sa gestion libérale . On organise le démantèlement de ce qui reste de la régulation des marchés, quitte à faire chuter les cours, et, par là-même, les revenus des paysans, qui ne couvrent souvent même plus les coûts de production. (Souvenons-nous des conséquences de la suppression des quotas laitiers) .

Deuxième exemple : « Les recommandations économiques de la Commission (sont) assimilées à des injonctions » . Faux ? Encore non ! Le journaliste fait ici allusion à l’un des documents au style comminatoire adressés chaque année par « Bruxelles » ( le Conseil, sur proposition de la Commission ) à chaque Etat membre, pour « évaluer » la politique économique suivie par le gouvernement et indiquer les « réformes » à promouvoir pour respecter les « grandes orientations » adoptées par les « 28 ». Alors, quel est le poids réel de ces « recommandations »? Officiellement, il s’agit d’ « incitations (…) à adopter un comportement particulier » mais, dans les faits, il faut y voir beaucoup plus que cela ! Au point que, selon les propres termes d’un organe officiel français,  » la Cour de Justice de l’Union européenne, consciente de l’importance des recommandations, estime que les juges nationaux sont tenus de les prendre en considération ». (2)

Troisième exemple : « la prétendue impossibilité d’avancer en matière d’harmonisation fiscale » dans l’UE. Faux ? Non, si on considère l’extrême timidité des « avancées » par rapport aux attentes. Le projet de taxe sur les transactions financières né après la crise financière ? Un serpent de mer aujourd’hui limité à 10 pays sur 28 et…reporté d’année en année ! L’impôt sur les sociétés (IS) ? Un taux identique partout , il n’en est pas question. Les traités imposent sur ce point que la totalité des Etats soient d’accord . Alors, a-t-on au moins décidé une « assiette commune » pour le calcul de l’IS dans toute l’UE (des règles identiques partout pour calculer les bénéfices) ? Un projet de ce type circule …depuis six ans ! La seule avancée positive est la série de sanctions financières imposées par la Commission à des multinationales qui ont précisément enfreint les règles de concurrence en bénéficiant d’avantages fiscaux éhontés de la part de certains Etats membres : c’est positif. Mais, « l’harmonisation », c’est autre chose !

J’assimilerai, en revanche, à une fausse information le fait d’écrire que « le traité de Lisbonne reprend quelques dispositions » du projet de traité constitutionnel (le TCE rejeté par une majorité de Français en 2005) quand c’est, en vérité, la totalité du TCE qui a été reprise, à l’exception de quelques dispositions ! (3) Décidément, il faut ouvrir les yeux !

——–
(1) Les Échos du 20/4/2017
(2) Vie publique -Direction de l’information légale et administrative (1/7/2013)
(3) Le Monde du 20/4/2017

28 avril 2017 at 11:55 Laisser un commentaire

« PAS DE CIVILISATION FRANÇAISE SANS L’ACCESSION DES ÉTRANGERS » !

 

En ces temps de crispations identitaires et de bouffées nationalistes, il est bon de rappeler la vision ouverte et en évolution permanente de l’identité de notre pays que défendait l’historien de référence en la matière, Fernand Braudel. Parmi les conditions du « rayonnement de civilisation » de la France, il citait « la présence, dans ce carrefour que la France est en Europe, d’un nombre considérable d’étrangers. Il n’y a pas de civilisation française sans l’accession des étrangers; c’est comme ça », insistait-il. Et d’ajouter -il y a exactement 32 ans- cette vérité à l’actualité si cruciale : « Ce qui compte, c’est de faire l’Europe des peuples et non pas celle des patries, des gouvernements ou des affaires. Et ce ne sera possible que par la générosité et la fraternité ». (1)

Je me suis remémoré ces paroles à l’occasion de la « Rencontre nationale sur l’Europe » organisée par le Parti communiste français, le 17 mars dernier, à Villerupt, en Meurthe-et-Moselle. Il n’y a, en effet, guère de région où cette diversité des apports à « l’identité française » -ainsi que la fraternité dans les luttes pour leur reconnaissance- ne se soient mieux vérifiées que dans cette région lorraine, et particulièrement ce bassin de Longwy, depuis plus d’un siècle. Aux immigrants polonais des années 1920, et italiens une décennie plus tard, ont succédé les réfugiés espagnols et portugais des années 1050-1960, puis les travailleurs algériens. Leur insertion n’a pas été réalisée sans heurts ni injustices. Mais elle s’est bel et bien faite. En témoignent, par exemple, les noms de rue ou des cités, notamment dans les secteurs longtemps dominés par les industries sidérurgiques et minières. Autre signe tangible de ce métissage réussi : des manifestations culturelles, tel le toujours très prisé « Festival du film italien de Villerupt ». Sans oublier le grand nombre de personnalités publiques au rayonnement incontesté, dont seule la consonance du nom rappelle les origines « étrangères ». Je me souviens y avoir rencontré, comme jeune député européen, deux Français comme les autres, qui m’ont fait connaître et aimer leur région, tant ils en parlaient avec passion : l’un était secrétaire du Parti communiste, véritable figure de la vie politique en Lorraine ; l’autre venait, à la surprise générale, de se faire élire Président (communiste) du Conseil général. Le premier était fils d’immigré italien ayant fui le fascisme : Roland Favaro ; le second d’ascendance polonaise : Bogdan Politanski. Une leçon à méditer par tous les apprentis-sorciers qui n’hésitent pas à nourrir le fantasme de l’ « invasion des migrants » dans l’espoir de gagner des voix aux élections.

 

Dans une récente conférence, Marie-Christine Vergiat, députée du Front de gauche au Parlement européen, rappelait à juste titre à ce propos qu’aucun des 28 Etats membres de l’Union européenne n’avait, à ce jour, ratifié la « Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille » -un texte de l’ONU datant de 1990 et en vigueur depuis 2003 ! Le fait que des Etats qui se présentent comme des modèles de démocratie rechignent eux-mêmes à leurs devoirs de solidarité envers les migrants ne peut qu’apporter de l’eau au moulin des démagogues racistes et xénophobes travestis en « patriotes ». Puissent les trop nombreux Français, aujourd’hui près de tomber dans leur panneau revisiter ces expériences d’un passé somme toute assez récent, qui ont valu à la France son « rayonnement de civilisation » ! Le moment est venu de sonner le tocsin !

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(1) Entretien avec Fernand Braudel – « Le Monde » (24/3/1985)

23 mars 2017 at 10:57 Laisser un commentaire

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