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DES IMAGES ÉMOUVANTES DE « L’AUTRE AMÉRIQUE » !

Si vous êtes saturés des vociférations obscènes de Donald Trump, allez voir, toutes affaires cessantes, le dernier chef d’œuvre du cinéaste américain Frederick Wiseman : « Ex Libris. La Bibliothèque publique de New-York ». La coïncidence de la sortie de ce film émouvant et revigorant avec le premier anniversaire de l’élection du plus stupide et du plus dangereux président des Etats-Unis est une chance : elle nous évite de tomber dans l’anti-américanisme primaire en nous rappelant quelques uns des ressorts les plus attachants de la société de ce grand pays. Il s’agit, en effet, avec ce documentaire de trois heures et quart sur la vie grouillante et incroyablement riche qui se déroule dans la grande « Bibliothèque de New-York », d’un concentré d’humanité, de promotion de la culture et des connaissances, et d’engagement progressiste tous azimuts qui fait du bien !

Première surprise : l’emblématique bâtiment des quartiers chics de Manhattan n’est que le navire amiral d’un ensemble de 92 sites qui parsèment les quartiers les plus divers de la ville, de Brooklyn à Harlem ou de Staten Island au Bronx. Et surtout, ces « bibliothèques » se défendent vigoureusement d’être de simples « centres de stockage de livres ». Elles apparaissent plutôt comme des lieux voués à une infinie diversité d’activités sociales ouvertes à toutes et à tous : la lecture et toutes les formes d’accès aux savoirs et à la culture, bien sûr, mais aussi les formations (gratuites) à l’informatique et aux nouvelles technologies ; les activités d’éveil et le soutien scolaire pour les enfants; l’aide à la recherche d’emploi; l’assistance aux personnes âgées; aux personnes handicapées, non voyantes ou malentendantes ; aux personnes sans abri; aux personnes immigrées…Pour répondre à leurs attentes ou les accompagner dans leurs recherches, les personnels et les bénévoles -dont les compétences, la disponibilité, l’empathie impressionnent- ont manifestement à cœur de compenser les manques criants de services publics dans cette immense cité aux inégalités effarantes. D’ailleurs, cette institution atypique n’est financée que partiellement par des fonds publics (de la Ville) : 40% de son budget proviennent de philanthropes ou de sponsors privés, avec toute la fragilité qui s’en suit pour la pérennité de ses activités.

Pour l’heure (le documentaire a été tourné en 2015) , il semble souffler sur ces lieux de vie -notamment dans les antennes locales plus éloignées- un esprit clairement progressiste. Si le Conseil d’Administration de l’institution apparaît huppé et figé, les thèmes des conférences (depuis « l’esclavagisme et le soulèvement contre la traite des noirs » à « la raison et la science contre le fondamentalisme » jusqu’à « la contradiction capital-travail chez Karl Marx » !) ou encore le type d’expressions qui dominent les échanges entre les usagers et les personnels (« émancipation »; « droits civiques »; « pour un New-York sans exclusion »…) ne laisse guère de doute : à cette Amérique-là va toute notre solidarité !

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Evoquant les « philanthropes » qui comblent les lacunes de l’Etat en participant au financement des activités culturelles et sociales de la Bibliothèque de New-York, je pense au grand mécène turc, Osman Kavala -bête noire d’Erdogan, notamment pour ses initiatives en faveur du dialogue avec le peuple kurde ou la minorité arménienne- emprisonné à son tour depuis le 18 octobre dernier ! Lui aussi mérite notre respect et toute notre solidarité.

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9 novembre 2017 at 10:25 Laisser un commentaire

LE PIÈGE DES « VALEURS COMMUNES » TRANSATLANTIQUES.

« Je ne vois aucune équivalence entre ceux qui ont des opinions (sic) fascistes et ceux qui s’y opposent. Je pense qu’il est important que tous ceux qui occupent des postes de responsabilité condamnent les positions d’extrême droite partout où ils les entendent » : la très conservatrice Première Ministre britannique s’est sentie contrainte de réagir aux scandaleux propos de Donald Trump après les violences criminelles des néo-nazis à Charlottesville . Et pour cause : elle s’était précipitée à Washington au lendemain de l’arrivée du milliardaire raciste à la Maison Blanche pour célébrer la « spécial relationship » à établir entre les deux pays à l’issue du « Brexit ». Theresa May n’est, cependant, pas seule parmi les dirigeants européens à se sentir gênée aux entournures face au spectacle hideux qu’offre au monde une partie de « l’Amérique », encouragée par le Président en personne. C’est que le mythe des « valeurs communes » entre l’Union européenne et les Etats-Unis était jusqu’il y a peu , à Bruxelles, une composante incontournable des discours officiels, quels que soient les circonstances et les interlocuteurs.

Ainsi, il a suffit que MM Barroso (pour la Commission) et Van Rompuy (pour le Conseil européen) rendent-compte à la presse , avec le Président Obama, de leurs discussions sur le très prosaïque dossier du traité de libre-échange TAFTA pour qu’aussitôt les journalistes constatent  que « les trois hommes ont constamment rappelé les valeurs communes des Européens et des Américains »(1) . C’était en 2014. Comme on sait, M. Barroso partit ensuite défendre ses valeurs à la direction de Goldman-Sachs. Avant lui , Romano Prodi adressant ses « chaleureuses félicitations » à George W. Bush pour sa réélection ne put s’empêcher d’insister, comme il se devait, sur « les valeurs partagées ». Des valeurs qui résistaient manifestement jusqu’ici à toutes les épreuves puisque la « Stratégie européenne de sécurité », publiée par l’Union européenne au lendemain de l’invasion de l’Irak par l’armée américaine, versait carrément dans le lyrisme en proclamant : « En agissant ensemble, l’Union européenne et les Etats-Unis peuvent constituer une formidable force au service du bien dans le monde » !
Avec l’infréquentable Trump, cela se complique. Lors de sa première visite à Bruxelles, il a eu droit au rappel de « la plus grande tâche » commune aux Etats-Unis et à l’UE, à savoir… « la consolidation du monde libre » autour des « valeurs fondamentales occidentales » (2). C’est, apparemment mal parti. Au-delà de ces formulations quelque peu « vintage », les dirigeants européens auront désormais du mal à échapper plus longtemps à une révision déchirante de la nature des relations transatlantiques . En commençant par sortir du piège de nos prétendues « valeurs communes ».

Cela vaut au demeurant pour les 27 ou 28 Etats membres de l’UE eux-mêmes ! On attend qu’on nous détaille les valeurs que nous partagerions avec les politiciens nationalistes et xénophobes au pouvoir en Pologne et en Hongrie (entre autres) tout comme avec des dirigeants de Lettonie qui autorisent à défiler à Riga, chaque 16 mars, des vétérans et des sympathisants de la « légion lettone » qui a combattu dans les rangs de la Waffen SS contre l’armée soviétique pendant la seconde guerre mondiale (3) ! La grande manifestation anti-raciste de Boston tout comme les récentes  mobilisations anti-nationalistes a Budapest et à Varsovie nous le rappellent : le lieu ne change rien à l’affaire ; construire une communauté de valeurs, c’est un combat.

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(1) RTBF 26/3/2014
(2) Donald Tusk, Président du Conseil européen, 25/5/2017.
(3) Le Parisien 16/3/2014

24 août 2017 at 5:22 Laisser un commentaire

LA HONGRIE D’ORBAN, LABORATOIRE DU POPULISME

Le Parti de la gauche européenne (PGE) a choisi de tenir cette année son Université d’été à Budapest. Les courageux militants et militantes du « Parti ouvrier hongrois-2006 », affilié au PGE, attendaient cet acte de solidarité. En brisant ainsi l’isolement de leurs camarades hongrois, les participants à l’événement, venus de toute l’Europe, de l’Ouest comme de l’Est, ont, en retour, appris à mieux cerner les ressorts pervers d’une politique qui ont permis à un dirigeant populiste de la droite extrême d’exercer une influence de masse sur un peuple désemparé dans un pays en crise profonde.

Tout d’abord, l’on ne peut comprendre le soutien apporté par de larges couches populaires -y compris celles qui se disent nostalgiques du leader historique de la Hongrie socialiste d’après 1956, Janos Kadar- au régime ultra-conservateur de Victor Orban sans mesurer l’ampleur du rejet du pouvoir social-libéral qui l’a précédé. C’est le sentiment d’abandon social et la désillusion politique qui avait poussé une population paupérisée et privée de perspective à porter au pouvoir le leader du parti Fidesz et à lui donner en 2010 la large majorité requise pour changer la Constitution. Depuis lors, Orban s’emploie à consolider les bases les plus réactionnaires de son pouvoir en jouant sur tous les registres à même de diviser le peuple et de compromettre toute alternative progressiste.

Il fut le premier à édifier un mur contre les migrants au nom de « l’unité spirituelle » de la nation chrétienne. Il poursuit avec zèle le harcèlement anticommuniste commencé il y a un quart de siècle, en prétendant déboulonner la statue et fermer les archives de Georg Lukacs, éminent philosophe marxiste hongrois de réputation internationale. S’il tente ainsi d’effacer de la mémoire nationale toute trace de pensée critique, il cherche, à l’opposé, à faire revivre l’esprit de revanche nationaliste né il y a un siècle du traité de Trianon (1920), qui priva la Hongrie de plusieurs de ses provinces en les rattachant aux pays voisins. C’est ainsi que les habitants de lointaine origine hongroise de ces pays se sont vus attribuer la nationalité magyare. Il multiplie par ailleurs les polémiques avec l’Union européenne en comptant tirer profit de l’impopularité de « Bruxelles », bien qu’il n’ait nul besoin d’injonction extérieure pour accentuer les inégalités sociales et exercer un autoritarisme quasi-dictatorial dans les institutions et les media.

Enfin, il n’a pas hésité à jouer subrepticement la carte de l’antisémitisme en couvrant les murs de la capitale d’affiches fustigeant le milliardaire américain d’origine hongroise Georges Sorros, dont la fondation aide les nouvelles couches moyennes mais qui symbolise aux yeux de nombreux autres citoyens le tournant libéral des années 1990 et les terribles injustices sociales qui ont suivi. Et, dans le même temps, le parti d’Orban reprend à son compte une vieille antienne réactionnaire au sujet du Pétain hongrois, l’ex-tyran Horthy, qui dirigea la Hongrie d’une main de fer, depuis l’écrasement de la République des Conseils en 1919 jusqu’à la capitulation du régime nazi auquel il s’était rallié : « Horthy a sauvé des juifs! » Précisons que 440 000 juifs hongrois ont été déportés pendant la guerre ! Ce n’est qu’à l’approche de la défaite -« alors que l’on entendait déjà les chenilles des chars soviétiques aux abords de Budapest », selon l’image d’un antifasciste- que le dictateur fit stopper la déportation des juifs de la capitale. La réécriture de l’Histoire fait partie de la panoplie du populiste.

On a dit de la Hongrie d’Orban qu’elle constituait « le laboratoire européen du populisme de la droite extrême ». A tout le moins, la gauche européenne gagne à tirer les leçons de la douloureuse épreuve des démocrates hongrois.

27 juillet 2017 at 7:22 Laisser un commentaire

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