ROSETTA : UN AUTRE VISAGE DE L’EUROPE !

20 novembre 2014 at 8:11 Laisser un commentaire

wurtz-l-humanite-dimancheÀ notre époque hyper-mercantiliste, où l’horizon des milieux dirigeants est borné par des considérations étroitement comptables et des calculs à court-terme, ce fut une revigorante bouffée d’air pur que de constater, le 12 novembre dernier, l’écho exceptionnel suscité, tant dans la communauté scientifique que parmi les citoyens en général, par le succès -certes pas total, mais néanmoins historique- de la mission de la sonde européenne Rosetta. Ce ne fut pas la stupéfaction universelle provoquée en son temps (1957) par le bip-bip du premier Spoutnik, ni l’émotion planétaire engendrée par les premiers pas de l’Homme sur la Lune (1969), mais l’événement du 12 novembre a positivement marqué les esprits -et, par les temps qui courent, c’est déjà un petit miracle. D’autant qu’il s’agit d’un événement européen ! Il est vrai que l’Agence Spatiale Européenne (ESA en Anglais) -dont relève la mission Rosetta- offre un tout autre visage de l’Europe que les institutions de Bruxelles…

D’abord, le maître-mot à l’ESA est : coopération – et non concurrence à tout va. Créée en 1975, l’Agence Spatiale Européenne entretient avec l’Union européenne (UE) des rapports étroits, mais sans dépendre de ses institutions. 18 États de l’UE en sont membres, auxquels s’ajoutent la Suisse et la Norvège . Huit autres pays de l’UE en sont « membres associés », c’est à dire qu’ils ont choisi de ne participer qu’occasionnellement à des programmes spatiaux. Pour certains projets, cette coopération s’étend à d’autres agences spatiales nationales : notamment celle des États-Unis (la fameuse NASA), du Japon, de la Chine, de la Russie, de l’Inde…À noter encore que l’ESA est dirigée par un Conseil régi selon la règle : un pays = une voix ; que la contribution de chaque État membre au budget de l’ESA pour financer les projets communs est fixée au prorata de sa richesse (PIB), mais qu’en retour, le montant des travaux confiés aux entreprises et aux laboratoires de chaque pays est proportionnel à sa contribution au budget. Enfin, chaque État est libre de développer, par ailleurs, ses propres programmes spatiaux s’il le souhaite. Dire que cette organisation strictement intergouvernementale évite toute tension entre partenaires serait très exagéré. Cependant, le bilan de cette coopération est éloquent: le lanceur Ariane 5 assure 60% du marché mondial des satellites commerciaux (en orbite géostationnaire); le programme Galiléo va offrir à l’Europe un système de navigation par satellite performant , et ses déboires ne sont pas imputables à l’ESA; grâce à elle, l’Europe participe à la Station spatiale internationale; ses sondes réalisent des prouesses dans l’observation de la Terre, notamment en liaison avec la lutte contre les dérèglements climatiques,etc…Or, ces programmes sont depuis plusieurs années sous la menace permanente de coupes budgétaires. C’est dire l’importance d’une prise de conscience de leur importance par nos concitoyens!

Ajoutons à ce portrait deux autres traits marquants de l’ESA . La première est la vision d’avenir. Rappelons que la mission Rosetta a été approuvée il y a 20 ans et que le voyage lui-même a duré plus de dix années! L’Agence européenne a mené son projet ambitieux jusqu’à son terme là où la NASA américaine a abandonné la partie en cours de route. L’autre marque de fabrique de l’ESA est l’indépendance à l’égard du « grand frère » américain, dont les visées stratégiques; la course éperdue à la rentabilité et le choix mortel du privé; et, par voie de conséquence, les nombreuses volte-face, sont incompatibles avec une ambition spatiale européenne. Défendons donc l’Agence Spatiale Européenne, et , sans en faire un modèle transposable à l’Union européenne, réfléchissons aux enseignements positifs qu’il est possible de tirer de cette expérience originale pour refonder une construction européenne à la dérive.

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