Archive for novembre, 2016

LA FRANCE AU COEUR DE L’EUROPE SPATIALE

wurtz-l-humanite-dimancheLe vol de Thomas Pesquet avec ses deux coéquipiers, russe et américaine, pour une mission de six mois dans la station spatiale internationale vient de redonner un coup de projecteur sur la place de la France dans la coopération spatiale, particulièrement en Europe. Cette belle aventure mérite que l’on s’y arrête.

Hasard du calendrier : cette semaine -précisément le 26 novembre- , cela fera 51 ans que notre pays est entré dans le club très restreint des puissances spatiales, aux côtés de l’Union soviétique et des Etats-Unis. Sans chercher à égaler ses deux grands partenaires, la France a su nourrir une véritable ambition spatiale et s’en donner les moyens. Cette expérience et cette compétence lui ont permis de gagner une place de premier plan au sein de l’Europe spatiale. En témoigne, aujourd’hui encore, l’autorité – reconnue par ses homologues européens- du Centre national d’études spatiales ( le CNES ) . C’est cet établissement public qui gère le centre spatial de Kourou, en Guyane, qui est le centre de lancement de l’Europe spatiale . C’est également lui qui a la responsabilité de la maîtrise d’œuvre du programme européen Ariane dans son centre technique d’Evry. C’est encore au CNES que l’on doit les initiatives qui ont conduit au lancement du projet Galileo ( le futur GPS européen ), au développement de la météorologie spatiale ou de la mesure du relief des océans et des fonds marins . On ne saurait mieux illustrer la complémentarité d’un développement national dynamique et d’une saine coopération européenne . Encore faut-il que le cadre de cette coopération permette à cette complémentarité de se concrétiser pleinement.

C’est à cet égard que l’expérience -tout à fait atypique- de « l’Agence spatiale européenne » ( ESA ) mérite réflexion, même si elle n’est évidemment pas généralisable à n’importe quel domaine de coopération. L’ESA entretient des rapports suivis avec l’Union européenne -qui la finance pour un bon quart de son budget- mais elle a sa pleine autonomie et fonctionne sur le mode intergouvernemental. Créé en 1975, elle regroupe aujourd’hui 22 pays membres . Le budget de l’ESA comprend une partie obligatoire -auquel chaque Etat contribue au prorata de sa richesse nationale- et une partie facultative, en fonction des programmes auxquels chaque pays décide de participer ou non. De même, chaque Etat reste libre de conserver ou non des programmes nationaux à côté de sa participation aux programmes de l’ESA : une Europe « à géométrie choisie » en quelque sorte. Laquelle, en l’occurrence, s’avère parfaitement compatible avec une vision d’avenir : ainsi la mission de la sonde Rosetta , chargée de déposer son petit robot Philae sur une comète à…des centaines de millions de km de la Terre, fut suivie par l’ESA pendant près de quinze ans ! Aujourd’hui, l’ESA plaide en faveur de la construction d’une base lunaire vers 2020 pour y lancer des missions vers Mars et au-delà…

Enfin, l’Agence spatiale européenne coopère avec les agences spatiales-partenaires du monde entier, au premier rang desquelles la russe Roskosmos et l’américaine NASA, comme nous le rappelle magnifiquement la complicité scientifique et amicale de Peggy, d’Oleg et de Thomas, dans la Station spatiale internationale. Puissent l’austérité budgétaire, l’obsession de la rentabilité financière ou les tensions Ouest-Est ne pas venir gâcher dans l’avenir ces œuvres communes au service de l’humanité et de la paix !

24 novembre 2016 at 7:25 Laisser un commentaire

AVEC TRUMP, QUELLES RELATIONS TRANSATLANTIQUES ?

wurtz-l-humanite-dimancheDonald Trump a choisi comme marque de fabrique, durant sa campagne, la multiplication de proclamations fracassantes . Deux d’entre elles ont semé un vent de panique parmi les dirigeants européens . La première concerne l’avenir de l’OTAN : cette organisation « obsolète et coûteuse » ne devrait plus, aux dires du « Président-élu », garantir inconditionnellement la protection mutuelle de ses membres. En clair, l’armée américaine ne volerait plus automatiquement au secours d’un autre Etat de l’Alliance atlantique en cas d’agression par un tiers. La seconde annonce qui a bouleversé l’UE a trait aux accords de libre-échange impliquant les Etats-Unis : le futur locataire de la Maison-Blanche envisage, en effet, de rejeter le TAFTA en cours de négociation depuis 2013 entre Washington et Bruxelles. Voilà deux pierres angulaires des relations transatlantiques traditionnelles qui semblent s’écrouler d’un coup !

Cette tête-à-queue inattendue constitue-t-elle une bonne nouvelle pour les progressistes ? J’en doute fort. Sur l’OTAN, gageons que la seule « révolution » à venir soit le fait que le roi du business qui va accéder au pouvoir à Washington fasse monter les enchères pour réussir à vendre plus cher que ses prédécesseurs la « protection » de ses alliés. Il en résulterait une augmentation substantielle des dépenses militaires des Etats de l’UE, à la fois pour « retenir » à tout prix le protecteur américain et en vue de renforcer le « pilier européen » de ce « club » occidental hérité de la guerre froide. Cette fuite en avant militariste nous éloignerait encore plus de la vision alternative de la sécurité européenne qui nous fait tant défaut : négocier un traité paneuropéen de sécurité avec tous les Etats du continent, un « Helsinki 2 » en quelque sorte, 40 ans après cette grande Conférence de paix et de coopération, entrée dans l’Histoire des relations internationales comme une référence des rapports à établir entre pays à vision stratégique différente, voire antagonique. Rappelons une fois de plus qu’un tel projet -au demeurant ouvert à tout Etat ou organisation de l’espace euro-atlantique et eurasiatique- avait été officiellement proposé à l’Union européenne en 2008 puis à nouveau en 2009 par le Président russe, Dimitri Medvedev. C’est le moment d’y consacrer la réflexion que l’UE n’a, jusqu’ici, pas daigné lui accorder ! Et d’y associer les esprits ouverts qui, aux Etats-Unis mêmes, cherchent à asseoir la sécurité internationale davantage sur la coopération que sur la force.

Le cas du TAFTA mérite lui aussi d’être traité avec vigilance et lucidité. . Certes, l’impressionnante montée des contestations de ce dangereux projet à travers l’Europe avait déjà compromis son avenir avant l’élection américaine -ce qui reste un précieux acquis. A présent, Trump semble lui avoir asséné le coup de grâce. Alléluia ? Non ! Car, l’opposition de Trump au TAFTA n’est pas du tout la nôtre ! Le vrai programme du futur Président, c’est « America first ! » Loin d’en rabattre sur les ambitions hégémoniques, « l’Amérique d’abord! » annonce une guerre commerciale et monétaire sans pitié avec le reste du monde, Europe comprise ! Le but de la campagne « Stop TAFTA ! », c’est, à l’opposé, un « développement humain durable » , seule alternative à une mondialisation sauvage de plus en plus rejetée par les peuples et dévastatrice pour les biens communs de l’humanité. C’est aussi l’aspiration qu’ont exprimée les innombrables soutiens de Bernie Sanders.

Aussi , concernant tant la sécurité internationale que les échanges commerciaux, l’heure est, de part et d’autre de l’Atlantique, à des actions solidaires pour contenir autant que possible « l’aventure Trump » et rapprocher les forces d’avenir.

17 novembre 2016 at 7:44 Laisser un commentaire

HONTEUSE INERTIE DE L’UE FACE AU COUP DE FORCE D’ERDOGAN !

wurtz-l-humanite-dimancheDepuis le calamiteux accord de mars dernier entre Angela Merkel et Recep Tayyp Erdogan, les dirigeants européens sont plus paralysés que jamais face aux dérives dictatoriales, nationalistes et criminelles du maître d’Ankara. Faute de se montrer capables d’accueillir sur leur vaste territoire une ( petite ) partie des réfugiés fuyant la guerre et la misère  ( rappelons qu’un million de demandeurs d’asile représente…0,2% de la population de l’Union européenne ! ), les Etats de l’UE sont  tétanisés par la peur de voir le maître-chanteur du Bosphore relacher ces « intrus » à la moindre incartade de leur part à son égard. Dès lors, le tyran mégalomane a beau s’employer à liquider méthodiquement les fondements de la démocratie en Turquie : ils adoptent un honteux « profil bas », se contentant jusqu’ici de se déclarer « extrêmement inquiète » ( Moghérini, en charge des affaires étrangères pour les 28″ ) ; « alarmée » ( Merkel ) ; ou « vivement préoccupé » ( Ayrault ) , sans autre initiative commune voire internationale à la hauteur du coup de force en cours.

Avant même la tentative de coup d’Etat du 15 juillet, ce potentat néo-ottoman avait pourtant déjà ordonné les massacres de civils kurdes à Cizre et organisé de véritables pogroms contre ce peuple martyr : silence assourdissant en Occident ! Et ce malgré les preuves accablantes de ce forfait, fournies par des ONG, publiées et même déposées au Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme ! L’honneur fut sauvé par les manifestations de solidarité des forces progressistes dans toute l’Europe et par des parlementaires allemands ( de Die Linke ) qui ont déposé plainte pour crimes de guerre devant le parquet fédéral de leur pays.

Un mois après le putsch raté, la même complaisance coupable s’est manifestée en Europe lorsqu’Erdogan entreprit de « nettoyer » -comme il le déclara- le nord de la Syrie des forces kurdes du PYD , dont la courageuse et efficace offensive contre Daech contrecarrait sa volonté d’empêcher à tout prix l’émergence d’une entité kurde à la frontière de la Turquie. Depuis l’été , l’inertie des gouvernements européens s’est poursuivie tandis que le putsch raté fournissait à l’aspirant-sultan un prétexte en or pour engager l’éradication de toute opposition en Turquie même, et singulièrement de celle qui fait obstacle à la réalisation de son obsession hégémoniste : conquérir une majorité suffisante au parlement pour changer la Constitution et instituer un régime ultra-présidentiel lui conférant les pleins-pouvoirs. Cette suprématie, le parti HDP et son remarquable leader Selahattin Demirtas l’ont empêché de la conquérir par les urnes en 2015, en le privant pour la toute première fois de majorité absolue et en faisant, à l’inverse, émerger une nouvelle et prometteuse force progressiste. Ce qu’il n’a pu conquérir par les élections, Erdogan se l’est accordé par la force en instaurant l’état d’urgence. On connaît la suite : arrestations massives d’élus notamment du HDP, de journalistes, de syndicalistes, d’intellectuels, de magistrats; purge systématique des opposants dans l’administration ; réécriture réactionnaire de l’Histoire; annonce du rétablissement de la peine de mort…Et , comme un point d’orgue, incarcération de la figure emblématique du renouveau démocratique : Selahattin Demirtas ! La Turquie bascule vers une dictature obscurantiste où tout devient possible. L’heure n’est plus à l’expression de son « inquiétude » mais à l’action politique pour sauver la démocratie.

10 novembre 2016 at 8:04 Laisser un commentaire

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