Archive for septembre, 2011

PALESTINE: LA NOUVELLE DONNE

Il faut avoir eu l’occasion de mesurer sur le terrain le degré de frustration, d’humiliation, de rage rentrée, ainsi que la profondeur des blessures nées des multiples espoirs déçus et du sentiment d’abandon de la part des puissants de ce monde, pour imaginer la fierté et la dignité qu’ont dû ressentir les Palestiniens en suivant le discours – ovationné – de leur Président aux Nations Unies.

Il aura donc tenu bon, Mahmoud Abbas!  On sait combien ont été fortes – et menaçantes – les pressions américaines.  Plus subtile mais très pernicieuse fut la proposition de Sarkozy, saluée par Obama comme « complémentaires à (son) action », puis reprise par le « Quartet » (USA, UE, ONU et Russie).  Elle visait, sinon à faire fléchir le leader palestinien, du moins à limiter l’isolement des USA et de leurs alliés.  L’attribution du statut d’ « Etat non membre » par l’Assemblée générale présenterait, en effet, aux yeux des dirigeants occidentaux, l’avantage d’éviter tout vote au Conseil de sécurité (veto américain ou abstention européenne) qui les placerait en porte-à-faux non seulement vis à vis des pays arabes en plein « printemps », mais à l’égard de la grande majorité des nations du monde.  En outre, le « compromis » sarkozyste prétend obtenir des Palestiniens qu’ils renoncent aussi bien au droit accordé à tout « Etat non membre » de l’ONU de saisir la Cour pénale internationale qu’à leur exigence légitime d’un arrêt de la colonisation avant toute nouvelle négociation avec Israël.  Ajoutons surtout que ni l’hôte de l’Elysée ni celui de la Maison Blanche n’ont dit à quel type de pression ils seraient prêts à recourir pour arracher, en l’espace d’un an, au gouvernement le plus ultra qu’ait jamais connu l’Etat hébreu un accord de paix conforme au droit international!  Or, sans remise en cause de l’impunité systématiquement accordée à l’occupant par les Etats-Unis et l’Union européenne, il n’y a aucune chance qu’une négociation entre Ramallah et Tel Aviv aboutisse à la création d’un Etat palestinien digne de ce nom.

La nouvelle donne que vient de créer l’initiative palestinienne à l’ONU tient précisément à ceci: l’affirmation publique et solennelle par Mahmoud Abbas qu’il ne se pliera plus à ce jeu de dupes.  Désormais, les anciens « parrains » du « processus de paix » sont placés devant leurs responsabilités: ou ils mettront fin au régime de « deux poids, deux mesures » ou ils auront à assumer devant les nations et les citoyens du monde leur complicité directe avec un pouvoir qui viole structurellement tous les principes dont ils se parent si volontiers.

Ne nous le cachons pas: c’est là un bras de fer à l’issue incertaine.  Le Président américain n’a pas hésité, à l’ONU, à ruiner l’image qu’il s’était forgée au début de son mandat en tenant un discours digne de Nétanyahou.  L’Union européenne est-elle prête à se laisser entrainer dans ce fiasco?  La France – dont plus de 80% des citoyens se déclarent favorables au soutien de la requête palestinienne – sortira-t-elle de son ambigüité, au côté d’autres alliés européens potentiels, pour favoriser le nécessaire sursaut?  Qui est attaché au droit et à la paix est appeler à réagir!  À nouveau, la cause palestinienne est à sa place sur l’agenda politique international: la première.

28 septembre 2011 at 2:39 1 commentaire

Zone euro : n’entrons pas dans leur « guerre »

« La France doit passer d’une économie de paix à une économie de guerre »: le premier que j’aie vu utiliser ce mot hideux de « guerre » à propos de la crise de l’euro était François de Closet, dans le JDD de fin août.  « Face à l’urgence, précisait-il dans une formule très éclairante sur ses motivations, (les) clivages (gauche-droite) n’ont pas cours. »  Foin du débat démocratique, de l’analyse rationnelle des causes, de la confrontation des options, du choix politique clairement assumé: c’est « la guerre »!  Bon, me suis-je dit, on connait l’oiseau, passons.  Mais voilà que, dix jours plus tard, ce fut au tour de l’éditorialiste du « Monde » d’en appeler, à la une, à l’adoption de « l’économie de guerre ».  Nicolas Sarkozy a présenté « un diagnostic très sombre de la situation »: la « pusillanimité » n’est donc pas de mise si l’on veut être « crédible aux yeux des marchés » Re-CQFD!

Le surlendemain, sans doute soucieux de prouver à la sourcilleuse et impitoyable « troïka » (Commission européenne, Banque centrale et Fonds Monétaire international) sa détermination à rajouter encore une couche de « rigueur » à son programme et à accélérer les privatisations attendues impatiemment par les créanciers, voilà que le Premier Ministre grec Georges Papandréou, s’y mettait lui aussi: « Nous devons défendre le pays comme si nous étions en guerre » a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse.  Et je ne parle pas de la sortie très raffinée du ministre polonais des finances, relatant la semaine dernière, dans l’hémicycle du Parlement européen, une observation que lui avait faite « une vieille connaissance » disant carrément craindre « de voir éclater une guerre dans les dix prochaines années. »

Cette brusque inflation de références à la guerre – à propos d’une construction européenne qui s’est toujours enorgueillie d’avoir éradiqué ce cancer dans la réalité comme dans les consciences – traduit quelque chose de profond.  Une récente manchette des « Echos » l’a exprimé sans détours: « le grand désarroi de la zone euro: les dirigeants européens en panne de solutions ».  Comme le reconnait avec humilité Nouriel Roubini, économiste américain devenu mondialement célèbre pour avoir annoncé la crise des subprimes bien avant son éclatement en 2008: « Après avoir tout essayé, les voici démunis ».  De fait, un à un, leurs dogmes s’écroulent.  « Il semble donc – ajoute même Roubini – que Karl Marx avait au moins partiellement raison. »

N’attendons pas des dirigeants européens ou des idéologues de leur modèle en capilotade qu’ils acceptent sans coup férir d’envisager des solutions qui remettent en cause les intérêts qu’ils servent et la doctrine qui les exprime.  Ce débat de fond sur une vision alternative de la construction européenne, c’est aux forces de gauche de l’ouvrir.  C’est le moment ou jamais.

22 septembre 2011 at 1:16 1 commentaire

GARE AU « GOUVERNEMENT ECONOMIQUE EUROPEEN »!

L’atmosphère est de plus en plus électrique dans les milieux dirigeants de la zone euro.  Intervenant après nombre d’expressions publiques contradictoires et même de violentes polémiques sur la conduite à tenir face à « la plus grave crise depuis la seconde guerre mondiale » (Jean-Claude Trichet), la démission surprise du numéro deux – allemand – de la Banque centrale européenne, la semaine dernière, illustre la profondeur du désarroi qui règne au sommet de l’ « Union ».  Il y a, cependant, trois points très cohérents sur lesquels toute cette « élite » se retrouve pleinement.  Un: hors du « désendettement » à marche forcée, quelqu’en soit le coût social (et le risque de récession), point de salut!  Deux: comme les reculs sociaux sont difficiles à imposer durablement aux peuples, les politiques  économique et budgétaire, voire sociale, ne peuvent plus être laissées entre les mains des parlements – trop influençables par les citoyens et les mouvements sociaux – ni même des gouvernements, fragilisés par… le suffrage universel.  Trois: pour « rassurer les investisseurs » sur le marché financier, il n’y a pas d’autre issue que de soustraire à leur tour ces politiques (comme c’est déjà le cas de la politique monétaire) aux aléas du débat public et des échéances électorales de chaque pays,  pour les confier à une autorité unique, européenne, tenue à des « règles » coercitives, chargée de veiller au respect de la « discipline » et dotée du pouvoir de « sanctionner » les contrevenants.

         Il s’agit là de la conception la plus autoritaire du fédéralisme, très éloignée de l’utopie d’apparence généreuse et solidaire propagée au début de la construction européenne.  Dans certains pays membres, les promoteurs de ce projet de « saut fédéral » qualifient celui-ci de grand pas vers « plus d’Europe », en misant sur la persistance supposée de l’attachement d’une large partie de l’opinion publique à cet « idéal ».  En France, où la perspective d’un tel renoncement au débat démocratique et à l’exercice de la souveraineté populaire est massivement rejetée, ses partisans évoquent plus volontiers le vocable très ambigu de « gouvernement économique ».  Nicolas Sarkozy en a fait son cheval de bataille, mais tant le PS qu’ Europe Écologie-les Verts s’y réfèrent également.  Or, tous sont forts discrets sur les implications concrètes de leur « solution ».

Il est grand temps de clarifier, aux yeux du plus grand nombre, les enjeux réels d’un tel basculement!  La campagne pour les élections présidentielles et législatives, en particulier ne saurait faire l’impasse sur un choix aussi fondamental, qui appelle, au contraire, des confrontations d’idées franches et précises.

        Certes, il y a loin de la coupe aux lèvres!  Ces bouleversements ont peu de chances de s’imposer en l’état, encore moins à court terme.  Cependant, l’impasse du système actuel est si explosive que le choix va, de plus en plus, se résumer à deux options ou la fuite en avant de type fédéral pour tenter de faire passer par la contrainte centralisée ce que la voie démocratique ne permet pas d’obtenir dans chaque pays, ou un changement de cap structurel de la politique européenne [1].  Dans l’imbroglio de la période que nous vivons, chaque initiative politique peut donner une impulsion décisive à l’une ou à l’autre des deux options.  Une opportunité à saisir par les forces de  gauche….

15 septembre 2011 at 2:19 1 commentaire

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