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« PEUT-ON ENCORE SAUVER L’EUROPE »…ET LE DOIT-ON ?

wurtz-l-humanite-dimanche « Peut-on encore sauver l’Europe » ? titrait « Le Monde » à la veille du Sommet informel des 27 Chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne, le 16 septembre dernier, à Bratislava . « La machine est cassée et personne n’a la méthode pour réparer » notait, pour sa part, un éditorialiste des « Échos », le lendemain. « L’Europe ne peut plus ni avancer, ni reculer, ni rester sur place » analysait il y a plusieurs mois déjà « France Stratégie ». Rappelons que cet organisme -qui a succédé au Commissariat général du Plan- est chargé d’aider le gouvernement à inscrire ses politiques dans une vision d’avenir…(1) Les résultats de Bratislava n’ont pu que conforter le désarroi ambiant dans les sphères dirigeantes européennes. En effet, à moins de considérer la relance de la « défense européenne » comme la « nouvelle ambition » censée regagner le coeur des citoyens et des citoyennes, le bilan du Sommet des 27 a l’épaisseur d’un papier à cigarettes.

L’imagination n’est pas davantage au pouvoir parmi les anciennes gloires européennes invitées en divers lieux à apporter leurs lumières tant sur les raisons du phénomène de rejet que subit désormais l’UE de la part d’une majorité d’Européens que sur les remèdes susceptibles d’éviter l’implosion d’une construction appelée à célébrer son soixantième anniversaire en mars prochain. Cela donne par exemple ceci: « Les crises ne me paraissent plus générer d’énergies politiques nouvelles capables de nous faire aller de l’avant » ! Celui qui avance doctement , tel un médecin de Molière, ce brillant diagnostic n’est autre que Mario Monti, ancien Commissaire européen de renom, sacré « grand spécialiste de la politique européenne » par « Le Monde », qui rapporte ses propos. Préconisant la « réconciliation du marché et du social », cet ancien « International Adviser » pour Goldman Sachs (l’hyper-puissante banque américaine aujourd’hui rejointe par Manuel Barroso) attribue « l’une des raisons du rejet, par les opinions, d’une intégration plus poussée (…) au fait que l’on n’avait pas songé à cette réconciliation » ! (2) Mais c’est bien sûr ! Que n’a-t-on pensé à mener de pair l’explosion du profit financier et l’émancipation des travailleurs !

Comment, face à une déconnection aussi flagrante entre le discours de pseudo-« élites » et les réalités vécues par le plus grand nombre, ne pas comprendre que nos concitoyens, en nombre toujours croissant, n’attendent plus rien de cette « Europe »-là ?Elle se meurt : ne tentons pas de la sauver ! Mais attention : cela ne doit pas nous conduire à laisser les irresponsables qui la dirigent nous entraîner tous dans le chaos d’une désintégration générale des innombrables liens qui relient entre eux les pays membres de l’UE ! Nous avons un besoin vital de mener de pair un double combat: celui d’imposer à l’UE actuelle le plus possible de mesures en rupture avec les dogmes qui la régissent aujourd’hui, mais de le faire en convergence avec le maximum d’alliés dans les autres pays européens pour poser ensemble les jalons d’une Europe solidaire et respectueuse des aspirations propres à chaque peuple. Cette vision d’une « Union de nations et de peuples souverains et associés » (PCF) s’oppose radicalement aussi bien à toute fuite en avant dans une intégration européenne échappant de plus en plus aux citoyens qu’à toute forme de nationalisme, ce danger mortel pour la démocratie dont on ne sait pas toujours où il commence mais dont l’Histoire nous a appris où il pouvait finir.

——–
(1) Voir « Le Monde » du 15/9/2016; Eric Le Boucher dans « Les Échos » du 16/9/2016; « France Stratégie » : « Sortir de l’ambiguïté constructive » (mai 2016)
(2) Voir « Le Monde » du 15/9/2016

22 septembre 2016 at 9:38 Laisser un commentaire

LES « TRAVAILLEURS DETACHES », NOS FRERES DE COMBAT.

wurtz-l-humanite-dimancheL’attitude -très exceptionnelle- de fermeté finalement adoptée ( le 20 juillet dernier ) par la Commission européenne vis-à-vis de 10 Etats membres d’Europe centrale et orientale au sujet de la directive « travailleurs détachés » mérite qu’on s’y arrête. Rappelons les faits. A l’origine, il y a un véritable scandale , que nous ne cessons de combattre, et qui est au coeur de l' »Europe libérale » : l’organisation de la mise en concurrence des peuples pour tirer les conquêtes sociales vers le bas tout en dressant les travailleurs européens les uns contre les autres afin de neutraliser leurs luttes. Ainsi, au nom de la « libre prestation des services » au sein du marché unique , les traités européens autorisent-ils tout employeur du secteur des services établi dans un Etat membre à « détacher temporairement » ( jusqu’à deux ans ! ) ses travailleurs dans un autre pays membre tout en continuant d’appliquer à ces salariés un certain nombre de normes de travail de leur pays d’origine . Les garanties accordées à ces centaines de milliers de travailleurs dans leur Etat d’accueil par la fameuse « Directive Détachement » de 1996 sont , à ce jour, très limitées. Même un salaire minimum qui ne serait pas de portée nationale ( par exemple un salaire de base fixé par une convention collective ) ne pourrait pas être imposé à leur employeur. La Cour de Justice de l’Union européenne l’affirmait catégoriquement en 2008 : il est strictement interdit à l’Etat qui les accueille d’imposer « aux prestataires de services établis dans un autre Etat membre, où les taux de salaire minimal sont inférieurs, une charge économique supplémentaire qui est susceptible de gêner ou rendre moins attrayante (sic) l’exécution de leurs prestations dans l’Etat d’accueil » ! (1) Par ailleurs, les cotisations sociales patronales restent celles du pays d’origine.

Or, après des années d’intenses luttes syndicales et politiques pour une rupture avec cette logique diabolique, la Commission européenne vient enfin, en mars dernier, de préparer un projet de révision de la Directive de 1996. Celui-ci -s’il ne touche pas au privilège patronal en matière de cotisation sociale- annonce néanmoins un changement réel en affirmant le principe « à travail égal salaire égal » entre travailleurs nationaux et « détachés », y compris en ce qui concerne d’éventuelles primes ou un 13ème mois. En outre, l’Etat d’accueil pourrait désormais imposer aux sous-traitants d’appliquer le même salaire que le donneur d’ordre.

Ce changement a aussitôt soulevé un tollé parmi le patronat des pays d’Europe centrale et orientale, dont les gouvernements ultra-libéraux ont organisé un tir de barrage contre le projet de Bruxelles. En vain, jusqu’ici. Il appartient aux forces de progrès de se mobiliser pour pousser l’avantage, non pas contre les « travailleurs détachés » , mais pour une Europe de l’égalité des droits et de la solidarité. A cet égard, comment ne pas être surpris et attristé d’apprendre qu’un orfèvre de la parole comme Jean-Luc Mélenchon ait pu choisir de parler à la tribune du Parlement européen à ce propos de « travailleur détaché qui vole son pain au travailleur qui se trouve sur place » ! (2) Nous sommes de ceux pour qui les valeurs de gauche ont encore un sens. Y compris sur les enjeux européens .

——-
(1) Cour de Justice de l’Union Européenne ( Arrêt Rüffert : avril 2008 )
(2) « Je crois que l’Europe qui a été construite, c’est une Europe de la violence sociale, comme nous le voyons dans chaque pays chaque fois qu’arrive un travailleur détaché qui vole son pain au travailleur qui se trouve sur place ». ( Le 5 juillet 2016.)

28 juillet 2016 at 7:19 1 commentaire

LES TROIS PILIERS DE LA « REFONDATION DE L’ EUROPE »

wurtz-l-humanite-dimancheLes développements des mouvements sociaux dans tout le pays et le large soutien que leur témoignent nos concitoyens font renaître l’espoir d’une possible nouvelle donne à gauche en 2017. Cette situation en pleine évolution renforce la pertinence du débat autour de la question de l’Europe que nous voulons. La dimension européenne de nos luttes pèsera lourd, en effet, pour réussir à imposer de vrais changements. C’est là une vaste question sur laquelle nous reviendrons abondamment dans la prochaine période.

Mais tout d’abord, qu’entendons-nous par « refondation de l’Europe ». Il convient d’autant plus de clarifier ce point que l’expression est aujourd’hui galvaudée tous azimuts : Sarkozy lui-même se l’est attribuée ! Il me semble qu’il est possible de résumer l’essentiel des transformations que cette notion représente à nos yeux en nous concentrant sur trois piliers : la question sociale; la question démocratique; la question éthique. C’est, en effet, avant tout sur ce triple terrain qu’a pris racine la défiance de masse des Européens -tous pays confondus- vis à vis du modèle européen actuel. Chacun de ces enjeux a été évoqué ces dernières semaines dans le cadre de cette « chronique ». Rappelons-en schématiquement l’esprit :

La question sociale : la priorité des politiques communes doit radicalement changer. Elle est aujourd’hui centrée sur « l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre et non faussée » dont on constate les effets ravageurs. Il s’agit d’engager -en solidarité avec le plus de forces possibles d’autres pays européens- des batailles en rupture avec cette orientation et en faveur d’un nouveau modèle social et environnemental répondant aux attentes populaires. Cela pose , à l’échelle européenne, la question cruciale du pouvoir sur l’argent et son utilisation. Pour se libérer de la toute-puissance des marchés financiers et de leurs diktats anti-sociaux, le changement des missions de la Banque centrale européenne est décisif. Sa capacité à créer de l’argent gratuitement (80 milliards d’euros par mois actuellement !) doit servir aux dépenses publiques utiles à la société au lieu d’alimenter les opérations financières des banques. (1)

La question démocratique. On assiste , notamment depuis la crise de la zone euro en 2010, à une hyper-centralisation du pouvoir européen qui remet gravement en cause la souveraineté populaire ( mais à laquelle nos gouvernements participent activement ! ). « Refonder l’Europe » passe par l’inversion de cette verticalité de plus en plus insupportable. Les citoyens doivent être dûment impliqués dans les grands choix qui déterminent leur avenir. Le droit de chaque peuple de choisir son destin est imprescriptible. Nous voulons que les nations s’associent en choisissant ce qu’elles veulent faire ensemble pour gérer leur interdépendance de façon libre et solidaire. (2)

La question éthique. A l’opposé du naufrage moral de l’UE qu’illustre son rejet des réfugiés, une « Europe refondée » doit se fixer de grands desseins mobilisateurs : porter un modèle social avancé dans la mondialisation; rebâtir un système de sécurité collective sur le continent européen; user de son poids pour contribuer, avec des alliés des pays du Sud et des « émergents », à changer les règles dans les relations internationales…(3) . Autant de pistes qui devraient permettre de ranimer le débat démocratique européen. Et de faire renaître l’espoir.

(1) Voir notamment HD du 21/4/2016
(2) Voir notamment HD du 25/2/2016
(3) Voir notamment HD du 4/5/2016

2 juin 2016 at 6:20 Laisser un commentaire

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