Posts filed under ‘Parlement européen’

AQUARIUS : LES BONS, LA BRUTE ET LES FAUX-JETONS

La décision du gouvernement italien de refouler l’ « Aquarius » et ses 629 réfugiés a placé sous les feux des projecteurs l’action exemplaire des bénévoles de « SOS Méditerranée ». C’est cette magnifique association qui réalise sans relâche des sauvetages en mer avec ce navire depuis 2016, l’année où plus de 4500 personnes (!) fuyant la Libye sont mortes en tentant de traverser la Méditerranée . De nombreux autres anonymes financent par leurs dons ces onéreuses opérations. D’autres encore prennent le relai à terre en bravant le « délit de solidarité ». Chapeau bas à ces citoyens et ces citoyennes solidaires, modestes et courageux : ils et elles sauvent l’honneur de l’Europe.

A l’opposé, un pays fondateur de l’Union européenne, longtemps pays d’émigration, s’est donné comme nouvel « homme fort » un personnage abject, qui a promis d’expulser 500 000 « sans-papiers » et qui traite les ONG recueillant des rescapés de « vice-passeurs » , désormais bannis des côtes italiennes. Les Italiens se sont, pourtant, longtemps montrés particulièrement ouverts aux réfugiés. J’ai pu le constater naguère auprès de la population de l’île de Lampedusa, la plus directement confrontée à l’arrivée quasi-ininterrompue de rescapés de leur périlleuse traversée de la Méditerranée.

Lourde est la responsabilité des Etats qui ont obstinément refusé toute mutualisation de l’accueil, quitte à faire d’une partie des populations exaspérées et débordées des proies faciles des démagogues fascisants de « la Ligue » . La « patrie des droits de l’homme » n’est pas la dernière à avoir acculé l’Italie en instaurant le « verrou de Vintimille » et en renvoyant de l’autre côté de la frontière, par dizaines de milliers, des exilés africains, hommes, femmes -y compris enceintes- et enfants confondus !

Et maintenant ? Il faut sortir d’urgence de cette hypocrisie ! A défaut d’une contre-offensive démocratique et solidaire des principaux Etats européens, la gangrène risque de s’étendre rapidement. Déjà, un « axe » anti-migrants vient d’être constitué entre les ministres de l’intérieur italien, autrichien et allemand, décidés à ouvrir des… « camps d’accueil » de réfugiés à l’extérieur des frontières de l’UE ! Cessons d’attendre de « l’Europe » des décisions qui relèvent pour l’essentiel , dans les traités actuels, des seuls Etats membres ! Même l’exécrable « Règlement de Dublin » n’oblige aucun pays à renvoyer un demandeur d’asile vers le pays par lequel il est entré en Europe, comme l’avait montré Angela Merkel en 2015. Ne faisons pas non plus dépendre toute action d’un impossible consensus des 28 Etats de l’UE. Paris s’honorerait à décider tout de suite : d’abord de respecter les timides engagements de la France en matière de « relocalisation» des réfugiés bloqués dans les pays dits « de première arrivée »; ensuite, de se résoudre enfin, avec tous les pays qui y sont prêts, à une gestion solidaire de l’accueil des réfugiés -les Etats refusant d’assumer cette co-responsabilité devant payer le prix de leur unilatéralisme- ; enfin de dissiper le fantasme de l’ « invasion » en rappelant par exemple que les 650 000 personnes ayant obtenu le droit d’asile en 2017 dans toute l’Union européenne représentent moins de 0,13% de la population des 28 Etats membres !

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20 juin 2018 at 5:55 Laisser un commentaire

600 PALESTINIENS DU MONDE ENTIER RÉUNIS A RAMALLAH

Ils sont venus des pays de tout le Proche-Orient, du Golfe persique, du Maghreb, des Etats-Unis, d’Amérique latine ou d’Europe : plus de 600 représentants de communautés palestiniennes des territoires occupés et de la nombreuse diaspora (2/3 des 12 millions de Palestiniens officiellement recensés) se sont retrouvés du 30 avril au 2 mai derniers, à Ramallah, près de Jérusalem. Ensemble, ils composent le Conseil National Palestinien (CNP) , sorte de Parlement de l’Organisation de Libération de la Palestine , qui tenait sa première session ordinaire depuis…22 ans ! Outre le nécessaire renouvellement des instances dirigeantes du mouvement, l’évolution dramatique de la situation sur le terrain justifiaient amplement cette convocation.

Une grande partie du discours-fleuve d’ouverture du Président Mahmoud Abbas retraçait l’histoire de la Palestine , non sans quelques digressions surprenantes, confuses et choquantes (1). Mais l’essentiel était ailleurs. D’abord dans l’évocation des relations avec le Hamas (qui a boycotté la réunion) , très tendues, le mouvement islamiste majoritaire à Gaza refusant le contrôle de l’Autorité palestinienne, en particulier sur le plan de la sécurité du territoire. Ensuite dans la réaffirmation de l’attachement à la « solution à deux Etats » (israélien et palestinien), sur la base des résolutions des Nations-Unies : frontières d’avant les annexions de 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale de l’Etat palestinien.

L’autre intérêt de cette impressionnante réunion était la présence massive d’invités du monde entier (plus de 1500) dont certains ont pu s’adresser à toute l’assemblée . Parmi eux, les représentants de la Ligue des Etats arabes, de la Chine et de la Russie qui ont tous délivré un message de solidarité très clair aux Palestiniens -ce qui, dans le contexte de la désastreuse initiative de Donald Trump sur Jérusalem, est loin d’être négligeable. Remarquable aussi, le chaleureux et combatif témoignage du Président du troisième groupe politique …de la Knesset, le Parlement israélien ! En effet, depuis 2015, l’accord conclu entre le Hadash (alliance de gauche dominée par le Parti communiste israélien) et le « Mouvement arabe pour le renouveau » a , paradoxalement, assuré aux forces progressistes un poids inédit dans l’un des plus réactionnaires parlements israéliens depuis la création du pays. Enfin, plusieurs Européens se sont également relayés à la tribune, dont un dirigeant du Sinn Fein irlandais, une parlementaire de Syrisa de Grèce ainsi que votre serviteur , représentant le Secrétaire national du Parti communiste français, Pierre Laurent.

Quelles attentes vis-à-vis de l’Union européenne se dégagent-elles principalement des nombreuses rencontres occasionnées par cet important rendez-vous palestinien ? Dans le moment présent, elles peuvent se résumer ainsi : la reconnaissance immédiate de l’Etat palestinien (même si l’unanimité des « 28 » ne peut être acquise, comme l’UE a su le faire dans le cas de la reconnaissance du Kosovo malgré l’opposition de plusieurs Etats membres); la reconnaissance explicite de Jérusalem-Est comme capitale de cet Etat; enfin sinon surtout la fin de l’impunité des dirigeants israéliens. L’UE n’a accepté ni l’annexion du Koweit par l’Irak ni celle de la Crimée par la Russie : elle ne peut consentir à l’annexion de Jérusalem par Israël !

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(1) Ainsi du passage sur « l’origine de la haine des juifs » à situer dans « leur fonction dans la société » comme « l’usure, la banque etc » , qui occasionna en outre une confusion de l’orateur entre Joseph Staline et … Karl Marx.

10 mai 2018 at 10:42 Laisser un commentaire

OÙ VA S’ARRÊTER L’OBSESSION ANTI-MIGRANTS DE L’UE ?

D’ici un mois, la Commission européenne doit présenter son projet de « cadre financier pluriannuel 2021-2027 ». Il s’agit d’un exercice hautement politique qui a lieu tous les sept ans. Il consiste à proposer de grandes priorités de l’Union européenne pour la période considérée, avec les enveloppes budgétaires qui y correspondent. À la fin, ce n’est pas la Commission qui décide, mais les gouvernements -à l’unanimité- après approbation du Parlement européen -à la majorité absolue, soit 376 voix sur les 751 élus. Cette planification des dépenses porte sur plus de 1000 milliards d’euros : c’est dire l’importance des débats qui précèdent ces votes !

Aussi n’est-il pas superflu de s’intéresser aux « communications » de la Commission à ce sujet, même si, à ce stade, il ne s’agit que d’hypothèses. Plongeons-nous, dans cet esprit, dans un récent texte de l’exécutif européen pompeusement intitulé : « Un cadre financier pluriannuel nouveau et moderne pour une Union européenne qui met en œuvre ses priorités avec efficience au-delà de 2020 » (1). La première de ces « priorités » a de quoi surprendre quiconque ne mesure pas l’obsession anti-migrants des dirigeants européens. Elle ne consiste, en effet, on s’en doute, ni en un renforcement de la dimension sociale des politiques européennes ni en une meilleure contribution à la transition écologique dans l’UE. Non, l’urgence européenne No 1 est de « Favoriser une meilleure gestion des frontières extérieures de l’UE » ! Ses auteurs échafaudent plusieurs scénarios correspondant aux différents degrés d’intégration européenne entre lesquels les Chefs d’Etat et de gouvernement auront à choisir dans ce domaine : soit le « corps européen de garde-frontières et de garde-côtes » (constitué en 2016) reste ce qu’il est -un complément aux mesures nationales des États concernés- ; soit cette responsabilité européenne est renforcée tout en laissant aux États membres l’essentiel des tâches en la matière; soit enfin, l’UE se verra confier la totalité de cette prérogative. Dans cette dernière hypothèse, « Un système de gestion des frontières totalement intégré nécessiterait 100 000 agents et la mise en place, au niveau de l’UE, d’un parc d’équipements substantiel (…) Le budget requis s’élèverait à près de 150 milliards d’euros sur une période de sept ans » !

D’ores et déjà, se félicitait la Commission dès l’an dernier, l’Agence européenne de garde-frontières « représente la plus grande mise en commun de ressources des États membres jamais réalisée » et constitue « l’illustration pratique de la volonté des États membres de (…) faire preuve de solidarité au nom de l’intérêt commun » (2). De quel « intérêt commun » s’agit-il pour bénéficier de cet exceptionnel élan de « solidarité » dont les Etats de l’UE sont, hélas, habituellement, si peu friands ? Le Commissaire pour les migrations nous l’explique non sans fierté, tant il est sûr d’aller dans le sens voulu par les États membres : les nouvelles « réserves d’intervention rapide de garde-frontières et d’équipements (visent à) améliorer le mécanisme de retour des migrants en situation irrégulière -un élément central de notre agenda européen en matière de migrations »(3). Illusion affligeante de « l’Europe-forteresse »!

——–
(1) COM(2018) 98 final (14/2/2018)
(2) Communiqué de presse de la Commission (25/1/2017)
(3) Idem

5 avril 2018 at 3:29 Laisser un commentaire

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