Archive for novembre, 2010

QUAND L’EUROPE EST SANS…BUDGET!

Décidément, rien ne va plus.  Des économistes décrivaient déjà l’Union européenne comme « l’homme malade de la planète » parce qu’elle affiche une croissance deux fois inférieure à la moyenne mondiale et trois fois moindre que celle des pays émergents.  Puis l’on a entendu son président, Van Rompuy, annoncer que « la zone euro lutte pour sa survie ».  Voilà que Conseil (les gouvernements) et Parlement viennent d’échouer dans leur recherche d’un accord sur le budget 2011!  Seuls les Chefs d’Etat et de gouvernement peuvent encore éviter le pire lors de leur prochaine rencontre, les 16 et 17 décembre prochains, à condition de trouver entre eux – et à l’unanimité – un compromis acceptable pour la majorité des députés européens.  Ce qui est loin d’être évident. 

         Cette situation n’a rien d’anecdotique.  elle ne s’est produite, à ma connaissance, que deux fois en plus d’un demi-siècle, dans les années 80.  Elle signifie que les institutions européennes ne disposeraient, pour fonctionner et investir, que d’un douzième du budget précédent (2010) par mois, jusqu’à ce qu’un accord intervienne sur un nouveau budget.  Par voie de conséquence, aucune des dépenses nouvelles prévues pour l’an prochain ne pourrait être engagée.  Ainsi, les agences de supervision des banques, des assurances et des marchés financiers dont la création devait annoncer une nouvelle « régulation » – au demeurant fort éloignée des exigences de ruptures avec la financiarisation à outrance de l’économie européenne – ne pourraient pas fonctionner; le chantier du futur réacteur expérimental de fusion nucléaire qui vient d’être lancé à Cadarache, dans les Bouches du Rhône, serait privé de 940 millions d’euros (Bonjour, la crédibilité de l’Union européenne vis à vis de ses partenaires pour ce projet: la Chine, l’Inde, la Corée, la Russie, les Etats-Unis…); les fonds structurels d’aide aux régions seraient amputés de 14% de leurs montants prévus; 24 milliards d’euros d’aides directes aux agriculteurs devraient être avancés par les Etats membres.  Cerise sur le gâteau: le « service européen d’action extérieure » présenté comme la grande innovation du traité de Lisbonne (sorte de « quai d’Orsay » européen) ne pourrait pas voir le jour. 

         Comment en est-on arrivé là?  L’adoption du budget suppose que Conseil et Parlement se mettent d’accord sur le même projet.  Ce fut presque le cas, à la mi-novembre, la majorité des députés ne remettant en cause ni les orientations ni les limitations drastiques des dépenses: 126 milliards d’euros, soit 1,01% du revenu national brut des 27 pays membres…  Le clash a pour origine l’intransigeance des gouvernements britannique, nordiques et néerlandais qui ont refusé de prendre l’engagement exigé par les parlementaires, en échange de leur extrême « modération » en matière de dépenses publiques européennes, de les associer à la réflexion prévue sur le financement futur de l’Union européenne (impôt européen? taxe sur les mouvements de capitaux? suppression de la ristourne substantielle accordée à la Grande Bretagne depuis le forcing victorieux de l’ex – « Dame de Fer », Margaret Thatcher?…) et à l’élaboration des perspectives financières pour les années à venir (2014-2020). 

         Rendez-vous le 16 décembre…  Mais quelle que soit l’issue de cette ultime négociation, une double conclusion s’impose: d’abord, la question,  hautement politique, des recettes comme des dépenses de l’Union européenne est à suivre de près dans la période à venir.  Ensuite, cette nouvelle illustration des contradictions qui traversent l’actuelle construction européenne confirme la justesse d’une ambition que nous ne cessons d’affirmer: celle d’une véritable refondation d’une « Union » qui, décidément, prend l’eau de toutes parts.

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26 novembre 2010 at 11:20 Laisser un commentaire

« COMMENT SOMMES-NOUS DEVENUS PAUVRES? »

« Comment sommes-nous devenus pauvres? »  C’est le thème choisi par un très dynamique cercle progressiste hongrois pour un colloque qui vient de se tenir à Budapest avec la coopération du réseau de  fondations de la gauche européenne « Transform! ».  Le cercle en question, le « Kossuth Klub », mériterait en lui-même qu’on lui consacre toute notre attention – ce sera chose faite à une prochaine occasion.  Concentrons-nous aujourd’hui sur le sujet traité lors de cette riche confrontation d’idées et d’expériences. 

            « Année de la lutte contre la pauvreté » oblige: le Commissaire européen aux affaires sociales avait fait le  déplacement.  A l’entendre, le constat est, certes, navrant: 84 millions de personnes étaient considérées comme pauvres dans l’Union européenne …avant la crise de 2008!  Mais, grâce à la nouvelle stratégie adoptée cette année, « UE2020 », on peut, selon Bruxelles, se fixer l’objectif « non pas de l’élimination de la pauvreté, ce ne serait pas réaliste, mais de la réduction de 20 millions du nombre de personnes  » touchées par ce fléau.  Des raisons de l’augmentation constante de l’étendue de ce drame il ne fut pas question.  Pas plus que des changements politiques à opérer pour en enrayer la prolifération, « UE2020 » n’étant que la poursuite de la funeste « stratégie de Lisbonne 2000-2010 » qui a conduit où l’on sait. 

            Apportons donc quelques éclaircissements au sujet de ce qu’est devenu, dans toute l’Union européenne, un problème de société des plus brûlants.  D’abord, contrairement aux dires du Commissaire, l’Union européenne affiche depuis un demi-siècle l’ambition d’éradiquer la pauvreté.  Mais c’est en 2000 qu’elle s’était engagée le plus clairement à « donner un élan décisif à l’élimination de la pauvreté » (d’ici…2010) et d’ « assurer l’inclusion sociale active de tous ».  L’existence, alors, de 55 millions de pauvres dans l’Europe des « 15 » (avant l’élargissement à l’Est) avait été déclarée « inacceptable ».  Des moyens financiers furent mobilisés, des instruments juridiques créés et même une « clause sociale » intégrée au traité de Lisbonne prévoyant que soit évalué l’impact social de toutes les politiques européennes. 

            C’est donc à l’aune de cette expérience de 10 ans d’une stratégie économique de plus en plus libérale, matinée d’un « volet social » qu’il faut apprécier les résultats obtenus: la pauvreté n’a pas disparu, elle n’a pas même reculé, elle a augmenté jusqu’à frapper – avant le krach de 2008-2009 et l’hyper austérité qui a suivi! – un Européen ou une Européenne sur six…  La vérité si difficile à reconnaitre par les promoteurs des orientations européennes actuelles est celle-ci: à force de laisser de plus en plus de pouvoirs aux marchés financiers; d’encourager la mise en concurrence des peuples et le « dumping social »; d’affaiblir encore et encore les capacités d’intervention des citoyens et des acteurs sociaux, les politiques coordonnées par les gouvernements européens, la Commission, la Banque centrale…sont devenues une véritable machine à fabriquer de la richesse insolente et de la pauvreté scandaleuse.  C’est donc à ces niveaux-là que doivent être imposées des ruptures si l’on veut que la « Charte des droits fondamentaux » ait un sens lorsqu’elle affirme: « la dignité humaine est inviolable.  Elle doit être respectée et protégée. »

18 novembre 2010 at 8:22 1 commentaire

LE « MODELE ALLEMAND » VU PAR…DES ALLEMANDS

Je reviens encore une fois sur un sujet qui me tient à cœur et qui est instrumentalisé sans vergogne par Nicolas Sarkozy et ses disciples: « le modèle allemand ». Notre voisin n’affiche-t-il pas une croissance record et une diminution du chômage? Les travailleurs d’outre-Rhin n’apportent-ils pas la preuve que la modération vaut mieux que la protestation? Dans un monde dominé par la concurrence et la compétitivité, le champion de l’export ne représente-t-il pas, par excellence, dans toute l’Europe, l’avenir? Toutes les questions étaient au cœur d’un débat public organisé, la semaine dernière, à Fribourg, en Allemagne, par nos amis de la « Linke ». Pour en parler, ils avaient invité Michael Schlecht qui fut, jusqu’à l’an dernier, l’un des principaux dirigeants du grand syndicat VERDI avant d’être élu député au Bundestag, le parlement de Berlin.

Sur le premier point, le syndicaliste s’employa à démonter le mythe de la « réussite allemande » qualifié par lui de « scandale social massif ». Il interrogea le public. « Qui parmi vous sent quelque chose de la croissance? » Une main se leva. Fanfaron? Exception? Car voilà la réalité: »ces dix dernières années, les profits ont grimpé de 35% tandis que, dans le meilleur des cas, en 2011, les salaires seront au niveau où ils étaient en 2000! » Quant au nombre de chômeurs, miraculeusement « passé sous la barre des trois millions » selon le gouvernement Merkel qui se vante que « toute l’Europe nous admire! », il a été atteint en éjectant des statistiques officielles les centaines de milliers de personnes ayant un « mini-job », ces petits boulots misérables inventés par l’ancienne équipe SPD-Verts et prorogés depuis, ainsi que bien d’autres chômeurs de fait. « Nombre de personnes ne s’inscrivent plus comme chômeurs parce qu’ils ont perdu tout espoir de retrouver un emploi. La réalité avoisine les six millions de personnes privées de travail » précise-t-il. Nous connaissons ce phénomène.

Concernant la prétendue vertu de la « modération » qui caractériserait les travailleurs allemands par opposition à la protestation observée en France, nos amis de la Linke de Fribourg y avaient répondu par avance, en invitant, en même temps que le syndicaliste député allemand, un représentant du Parti communiste français, en l’occurrence moi-même, pour en savoir plus sur les mobilisations sociales chez nous, qu’ils suivent avec intérêt et admiration. D’autant qu’ils ont l’expérience d’une « réforme » du même type: la retraite à 67 ans, qui fera perdre à 80% des retraités jusqu’à 14,4% de leur pension dès lors qu’ils n’auront pas d’emploi après 60 ans. « En fait, il s’agit d’un programme d’abaissement des salaires! » expliqua le député de gauche: « les Français voient clair: il faut s’y opposer dans les urnes et dans la rue! »

Alors, un « modèle pour l’Europe? » cette politique-là? « Nous sommes le pays du dumping social! Les profits des patrons allemands réalisés sur le dos des travailleurs allemands mais aussi de ceux des pays voisins! » De fait, précisa-t-il, « 61% de nos exportations sont à destination de nos partenaires européens! Notre gouvernement porte là une double responsabilité » Voilà quelques vérités à rappeler à quiconque – Nicolas Sarkozy en tête – rêve d’instituer le modèle Merkel en référence pour toute l’Europe.

10 novembre 2010 at 7:09 Laisser un commentaire

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