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D’ISRAEL À LA TURQUIE : SOLIDARITÉ AVEC LES PRISONNIERS !

Ce 15 avril 2017, cela a fait quinze ans que Marwan  Barghouti, cette figure de la résistance palestinienne, est en prison ! Responsable du Fatah ( le parti de Yasser Arafat ) en Cisjordanie et membre du Parlement, il avait été enlevé à Ramallah par l’armée d’occupation et incarcéré depuis lors en Israël. Un simulacre de procès l’avait condamné à plusieurs peines de perpétuité ! Depuis sa cellule, il vient de lancer un mouvement de protestation de grande portée puisqu’il s’agit d’une grève de la faim illimitée, observée tant à l’intérieur des prisons, par les résistants détenus, qu’à l’extérieur par nombre de proches de ces 6500 hommes, femmes et enfants, profondément respectés par leur peuple pour leur lourd tribut au combat pour la liberté et la dignité de tous les Palestiniens. Barghouti a choisi de prendre cette initiative difficile et courageuse un 17 avril, c’est-dire à l’occasion de la journée internationale de solidarité avec les prisonniers palestiniens. L’objectif de cette mobilisation exceptionnelle est de briser l’isolement dans lequel l’occupant entend maintenir les prisonniers vis-à-vis de leur famille et , plus généralement, de leur peuple .

Quiconque suit la lutte du peuple palestinien mesure l’importance cruciale de la question des prisonniers. Aussi, le meilleur soutien à lui apporter est aujourd’hui de relancer partout la campagne pour leur libération et, en particulier, pour celle du plus emblématique d’entre eux, Marwan Barghouti, en qui beaucoup d’observateurs voient un « Mandela palestinien ». À la fois militant résolu contre l’occupation et opposant absolu aux attentats aveugles ou à « l’intifada des couteaux », il est, aujourd’hui, l’un des rares leaders capables, tout à la fois d’incarner le sentiment de révolte d’un peuple exaspéré et de rassembler celui-ci autour d’une stratégie réaliste et responsable de libération nationale, fondée sur la lutte politique, la recherche du soutien international, la négociation et la recherche d’une paix juste avec Israël. Si les dirigeants français et européens veulent effectivement œuvrer pour une « solution à deux Etats dans les frontières de 1967 », conformément aux résolutions des Nations-Unies, comme ils le prétendent, alors un clair engagement en faveur de la libération de Marwan Barghouti s’impose ! Rappelons-le maintenant !
Israël n’est malheureusement pas le seul pays où l’existence de prisonniers politiques en nombre effrayant bloque toute issue à une crise dramatique. Comment, à cet égard, ne pas penser, particulièrement maintenant, à la Turquie ! Et comment, là encore, ne pas s’insurger contre l’insupportable complaisance dont bénéficie en « Occident », un pouvoir qui piétine  avec une infinie brutalité, les valeurs dont se réclament pourtant nos dirigeants ? « France, où est ta voix ? » lance avec une légitime indignation Can Dündar , l’ancien rédacteur en chef du principal quotidien turc, « Cumhuriyet » ( « La République » ), contraint à l’exil tandis que son pays est entré dans l’une des périodes les plus noires de son histoire (1). Ici aussi, la question des prisonniers politiques constitue un enjeu essentiel de la tragédie qui se joue sous nos yeux. Et ici encore, le sort de certains prisonniers emblématiques s’avère particulièrement crucial et appelle, pour cette raison, des initiatives urgentes. C’est le cas du leader historique des Kurdes, Abdullah  Öcalan, emprisonné depuis 18 ans, -et dont les efforts pour résoudre pacifiquement le problème kurde étaient, naguère, reconnus par Erdogan lui-même ! Et c’est le cas de Selahattin Demirtas et Figen Yüksekdag, les deux co-présidents du parti HDP, la troisième force politique du pays , dont l’émergence spectaculaire aux élections de juin 2015 annonçait une démocratisation prometteuse de la Turquie. Comme le dit avec justesse Can Dündar : « La victoire sera notre victoire à tous et la défaite notre commune défaite ».
———
(1) « Le Monde » 15/4/2017

20 avril 2017 at 11:43 Laisser un commentaire

SANS LES MOBILISATIONS CONTRE LE TAFTA, L’ACCORD SERAIT EN TRAIN DE SE REALISER

INTERVIEW DANS LE JOURNAL L’HUMANITE par  Julia Hamloui (30/08/2016)
1) HQ : « Peut-on mettre à l’actif du mouvement européen et français contre le TAFTA la décision du gouvernement de demander l’arrêt des négociations ? »

Francis Wurtz :Ce qu’on peut mettre à l’actif du mouvement contre le TAFTA, c’est l’enlisement des négociations qu’on constate depuis des mois. Sans les mobilisations en France, en Allemagne et ailleurs, sans la prise de conscience de la gravité des enjeux d’un tel traité qui en a résulté, l’accord serait en train de se réaliser. Si les négociations ont butté , par exemple, sur les « tribunaux arbitraux privés » pour traiter des conflits entre les multinationales et les Etats, c’était exclusivement dû au fait que cela ne « passait pas » auprès de millions de citoyens dûment informés de ce que cela signifiait concrètement.

Pour autant, l’annonce -extrêmement ambiguë- du gouvernement et du Président de la République concernant l’arrêt des négociations relève plus d’une opération de « com » que d’une décision politique de fond. Elle est à replacer dans le contexte pré-électoral , au même titre que les rodomontades de circonstance de Manuel Valls contre la Commission européenne à propos de la directive sur le « Détachement des travailleurs » ou le Pacte de stabilité. Il ne s’agit surtout pas de prendre cela pour argent comptant ni de considérer la bataille comme terminée ! Je rappelle que , encore le 30 juin dernier, au Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement , où la question était posée, François Hollande avait renouvelé le mandat de négociation de la Commission sur le TAFTA ! Entretemps, il a encore baissé dans les sondages… Et puis, il y a eu la « sortie » du vice-Chancelier allemand, le social-démocrate Sigmar Gabriel, avant-hier, lundi , estimant que « les négociations avec les Etats-Unis ont de facto échoué ». Lui aussi, en glissant ce caillou dans le soulier d’Angela Merkel, prépare les élections de 2017. François Hollande pouvait difficilement être en reste. Mais il a laissé toutes les portes ouvertes : « Les discussions ne pourront pas aboutir à un accord d’ici la fin de l’année » a-t-il déclaré : la belle affaire ! C’est du « Hollande » tout craché.

2) « Mattias Fekl, le Secrétaire d’Etat au commerce extérieur, a d’ailleurs estimé qu’il faudra « reprendre plus tard sur de bonnes bases » ces négociations , et d’autres traités sont également à l’ordre du jour. La vigilance reste-t-elle de mise ? »

Francis Wurtz : Cent fois oui ! La vigilance et même la mobilisation à très court terme ! Car si l’horizon du TAFTA s’éloigne un peu, l’échéance du traité CETA ( Union européenne-Canada ) , elle, approche ! Les négociations sur ce traité très voisin du projet TAFTA sont achevées depuis deux ans. La Commission envisage de façon imminente sa signature officielle par chaque Etat membre. Puis ce sera au tour de chaque Parlement national ( en plus du Parlement européen ) de le ratifier…ou de le rejeter ( cette ratification dans chaque pays a été arrachée au forceps à la Commission ) . Il ne faudrait pas que la promesse d’un report des négociations sur le TAFTA permette de faire passer « en douce » son « cheval de Troie », le traité CETA ! Ajoutons à cela qu’il ne faut pas non plus perdre de vue l’Accord TISA sur le commerce des services, en négociation depuis trois ans dans l’opacité la plus totale entre une cinquantaine de pays du monde dont les Etats membres de l’UE.

3) HQ : « Au vu des règles régissant les échanges internationaux, peut-on se contenter du statu quo ou un traité faisant valoir d’autres principes est-il nécessaire entre l’UE et les Etats-Unis ? »

Francis Wurtz : Nous n’avons pas besoin d’un traité bi-latéral et global UE-USA, destiné en fait à imposer les normes des plus puissants au reste du monde ! Les échanges internationaux doivent répondre aux intérêts légitimes de tous les pays et régions du monde. Dans cet esprit, une Union européenne « refondée » userait de son poids -considérable dans ce domaine- pour favoriser la maîtrise publique des échanges , les régulations, la démocratisation des relations économiques, bref, une humanisation de la mondialisation.

30 août 2016 at 4:42 Laisser un commentaire

LE HDP, BOUSSOLE DÉMOCRATIQUE DE LA TURQUIE

wurtz-l-humanite-dimancheEntre coup d’Etat militaire et contre-coup d’Etat civil, la Turquie s’enfonce dans une terrible impasse. Pour autant, l’avenir de ce grand pays n’est pas écrit. En témoignent les manifestations de masse des forces démocratiques à Istanbul, fin juillet, s’opposant et au putsch et aux purges. L’une des inconnues est la place et le rôle que réussira à conserver ou à reconquérir le HDP, ce grand parti progressiste qui défend notamment -mais pas exclusivement- la cause kurde. Le 15 juillet dernier, alors que circulait encore la rumeur que les militaires putschistes avaient pris le pouvoir en Turquie , le président du HDP, Selahattin Demirtas, se voyait « probablement arrêté au petit matin (…) Nous sommes heureux que le putsch n’ait pas réussi ! » a-t-il souligné. D’abord, parce que l’un des principaux chefs des conjurés n’était autre que le boucher de Cizre, la ville kurde détruite dans le sang au printemps dernier par l’armée sous le commandement de cet ex-officier d’élite du régime ! Et plus généralement parce que le HDP rejette la « mentalité putschiste » et toutes les graves violations des libertés qu’elle recèle. C’est donc tout naturellement que le HDP s’était immédiatement solidarisé avec les autorités du pays contre la junte militaire -et ce en dépit du très lourd contentieux qui oppose depuis plus d’un an ce parti à Erdogan- tout en rejetant la purge phénoménale en cours et la sombre dictature qu’elle laisse présager.

Le HDP n’est heureusement pas la seule organisation politique turque à adopter cette attitude -le principal parti d’opposition, le CHP, social-démocrate, en particulier, est également engagé dans ce combat- mais le parti de Demirtas est le seul à être jusqu’ici exclu des initiatives organisées par le gouvernement au nom de l’ « unité nationale » depuis l’échec du coup d’Etat. Marginaliser coûte que coûte et par tous les moyens cette organisation est l’objectif stratégique d’Erdogan depuis ce jour historique de juin 2015 où, pour la première fois depuis son accession au pouvoir en 2002, celui-ci a perdu , sinon l’élection, du moins son pari électoral majeur : remporter une majorité suffisante pour changer la Constitution et conquérir les pleins pouvoirs, à la manière d’un sultan néo-ottoman. Dépassant la barre fatidique des 10% (à franchir pour accéder au Parlement), le HDP avait fait échec à ce rêve aussi extravagant que dangereux en se hissant , malgré tous les obstacles dressés sur son chemin, au rang de troisième force politique du pays. Erdogan ne lui a jamais pardonné ce crime de lèse majesté. D’autant moins que ce parti et son jeune et brillant leader avaient su incarner une ambition démocratique inédite dans ce pays. Loin de limiter son rôle à la défense de la cause kurde, ils ont « assuré une représentation aux citoyens arméniens, yézidis, arabes et assyriens, aux travailleurs, aux universitaires, à la jeunesse et aux femmes, aux alévis et aux sunnites, aux Turcs et aux Kurdes » (1) provoquant cette interjection d’Erdogan, très éclairante sur le choc des deux mentalités : « Qu’est-ce que la question des femmes a à voir avec le processus de paix kurde ? » Voilà pourquoi , dans le sinistre imbroglio actuel en Turquie, le HDP me semble être la boussole démocratique du pays. Il mérite à ce titre toute notre solidarité.

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(1) S. Demirtas -Monde Diplomatique ( juillet 2016 )

11 août 2016 at 8:07 Laisser un commentaire

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