Archive for décembre, 2017

« INDÉPENDANTISME FRANÇAIS » ? GARE AUX AMBIGUÏTÉS !

Un vent mauvais souffle sur le monde : celui du « chacun pour soi » poussé plus ou moins loin selon les circonstances et les rapports de force. C’est aux Etats-Unis qu’il atteint son paroxysme. On aurait grand tort de sous-estimer la portée de ce poison sous prétexte qu’il est déversé par un milliardaire aux allures de clown triste. En réalité, plus Trump multiplie ses outrances au nom de l’ « America first » , plus il consolide son emprise sur un électorat déstabilisé par un système en crise profonde dont il se sent exclu.

L’Europe n’est pas l’Amérique. Pourtant, force est malheureusement de constater que , par delà les cas, souvent cités, de la Pologne de Kachinsky, de la Hongrie d’Orban, et désormais de l’Autriche du FPÖ, nos plus vieilles démocraties sont elles-mêmes de plus en plus contaminées par cette idéologie toxique, distillée tantôt de manière grossière, tantôt sur un mode plus sournois. Le « Brexit » offre l’illustration la plus spectaculaire de cette dérive « à plusieurs vitesses ». D’une part, la xénophobie franche et brutale : pendant la campagne pour la sortie de l’UE, et depuis le vote de juin 2016, ce fléau n’a cessé de se banaliser en Angleterre, comme s’en est alarmée l’ONU (1). De l’autre, le repli égoïste, encouragé par l’annonce bassement racoleuse -et totalement mensongère- qu’avait osé faire Boris Johnson, aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, selon laquelle la sortie de l’UE permettrait àLondres de réaliser une économie de 350 millions de Livres Sterling par semaine -…au profit du système de santé britannique ! Enfin, la forme la plus « soft » de cet « hyper-souverainisme » était représentée par le slogan trompeur : « Take Back Control » ( « Reprendre le contrôle » ). En fait de recul des « contraintes extérieures », ce sont avant tout les normes -environnementales ou sanitaires- auxquelles sont soumises (malgré tout) les entreprises de l’UE ou les régulations financières (encore) imposées aux banques européennes depuis la crise de 2008 qui sont appelées à sauter ! « Au slogan America first, le Royaume-Uni répond Britain first (…) Ce libéralisme-là est sans foi ni loi » vient de noter un économiste bien au fait de ce monde sans pitié (2).

Et dans notre pays ? Si nous n’en sommes pas à « la France d’abord », le « chacun pour soi » y progresse à grands pas : qui ne sent reculer l’esprit de solidarité, l’ouverture aux autres, l’attachement aux coopérations, le sens du multilatéralisme…Aussi, tout responsable politique en mesure d’exercer une influence positive dans ce domaine devrait, me semble-t-il, s’abstenir de toute ambiguïté susceptible de conforter, à son corps défendant, ces dangereux penchants. A cet égard, j’avoue ressentir un malaise en entendant Jean-Luc Mélenchon -après une série d’autres formules malheureuses- se définir comme « indépendantiste français », surtout quand cette expression s’accompagne d’un commentaire plutôt équivoque dans le contexte actuel : « La ligne politique et mes objectifs n’ont rien à voir avec ceux du FN et des nationalistes » -qui en doute ?-… « Mais tous ces gens rament pour moi d’une certaine manière, en contribuant à la construction d’un champ culturel de nos mots d’ordre » ! (3) Je suis de ceux qui restent convaincus que pour « capitaliser positivement » la légitime colère des Français à l’égard de l’actuelle politique et l’actuel fonctionnement de l’UE, la logorrhée de l’extrême droite n’est pas un point d’appui à saisir, mais un dangereux obstacle à vaincre. Dans la crise des repères où nous sommes, l’ambiguïté peut être un poison mortel.

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(1) Voir « Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale » – France 24 (31/8/2016)
(2) Olivier Passet (Xerfi Canal – 15/12/2017)
(3) Interview aux « Echos »(12/12/2017)

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22 décembre 2017 at 7:23 Laisser un commentaire

L’EPHEMERIDE CRIMINEL DE L’INVITÉ DU 14 JUILLET

« Rien ne nous séparera jamais, les Etats-Unis sont des alliés pour la vie. La présence de Donald Trump ici est le signe d’une amitié qui traverse le temps » avait déclaré non sans grandiloquence Emmanuel Macron, le 14 Juillet dernier, en accueillant son sulfureux invité d’honneur. Six mois plus tard, le Président de la République, tout en retenue, s’est contenté de juger « regrettable » la décision, contraire au droit international et lourde de conséquences, de son homologue nord-américain de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël -un acte condamné par une communauté internationale, pour une fois quasi unanime. Trump mérite-t-il tant d’indulgence et de complaisance de la part de la France ? Retour sur l’éphéméride criminel du 45ème Président des Etats-Unis.

25 janvier (soit cinq jours après son investiture) : il signe un décret interdisant l’entrée aux USA aux ressortissants de sept pays à dominante musulmane ;
3 février : il lance le détricotage de la régulation financière mise en place après la crise de 2008, quitte à accroître encore le risque d’une nouvelle tempête bancaire et boursière mondiale;
27 février : il annonce une « hausse historique » du budget militaire américain de …54 milliards de dollars (l’équivalent de tout le budget militaire de la Russie) ! « Quand j’étais jeune, se justifie-t-il, tout le monde disait que nous ne perdions jamais de guerres (…) Maintenant, nous ne gagnons jamais de guerre ». (France Inter 28/2/2017)
2 avril : il déclare ne pas exclure une attaque nucléaire, y compris sur l’Europe . « Je ne me priverai jamais d’aucune de mes options », explique-t-il, ajoutant, sans vergogne : « Pourquoi les Etats-Unis fabriquent-ils des armes nucléaires si c’est pour ne pas les utiliser » !
1er juin : il retire son pays -premier émetteur mondial par habitant, et de loin, de gaz à effet de serre- de l’Accord de Paris sur le climat, signé en 2015 par 195 pays.
16 août : après de violents affrontements à Charlottesville, en Virginie, il renvoie dos à dos des nazillons suprémacistes blancs -responsables de la mort violente d’une jeune femme- et  les manifestants antiracistes . (Fin novembre, il récidive en retweetant des vidéos antimusulmans d’un groupuscule d’extrême-droite britannique.)
19 septembre : à La tribune et des Nations-Unies, il menace de « détruire totalement la Corée du Nord ».
-12 octobre : il décide de retirer les Etats-Unis de l’Unesco (Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture) accusée de « partis pris anti-israéliens ».
-13 octobre : il annonce sa décision de refuser de « certifier » l’Accord encadrant le programme nucléaire iranien obtenu en 2015 à l’issue de douze ans de négociations par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ainsi que l’Allemagne -accord pourtant scrupuleusement respecté par Téhéran selon l’Agence Internationale de l’Energie Atomique.
-6 décembre, donc : il provoque les Palestiniens ainsi que le monde arabe et musulman en violant les résolutions de l’ONU sur Jérusalem .
« Ce sont les Lumières, avec leur recours à la raison et à la démarche scientifique qui sont à l’origine de l’énorme amélioration du niveau de vie au cours des deux siècles et demie qui ont suivi. Ce sont aussi les Lumières qui ont suscité notre engagement contre les préjugés », rappelait récemment le Nobel américain d’économie, Joseph Stiglitz, ajoutant : « Trump veut revenir sur tout cela (…) Le temps est venu d’agir contre Donald Trump ! » Un bon conseil à méditer à l’Elysée.

14 décembre 2017 at 9:56 Laisser un commentaire

A PROPOS DES APPORTS DE PAUL BOCCARA SUR L’EUROPE.

Le Parti communiste français vient de perdre, en l’espace de quelques mois, plusieurs figures particulièrement marquantes. Après le mathématicien de dimension et de réputation internationales, membre de l’Académie des sciences, Jean-Pierre Kahane; le brillant dirigeant parisien Henri Malberg; le fondateur des « Etats généraux de la culture » Jack Ralite -des hommes d’exception dont j’ai eu l’occasion de saluer la mémoire-, c’est à présent l’économiste, historien et anthropologue visionnaire (qualifié de « génie » par son ancien associé Philippe Herzog), Paul Boccara, qui vient de nous quitter. Le meilleur hommage que je puisse rendre à ce dernier est de revenir ici sur l’un de ses apports les plus pertinents -et les plus actuels-, à mes yeux, sur l’Europe. Je veux parler de ses analyses portant sur ce que pourrait être un rôle radicalement nouveau de l’euro et de la Banque centrale européenne axé sur le développement social et écologique ainsi que sur la solidarité, tant en Europe-même que dans nos relations avec le reste du monde. Car, autant sa condamnation des politiques européennes actuelles -plans d’austérité; intégrisme des marchés, notamment financiers; surveillance étroite des choix budgétaires et économiques des pays membres…- était sans appel, autant ses propositions alternatives étaient résolument constructives.

Répondant dès le début de la crise dite « de la dette publique » en 2010, à ceux qui préconisaient la sortie de l’euro, il les invitait à prendre la mesure du fait qu’il est parfaitement possible de « s’appuyer sur l’euro pour le financement du progrès social et de la coopération en Europe, à l’opposé de son rôle favorisant l’exportation des capitaux et entraînant la faiblesse de la croissance européenne ». (1) Autrement dit, ce n’est pas l’union monétaire en elle-même, mais l’usage qui en est fait aujourd’hui, pour des raisons de classe, qu’il faut remettre en cause. 25 ans après le lancement du processus qui a conduit à l’euro, les interdépendances créées entre pays membres ne peuvent être ignorées; en revanche, elles doivent être gérées de manière solidaire et démocratique. En plus, argumentait-il, « abandonner l’euro revient à laisser le dollar dominer le monde pour la finance. Changer le rôle de l’euro contribuerait à une autre construction mondiale, émancipée du dollar ».

Comme premier pas vers ce changement de rôle de l’euro, Boccara lança l’idée de la création d’un « Fonds européen de développement social, écologique et solidaire ». Ce Fonds serait alimenté par la création monétaire de la Banque centrale européenne (comme le sont les banques commerciales). Mais sa mission particulière serait de réserver ses crédits, gratuits ou quasi-gratuits, au financement de services publics et d’investissements dont l’efficacité sociale ou écologique aurait été établie. Cette proposition du PCF fut, à l’époque, reprise dans le programme du Front de gauche, « L’humain d’abord », puis par la trentaine de formations politiques qui composent le Parti de la Gauche Européenne (PGE). La grande fédération des syndicats allemands DGB -entre autres- nous affirmera, pour sa part, se reconnaître elle aussi dans une démarche de ce type. La recherche de convergences et d’initiatives européennes autour de tels objectifs de grande portée est plus actuelle que jamais. Comme le soulignait Paul : « Au-delà d’une émancipation économique et politique, c’est une autre civilisation en Europe et dans le monde, avec d’autres valeurs de coopération, de partage, de solidarité, de créativité commune, qui peut rassembler ».

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(1) Entretien dans « l’Humanité » (18/5/2010) Les citations qui suivent sont tirées de la même interview.

7 décembre 2017 at 10:38 Laisser un commentaire


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