Archive for mai, 2013

« PARTENARIAT TRANSATLANTIQUE « : COMMENT PESER ?

wurtz-l-humanite-dimanche           Le 14 Juin prochain, le « Conseil » de l’Union européenne (autrement dit les représentants des 27 gouvernements des États membres) est appelé à prendre l’une de ces décisions qui passent quasiment inaperçu lorsqu’elles interviennent, mais s’avèrent lourdes de conséquences à terme, quand il est devenu très difficile de les changer. En l’occurrence , il s’agit de l’adoption du mandat à confier à la Commission européenne pour négocier avec les États-Unis le contenu du plus important traité de libre-échange jamais conclu, puisque les deux ensembles représentent , cumulés, la moitié des richesses produites dans le monde. J’ai déjà évoqué dans ces colonnes, il y a tout juste trois mois, les enjeux de société , voire de civilisation , que recèle un « partenariat transatlantique » de cette nature.(1) Dès lors, il n’est pas superflu de voir où, quand et comment il est possible de peser sur les choix des instances européennes en la matière.fw30

Comment se prend ce type de décision? Le principe même de la constitution d’un grand marché euro-américain ouvrant la voie à une hyper-libéralisation du commerce et des investissements est un serpent de mer que l’UE et les USA ont relancé en commun en début d’année. Bruxelles a aussitôt enclenché un processus qu’il espère voir aboutir d’ici 2015 ou 2016. Premier acte:  la Commission Barroso a élaboré en mars un projet de « mandat de négociations  » qui laisserait les mains dangereusement libres au négociateur européen. Deuxième acte: le Parlement européen à émis ce 23 mai un avis (consultatif et donc non contraignant) sur ce projet. Troisième acte: le Conseil va modifier, adopter…ou rejeter , le 14 Juin, le mandat en question . A partir de là, si un mandat est adopté, le Commissaire européen au commerce, le très libéral Karel De Gucht, entamera sur cette base des pourparlers censés durer deux ou trois ans avec son homologue nord-américain. Enfin, Conseil et Parlement auront à se prononcer,  le moment venu , par oui ou par non sur le résultat final de ce bras de fer planétaire .

Il était et demeure donc nécessaire de se faire entendre au moins de trois manières. D’abord vis-à-vis du Parlement européen : c’est ce qu’ont fait les défenseurs de l’ « exception culturelle », en demandant avec force aux députés de se prononcer pour l’exclusion du cinéma et de l’audiovisuel des secteurs ouverts au libre-échange afin de garantir les protections dont bénéficient ces domaines en Europe. Ils ont été entendus. D’une part, 14 ministres de la culture ont, à l’initiative de la France, repris à leur compte cette exigence. D’autre part, une majorité de parlementaires européens a voté en ce sens la semaine dernière. C’est un sérieux camouflet pour la Commission Barroso , mais pas encore une défaite puisque ce vote n’était pas contraignant.

Un deuxième axe d’intervention est celui qui conduit dans les deux prochaines semaines au Conseil. C’est lui qui donnera ou non son feu vert à la Commission et fixera sa feuille de route. Il s’agit donc de placer chaque gouvernement face à ses responsabilités. Ainsi Paris lui-même se dit préoccupé, outre les menaces sur l’ « exception culturelle », par celles pesant sur les services publics, les normes sociales et environnementales, les règles d’origines, les marchés publics de la défense…Autant de raisons de dire NON, de chercher des alliés, de tout faire pour stopper le processus.

Le troisième champ d’intervention s’étend du14 Juin jusqu’à l’issue des négociations . Les contradictions explosives qui ne manqueront pas doivent être saisies pour arracher le rejet final de l’accord de libre-échange …si accord il y a, ce qui n’est absolument pas sûr au vu des précédentes tentatives avortées. Et puis, entretemps auront lieu des élections européennes, en 2014 !

———-
(1) Humanité Dimanche : 21/2/2013

Publicités

30 mai 2013 at 8:15 Laisser un commentaire

Y-A-T-IL UNE ALTERNATIVE AU « PROJET EUROPEEN » ?

wurtz-l-humanite-dimanche          « Il y a une alternative au projet européen, c’est le repli national, préconisé à droite de la droite et à gauche de la gauche par tous ceux qui vantent le mot d’ordre: seuls, nous seront plus forts. »  Cette -grosse- sottise sort de la bouche du président du Parlement européen, le social-démocrate allemand Martin Schulz. D’abord, sa formule à l’emporte-pièce conduit de fait , pour la France, à amalgamer les traditionnels adeptes du nationalisme lepeniste et les internationalistes de toujours qui se reconnaissent dans le Front de gauche. J’ai connu Martin Schulz plus perspicace. Je lui conseille de laisser à d’autres ce genre d’ignominie. Mais je veux m’arrêter sur l’autre message que véhicule son propos: derrière tout opposant à l’ Europe de la « troïka » se cache un tenant du « repli national » – ce qui n’est vraiment pas sérieux- et, plus généralement, « hors de l’Europe libérale, point de salut pour l’Europe » en quelque sorte. Si c’était vrai, tous ceux que révulse le nationalisme – dont je suis- n’auraient plus que les yeux pour pleurer, tant l’actuelle « Europe » provoque désormais le rejet, jusque dans les pays les plus profondément « européïstes » comme l’étaient jusqu’à ces tout derniers temps l’Italie ou l’Espagne. « La popularité de l’Union européenne est à son niveau le plus bas dans la plupart des pays européens » peut-on lire dans la dernière étude annuelle d’un institut de recherche qui fait autorité (1). Et pour cause! On ne tombe pas amoureux d’une construction devenue symbôle non de solidarité et de paix mais d’austérité et d’arrogance, et dont le bilan est sans appel: 12% de chômage; un citoyen sur quatre en situation de pauvreté; une économie plongée dans la récession; une écrasante domination « nord »-« sud » au sein même de la zone euro, qui a, par aileurs, besoin de recourir au Fonds monétaire international pour « régler » ses problèmes!…fw23

Mais, fort heureusement, Martin Schulz a tort: il y a une vie pour l’Europe après celle du fric et du père fouêtard ! Mieux: il est absolument nécessaire de s’opposer à cette caricature d’ « Union » et de rompre avec la logique « austéritaire » et les structures autoritaires qui l’accompagnent si on veut donner ses chances à un projet européen alternatif. C’était déjà ce qu’avaient entrepris,en 2005, des millions de Françaises et de Français favorables au non de gauche au traité constitutionnel. Aujourd’hui, il est vital pour la démocratie sur tout le continent que le légitime désenchantement que suscite le projet Merkel-Barroso-Draghi (Banque centrale européenne) se transforme en une force solidaire et constructive autour d’une nouvelle ambition européenne dans laquelle les peuples puissent se reconnaitre et s’investir. On imagine aisément autour de quel type d’axes fondamentaux il est aujourd’hui possible de se rassembler largement, de Paris à Rome et d’Athènes à Madrid et…jusqu’à Berlin:  « Non à l’austérité – priorité au développement social et à la transition écologique »;  « Non à la soumission aux marchés financiers – changer les missions de la Banque centrale européenne pour que ses prêts quasi-gratuits permettent de financer la création d’emplois et l’essor des services publics »;  « Non à la centralisation des pouvoirs et à l’opacité des lieux de décisions – restaurer la démocratie, promouvoir l’intervention des citoyens,respecter la souveraineté populaire et la dignité des nations »…

Hélàs, le Président français ne prend pas ce chemin!  « Sa ligne est européo-socialo-libérale » reconnait Jacques Attali, l’ancien conseiller de François Mitterrand, qui précise: « Mais ces faits ne peuvent pas être dits aussi franchement, car la pire des choses qui puisse lui arriver, c’est de perdre sa gauche sur un malentendu idéologique ».(2)
Et si on s’appliquait à clarifier ce « malentendu »?

(1) Pew Research Center (14/5/2013)
(2) « Les Echos » (16/5/2013)

23 mai 2013 at 7:47 1 commentaire

UNE AUTRE RELATION FRANCO-ALLEMANDE EST POSSIBLE

wurtz-l-humanite-dimanche                 Le jeudi 23 mai prochain aura lieu à l’Assemblée Nationale – mais ouvert à tous – un séminaire franco-allemand qui tranchera à tous égards avec les rencontres bilatérales traditionnelles qui se multiplient tant au niveau présidentiel ou gouvernemental qu’entre les partis, notamment socialistes, des deux rives du Rhin. Il s’agit d’une heureuse initiative conjointe du Front de Gauche et de Die Linke sur trois thèmes d’une brûlante actualité: « L’agenda néolibéral : soumission du politique aux marchés financiers. Quelles alternatives ? » ; « De l’expérience allemande des lois Hartz au piège de l’ANI en France: un défi politique pour la gauche » et « Compétitivité, concurrence, esquives et alternatives ». (1) S’y côtoieront des parlementaires des deux pays (dont le président du groupe de la « Gauche démocratique et républicaine », André Chassaigne, et le vice-président de Die Linke, député au Bundestag, Dr Axel Troost; des économistes « Front de gauche » ainsi que plusieurs « Économistes attérés »; des syndicalistes; une sociologue; le directeur du département « mondialisation et stratégies de développement » de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED)…Un temps y sera réservé au débat avec le public, avant les conclusions, très attendues dans le contexte politique actuel, de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et président du Parti de la Gauche Européenne.hd-

Le hasard veut que le même jour François Hollande rencontre Angela Merkel à Leipzig à l’occasion du 150ème anniversaire du SPD, le parti social-démocrate allemand…Sans doute qu’en marge de cette manifestation -aux accents vraisemblablement très « à gauche » destinés à « ripoliner » une organisation à l’image ternie par l’expérience de ses passages au pouvoir- le Président français réitèrera à la Chancelière son engagement à mener à bien les « réformes structurelles » que Berlin, via Bruxelles, exige de Paris comme « contrepartie » du sursis de deux ans accordé à la France pour ramener les déficits publics en-deçà du seuil mythique des « 3% » des richesses produites. A ce propos,il n’est pas sans intérêt de savoir ce qu’une « spécialiste » berlinoise des relations franco-allemandes , Madame Ulrike Guérot, croit connaitre des positions des autorités de son pays à l’égard de la France:  » L’Allemagne attend une nouvelle réforme des retraites, l’abandon des 35 heures, une réforme plus profonde du marché du travail, de la sécurité sociale et un assainissement des déficits. Elle doit faire tout ce que les pays du sud de l’Europe ont fait (et ) prouver que c’est un pays sérieux » ! (2) Dans une formule sinon élégante, du moins éclairante, Pierre Moscovici nous avait prévenus:  le fameux délai de deux ans n’est pas « une incitation à la paresse ». Son propos laconique est à présent décrypté.

C’est dans ce contexte que le PS prépare sa « Convention sur l’Europe ». Fait sans précédent: l’aile gauche du parti s’est vu interdire le dépôt d’une motion alternative au texte officiel, lui-même expurgé des passages critiquant le rôle joué par l’actuel pouvoir allemand et surtout évitant les « questions qui fâchent » sur la « compétitivité », la concurrence, etc.. Nouveau hasard du calendrier: cette « Convention » verrouillée se déroulera à Paris le 16 juin prochain, en même temps que se tiendront, sous l’égide du Front de Gauche et à l’initiative de Pierre Laurent, les « Assises de la refondation sociale et démocratique », prolongeant par l’élaboration d’un « nouveau contrat politique » l’extraordinaire mobilisation citoyenne du 5 mai dernier. Des chantiers grands ouverts à toute femme , à tout homme , à toute force de gauche aspirant au changement. Prochain rendez-vous: le 23 mai à l’Assemblée Nationale.

———
(1) Pour toute information,s’adresser à : seminaire23mai@gmail.com
(2) Le Figaro 8/5/2013

16 mai 2013 at 7:48 Laisser un commentaire

Articles précédents


Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 5 174 autres abonnés

Chronique européenne dans l’Humanité Dimanche

Intervention au Parlement européen (vidéo)

GUE/NGL : vidéo

mai 2013
L M M J V S D
« Avr   Juin »
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  

Catégories

Pages

Pages