Archive for novembre, 2013

QUELLES SUITES À L’ACCORD AVEC L’IRAN ?

      wurtz-l-humanite-dimanche      Par les temps qui courent, rares sont les événements internationaux qu’on a envie de fêter…L’accord -fût-il, pour le moment, seulement « préliminaire »- intervenu au petit matin du 24 novembre dernier à Genève entre les six « puissances » et l’Iran est de ceux-là! Saluons donc ce beau succès et réfléchissons à ses implications possibles . Et gare aux provocations, aux chausse-trapes et autres manœuvres d’arrière-garde que tenteront , d’ici l’accord définitif , les adversaires d’une normalisation des relations avec Téhéran -au premier rang desquels Nétanyahou et les pétro-monarchies du Golfe !

Une première suite pourrait être la relance sérieuse de la mobilisation internationale contre la prolifération nucléaire dans la perspective d’une dénucléarisation. L’Iran -qui a toujours nié avoir l’intention de se doter de la bombe atomique- vient donc d’accepter d’arrêter toute activité susceptible de lui permettre, le cas échéant, de rompre cet engagement. Téhéran a également consenti à laisser les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique s’assurer, sur le terrain, du respect effectif et durable de la parole donnée. En un mot, l’Iran appliquera désormais à la lettre le Traité de Non Prolifération (TNP -1975). Si cela se confirme dans les six mois à venir, la question logique devrait être: « Et maintenant, à qui le tour? » En effet, si l’Iran était suspectée de vouloir acquérir l’arme nucléaire ,n’oublions que d’autres pays la possèdent bel et bien! Non seulement les « cinq » détenteurs officiels (qui doivent, eux aussi, aux termes du TNP,  se défaire progressivement de leur arsenal nucléaire ), mais des pays aussi pacifiques et aussi respectueux du droit international que…Israël, le Pakistan ou la Corée du Nord, ainsi que l’Inde!  Qu’ils aient ou non signé le TNP, ils sont directement concernés par l’impératif de la non prolifération . Qu’attend la « communauté internationale » pour s’adresser avec la même détermination à ces Etats qu’elle l’a fait vis-à-vis de l’Iran -à tout le moins pour cesser toute complaisance à leur égard ?

Une autre leçon du succès diplomatique historique de Genève, c’est que, selon l’expression juste et responsable du ministre russe des Affaires étrangères Lavrov: « Tout le monde (y) gagne. Il n’y a pas de perdant. « Les Iraniens conservent la possibilité d’enrichir de l’uranium jusqu’à 5% : cela correspond à un usage exclusivement pacifique , ce qui était le but officiellement recherché par les « six »; mais cela ménage aussi la dignité nationale de l’Iran, qui n’entendait pas renoncer à ce droit reconnu à tout pays. Et surtout, la levée progressive des sanctions signifiera le grand retour d’un Iran -sans bombe- sur la scène internationale . Une négociation ne doit pas être une capitulation. La paix durable suppose la confiance.

Enfin, chacun pourra , une fois encore, juger sur pièces de l’irresponsabilité du Premier Ministre israélien. Alors que la perspective d’une renonciation , par l’Iran, à l’arme nucléaire , internationalement contrôlée, constitue un évident progrès pour la sécurité de son pays, M. Nétanyahou , seul contre tous, fustige cet accord et tente de le faire capoter en dépêchant au Congrès américain son ministre d’extrême droite Bennet, chef du parti des colons, pour qui  » Israël n’est pas engagé par cet accord »: une menace à peine voilée d’un recours unilatéral à la force! De quoi faire réfléchir à la prochaine priorité pour la sécurité internationale…

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28 novembre 2013 at 7:33 Laisser un commentaire

QUEL TYPE D’ « EUROPE » VOULONS-NOUS ?

  wurtz-l-humanite-dimanche    Le Parti communiste français vient d’adopter un document, à plus d’un égard novateur. Intitulé « Refonder l’Europe », il est destiné à nourrir un débat dont nous avons grandement besoin, à gauche, sur les grands traits d’un « nouveau projet européen » (1). Parmi ceux-ci, arrêtons-nous aujourd’hui sur la notion d’ « Union de nations et de peuples souverains et associés ».

Dans cette phrase, chaque mot compte pour définir le type de construction européenne proposé. D’abord, il s’agit d’une « Union », ce qui exclut le « chacun pour soi ». Ce n’est pas parce que l’actuelle « Union européenne » a trahi les espoirs des peuples qu’il faut jeter aux orties la belle idée que les dirigeants européens ont ainsi dévoyée: « On nous dépeint comme eurosceptiques. Nous récusons ce qualificatif. Nous sommes à la fois foncièrement critiques par rapport au modèle européen actuel et profondément favorables à une construction européenne refondée » peut-on lire dans le « nouveau projet européen »du PCF. Il ne faut pas revenir en arrière, mais dépasser positivement ce qui a échoué.

Ensuite,les « nations »: le choix est ici fait de réaffirmer sans ambiguïté l’importance de ce cadre historique, culturel et politique et d’en revendiquer l’acception républicaine et progressiste, celle d’un creuset privilégié de l’intervention citoyenne, des luttes sociales et des combats pour la solidarité internationale -à l’opposé absolu des thèses nationalistes et xénophobes. Ce n’est évidemment pas le seul espace de mobilisation populaire, comme en témoignent fort heureusement les (trop rares) « euromanifestations » ou « eurogrèves », et les mouvements émancipateurs altermondialistes autour d’enjeux sociaux, écologiques, pacifiques, féministes . Mais ces initiatives elles-même plongent leurs racines dans la riche diversité des réalités nationales.

Cette « Union de nations » doit, en même temps, être celle « des peuples », précise le texte. Cette précision semble aller de soi. Et pourtant…Une partie de la droite voit dans la nation le seul pouvoir de l’Etat. Ici, à l’inverse, on met l’accent sur les droits des citoyens comme des assemblées élues et sur la légitimité des mouvements sociaux et non pas uniquement celle des Présidents et des gouvernements.

Enfin, dans cette Union, nations et peuples doivent être « souverains et associés », est-il encore écrit. Ce point est naturellement fondamental! Le document dont nous parlons insiste sur « le besoin impérieux d’un cadre européen dans la mondialisation » , notamment pour être « plus forts pour faire face aux marchés financiers » (en particulier grâce à la force de frappe financière que pourrait constituer une banque centrale européenne refondée) , pouvoir « porter ensemble un modèle social et écologique avancé dans la mondialisation » et « avoir collectivement prise sur le monde ». Cela passe par un « exercice partagé de la souveraineté » mais aucun abandon de souveraineté . Ainsi, les futurs traités ne devront plus imposer de modèle économique ou politique prédéterminé.Un pays qui s’estimerait entraîné par tel ou tel champ de la politique européenne « dans un engrenage aboutissant à un modèle de société qui violerait ses choix fondamentaux », pourra ne pas participer au champ concerné. Bref: les peuples qui en décideront ainsi organiseront des « mises en commun des forces et des atouts des nations » tout en préservant  » la maîtrise de leur destin ». Cette esquisse d’une Europe coopérative et solidaire pour gérer démocratiquement l’interdépendance de notre époque vient à son heure. Nous y reviendrons.

———–
(1) Voir HD No 21295 (14-20/11/2013)

21 novembre 2013 at 11:32 Laisser un commentaire

L’INTRANSIGEANCE COUPABLE DE LA FRANCE SUR LE NUCLEAIRE IRANIEN

wurtz-l-humanite-dimanche    Tous les observateurs avaient annoncé « un accord imminent », le 8 novembre dernier, lors des négociations de Genève entre les chefs de la diplomatie du groupe des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité des Nations-Unies (USA, Chine, Russie, Grande-Bretagne, France) élargi pour l’occasion à l’Allemagne, d’une part, et le représentant du nouveau Président iranien, M. Hassan Rouhani, d’autre part. Mais cet espoir a été déçu. C’est l’intransigeance coupable de la France qui a empêché que ne s’ouvre , ce jour-là, une perspective de sortie de crise dans un conflit qui envenime le Moyen-Orient et empoisonne les relations internationales depuis plus de 30 ans, voire menace la paix mondiale en encourageant les jusqu’au-boutistes iraniens, israéliens et nord-américains. Dans ce contexte ultra-sensible, ce blocage de la part de la France apparait clairement comme irresponsable et injustifiable. Obtenir au plus vite la révision de cette posture est un impératif politique majeur.

Quoiqu’on pense du régime en place à Téhéran -je ne compte pas parmi ses amis!-  il est indéniable que l’élection du nouveau Président iranien crée une nouvelle donne qui rompt avec la funeste ère Ahmadinejad. Cette opportunité historique doit d’autant plus être saisie qu’elle est fragile: voulue par la majorité de la population, tolérée par les plus hautes autorités religieuses, mais fermement combattue par les partisans de l’aile dure du régime, l’ouverture manifestée par le nouveau gouvernement a besoin d’être confortée par des succès rapides. Refuser , dans de telles circonstances, un projet d’ « accord préliminaire » prévoyant une levée partielle des sanctions en échange d’actes significatifs de bonne volonté de l’Iran, revient à jouer avec le feu. Cette attitude constitue, en outre, une caution inespérée pour les élus républicains américains foncièrement hostiles à l’Iran, et dont une bataille offensive au Congrès peut faire échouer tout accord futur.

Comment expliquer semblable aventurisme de la part de la France, avec qui les nouveaux dirigeants iraniens soulignaient il y a peu « le potentiel énorme » de coopérations possibles? Est-ce le produit de la volonté de « compter » en se singularisant? Est-ce une forme de revanche après le camouflet qu’a représenté pour Paris , alors à la pointe d’un projet d’intervention militaire contre Damas, l’accord américano-russe sur l’élimination des armes chimiques en Syrie? Est-ce un signe adressé aux dirigeants du Moyen-Orient qu’arrangerait une marginalisation durable de cette grande nation au rayonnement potentiellement puissant qu’est l’Iran -pensons aux grands démocrates au pouvoir dans les monarchies du Golfe ou en Israël…? Quoiqu’il en soit, exiger de l’Iran , comme l’a fait Paris, le renoncement à des mesures qu’aucune législation internationale n’interdit n’est pas acceptable. Il en va ainsi de la question de l’enrichissement (jusqu’à 20%) de l’uranium, autorisé par le Traité de Non Prolifération Nucléaire , dès lors que les inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique ont la possibilité de vérifier sur place qu’il s’agit bien d’activités purement civiles et pacifiques -ce que le ministre des Affaires Etrangères iranien a confirmé. Ajoutons que les postures de matamore n’ont pas tellement réussi aux Occidentaux jusqu’ici: entre le début des sanctions et aujourd’hui, les centrifugeuses pour l’enrichissement de l’uranium en Iran sont passées de 160 à…19000. Mieux vaut donc négocier.

Une nouvelle occasion va se présenter à cet égard autour du 20 novembre prochain. Espérons que d’ici-là la sagesse prévale et que la France sache témoigner à temps au peuple iranien ce à quoi il aspire plus que tout: le respect, la confiance et l’égalité de traitement.

14 novembre 2013 at 8:02 1 commentaire

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