Archive for août, 2020

UE- BIÉLORUSSIE : TIRER LES LEÇONS DU FIASCO UKRAINIEN

Je ne sais si Alexandre Loukachenko est « le dernier dictateur d’Europe », mais il est incontestablement un autocrate. Si la majorité de la population lui a longtemps su gré de lui assurer la satisfaction de ses besoins fondamentaux, il est aussi, de longue date, sévèrement critiqué par un nombre croissant de ses concitoyens pour ses atteintes répétées à leurs droits démocratiques .

L’UE a exercé jusqu’ici à l’égard de ce régime une diplomatie à géométrie variable. Tantôt, elle le mettait à l’index quand il était jugé trop proche de Moscou, dont il dépend économiquement. Tantôt elle levait les sanctions lorsqu’il prenait ses distances avec Poutine et flattait l’Occident dont il convoitait le marché et les capitaux. «   Je crains que des considérations économiques et géopolitiques prennent le dessus sur le droits de l’homme » déclarait en 2016 l’opposant Ales Bialatski -un temps, l’un des  interlocuteurs privilégiés de Bruxelles-   , ajoutant qu’il s’agissait d’une « approche qu’on pourrait qualifier de cynique » (1). De fait, dictateur ou pas : « Il a démontré (…) qu’il n’était pas une marionnette de Moscou » soulignait en 2015 un diplomate européen (2).

Aujourd’hui, la puissance de la contestation populaire change la donne. Les dirigeants européens les plus russophobes (ceux de Pologne et des Pays baltes en tête) caressent l’espoir de l’arrivée prochaine au pouvoir à Minsk d’un allié sûr, capable d’élargir vraiment la zone d’influence de « l’Europe » au détriment de Moscou, voire d’ouvrir la voie à une nouvelle extension de l’OTAN.

L’on ne saurait trop conseiller aux Chefs d’Etat et de gouvernement des « 27 » de ne pas céder aux sirènes de ceux qui semblent n’avoir tiré aucune leçon du fiasco ukrainien. A l’époque, c’était déjà sous la pression de ces chauds partisans d’une nouvelle « guerre froide » que l’UE avait créée le « Partenariat oriental ». Ce Pacte visait ni plus ni moins qu’ à disputer à Moscou l’influence dans les ex-Républiques soviétiques, quitte à répandre dans ces pays l’illusion d’une aide substantielle si ce n’est la perspective d’une adhésion à l’UE et à l’OTAN. C’est ainsi qu’on somma les Ukrainiens de choisir entre un accord avec la Russie -vers où penchait l’Est du pays- et une alliance avec « l’Europe », qui tentait la partie occidentale de cet État aux aires culturelles variées sinon contradictoires. On connaît la suite. Un précédent dévastateur à ne renouveler à aucun prix !

Plusieurs signes semblent laisser espérer une attitude plus prudente, cette fois-ci, de la part de certains des principaux dirigeants européens. Ainsi, Emmanuel Macron et  Angela Merkel se sont-ils prononcés pour une « coordination » entre l’UE et la Russie en vue de contribuer à une solution politique à la situation et semblent avoir recueilli un avis favorable de Moscou pour une médiation de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Dès lors que serait exclue toute instrumentalisation de cette organisation paneuropéenne à des fins de concurrence EST-OUEST, cette initiative pourrait, en effet, s’avérer utile et positive. Acceptons-en l’augure.

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(1) Entretien sur « Euractiv » (février 2016)
(2) Le Monde (11/10/2015)

28 août 2020 at 5:53 Laisser un commentaire

TURQUIE-GRECE : LA DÉSESCALADE, VITE !

« ORUÇ REIS »: espérons que ce nom n’entre pas prochainement dans les livres d’Histoire comme déclencheur d’un conflit armé en Méditerranée orientale !  Il désigne le bateau turc spécialisé dans l’exploration des fonds marins qu’Erdogan a envoyé fin juillet sous bonne escorte -18 bâtiments militaires !- dans les eaux territoriales grecques pour y localiser un gisement de gaz naturel qu’il revendique. Cette provocation délibérée du Président turc s’inscrit dans une stratégie expansionniste de longue haleine. Non content d’occuper militairement le Nord de Chypre depuis 1974, il entend asseoir par la force son statut de puissance régionale, comme on l’a vu en Syrie et en Libye. Dans ce contexte, la découverte récente de réserves potentielles d’hydrocarbures dans cette région méditerranéenne où se mêlent les eaux grecques, chypriotes, turques, libanaises, égyptiennes, israéliennes et syriennes, a fourni à Ankara un nouveau prétexte pour afficher ses ambitions et démontrer sa force.

Ainsi, décidé à faire échec à un projet régional (impliquant la Grèce et la République de Chypre) de construction d’un gazoduc destiné à acheminer une partie de la future ressource vers l’Europe occidentale, Erdogan a , en novembre dernier, conclu avec son allié libyen -qu’il soutient militairement- une entente bilatérale lui permettant d’augmenter de 30 % la superficie de son plateau continental. Ankara (qui ne reconnaît pas le traité international sur le droit de la mer) s’estime dès lors dans son droit en lançant des forages exploratoires au large de Chypre -ce qui a eu lieu dès le début de cette année. Depuis lors, l’engrenage provocation-représailles-surenchère, nourri par les nationalismes, tant en Turquie qu’en Grèce, fait dire à des observateurs avertis que « nous sommes à un moment où tout peut déraper ». De fait, à l’incursion de navires de guerre turcs en mer Egée, Athènes répond par l’envoi de ses propres forces armées. Ankara réplique à son tour en provoquant un accrochage avec une frégate grecque et en menaçant de faire « payer le prix fort » à qui s’attaquerait à l’ « ORUÇ REIS ». À l’accord turco-libyen, la Grèce oppose son propre accord avec l’Egypte censé rendre caduque la pacte concurrent. Aux yeux d’un ex-général turc, qui s’était illustré lors de l’invasion de Chypre en 1974, « le conflit (avec la Grèce) est désormais inévitable »…

Dans pareil contexte -où les contentieux vieux d’un siècle remontent à la surface et où les ultras des deux pays s’époumonent à jeter de l’huile sur le feu- , plutôt que l’envoi (pour des manœuvres communes avec la Grèce à quelques kilomètres des côtes turques) de deux chasseurs Rafale, de la frégate Lafayette et du porte-hélicoptères Tonnerre, la France serait mieux inspirée par la recherche, avec ses alliés de la région, ses partenaires européens et dans le cadre des Nations-Unies, des voies et des moyens de la désescalade avant de véritables négociations internationales s’attaquant à toutes les sources de tensions en Méditerranée orientale.

20 août 2020 at 8:48 Laisser un commentaire

75 ANS APRÈS : TIRER LES LEÇONS D’ HIROSHIMA

Ce 6 août 2020,  l’évocation du crime terrifiant commis à l’initiative du Président des Etats-Unis à Hiroshima puis à Nagasaki il y a 75 ans devrait être l’occasion de clarifier la raison profonde qui poussa Harry Truman à prendre cette sinistre décision.

Si, à partir de 1938, les recherches initiales sur la « Bombe » visaient, selon le Président Roosevelt, à « éviter qu’Hitler ne la possède en premier », la décision de son successeur de l’utiliser réellement, en 1945 -alors que le régime nazi était anéanti- fut d’une tout autre nature ! On ne le sait pas assez : nombre  d’historiens -y compris américains- ont éclairé de longue date la véritable mission assignée par la Maison-Blanche au largage de cette arme terrifiante…quatre jours après la fin de la Conférence de paix de  Potsdam entre trois des puissances victorieuses -USA, URSS et Grande-Bretagne ! Il s’agissait, en fait, pour Washington de signifier de la façon la plus spectaculaire possible à l’Union soviétique et au monde que le temps de la grande Alliance entre l’Ouest et l’Est était révolu et que désormais l’hégémonie des Etats-Unis sur le reste du monde ne souffrirait plus de contestation ni même de comparaison. La résistance du Japon n’était qu’un prétexte. Rappelons que, conformément à la demande formulée avant sa mort prématurée par le Président Roosevelt à Staline, Moscou s’était engagée à entrer en guerre le 9 août contre le Japon pour contribuer à la reddition de la dernière puissance ennemie. Le largage des deux bombes atomiques ouvrit la voie à près d’un demi-siècle de « guerre froide » et à la dangereuse et ruineuse course aux armements qui s’ensuivit.
La disparition de la puissance concurrente , en 1991, n’épuisa pas pour autant l’irrépressible soif d’hégémonie du pouvoir américain. Nul mieux que le Président Bush-sénior ne l’exprima aussi clairement, sinon ingénument, tant la chose lui parut naturelle  : « Un monde jadis divisé en deux camps armés reconnaît aujourd’hui la suprématie d’une seule puissance, les Etats-Unis » (1). Lorsque, une quinzaine d’années plus tard, le Président Obama brisa un tabou en se rendant à Hiroshima et en appelant de ses vœux « un monde sans armes nucléaires », on se mit à espérer un tournant historique. Hélas, le pire était à venir avec l’arrivée au pouvoir de l’ubuesque Trump. 
En l’espace de deux ans, celui-ci ne torpilla pas moins de trois accords internationaux majeurs en matière de dénucléarisation et de coopération multilatérale de non-prolifération : le traité FNI sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (conclu en 1987 entre Reagan et Gorbatchev); le traité « Ciel ouvert » qui permet depuis 2002 aux 34 Etats signataires d’effectuer des survols d’observation comme mesure de confiance réciproque ; et bien sûr l’ Accord de Vienne de 2015 sur le nucléaire iranien. Et ce jeu de massacre n’est pas arrivé à son terme : si le temps de nuisance qui lui reste lui en laisse le loisir, Trump peut encore mettre à exécution sa menace de refuser de prolonger le traité américano-russe « New Start » qui limite jusqu’en février 2021 le nombre d’armes nucléaires stratégiques, prêtes à l’emploi, de chacune des deux puissances. Que disent ses « alliés » de pareille gestion de la sécurité de notre monde,  en ce jour de commémoration ?

—————(1) Discours sur l’état de l’Union (janvier 1992)

7 août 2020 at 5:53 Laisser un commentaire


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