Archive for juin, 2013

BRUXELLES, LA CULTURE ET LE BUSINESS

wurtz-l-humanite-dimanche         Quand il entend les mots « exception culturelle », M. Barroso sort… de ses gonds.
Il n’a manifestement pas digéré le fait de devoir exclure l’audiovisuel , les biens culturels, y compris dans les conditions nouvelles liées à l’ère numérique , de « ses »négociations avec les États-Unis sur la création d’un « grand marché transatlantique ». On le sait: il s’est permis, avec une arrogance dépassant le seuil du tolérable, de fustiger publiquement cette exigence de plusieurs États membres (à l’initiative de la France ) ainsi que du Parlement européen (à une très large majorité): ne pas traiter les œuvres de l’esprit comme de simples marchandises.  À ses yeux, cette demande « fait partie de ce programme anti mondialisation (qu’il) considère comme totalement réactionnaire »! (Entretien dans l’ « International Herald Tribune » 16/6/2013 )fw2506

Il n’est pas le seul à avoir ainsi disjoncté à ce propos. Son Commissaire au Commerce, Karel de Gucht, chargé de piloter, au nom des 27 (bientôt 28) États de l’UE, ce bras de fer planétaire , est,lui aussi, complètement sorti de son rôle (qui est de respecter le mandat que lui a confié le Conseil) en affichant la même désinvolture que son « patron ». A l’entendre, l’audiovisuel n’est exclu que « provisoirement  » du mandat: « Si les Américains veulent une discussion sur l’audiovisuel , nous l’aurons !  » a ajouté le Commissaire , visiblement furieux d’être bridé dans son élan libre-échangiste et sachant que seul un vote unanime de tous les gouvernements permettrait de concrétiser sa bravade. (« Le Monde » 16/6/2013)

On comprendra mieux où l’exécutif… « européen » tire pareille outrecuidance en apprenant que, quelques jours avant ces sorties intempestives, le Président …américain avait menacé en termes très vifs son homologue français de « représailles massives » si  » l’exception culturelle » s’appliquait y compris au numérique -ce qui, au grand dam de ce petit monde, a bien été finalement décidé!

Je rappelle tout cela parce qu’un débat s’est instauré, à gauche, entre ceux qui estiment que toute cette bataille autour de l’ « exception culturelle » n’est en réalité qu’un « leurre » pour faire passer la capitulation du gouvernement français sur tout le reste du projet de marché euro-américain , et ceux qui, à l’inverse, entendent ne pas laisser minimiser le succès arraché (et à consolider) dans le champ culturel grâce aux luttes exemplaires menées de longue date pour atteindre cet objectif. Je me range clairement, pour ma part, aux arguments de ces derniers.

Certes, il est parfaitement juste de ne pas laisser dire que le problème du « grand marché transatlantique  » serait réglé grâce à l’exclusion des biens culturels de l’agenda des négociateurs ! C’est le principe même d’un tel méga-marché qui est à proscrire, car c’est une machine à broyer les normes sociales, environnementales, sanitaires un tant soit peu avancées, à détricoter les services publics, à ouvrir les vannes aux « investisseurs » aux appétits insatiables, le tout au service d’une guerre économique exacerbée contre les hyper-concurrents des pays émergents. Mais, plutôt que de ne voir dans l’exclusion des œuvres culturelles de ce marchandage sans pitié qu’une simple bagatelle artificiellement grossie, il vaudrait beaucoup mieux , à partir de cette expérience partielle,mais significative, prendre la mesure des succès possibles, dès lors qu’une mobilisation sur le fond , suffisamment large et de longue haleine est conduite. La réaction de Bruxelles comme de Washington en dit long sur l’importance de l’enjeu. Vingt ans de luttes conséquentes contre la libéralisation de la culture et pour son épanouissement dans une Europe construite sur de nouvelles bases ont permis , une nouvelle fois, de repousser l’assaut des obsédés du tout-marché.
Pareil succès n’est pas un leurre. C’est un tremplin.

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27 juin 2013 at 11:54 1 commentaire

LA TROÏKA ET LE KAPO

wurtz-l-humanite-dimanche      Jusqu’à quelles extrémités laissera-t-on dériver les sinistres apprentis-sorciers qui ont accaparé les principaux leviers de commande de l’Union européenne en général et ceux de la zone euro en particulier ! Avec la fermeture brutale de la télévision publique grecque – fait sans précédent en Europe – leur fuite en avant vient de franchir un seuil d’alerte qui interpelle tout citoyen , toute citoyenne attachés à la démocratie, à plus forte raison à une construction européenne respectueuse des peuples et des nations. Certes,loin de moi la tentation de minimiser la responsabilité – écrasante – du chef du gouvernement d’Athènes, ce petit Thatcher grec, dans l’inqualifiable coup de force du 11 juin 2013 ! La mise à mort, en l’espace de quelques heures, de cinq chaînes de télévision , de sept radios nationales, de dix-neuf radios régionales couvrant jusqu’à la dernière île du pays, d’une radio internationale, de plusieurs orchestres et des archives audiovisuelles, c’est lui! Le licenciement sans préavis des quelque 2700 salariés, dont 680 journalistes, qui ont fait vivre une institution publique que même la dictature des colonels n’avait pas osé éliminer , c’est lui! Et il faut espérer qu’il ait un jour à répondre de cet attentat contre la démocratie devant la justice de son pays.fw

Mais si le chef de la droite grecque est l’exécuteur zélé des basses œuvres , les commanditaires siègent à Bruxelles (La Commission), à Francfort (La Banque centrale européenne ) et à Washington (Le Fonds monétaire international). La troïka a besoin de kapos pour parvenir à ses fins. C’est elle qui, après avoir épuisé le peuple et le pays en leur imposant , à coup de chantages financiers à répétition , une cascade infernale de régressions sociales, de bradage du patrimoine public et d’humiliations nationales, leur avait fixé au début de cette année un nouvel ultimatum : supprimer 150 000 postes dans le secteur public (sur un total de 700 000) d’ici 2015 et limoger en 2013 quatre mille fonctionnaires « ne donnant pas satisfaction  » – le cas échéant remplacés par d’autres- dont 2000 avant fin juin, preuve nominative à l’appui ! Le pouvoir en place – aussi soumis aux puissants qu’impitoyable envers les faibles – a donc sans doute jugé qu’il fallait frapper un grand coup prouvant que la Grèce appliquait bien « tout ce à quoi elle s’est engagé », pour reprendre les termes raffinés d’un membre de l’eurogroupe (ministres des finances de la zone euro). La troïka venait justement d’arriver à Athènes pour vérifier si le contrat était bien respecté…Le méprisable Samaras s’est finalement montré à la hauteur des attentes de sa tutelle! « Cette décision doit être considérée dans le contexte des efforts considérables et nécessaires que les autorités ont faits pour moderniser l’économie grecque » a commenté la Commission européenne ! Le bon élève a reçu un satisfecit de son maître.

A vrai dire, on n’attendait pas d’autre réaction de la part de l’exécutif bruxellois. Il y a belle lurette que les surabondantes références de M. Barroso aux « valeurs » (une bonne douzaine dans son dernier discours sur « L’état de l’Union ») ne font plus illusion!  Mais la France? Il y a peu, François Hollande avait réitéré sa vision décalée de la situation en déclarant que « L’Europe à sauvé la Grèce », puis que « La crise de l’euro est finie ». Peut-on en rester là? On aimerait voir une « France de gauche » plus solidaire du peuple grec et plus responsable quant au devenir de cette « Union » européenne , que la petite caste dirigeante actuelle et son orientation désastreuse conduisent obstinément au chaos.
Vivement que le peuple de gauche se fasse entendre!

20 juin 2013 at 9:14 Laisser un commentaire

LES FONDEMENTS DE CLASSE DE L’ACTUELLE « EUROPE »

wurtz-l-humanite-dimanche          Face à l’exaspération suscitée par les politiques, tout comme les pratiques, des dirigeants européens , la question est de plus en plus posée: comment nourrir une dynamique visant à « refonder l’Europe », autrement dit encourager les citoyens à contester les fondements de classe qui ont fait de l’Union européenne ce qu’elle est progressivement devenue. Cela suppose d’abord de désigner clairement les orientations et les structures avec lesquelles il faut absolument arriver à romHD-1306pre.

Ainsi, il est essentiel de mettre en cause la mise en concurrence généralisée: « l’économie de marché ouverte où la concurrence est libre et non faussée ». Nombre de règles ravageuses se rapportent à ce principe cardinal de l’ « Europe » actuelle: la « libre circulation » sans « entrave » (des biens,des services,des capitaux); l’obligation d’ouvrir les entreprises publiques de service public à la concurrence; le dumping social et fiscal; l’obsession de la « compétitivité » et du libre-échange…Refuser cette logique est nécessaire pour ouvrir la voie aux politiques coopératives sur le plan économique (coproductions,politique industrielle concertée ,réduction coordonnée des inégalités de développement …) et aux stratégies solidaires sur le plan social (sécurisation de l’emploi et de la formation pour chacune et chacun, priorité commune à la promotion des capacités humaines , salaire minimum adapté à chaque pays,harmonisation fiscale…)

Autre tendance lourde de l’ « Europe » actuelle à contrecarrer:  la financiarisation galopante de l’économie, d’où découlent tant de plaies (austérité , précarité,  chômage , asphyxie des services publics…) Refuser cette logique de soumission aux exigences des « investisseurs » sur le marché financier permet d’ aborder la question décisive des nouvelles missions à confier à la Banque centrale européenne (BCE) et d’un rôle radicalement nouveau pour l’euro; de demander la suppression du pacte de stabilité et la remise en cause du traité budgétaire comme des directives ou règlements qui s’y apparentent; d’ exiger une véritable chasse aux paradis fiscaux , l’instauration d’une taxe effective sur les transactions financières et le vote d’une réforme fiscale fondée sur la justice sociale et l’efficacité économique; bref de demander que tous les moyens soient mobilisés pour créer de la monnaie et utiliser l’argent en faveur de l’emploi, de la formation, des services publics, de la transition écologique .

Enfin, il faut s’attaquer à la verticalité des pouvoirs dans l’actuelle construction européenne : les traités (qui prétendent imposer définitivement un modèle libéral ); la BCE (« indépendante »); la Commission (et son arrogante « gouvernance économique »); la Cour (aux pouvoirs exorbitants et sans recours ); sans oublier la concentration de leviers de commande de fait au niveau des États dominants, à commencer par l’Allemagne de Madame Merkel…Refuser cette logique veut dire agir pour impliquer les citoyens dans l’élaboration des grands choix politiques européens, le contrôle des décisions et l’évaluation de leurs effets; obtenir des droits d’intervention pour les salariés sur la gestion des entreprises; faire respecter les prérogatives des assemblées élues, à commencer par les parlements; en un mot pour faire vivre la démocratie et la souveraineté populaire.

Chacun comprend que toute avancée sur cette voie suppose de faire converger dans la réflexion comme dans l’action des forces nombreuses et diverses aspirant au changement . C’est dire si l’ambition de « refonder l’Europe » suppose un grand effort de pédagogie politique et une stratégie de rassemblement bannissant résolument toute étroitesse!

15 juin 2013 at 5:23 4 commentaires

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