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QUE PENSER DU DISCOURS DE MACRON SUR l’ EUROPE ?

Pourquoi les discours sur l’Europe d’Emmanuel Macron à Athènes, le 7 septembre dernier, puis à la Sorbonne, le 26 septembre, ont-ils impressionné positivement tant d’observateurs, y compris des hommes et des femmes authentiquement de gauche ? Et pourquoi devrait-on, à mes yeux, aider nos concitoyens à les décrypter avec soin pour en dénicher les ruses, les sous-entendus, voire les manipulations ?

C’est que nous avons affaire à un partisan déterminé d’une relance de l’Europe libérale qui dépasse en intelligence politique (certains diront : en machiavélisme…) tant ses deux prédécesseurs à l’Elysée que la classe politique bruxelloise dans son ensemble. C’est ainsi qu’il a compris que le refus de tenir compte de la victoire du NON au projet de traité constitutionnel, en 2005, a laissé des traces profondes dans les esprits et que, faute de solder ce conflit démocratique majeur avec la majorité de nos concitoyens, le discours pro-européen est devenu inaudible. Cela donne : « En 2005, une page s’est tournée et nous ne l’avons pas vu tout de suite. C’est que l’Europe ne peut plus avancer à part des peuples. Elle ne peut continuer son destin que si elle est choisie, voulue ». (1) Pour avoir souvent rappelé cette évidence depuis 12 ans, nous ne pouvons qu’approuver cette -tardive-reconnaissance. Mais quelle leçon le Président en tire-t-il ? Qu’il convient de « refonder l’Europe » en inversant ses priorités comme le réclamait en 2005 -et le confirmerait sans doute aujourd’hui- la majorité des Français (« Europe libérale » vs « Europe sociale ») ? Évidemment non.

L’enseignement qu’il en tire, quant à lui, est, au contraire, qu’il lui faut désormais , pour arriver à ses fins, réussir à faire en sorte qu’une Europe encore plus libérale et aux lieux de pouvoirs encore plus concentrés au sommet…soit « choisie, voulue » par la majorité de notre peuple ! Un défi audacieux, qu’il espère relever grâce à une bataille d’idées qui soit en rapport avec le niveau de politisation du débat dans le pays. Il est manifestement convaincu -avec raison- que la lourde propagande européiste à la Juncker ou à la Moscovici n’est plus de nature à susciter l’envie d’Europe. Alors, il s’emploie, avec un certain talent, à rehausser d’un ou de deux crans la qualité de son argumentaire. A nous d’aiguiser la confrontation d’idées sur le contenu à donner à une « refondation » digne de ce nom. Disons-le d’emblée : il faudra autre chose que des slogans à l’emporte-pièce pour éclairer le plus grand nombre sur les chausses-trappes du discours macronien !

Certes, la politique ultra-régressive et autoritaire qu’il mène en France retire beaucoup de crédibilité au projet européen du Chef de l’Etat. Mais ne sous-estimons pas pour autant les illusions que peuvent engendrer a priori des formules telles que « notre génération peut choisir de refonder l’Europe aujourd’hui par une critique radicale », ou bien « l’Europe seule peut assurer une souveraineté réelle dans le monde actuel »(2) -des affirmations qui , partant d’un fond de vérité, peuvent désarmer l’esprit critique de partisans d’une « autre Europe ». Le thème-clé de la « sécurité » et de « l’Europe qui protège » est un autre mirage du discours présidentiel à dévoiler coûte que coûte, tant il est conçu pour faire taire les critiques de fond sur l’UE. Enfin, il y a lieu de passer au crible le copieux catalogue de propositions tous azimuts qu’avance Emmanuel Macron pour valider son image de « refondateur »: si certaines d’entre elles sont nouvelles et crédibles, nombre d’autres sont anciennes ou déjà réalisées de longue date, d’autres encore s’avérant en contradiction frontale avec des décisions de son propre gouvernement ! De belles luttes en perspective !

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(1) E Macron, Discours d’Athènes -7/9/2017
(2) E Macron, Discours de La Sorbonne -26/9/2017

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5 octobre 2017 at 2:36 Laisser un commentaire

MOINS DE GUERRES, PLUS DE DIPLOMATIE !

Cette semaine a débuté avec l’ouverture du débat annuel de l’Assemblée Générale des Nations-Unies et va s’achever avec, partout en France, le samedi 23 septembre, les « Marches pour la paix » à l’appel de 130 organisations ! (1) C’est l’occasion de nous arrêter sur quelques « dossiers » internationaux brûlants du moment. La gestion de la crise américano-nord-coréenne en tout premier lieu. Faute de pouvoir bombarder les sites nucléaires de Pyongyang du fait des risques incalculables qu’une telle aventure ferait peser sur la Corée du Sud, le Président des Etats-Unis s’était juré d’user du chantage à la famine de la population du Nord au moyen d’un blocus total des livraisons de pétrole indispensables  à l’activité économique, même élémentaire, de ce pays. Or, celui qui se rêve toujours en shérif de la planète a dû se résoudre à ce qu’il déteste par-dessus tout : négocier un compromis , en l’occurrence avec deux autres « membres permanents » du Conseil de Sécurité : Pékin et Moscou -tous deux partisans d’une désescalade et d’une relance du dialogue. Mieux, alors que les dirigeants européens -France et Grande-Bretagne en tête- avaient d’abord soutenu Washington, les interventions des Présidents chinois et russe auprès de Paris ont permis d’isoler les jusqu’au boutistes : la Déclaration commune Poutine-Macron, tout en condamnant fermement les provocations du dictateur nord-coréen, appelle ainsi à des « négociations directes », présentées comme le moyen « exclusif » de résoudre la situation.

Ce ne sera pas le seul sujet à l’ordre du jour  de ce rendez-vous diplomatique universel sans équivalent qu’est l’Assemblée Générale de l’ONU !  193 nations, souvent représentées au plus haut niveau -le Président français s’y est rendu avec six ministres !- y échangent sur les affaires du monde. De quel côté pencheront les résultats de ces pourparlers officiels ou informels ? Cela dépendra en grande partie du climat politique que les peuples, les « opinions publiques »,  auront réussi à susciter sur chaque enjeu concerné. Exemple-type d’un grand sujet diplomatique sur lequel la position française a sensiblement évolué sous l’effet de l’isolement international qu’avait entraîné son attitude antérieure : l’accord du 14 juillet 2015 sur le nucléaire iranien. Paris fut longtemps , au grand soulagement du gouvernement d’Israël ou de la pétro-monarchie d’Arabie saoudite, qui rêvent tous deux depuis toujours d’en découdre avec Téhéran, l’obstacle principal à la conclusion positive des négociations. Aujourd’hui, la France se range parmi les pays qui tentent d’empêcher l’irresponsable locataire de la Maison Blanche de torpiller le bon compromis de 2015. Autre grand accord international qui fait l’objet de discussions destinées à le sauver coûte que coûte des velléités de détricotage -pas exclusivement américaines- : l’accord de Paris sur le climat. Dans cette affaire aussi, la mise en oeuvre effective des engagements pris ne sera pas sans rapport avec l’ampleur de la mobilisation des peuples dans la lutte contre les dérèglements climatiques . Quant au terrible conflit syrien, il sera nécessairement à l’ordre du jour des entretiens onusiens, notamment pour arracher un soutien international aux négociations d’Astana ( Kazakhstan ), pilotées par la Russie, la Turquie et l’Iran, seul espoir à ce jour d’une désescalade susceptible d’ouvrir un jour la voie à une solution politique à cette tragédie. C’est avec tout cela -et bien d’autres questions encore- à l’esprit que je marcherai pour la paix, samedi prochain.

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(1) Parmi lesquelles le PCF, Ensemble!, EELV, la CGT, la FSU, l’Union syndicale Solidaire, Femmes Solidaires, le MJCF, la JOC, la Ligue des Droits de l’Homme, le MRAP, et, naturellement le Mouvement de la Paix, avec le soutien de l’Action Catholique Ouvrière et du CCFD.

21 septembre 2017 at 2:50 Laisser un commentaire

LE PIÈGE DES « VALEURS COMMUNES » TRANSATLANTIQUES.

« Je ne vois aucune équivalence entre ceux qui ont des opinions (sic) fascistes et ceux qui s’y opposent. Je pense qu’il est important que tous ceux qui occupent des postes de responsabilité condamnent les positions d’extrême droite partout où ils les entendent » : la très conservatrice Première Ministre britannique s’est sentie contrainte de réagir aux scandaleux propos de Donald Trump après les violences criminelles des néo-nazis à Charlottesville . Et pour cause : elle s’était précipitée à Washington au lendemain de l’arrivée du milliardaire raciste à la Maison Blanche pour célébrer la « spécial relationship » à établir entre les deux pays à l’issue du « Brexit ». Theresa May n’est, cependant, pas seule parmi les dirigeants européens à se sentir gênée aux entournures face au spectacle hideux qu’offre au monde une partie de « l’Amérique », encouragée par le Président en personne. C’est que le mythe des « valeurs communes » entre l’Union européenne et les Etats-Unis était jusqu’il y a peu , à Bruxelles, une composante incontournable des discours officiels, quels que soient les circonstances et les interlocuteurs.

Ainsi, il a suffit que MM Barroso (pour la Commission) et Van Rompuy (pour le Conseil européen) rendent-compte à la presse , avec le Président Obama, de leurs discussions sur le très prosaïque dossier du traité de libre-échange TAFTA pour qu’aussitôt les journalistes constatent  que « les trois hommes ont constamment rappelé les valeurs communes des Européens et des Américains »(1) . C’était en 2014. Comme on sait, M. Barroso partit ensuite défendre ses valeurs à la direction de Goldman-Sachs. Avant lui , Romano Prodi adressant ses « chaleureuses félicitations » à George W. Bush pour sa réélection ne put s’empêcher d’insister, comme il se devait, sur « les valeurs partagées ». Des valeurs qui résistaient manifestement jusqu’ici à toutes les épreuves puisque la « Stratégie européenne de sécurité », publiée par l’Union européenne au lendemain de l’invasion de l’Irak par l’armée américaine, versait carrément dans le lyrisme en proclamant : « En agissant ensemble, l’Union européenne et les Etats-Unis peuvent constituer une formidable force au service du bien dans le monde » !
Avec l’infréquentable Trump, cela se complique. Lors de sa première visite à Bruxelles, il a eu droit au rappel de « la plus grande tâche » commune aux Etats-Unis et à l’UE, à savoir… « la consolidation du monde libre » autour des « valeurs fondamentales occidentales » (2). C’est, apparemment mal parti. Au-delà de ces formulations quelque peu « vintage », les dirigeants européens auront désormais du mal à échapper plus longtemps à une révision déchirante de la nature des relations transatlantiques . En commençant par sortir du piège de nos prétendues « valeurs communes ».

Cela vaut au demeurant pour les 27 ou 28 Etats membres de l’UE eux-mêmes ! On attend qu’on nous détaille les valeurs que nous partagerions avec les politiciens nationalistes et xénophobes au pouvoir en Pologne et en Hongrie (entre autres) tout comme avec des dirigeants de Lettonie qui autorisent à défiler à Riga, chaque 16 mars, des vétérans et des sympathisants de la « légion lettone » qui a combattu dans les rangs de la Waffen SS contre l’armée soviétique pendant la seconde guerre mondiale (3) ! La grande manifestation anti-raciste de Boston tout comme les récentes  mobilisations anti-nationalistes a Budapest et à Varsovie nous le rappellent : le lieu ne change rien à l’affaire ; construire une communauté de valeurs, c’est un combat.

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(1) RTBF 26/3/2014
(2) Donald Tusk, Président du Conseil européen, 25/5/2017.
(3) Le Parisien 16/3/2014

24 août 2017 at 5:22 Laisser un commentaire

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