Archive for septembre, 2010

EUROPE-AFRIQUE: MESSAGE D’ESPOIR A BAMAKO

« En 2040, sur le milliard et demi d’habitants que comptera l’Afrique subsaharienne, il y aura 240 millions d’urbains au revenu moyen équivalent à 20 dollars par jour, soit un marché annuel de plus de 1.700 milliards de dollars » expliquait il y a quelques jours le directeur général d’une filiale de… l’Agence française de développement. « Le consommateur africain, nouvel eldorado » titrait à ce propos un grand quotidien de droite. Certes, reconnaissait la journaliste, une « pauvreté endémique touche encore une grande partie de la population. Mais il émerge aussi une classe moyenne d’employés, cadres, banquiers, chefs d’entreprises… ». Cerise sur le gâteau: on a même appris que « l’Afrique fait partie des priorités du groupe l’Oréal »[1].  C’est dire… Seul petit problème: L’histoire ne nous précise pas ce qu’il adviendra, dans cette optique, du milliard 260 millions d’hommes, de femmes et d’enfants restants! 

            Cette thèse de la « classe moyenne émergente » sur laquelle il faudrait, toutes affaires cessantes, se focaliser, est aujourd’hui très en vogue dans les cercles de « décideurs » européens. Elle ouvre, en quelque sorte, la troisième étape historique de la relation Europe-Afrique depuis les indépendances dont on célèbre en ce moment le cinquantenaire.  Jusqu’à la chute du Mur de Berlin, cette relation fut assez paternaliste: de vrais efforts européens ^pour être « attractif » vis-à-vis de ces jeunes nations, mais pérennisant des rapports de dépendance qui ne permettaient pas un véritable développement.  Après 1990, on passa à une phase beaucoup plus brutale: ralliement européen aux désastreuses « politiques d’ajustement structurel » du Fonds Monétaire international et de la Banque Mondiale; participation active de l’Europe à la création de l’Organisation Mondiale du Commerce – ce temple du libre – échange et de la loi du plus fort -; pressions sans précédent sur les pays africains pour obtenir la suppression généralisée des droits de douane pour les biens et les services au bénéfice des multinationales européennes.  On ne parla plus de développement, comme but de la relation Europe – Afrique, mais de « transition vers l’économie mondiale libéralisée ».   Cette fuite en avant franchit aujourd’hui un nouveau seuil.  Sous l’effet de la crise du système et de la guerre économique impitoyable qu’elle génère, grandit cette vision malthusienne d’une relation avec l’Afrique axée sur le « business » avec une minorité solvable et, éventuellement, la charité pour le plus grand nombre.  Révoltant. 

            C’est dans ce contexte que vient de se tenir, le 25 et 26 septembre dernier, à Bamako, au Mali, une passionnante et émouvante rencontre, co-organisée par l' »Union malienne – Rassemblement Démocratique Africain » (UM-RDA, née du mouvement de libération nationale africain qui a conduit aux indépendances en 1960) et le parti communiste français – en présence de leurs premiers dirigeants respectifs – sur le thème: « Afrique – France – Europe, 50 années après les indépendances, bilan et perspectives. »  On ne résume pas en quelques lignes des échanges d’une telle densité historique, politique et humaine entre quelques deux cents acteurs progressistes venant d’une dizaine de pays du continent.  Tout un livre y sera consacré.  Disons simplement qu’ils ont témoigné avec éclat du réveil de la conscience africaine et de la pensée critique que l’on observe en diverses occasions depuis quelques temps.   Une bouffée d’espoir et un appel à l’action solidaire.  Il est temps d’en finir avec le pacte colonial.


[1]  Le Figaro (10/09/2010)

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30 septembre 2010 at 12:27 1 commentaire

SARKOZY DISQUALIFIE EN EUROPE!

Tout lecteur régulier de cette chronique en conviendra: je n’ai pas l’habitude de ménager mes critiques à l’encontre des actuelles institutions européennes. Je n’en suis que plus à l’aise pour dire le mépris que m’inspire la démagogie antieuropéenne de Nicolas Sarkozy et de sa garde rapprochée à propos des réactions suscitées par la campagne de stigmatisation des Roms.

Oui, c’est la vocation et le devoir du Parlement européen de fustiger la rhétorique ouvertement discriminatoire d’un Etat membre, quel qu’il soit, et d’exiger, en l’occurrence de la France, de « suspendre immédiatement » les pratiques qui la concrétisent. Parler à ce propos de « diktat, comme l’a fait M. Besson, est indigne d’un ministre d’une démocratie. Les dernières protestations de ce type ont émané du gouvernement  de droite-extrême droite d’Autriche, menacé de sanction en 2000, ou encore de la coalition xénophobe de Berlusconi, toutes ces dernières années -sans oublier le courroux manifesté par la droite française après la légitime admonestation que l’Assemblée de Strasbourg adressa à Jacques Chirac lors de la reprise des essais nucléaires par Paris, en 1995. Des références peu glorieuses!

De la même manière, si l’on peut reprocher quelque chose à la commissaire européenne « à la Justice et aux droits des citoyens » -poste occupé jusqu’à très récemment par… un Français proche de M. Sarkozy, Jacques Barrot- ce n’est pas d’avoir mis en cause la politique « honteuse » du gouvernement français à l’endroit des Roms, mais de s’y être résolue très tardivement, bien après le Comité de l’ONU contre la discrimination raciale, par exemple, sans parler de la gauche européenne, de la Confédération européenne des syndicats ou des associations de défense des droits de l’homme.  E, effet, si la fameuse circulaire du 5 août demandant l’évacuation « en priorité » des camps Roms n’était connue que depuis peu, la réunion convoquée par le Président de la République au sujet des « problèmes posés par les gens du voyage et le Roms » remonte, elle, au … 28 juillet et la chasse aux Roms qu’elle a lancée a été délibérément médiatisée tout l’été.  La Commission savait tout cela.   Cela n’a pas empêché sa représentante (membre du PPE, comme l’UMP) d’afficher jusqu’à la mi-septembre une grande complaisance à l’égard de la France  – tout comme vis-à-vis des autres pays membres qui traitent eux aussi, mais sans s’en vanter (à la notable exception de l’Italie), les Roms comme des parias.

Dans ce contexte, la sortie de Pierre Lelouche, le « Monsieur Europe » du gouvernement, à l’adresse de Madame Reding – « Ce n’est pas comme cela que l’on s’adresse à un grand Etat! » – fut un parfait condensé de l’arrogance que tant de « petits » pays reprochent à juste titre à la classe dirigeante française.  M. Sarkozy lui-même avait enfoncé le clou en renvoyant la Commissaire à son pays d’origine, le Luxembourg.  Curieusement, Paris supporte mieux les pratiques de Bruxelles quand il s’agit des règles de concurrence que lorsqu’il est question de droits des citoyens.  En tout cas, l’espoir – sans doute vain – de grappiller quelques voix en désignant comme bouc émissaire une communauté humaine sans moyen de défense et réputée mal aimée et en relançant à cette occasion le populisme antieuropéen, aura un coût: l’image de la France est sévèrement ternie.  Et son Président disqualifié.

27 septembre 2010 at 7:09 Laisser un commentaire

Le « 7 septembre » de M. Barroso

Le 7 septembre, pendant qu’une marée humaine battait le pavé dans toutes les villes de France pour la défense de la retraite à 60 ans, M. Barroso, le président de la Commission européenne, s’est essayé à un nouvel exercice prévu dans le traité de Lisbonne : tenir, à l’instar du président américain, un discours annuel sur « l’état de l’Union ». Sous les huées d’une partie de la gauche européenne, il a lancé, à cette occasion, dans l’Hémicycle de Strasbourg : « Il faut avoir le courage de dire que si l’Europe veut gagner la bataille de la compétitivité face à certains pays émergents, il faut travailler plus, il faut travailler plus longtemps », avant d’ajouter, en vrai homme de dialogue, que « ceux qui vous disent le contraire ne vous disent pas la vérité », pour la simple raison qu’il est « évident » qu’il faut « faire des réformes ». Fermez le ban.

Nicolas Sarkozy a les soutiens qu’il mérite ! Mais tandis qu’à Paris ses ministres nous expliquent laborieusement que c’est en raison de « l’évolution démographique » que nous serions obligés de reculer l’âge de départ, le président de l’exécutif européen évoque crûment la « compétitivité » face aux pays à bas salaires et aux acquis sociaux limités pour justifier les « réformes ». C’est ce qui s’appelle « manger le morceau »… Le problème, c’est que si on accepte cette logique, il n’y a aucune raison de s’arrêter à 62 ans ni même à 67 ! Ouvrez la vanne de la « compétitivité face à certains pays émergents » et c’est tout ce qui reste du modèle social européen qui va à vau-l’eau ! Les législations adoptées ou en cours de discussion chez nos voisins sont éloquentes à ce propos. Si rien ne venait contrecarrer les plans des gouvernements en place – souvent de droite… et parfois socialistes –, la situation après 2020 serait la suivante : l’âge légal de départ à la retraite passerait progressivement à 67 ans en Allemagne et en Espagne, à 68 ans en Grande-Bretagne, à 69 ans en Italie ! Qui dit mieux ? Lequel sera plus « compétitif » encore ?

En tout cas, le message de M. Barroso est sans ambiguïté : il prône « l’accélération des réformes » (au nom de l’Agenda 2020, nouveau programme commun des dirigeants européens pour la décennie à venir) ; la « stimulation de la compétitivité des entreprises » (voir plus haut…) ; l’« approfondissement du marché unique » (comprenez : l’aiguisement de la concurrence entre les peuples européens) ; « l’assainissement des finances publiques » (autrement dit, l’austérité sociale pour payer les dégâts des orgies financières) ; la « gouvernance économique » (c’est-à-dire le renforcement du pacte de stabilité, le contrôle des budgets avant leur examen par les Parlements nationaux et l’aggravation des sanctions pour les contrevenants). Voilà le programme que le président de la Commission européenne appelle, sans rire, « la modernisation de notre économie sociale de marché » !

Quelles conclusions tirer de ce véritable défi qui nous est ainsi lancé ? D’abord, qu’il y a vraiment intérêt à bloquer cette offensive sans attendre en faisant front jusqu’au bout contre la « réforme » Sarkozy. Ensuite, que nous avons tout à gagner à travailler au maximum de convergences européennes comme la grande journée d’action internationale du 29 septembre nous en donnera l’occasion. Enfin, que l’initiative prise par le PCF d’ouvrir un vaste débat public sur le projet alternatif dont doit être porteuse la gauche est décidément bienvenue.

16 septembre 2010 at 8:58 Laisser un commentaire

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