Archive for septembre, 2020

UN AVENTURIER AU 10 DOWNING STREET

                          Il y a décidément un côté « Trump » chez le Premier Ministre britannique ! Fin 2019, il négocie et signe le traité précisant les conditions de la séparation entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne . Pas question, alors, pour lui de prolonger les discussions : il préférerait, proclamait-il, « être mort dans un fossé que de retarder le Brexit ». D’autant que, jugeait-il, c’est un « excellent accord, qui reprend le contrôle ». Neuf mois après, il annonce froidement qu’il envisage de violer à l’avenir l’accord en question, car, selon le porte-parole de Boris Johnson, il est contestable et « signé dans la précipitation ». Un modèle de cohérence… digne de l’actuel Président américain.

Mais quelle raison de force majeure pousse-t-elle ainsi le dirigeant d’un pays fier de son « État de droit » à…violer le droit, tant national (l’accord en question fut ratifié par le Parlement britannique) qu’international (le traité a été conclu avec 27 pays tiers) ? Son gouvernement justifie le franchissement de cette ligne rouge par plusieurs motifs, à rebours de toute logique , à la manière, là-encore, du locataire de la « Maison-Blanche ». 

D’abord, il s’agirait ainsi, selon Londres, de « protéger les  accords de paix » qui ont mis fin à la guerre civile en Irlande du Nord en 1998. Absurde ! C’est précisément pour sauver cet acquis vital -la fluidité des relations entre Irlandais- qu’a été négocié avec l’UE le compromis de 2019 , aujourd’hui menacé par Londres ! Rappelons les données du problème : l’Irlande du Nord est rattachée à la Grande-Bretagne, tandis que le reste de l’île -la République d’Irlande- est et demeure membre de l’UE . La nouvelle frontière entre l’UE et son ex-membre (et notamment le contrôle des exportations de biens entre les deux entités) passerait donc en théorie entre le Nord et le Sud de l’Irlande. Mais tout le monde a convenu que ce retour aux divisions du passé constituerait une régression inconcevable. Boris Johnson avait donc accepté que des règles douanières particulières s’appliquent aux marchandises transitant d’Angleterre vers l’Irlande du Nord -des règles qu’il remet en cause aujourd’hui, au risque de provoquer le retour des vieux démons en Irlande du Nord ! 

Ensuite, Boris Johnson a expliqué aux députés que son revirement visait à donner plus de pouvoir à l’Ecosse et au Pays de Galles. Encore l’exact contraire de la réalité des faits ! La cheffe de l’exécutif écossais, Nicola Sturgeon, l’accuse, précisément, de transférer de Bruxelles  à Londres des prérogatives qui reviennent désormais à la nation écossaise ou au Pays de Galles.

Enfin, le leader britannique dit vouloir, en revenant sur ses engagements vis-à-vis de ses 27 anciens partenaires, « assurer l’intégrité du marché intérieur britannique ». Une intention compréhensible …à condition de la mettre en œuvre en respectant l’intégrité du marché intérieur de ses voisins, ce qui suppose, on la vu, un arrangement commun sur le cas irlandais ! Mais pour Boris-Trump, les autres ne comptent pas :  Britain first ! » Il y a un aventurier au 10 Downing  Street.

25 septembre 2020 at 6:08 Laisser un commentaire

UN AVENTURIER AU 10 DOWNING STREET

Il y a décidément un côté « Trump » chez le Premier Ministre britannique ! Fin 2019, il négocie et signe le traité précisant les conditions de la séparation entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne . Pas question, alors, pour lui de prolonger les discussions : il préférerait, proclamait-il, « être mort dans un fossé que de retarder le Brexit ». D’autant que, jugeait-il, c’est un « excellent accord, qui reprend le contrôle ». Neuf mois après, il annonce froidement qu’il envisage de violer à l’avenir l’accord en question, car, selon le porte-parole de Boris Johnson, il est contestable et « signé dans la précipitation ». Un modèle de cohérence… digne de l’actuel Président américain.

Mais quelle raison de force majeure pousse-t-elle ainsi le dirigeant d’un pays fier de son « État de droit » à…violer le droit, tant national (l’accord en question fut ratifié par le Parlement britannique) qu’international (le traité a été conclu avec 27 pays tiers) ? Son gouvernement justifie le franchissement de cette ligne rouge par plusieurs motifs, à rebours de toute logique , à la manière, là-encore, du locataire de la « Maison-Blanche ». 

D’abord, il s’agirait ainsi, selon Londres, de « protéger les  accords de paix » qui ont mis fin à la guerre civile en Irlande du Nord en 1998. Absurde ! C’est précisément pour sauver cet acquis vital -la fluidité des relations entre Irlandais- qu’a été négocié avec l’UE le compromis de 2019 , aujourd’hui menacé par Londres ! Rappelons les données du problème : l’Irlande du Nord est rattachée à la Grande-Bretagne, tandis que le reste de l’île -la République d’Irlande- est et demeure membre de l’UE . La nouvelle frontière entre l’UE et son ex-membre (et notamment le contrôle des exportations de biens entre les deux entités) passerait donc en théorie entre le Nord et le Sud de l’Irlande. Mais tout le monde a convenu que ce retour aux divisions du passé constituerait une régression inconcevable. Boris Johnson avait donc accepté que des règles douanières particulières s’appliquent aux marchandises transitant d’Angleterre vers l’Irlande du Nord -des règles qu’il remet en cause aujourd’hui, au risque de provoquer le retour des vieux démons en Irlande du Nord ! 

Ensuite, Boris Johnson a expliqué aux députés que son revirement visait à donner plus de pouvoir à l’Ecosse et au Pays de Galles. Encore l’exact contraire de la réalité des faits ! La cheffe de l’exécutif écossais, Nicola Sturgeon, l’accuse, précisément, de transférer de Bruxelles  à Londres des prérogatives qui reviennent désormais à la nation écossaise ou au Pays de Galles.

Enfin, le leader britannique dit vouloir, en revenant sur ses engagements vis-à-vis de ses 27 anciens partenaires, « assurer l’intégrité du marché intérieur britannique ». Une intention compréhensible …à condition de la mettre en œuvre en respectant l’intégrité du marché intérieur de ses voisins, ce qui suppose, on la vu, un arrangement commun sur le cas irlandais ! Mais pour Boris-Trump, les autres ne comptent pas :  Britain first ! » Il y a un aventurier au 10 Downing  Street.

18 septembre 2020 at 4:43 Laisser un commentaire

« LA REVANCHE DU SOCIAL »

La sortie d’un nouveau livre de notre ami Bertrand Badie est toujours un événement. C’est à nouveau le cas avec « Inter-socialités », que cette figure progressiste de Sciences Po-Paris et éminent spécialiste des relations internationales a écrit au plus fort de la crise sanitaire : une crise sociale de dimension mondiale par excellence (1). Ne cherchez pas « inter-socialités » dans le dictionnaire : l’auteur a inventé un concept à même de traduire au mieux sa pensée. Tentons donc de cerner celle-ci.

De longue date, Bertrand Badie défend l’idée -aujourd’hui guère contestable- selon laquelle « le social, exprimé ou subi, (est) au centre du jeu international ». Il salue la clairvoyance du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) qui inventa dès 1994 le concept de « sécurité humaine ». Cela signifiait, rappelle-t-il , que créer les conditions de la paix passait par « la libération des humains d’une peur essentiellement sociale, liée notamment à l’incertitude alimentaire, aux menaces sanitaires, aux risques environnementaux, aux fragilités économiques, à l’irrespect des cultures minoritaires, à l’ignorance des droits humains et aux déficiences institutionnelles ». La réponse apportée à ces exigences essentielles détermine « l’ordre mondial » à venir, bien plus que les démonstrations de force des puissants (ou qui se croient tels) !

Ce rappel intéressera quiconque observe avec intérêt la multiplication  de fortes mobilisations sociales à résonance mondiale  -positives, celles-là !-  qui marquent désormais l’actualité. Déjà 2019 est restée dans nos mémoires comme celle de l’impressionnant mouvement social algérien pour la justice, la démocratie et la dignité ; celle des rassemblements historiques contre les inégalités sociales au Chili ; celle des manifestations monstres en Equateur contre les « réformes » du pouvoir à la demande du FMI ; celle du soulèvement populaire -non confessionnel- contre la corruption d’Etat et l’effondrement des services publics en Irak ; celle des contestations de masse contre la vie chère et la répression en Iran ; celle de la lame de fond populaire de toutes les sensibilités présentes au Liban, réclamant un changement profond du système…L’une des caractéristiques communes à  toutes ces dynamiques sociales est -révolution de la communication aidant- « leur capacité de créer l’événement sur une scène internationale plus décloisonnée que jamais », note l’auteur. Et ce phénomène n’a fait que s’accentuer en 2020 : comme cela avait été le cas, trois ans auparavant, dans le sillage du scandale Weinstein, avec le mouvement « Me Too », le séisme « Black lives matter » a suscité d’impressionnantes répliques dans nombre de nations, sur les deux rives de l’Atlantique. « L’humain s’installe (…) au centre de la scène internationale et nul ne pourra plus l’en déloger (…) Cette interdépendance et cette inclusion croissantes font aujourd’hui les relations internationales, devenues de plus en plus « inter-sociales », loin des simplistes géopolitiques ».

On s’en doutera : « Inter-socialités » ne se lit pas comme une bande dessinée. On est, par ailleurs, bien évidemment, en droit de ne pas en partager toutes les analyses . Reconnaissons-lui en tout cas le mérite de stimuler la réflexion sur une mutation profonde de notre temps.

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(1) Bertrand Badie : « Inter-socialités ». Le monde n’est plus géopolitique . (CNRS Éditions, 2020)

10 septembre 2020 at 5:34 Laisser un commentaire

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