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CE QUE LA « COVID-19 » NOUS RÉVÈLE SUR L’ETAT DU MONDE

Pourtant, notait récemment avec pertinence Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), en présentant son dernier ouvrage (1) : « Du fait du Covid, il y a eu un blocage général durant quatre mois. Pour la première fois depuis que le monde existe, l’humanité tout entière craignait la même chose. C’est le plus grave défi depuis 1945, pour tous. Cela montre le niveau de globalisation du monde ! » Le hiatus entre besoin et réalité d’un authentique multilatéralisme est béant.  

Nul mieux que celui qui est encore -pour un mois ou pour quatre années de plus- Président des Etats-Unis n’illustre ce dramatique déficit de coopération à l’échelle planétaire. Pire, le chef de l’ex-« hyper-puissance » a cru bon de marquer cet anniversaire de l’ONU, par un discours particulièrement agressif, allant jusqu’à proférer des menaces à l’encontre de quiconque se mettrait en travers de ses ambitions hégémoniques : « Jamais nous n’avons eu d’armement aussi perfectionné, et nous n’aimerions pas avoir a nous en servir » !

En entendant des propos aussi irresponsables de la part d’un Chef d’Etat de cette importance, l’on ne peut que s’inquiéter de savoir jusqu’où pourrait, un jour, conduire pareil chantre du « America first »,  obsédé par la perspective du dépassement de la « seule nation indispensable »  -qu’il estime incarner-  par sa grande rivale chinoise !  C’est dire si les dirigeants européens -qui se disent volontiers les champions du multilatéralisme- n’ont rien à gagner, au nom de prétendues « valeurs communes »,  à se mêler d’une croisade pour le « leadership » mondial de qui que ce soit ! La Présidente de la Commission européenne affirmait récemment que « nous chérirons toujours l’alliance transatlantique », même si « nous ne sommes pas toujours d’accord avec les décisions récentes de la Maison-Blanche ». Qu’en termes délicats ces choses-là sont dites ! L’état du monde appelle , au contraire, un vrai sursaut. Sous l’effet de l’épreuve mondiale de la pandémie, cette exigence fait heureusement son chemin .

Sous le titre évocateur « Repenser le monde », le « Courrier international » donne en ce moment  la parole à des philosophes, à des poètes , à des journalistes qui veulent croire à l’hypothèse que la crise du coronavirus soit l’occasion d’un nouveau départ. Puisse le proche avenir leur donner raison !
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(1) Pascal Boniface : « Géopolitique du Covid-19. Ce que nous révèle la crise du coronavirus » (Editions Eyrolles, 2020).

1 octobre 2020 at 5:55 Laisser un commentaire

UN « SEMESTRE ALLEMAND » À SUIVRE DE PRÈS !

Pour la première fois depuis 2007 -autant dire une autre époque- l’Allemagne va prendre, le 1er Juillet prochain, la présidence de l’Union européenne pour une durée de six mois. Depuis 2009, le Conseil européen dispose d’un Président ou d’une Présidente permanent.e (Actuellement, l’ancien Premier Ministre belge, Charles Michel), ce qui relativise le rôle des présidences tournantes de chaque État membre : qui sait, par exemple, que l’UE est présidée depuis le 1er Janvier dernier par la Croatie ? Il en va tout différemment quand c’est un pays comme l’Allemagne qui prend les rênes des « 27 » . C’est que, dans l’UE, tous les Etats membres sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres…La première puissance européenne va même étendre son influence sur les deux semestres suivants, dont la présidence sera assurée par la Slovénie puis le Portugal : ce « trio » dominé par l’Allemagne coopérera, en fait, étroitement jusqu’à la fin 2021. C’est une première raison de suivre avec une particulière attention les débats qui auront lieu et les décisions qui seront prises durant cette période. Mais c’est surtout l’accumulation d’enjeux, plus lourds les uns que les autres, durant les mois qui viennent, qui appelle, plus que jamais, de notre part une vigilance de tous les instants. 

Récapitulons quelques points prévisibles de l’agenda européen d’ici la fin de l’année : les implications financières, économiques, sociales et politiques du « Fonds de relance » de 750 milliards d’euros qui dépendront des décisions des Etats membres et du Parlement de Strasbourg ; la finalisation des négociations sur le « Brexit » -dont dépendra notamment l’implantation (ou non) , à nos portes, d’un champion du « dumping » social, fiscal ou/et environnemental-; l’adoption du budget européen pluriannuel 2021-2027, susceptible de se traduire (ou non) par une diminution sensible des aides aux agriculteurs et aux pays et régions défavorisés ; le respect (ou non) des engagements pris en matière de lutte contre le dérèglement climatique, que la pandémie a relégué au second plan depuis mars dernier ; le contenu concret de la « priorité au numérique » annoncée, en termes d’emplois, de qualifications, de services publics, de taxation des multinationales, de réduction de la dépendance aux géants américains du Web…; l’évolution du projet de « défense (dite) européenne », qui se traduit jusqu’ici -outre l’allégeance à l’OTAN- par une gabegie indécente d’achats d’armements (dont pour plus de 100 milliards d’euros à l’industrie aéronautique…d’outre-Atlantique) ; ou, plus généralement, les choix stratégiques  qu’appellent de la part de l’UE les aventures irresponsables du clown triste de la Maison-Blanche , qu’il s’agisse de la ruineuse guerre économique lancée tous azimuts ou des tensions internationales meurtrières, alimentées en particulier au Moyen-Orient.
Quelle attitude adoptera la France sur chacun de ces points, et bien d’autres ? Le débat politique national doit impérativement se saisir de cette question.

25 juin 2020 at 3:37 Laisser un commentaire

LIBYE : L’UE FACE A LA MENACE D’UNE « SECONDE SYRIE »

« L’ingérence extérieure persistante nourrit la crise »; « Une cessation immédiate des hostilités est cruciale »; « La décision turque d’intervenir avec des troupes en Libye accroît nos inquiétudes sur la situation. Nous la rejetons. » On ne peut que souscrire aux paroles des cinq représentants de l’Union européenne qui s’exprimaient en ces termes  le 7 janvier dernier, à Bruxelles. Une réunion d’urgence venait d’avoir lieu, consacrée au dangereux chaos libyen, qu’une intervention militaire turque menaçait de transformer en « prochain champ de bataille entre Turquie et Russie » sinon en « seconde Syrie » (1) en  raison de leurs intérêts économiques et stratégiques divergents dans la région. Mais qui étaient, au fait, ces cinq apôtres de la non ingérence en Libye ? Outre Josep Borrell, le nouveau responsable de la diplomatie de l’UE, il s’agissait des ministres des Affaires étrangères de quatre pays : la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Allemagne. Arrêtons-nous sur le rapport à la Libye de chacun de ces pays.

La France, tout d’abord. Impossible de laisser tomber dans l’oubli la responsabilité historique de l’un de ses anciens Présidents, Nicolas Sarkozy, qui, inspiré par l’illustre  maître à penser ès droits de l’homme, Bernard-Henri Lévy, a pris l’initiative de la guerre, censée apporter « la paix », « la liberté » et « le progrès économique » au peuple libyen en 2011. Avec le concours de  l’OTAN, il a livré un pays privé de toute structure étatique aux factions rivales et à leurs parrains. Neuf années plus tard, deux forces militaires s’y affrontent toujours. L’une relève d’un gouvernement peu représentatif bien que reconnu par l’ONU et soutenue par le Qatar et par la Turquie, décidée à contrôler les gisements de gaz naturel en Méditerranée orientale. L’autre est aux ordres d’un « homme fort » sans légitimité autre que celle du rapport de force, le Maréchal Haftar, allié à l’Egypte et aux Émirats arabes unis, loué par Donald Trump, aidé par des mercenaires russes …et appuyé de longue date par Paris, qui, en plus de compter sur lui pour juguler les flux migratoires vers l’Europe, est alléché comme les autres par l’odeur du pétrole libyen.

La Grande-Bretagne, ensuite, dont on rappellera qu’elle seconda la France dans son aventure de 2011…L’Italie, enfin, qui, comme ancienne puissance coloniale, n’entend pas renoncer à sa part du gâteau au profit de la France. Reste l’Allemagne, qui est peut-être en passe de récolter les fruits de son refus de s’ingérer comme ses voisins dans les affaires de la Libye. « Ce pays n’a pas d’accointance avec toutes les parties libyennes. Il s’est même abstenu lors du vote de la Motion de mars 2011, autorisant l’utilisation de la violence contre les forces de Kadhafi. Cette neutralité serait positive pour tranquilliser tous les intervenants, locaux et internationaux » déclarait récemment le Chef de la Mission d’appui des Nations Unies pour la Libye, Ghassen Salamé (2). Aussi a-t-il choisi Berlin pour la tenue prochaine d’une Conférence internationale pour la recherche d’une issue à la guerre qui déchire la Libye depuis neuf ans. Une leçon à méditer.

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(1) La première expression est celle du grand quotidien espagnol « El Païs »; la seconde celle de la radio allemande « Deutsche Welle ».
(2) Interview à la chaîne « Libya 218 » (cité par « El Wattan »du 2/11/2019)

17 janvier 2020 at 7:06 Laisser un commentaire

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