Archive for février, 2014

LA GAUCHE EUROPÉENNE A LE VENT EN POUPE !

wurtz-l-humanite-dimanche« La GUE (Gauche unitaire européenne) pourrait presque doubler » le nombre de ses députés lors des élections européennes du 25 mai prochain, notait il y a quelques jours une agence de presse spécialisée dans les affaires européennes ! (1) Se fondant sur les enquêtes d’opinion les plus récentes, l’étude souligne que « notre »groupe au Parlement européen est crédité de 55 à 60 sièges (contre 35 aujourd’hui) , soit autant que le groupe libéral (qui en compte 85 actuellement) ! (2) La GUE pourrait donc devenir le troisième groupe de l’Assemblée de Strasbourg, derrière les deux formations dominantes: celle des « Socialistes et Démocrates » (S&D)  et celle du « Parti populaire européen » (PPE) qui seraient « au coude à coude » avec plus de 200 parlementaires chacun.

Certes, comme c’est le cas pour tout sondage, il s’agit d’une photographie des intentions de vote à un moment donné. Des évolutions sensibles sont naturellement possibles -dans un sens comme dans l’autre- et nous ne prétendons nullement vendre la peau de l’ours à trois mois du scrutin! Il n’en est pas moins instructif d’observer les tendances lourdes à l’œuvre dans la plupart des pays membres de l’UE, alors même que la campagne électorale n’a pas vraiment démarré.

Or, que nous apprennent ces enquêtes? D’abord, que tous les groupes de droite seraient en recul: aussi bien les « européïstes » qui sont aux leviers de commande de l’actuelle construction européenne (PPE et Libéraux) que les « europhobes »des deux groupes les plus réactionnaires de l’actuel parlement, et qui rassemblent notamment les conservateurs britanniques , d’une part, et les ultra de l’UKIP britannique, de la Ligue du Nord italienne et du parti de Philippe Devilliers, de l’autre. Ensuite, il apparaît que le groupe des Verts et des Régionalistes connaîtrait, lui aussi, un repli sensible -à l’opposé des « Socialistes et Démocrates »qui, eux, progresseraient, bien que dans une proportion nettement moindre que la Gauche unitaire européenne.

Reste le cas de l’extrême droite affirmée. Ses élus siègent aujourd’hui parmi les 32 « Non inscrits », d’origines très diverses. Pour pouvoir, demain, constituer un groupe, ils devront rallier 25 députés de sept nationalités différentes. Cette hypothèse n’est , hélas, pas exclue. Mais, à ce stade, pas assurée non plus. On le voit: il n’y a aucune fatalité à voir le « raz-de-marée populiste » annoncé déferler sur le Parlement européen, le 25 mai prochain ! Les progressistes légitimement révoltés par les politiques et le fonctionnement de l’actuelle construction européenne sont loin d’être cloués au sol ! À ce stade, ils ont même le vent en poupe ! Les partis membres du groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE) sont quasiment tous donnés en progression: du Front de gauche à « Die Linke »; de Syrisa de Grèce à la Gauche Unie d’Espagne; du Parti de gauche de Suède aux « Rouges et Verts » du Danemark; du Sinn Fein irlandais  au Parti socialiste des Pays-Bas; du Parti communiste portugais au Parti socialiste de Lettonie…En outre, des députés de partis non encore membres de notre groupe aujourd’hui envisageraient de le rejoindre,comme ceux du Parti travailliste de Croatie et de l’Alliance Rouge-Verte de Finlande. Quant au Parti de la Gauche européenne (PGE), auquel sont affiliés nombre de ces formations, il s’est donné, on le sait,avec la candidature officielle de notre ami grec, l’emblématique leader du parti Syrisa, Alexis Tsipras, à la présidence de la Commission européenne, un porte-parole convaincant et rassembleur à l’échelle de toute l’Union européenne.

Le résultat final dépendra désormais pour beaucoup de la capacité de chacune de ces forces à mobiliser sans étroitesse quiconque aspire à saisir l’occasion de cette élection pour apporter sa pierre à la patiente édification d’une Europe refondée. Cela vaut pour le Front de gauche.

——–
(1) « Europolitique » du 17/2/2014

(2) Le groupe libéral (ALDE) regroupe notamment les « Libéraux-Démocrates » alliés au conservateur Cameron en Grande-Bretagne,et les « Centristes » français.
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27 février 2014 at 11:58 Laisser un commentaire

LIBERONS-NOUS DES FANTÔMES DE LA GUERRE FROIDE !

wurtz-l-humanite-dimancheLe 24 février prochain, le Bureau du Parlement européen est appelé à valider le projet d’exposition permanente de la future « Maison de l’Histoire européenne « . Celle-ci doit, en principe, ouvrir ses portes d’ici un peu plus d’un an, à proximité du Parlement à Bruxelles. Destinée à accueillir des dizaines de milliers de visiteurs par an, elle est dotée de moyens importants: ainsi, l’ « exposition permanente » dont il est question occupera-t-elle un espace de 4000 m2, auquel s’ajoutera notamment celui prévu pour les expositions temporaires successives. Un « auditorium »est , en outre, censé permettre l’organisation de débats suscités par le récit proposé par le musée. »Proposé » n’est du reste, pas le bon terme. »Imposé » serait plus adéquat ! Le problème essentiel que pose cette exposition est , en effet, le fait que nombre de points dont  elle traite sont l’objet de vifs débats , y compris entre historiens : or, l’exposition ne reflètera pas ces controverses, elle présentera UNE vision de l’histoire  comme étant LA vérité historique .

Au cœur de cette narration figurera la notion de « totalitarisme », qui permet de faire l’amalgame outrageant entre le « national-socialisme » d’une part et le « stalinisme » d’autre part, présentés comme deux variantes d’un même phénomène ! Ce qui conduira , de fait, à une banalisation du nazisme et une interprétation caricaturale , héritée de la guerre froide, de toute l’histoire des relations Est-Ouest durant la seconde moitié du 20ème siècle . Je n’en veux pour preuve que ce passage très significatif des « lignes directrices » du projet, adoptées par le Bureau du Parlement européen au moment de son lancement , en décembre 2008: « Le temps des idéologies totalitaires ne prend fin qu’avec la chute de l’URSS ». On le voit: il s’agit d’une conception plutôt élastique du « stalinisme », englobant jusqu’à l’ère Gorbatchev !

L’on ne peut laisser faire cette réécriture de l’Histoire sans réagir . Non en opposant à une histoire « officielle » une autre narration partiale, mais en défendant , face à un cas typique d’instrumentalisation du passé, une démarche historique digne de ce nom. Il ne manque pas, parmi les historiens, en France comme en Europe, d’esprits libres, attachés à une conception scientifique de leur profession : ils devraient être, en l’occurrence, nos premiers interlocuteurs en vue d’une réponse qui fasse autorité à l’entreprise en cours. Au-delà, c’est aux citoyennes et aux citoyens dans leur ensemble qu’il s’agit de s’adresser afin de leur permettre d’exercer , en connaissance de cause, leur esprit critique, sans lequel il n’y a pas de récit historique européen commun possible.

À cet égard, on rappellera que, même au Parlement européen dans sa composition actuelle, il est, de temps en temps, possible de mettre en échec des tentatives d’un autre temps, du type de celle évoquée plus haut. Le député polonais de droite Marek Migalski en sait quelque chose ! Son récent rapport « sur la mémoire historique dans la culture et l’éducation dans l’Union européenne » considérait que « l’Union européenne s’est construite suite au traumatisme causé par deux grands totalitarismes: le national-socialisme et le communisme » et que « les deux poids-deux mesures dans le jugement  et dans la critique du communisme et du national-socialisme sont inacceptables » . Eh bien, malgré les nombreux amendements apportés à ce texte au fil des débats au sein de la commission compétente du Parlement européen (la commission de la culture et de l’éducation) visant à en limer les passages les plus outranciers, le rapport en question -notamment à l’initiative de notre amie, Marie-Christine Vergiat, députée indépendante, élue sur la liste du Front de gauche, qui a su trouver de nombreux alliés- fut finalement rejeté et atterrit là où était sa place: au panier.

20 février 2014 at 9:56 1 commentaire

TSIPRAS, NOUVELLE DONNE DE LA GAUCHE EUROPÉENNE

« CON TSIPRAS,PER CAMBIARE ! » (Avec Tsipras ,pour changer!) titrait récemment le quotidien de gauche italien « Il Manifesto ». « TSIPRAS RIANIMA LA SINISTRA » (Tsipras réanime la gauche ) constatait , de son côté, le grand journal libéral de Turin, La Stampa. Un mouvement aussi inattendu qu’encourageant – bien qu’encore en discussion- est en train de se dessiner en Italie autour de la candidature d’Alexis Tsipras  à la présidence de la Commission européenne.fw13

Rappelons qui est Tsipras : leader du parti Syrisa – devenu,au travers des luttes récentes du peuple grec contre la chape de plomb austéritaire et autoritaire de la « troïka », la première force de la gauche, voire du pays- il est susceptible d’être, en cas d’élections anticipées, appelé à diriger le gouvernement d’Athènes ! Vice-Président du Parti de la Gauche Européenne (PGE), il a été désigné il y a tout juste deux mois – sur proposition de Pierre Laurent, qui préside le PGE- pour représenter la gauche critique européenne dans la bataille des élections du 25 mai prochain. Le 3 février dernier, il était accueilli, sous les ovations d’un très large public, au siège du Parti communiste français. Que cet authentique progressiste européen soit reçu en ami et chaleureusement soutenu par les sympathisants du Front de gauche en France comme par leurs semblables dans toute l’Union européenne, c’est bien. Mais particulièrement intéressant et prometteur est de constater que le fait -nouveau- d’avoir un porte-parole de notre « famille » politique à l’échelle européenne pour ces élections, et le choix d’un dirigeant de la gauche grecque, combatif et rassembleur,  pour jouer ce rôle, éveille intérêt et adhésion très au-delà de notre sphère d’influence traditionnelle. Le cas de l’Italie est, à cet égard, particulièrement significatif .

Ravagé par des années de populisme sous Berlusconi et ses alliés racistes et xénophobes , ce pays a connu, ces dernières années, une véritable descente aux enfers des anciennes forces de gauche, le « Parti démocrate  » se déconsidérant dans des compromissions sans fin et le « Parti de la Refondation communiste » perdant, sous l’effet de divisions successives, toute représentation parlementaire . C’est dans ce contexte que plusieurs événements politiques viennent de se produire qui méritent toute notre attention. D’abord, nombre d’anciens responsables de « Refondation communiste » qui s’étaient éloignés – comme Fausto Bertinotti ou Luciana Castellina- ont apporté leur soutien à Alexis Tsipras, comme leurs anciens camarades. Ensuite,un groupe de six personnalités indépendantes – dont la philosophe et journaliste Barbara Spinelli, fille d’une figure de la Résistance antifasciste , qui fut,du temps d’Enrico Berlinguer, député apparenté communiste au Parlement européen- a décidé de tenter de recueillir les 150 000 signatures nécessaires à la présentation d’une liste aux élections européennes dès lors qu’on ne s’appuie sur aucune force présente au Parlement .Et il a annoncé que cette liste viendrait en soutien au combat d’Alexis Tsipras. Enfin, jour après jour, la liste des soutiens à ce mouvement ne cesse de s’allonger (14 000 signatures en moins de neuf jours) -parmi lesquels des personnalités éminentes et respectées comme Gustavo Zagrebelsky, Président émérite de la Cour constitutionnelle d’Italie et Président honoraire de l’association « Liberté et Justice ».

Certes, ce processus ne fait pas de ces personnes des alliés du PGE ni des partisans de toutes ses orientations politiques. Loin s’en faut. Mais le processus en cours n’en est que plus intéressant à suivre: des femmes et des hommes aux sensibilités fort diverses et parfois aux positions partiellement contradictoires peuvent aujourd’hui se retrouver derrière le porte-parole du PGE dans une campagne très politique, sur la base de convergences aussi essentielles que « l’engagement concret à renégocier les traités et (à défendre) un projet authentiquement européen qui s’oppose (à la volonté) de soumettre l’Europe à la même logique que celle de la « grande coalition » allemande »(Déclaration des six personnalités).
Décidément, la désignation d’Alexis Tsipras crée une nouvelle donne pour la gauche européenne.

13 février 2014 at 8:53 1 commentaire

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