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FACE À L’ EFFET TRUMP, « FAIRE BLOC » NE SUFFIT PAS !

wurtz-l-humanite-dimancheLes milieux dirigeants européens sont littéralement abasourdis par les déclarations de Donald Trump, hostiles à l’UE ou en contradiction avec certaines de leurs « vaches sacrées ». Leur désarroi, voire leur panique, sont à la mesure de l’allégeance qu’ils vouaient jusqu’ici au grand frère américain, qui leur garantissait, en retour, de jouer le rôle de « protecteur » de la « famille occidentale ».

La seule parade qu’ils aient trouvée jusqu’ici face aux attaques et aux menaces du nouveau locataire de la Maison Blanche est d’appeler les Européens à « faire bloc », selon l’expression de notre ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault. Mais faire bloc autour de quelles positions ? Il est illusoire d’imaginer faire « l’unité des Européens » simplement en prenant le contre-pied systématique des affirmations -au demeurant aussi floues que paradoxales- du nouvel homme fort de Washington ! Certes, il faut espérer qu’une majorité d’Européens ne nourrisse aucune sympathie pour ce milliardaire raciste, xénophobe, sexiste, et foncièrement démagogue, dont le programme tient en deux mots : « L’Amérique d’abord » ! Le problème est que, pour galvaniser ses partisans et déstabiliser ses adversaires, ce bateleur malin appuie là où ça fait mal. Or, c’est là que le bât blesse pour l’Union européenne : elle a de nombreuses plaies ouvertes sur lesquelles il est facile à Trump de jeter du sel ! Elle a perdu la confiance de la majorité de ses citoyens , ce qui la rend très vulnérable au discours du démagogue américain.

Exemple : l’obsession de l’UE pour le libre-échange, souvent synonyme de concurrence sauvage, de chômage et de reculs sociaux. Trump dit vouloir s’y opposer. Il semble donc en accord avec des millions d’Européens -même si, en réalité, son projet de guerre commerciale à outrance risque de conduire à des résultats tout aussi désastreux pour les peuples des deux rives de l’Atlantique. Il en va de même lorsqu’il pointe le caractère « obsolète » de l’OTAN. C’est, en soi, pour beaucoup d’Européens, un constat indéniable -même si, dans l’esprit de Trump, il s’agit vraisemblablement surtout de soutirer plus d’argent aux membres de l’Alliance. On peut encore citer son intention supposée de lever les sanctions contre la Russie, en échange -si l’on comprend bien la logorrhée confuse du personnage- d’une négociation sur la réduction de l’armement nucléaire. Dit ainsi, difficile d’y voir un danger pour la sécurité du continent -même si Trump ajoute, énigmatique, qu’il fera « confiance à Vladimir Poutine ( et à….Angela Merkel ), mais peut-être pas pour longtemps »!

En clair : oui, l’UE serait dans son rôle en travaillant aux convergences les plus larges possibles contre les politiques probablement ultra-régressives du nouveau Président américain ( capitalisme sauvage; dérégulation maximale; unilatéralisme dominateur; chasse aux migrants; provocations contre la Chine; non respect de la COP 21…) Elle serait dans son rôle en allant à la rencontre d’alliés dans les autres régions du monde, à commencer par l’Amérique qui résiste et se mobilise -celle qui s’était reconnue dans le combat de Bernie Sanders. Le problème est qu’elle n’est plus crédible pour mener ce combat. C’est plus que jamais aux forces de progrès attachées à un projet européen coopératif et solidaire de prendre l’initiative . Maintenant.

26 janvier 2017 at 9:24 1 commentaire

AVEC TRUMP, QUELLES RELATIONS TRANSATLANTIQUES ?

wurtz-l-humanite-dimancheDonald Trump a choisi comme marque de fabrique, durant sa campagne, la multiplication de proclamations fracassantes . Deux d’entre elles ont semé un vent de panique parmi les dirigeants européens . La première concerne l’avenir de l’OTAN : cette organisation « obsolète et coûteuse » ne devrait plus, aux dires du « Président-élu », garantir inconditionnellement la protection mutuelle de ses membres. En clair, l’armée américaine ne volerait plus automatiquement au secours d’un autre Etat de l’Alliance atlantique en cas d’agression par un tiers. La seconde annonce qui a bouleversé l’UE a trait aux accords de libre-échange impliquant les Etats-Unis : le futur locataire de la Maison-Blanche envisage, en effet, de rejeter le TAFTA en cours de négociation depuis 2013 entre Washington et Bruxelles. Voilà deux pierres angulaires des relations transatlantiques traditionnelles qui semblent s’écrouler d’un coup !

Cette tête-à-queue inattendue constitue-t-elle une bonne nouvelle pour les progressistes ? J’en doute fort. Sur l’OTAN, gageons que la seule « révolution » à venir soit le fait que le roi du business qui va accéder au pouvoir à Washington fasse monter les enchères pour réussir à vendre plus cher que ses prédécesseurs la « protection » de ses alliés. Il en résulterait une augmentation substantielle des dépenses militaires des Etats de l’UE, à la fois pour « retenir » à tout prix le protecteur américain et en vue de renforcer le « pilier européen » de ce « club » occidental hérité de la guerre froide. Cette fuite en avant militariste nous éloignerait encore plus de la vision alternative de la sécurité européenne qui nous fait tant défaut : négocier un traité paneuropéen de sécurité avec tous les Etats du continent, un « Helsinki 2 » en quelque sorte, 40 ans après cette grande Conférence de paix et de coopération, entrée dans l’Histoire des relations internationales comme une référence des rapports à établir entre pays à vision stratégique différente, voire antagonique. Rappelons une fois de plus qu’un tel projet -au demeurant ouvert à tout Etat ou organisation de l’espace euro-atlantique et eurasiatique- avait été officiellement proposé à l’Union européenne en 2008 puis à nouveau en 2009 par le Président russe, Dimitri Medvedev. C’est le moment d’y consacrer la réflexion que l’UE n’a, jusqu’ici, pas daigné lui accorder ! Et d’y associer les esprits ouverts qui, aux Etats-Unis mêmes, cherchent à asseoir la sécurité internationale davantage sur la coopération que sur la force.

Le cas du TAFTA mérite lui aussi d’être traité avec vigilance et lucidité. . Certes, l’impressionnante montée des contestations de ce dangereux projet à travers l’Europe avait déjà compromis son avenir avant l’élection américaine -ce qui reste un précieux acquis. A présent, Trump semble lui avoir asséné le coup de grâce. Alléluia ? Non ! Car, l’opposition de Trump au TAFTA n’est pas du tout la nôtre ! Le vrai programme du futur Président, c’est « America first ! » Loin d’en rabattre sur les ambitions hégémoniques, « l’Amérique d’abord! » annonce une guerre commerciale et monétaire sans pitié avec le reste du monde, Europe comprise ! Le but de la campagne « Stop TAFTA ! », c’est, à l’opposé, un « développement humain durable » , seule alternative à une mondialisation sauvage de plus en plus rejetée par les peuples et dévastatrice pour les biens communs de l’humanité. C’est aussi l’aspiration qu’ont exprimée les innombrables soutiens de Bernie Sanders.

Aussi , concernant tant la sécurité internationale que les échanges commerciaux, l’heure est, de part et d’autre de l’Atlantique, à des actions solidaires pour contenir autant que possible « l’aventure Trump » et rapprocher les forces d’avenir.

17 novembre 2016 at 7:44 Laisser un commentaire


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