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REGAIN DE GUERRE ÉCONOMIQUE DE WASHINGTON CONTRE l’UE !

Depuis une dizaine d’années, les Etats-Unis multiplient les cas d’application extra-territoriale de lois internes pour sanctionner des sociétés étrangères -de préférence européennes- accusées de contrecarrer leur stratégie ou de nuire à leurs intérêts. On se souvient de l’amende-record ainsi infligée par Washington à BNP-Paribas en 2014 pour avoir consenti à financer des investissements européens en Iran et à Cuba, deux pays sous embargo…américain ! Raison invoquée : les paiements ayant été effectués en dollars, cela revenait à violer le blocus décidé par les USA. On ne compte plus les entreprises européennes qui ont eu à répondre à des convocations de la justice des Etats-Unis pour des relations commerciales avec des pays tiers qui déplaisaient aux lobbies outre-Atlantique. Qu’elles refusent de se soumettre au diktat de Washington et elles sont bannies du marché américain. Les pénalités ainsi imposées sont si exorbitantes que bien des sociétés européennes préfèrent renoncer à des contrats risquant de déclencher la machine judiciaire américaine. Le dirigeant d’une PME française, de retour de Téhéran, a même été préventivement convoqué à l’ambassade des Etats-Unis à Paris où il a été mis en garde contre un excès d’investissements en Iran, qui pourrait l’empêcher à l’avenir d’exporter outre-Atlantique ! Intimidations, inculpations, sanctions -parfaitement illicites au regard du droit international- tendent à se banaliser sans réaction autre que verbale de la part de l’Union européenne à cette stratégie de domination de son principal « partenaire ». Encouragé par cette pusillanimité, le Congrès des Etats-Unis vient de dépasser ses propres bornes.

Sous couvert de nouvelles sanctions économiques censées « punir » la Russie -une stratégie par ailleurs irresponsable sur le plan diplomatique- , les parlementaires américains ont demandé que des amendes soient infligées… à toutes les entreprises participant aux exportations énergétiques russes. Principale cible : le projet de gazoduc « North Stream 2 » devant relier la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique. Ce gigantesque chantier (9,5 milliards d’euros) , destiné à doubler les capacités du pipe-line « North Stream 1 » (en service depuis 2012) doit être lancé l’an prochain. Il implique des groupes tels le Français Engie, l’Allemand BASF ou l’Anglo-néerlandais Shell, associés au Russe Gasprom. Le raisonnement américain est simple : plutôt que de se voir livrer le gaz russe, l’UE doit plutôt acheter du gaz de schistes aux Etats-Unis . Le Congrès US « s’oppose » donc au projet européen. Il en va, selon lui, de « la sécurité énergétique de l’Europe »!

Face à cette guerre économique déclenchée par son « allié » privilégié, l’UE proteste mais reste jusqu’ici inerte face à ce défi stratégique. Une note interne à la Commission européenne souligne pourtant que ces sanctions unilatérales pourraient « impacter beaucoup d’entreprises européennes traitant en toute légitimité avec des entreprises russes dans les transports ferrés et maritimes, la finance ou le secteur minier ». Il est vrai que Washington dispose dans l’Union européenne d’une véritable « cinquième colonne » avec (outre Londres) les gouvernements polonais et baltes, surtout s’il s’agit d’alimenter les tensions avec la Russie…Le Congrès US espère qu’il pourra compter sur eux pour bloquer toute décision d’envergure des « 28 » . De quoi justifier une réflexion de fond sur ce que les pays membres d’une « Union » digne de ce nom décident de faire ensemble .

3 août 2017 at 9:10 2 commentaires

LA VICTOIRE DE CUBA SUR LA DROITE EUROPEENNE

wurtz-l-humanite-dimancheDans la myriade de colonnes que la presse courante vient de consacrer au « père de la révolution cubaine » -une forme d’hommage involontaire à ce personnage historique hors normes que fut Fidel Castro- , un fait a été complètement occulté : la victoire politique éclatante remportée par Cuba sur la droite européenne ( et tous ceux qui ont accepté de s’aligner sur elle…). Le rappel de vingt années de « bras de fer » entre La Havane et Bruxelles et de leur récente conclusion illustre à lui seul le mérite essentiel que même certains de ses plus virulents adversaires reconnaissent à « l’icône » qui vient de nous quitter : celui d’avoir rendu aux Cubains leur fierté. Qui ne mesure pas cela ne peut comprendre l’impressionnante résilience de ce peuple face aux épreuves qu’il subit depuis qu’il a fait le choix de son indépendance à l’égard de son puissant voisin.

A priori, l’Union européenne n’était en rien concernée par ce contentieux entre la super-puissance américaine et l’île rebelle , coupable de revendiquer sa souveraineté et accusée de narguer le « champion du monde libre » dans son « arrière-cour » latino-américaine. Cuba a toujours souhaité entretenir de bonnes relations avec l’Europe, et pour beaucoup d’Européens, la réciproque était également vraie.

Tout bascule en 1996. A Washington, le Congrès adopte cette année-là la loi Helms-Burton qui durcit et internationalise le blocus contre Cuba. Désormais, par exemple, tout bateau d’un pays tiers qui mouillerait dans un port cubain serait interdit d’accès aux ports des Etats-Unis pendant six mois. Que pensez-vous que fit l’Union européenne face à cette manifestation brutale de l’extraterritorialité des lois américaines qui menaçait à la fois la souveraineté et les intérêts des Etats européens ? A l’initiative du très réactionnaire Premier Ministre espagnol José Maria Aznar -qui présidait alors le Conseil européen- Bruxelles négocia avec Washington une exonération des sanctions américaines visant les entreprises européennes . En contrepartie, l’UE accepta de s’aligner sur la politique des Etats-Unis envers Cuba !

Cette « position commune » des Etats membres fut hypocritement justifiée par le désir des Européens de faire avancer la démocratie à Cuba…Elle ne changerait, était-il annoncé, que si Cuba réalisait « des progrès tangibles sur la voie d’une transition pacifique vers le pluralisme démocratique, le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales » ! Précisons que tous les autres pays d’Amérique latine ont pu signer un accord avec l’UE….Cuba se déclara prête à la coopération et au dialogue politique, mais hors de tout diktat. L’UE ne bougea pas de sa « position commune » . En 2011, quand les autorités de Cuba libérèrent des prisonniers politiques, Bruxelles …les invitèrent à « poursuivre sur cette voie » mais sans esquisser la moindre ouverture envers La Havane. Finalement -après 18 ans de tentatives variées de chantage politique- , en avril 2014, les « 28 » acceptèrent enfin l’ouverture de négociations sur un accord de coopérations -sans conditions, cette fois- avec les autorités cubaines, en précisant que « cet accord marque la fin de la « position commune » de 1996″ .

La normalisation des relations UE-Cuba fut enfin signée à La Havane le 11 mars 2016, peu avant la visite sur l’île du Président Obama puis de celle du Pape François… L’accord de coopération -qualifié d’ « historique » par la Responsable de la diplomatie européenne, Federica Mogherini- précise officiellement que nos relations reposent désormais « sur des bases de respect, de réciprocité et d’intérêt commun ». Les Cubains auront payé cher ce succès . La dignité d’un peuple n’a pas de prix.

1 décembre 2016 at 10:36 Laisser un commentaire


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