Archive for décembre, 2021

MIEUX CONNAÎTRE  LE MONDE, POUR AGIR ET NON SUBIR. 

On entend dire que les questions internationales sont les parents pauvres de la campagne présidentielle parce que « les gens ne s’y intéressent pas » . De fait, comment ne pas être assommé par le lot quotidien des souffrances humaines qui font une bonne partie de l’actualité internationale et viennent s’ajouter à sa propre incertitude du lendemain !  Sans grille de lecture pertinente ni perspective d’action, cette avalanche de sombres nouvelles risque fort d’alimenter le sentiment frustrant de subir les événements sans la moindre prise sur leurs sources ni sur les réponses à leur opposer.  Or, à l’ère des interdépendances où nous vivons,  nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer les enjeux internationaux, car notre propre vie en dépend . Aussi gagnons-nous toutes et tous, pour commencer, à s’approprier quelques repères du monde contemporain. 
A cet égard, le dernier livre de Pascal Boniface et Anne Sénéquier  -« La géopolitique, tout simplement »(1)-  est à signaler. Dans un style et une présentation agréables et résolument « grand public », avec une iconographie et une cartographie généreuses, les auteurs s’attachent à proposer de courtes synthèses sur une trentaine de sujets autour de trois axes clairement repérables : les étapes marquantes de l’évolution des relations internationales depuis la fin de la seconde guerre mondiale; les grands traits de la situation actuelle dans les principales puissances ou régions du monde; enfin un regard transversal sur les enjeux mondiaux de notre époque. Si l’on ne partage pas nécessairement toutes les analyses produites , le souci pédagogique des auteurs est à saluer. Il permet à chaque lectrice ou lecteur d’enrichir ses connaissances, qui sur le climat ou la santé publique, qui sur l’énergie ou le monde cyber…Un livre utile, donc, pour nous éclairer sur le monde d’aujourd’hui . 
Le livre refermé, il appartiendra à tout un chacun de prolonger sa lecture par ses propres réflexions : par exemple, ne faut-il pas remettre en cause la conception des relations internationales avant tout fondées sur les rapports de force , fussent-ils  enrobés de beaux principes ? Certains « intérêts nationaux » sont-ils légitimes quand ils contredisent, dans les faits, les intérêts de l’humanité dans son ensemble ?  Que dire de la sacralisation des frontières qui fait « a priori » des  « étrangers » qui frappent à la porte  d’indésirables intrus potentiels ? Quel crédit peut-on apporter aux croisades « pour la démocratie » menées dans un esprit de « camp contre camp » digne de la guerre froide ? Bref : cessons de considérer les relations internationales comme un jeu à somme nulle, où les gains de l’un résulteraient nécessairement des pertes de l’autre. Le monde a besoin de mesures de confiance qui apaisent les relations et non de débordement d’arrogance qui attisent les tensions. Il a besoin de signes d’égalité et non d’affirmation de puissance , ainsi que de respect des autres et non d’humiliations. Au pseudo-règlement des conflits par la voie militaire, préférons leur prévention en traitant à temps les dynamiques sociales qui les nourrissent. Enfin, plutôt que de concéder aux États le quasi-monopole de l’action internationale, rendons justice aux innombrables initiatives des associations et des acteurs locaux. Et gageons, alors, que « les gens » auront un autre regard sur la politique, qu’elle concerne la France ou le monde. 
—————(1) Editions Eyrolles, 2021 (300 pages, 26 euros.)

23 décembre 2021 at 6:59 Laisser un commentaire

LA PRÉSIDENCE FRANÇAISE DE L’UE EN 10 REPÈRES 


Pour la première fois depuis 2008, c’est au tour de la France -après la Slovénie et avant la République tchèque- de présider pendant les six prochains mois le Conseil européen des 27 Chefs d’Etat et de gouvernement.
Cela ne confère pas à Paris de pouvoirs spéciaux, les décisions étant collectives et le fruit de longues négociations, tant entre les Etats membres qu’avec le Parlement européen, en coopération avec la Commission européenne. Certes, un Président français, un Chancelier allemand ou un Président du Conseil italien peut y trouver, plus facilement que leurs homologues de pays moins influents, l’occasion de prendre des initiatives politiques marquantes , de pousser tel dossier qu’il juge prioritaire, de stimuler le débat sur les changements qu’il estime nécessaire de promouvoir…
Il n’en fallait pas plus pour qu’Emmanuel Macron dresse devant les journalistes un panorama de « priorités de la France » digne d’un programme de super-Leader de l’Europe pour les deux prochains quinquennats, quitte à s’attribuer le mérite de projets élaborés à 27.  Dans cette fresque luxuriante, il nous faut donc démêler les mesures concrètes de la communication politique.
Nous y retiendrons 10 repères, à suivre de près durant le prochain semestre…
Le Président de la République a choisi de commencer son récit par le « défi migratoire » -un thème qu’il estime sans doute porteur dans la campagne électorale. Les Etats de l’UE sont, du reste, d’ores et déjà d’accord pour… renforcer le contrôle des frontières et les « reconductions » de migrants.
En matière de défense européenne, ensuite, l’accord se fera vraisemblablement sur l’évaluation des « menaces » et quelques objectifs « stratégiques » communs -évidemment sans la moindre remise en cause de l’OTAN. Le troisième point mérite intérêt : celui -déjà engagé depuis plusieurs années- des investissements dans des filières industrielles d’avenir ( hydrogène vert, batteries pour voitures électriques, espace, semi-conducteurs, santé…) pour réduire la dépendance de l’Europe dans les domaines clés.
Ces investissements pourraient ne plus être comptés dans les « dettes publiques excessives ». D’autres projets intéressants sont en discussion, tels que la taxe carbone aux frontières (destinée à contrer la concurrence d’entreprises étrangères soumises à des normes environnementales moins strictes que les nôtres) ; la taxation des multinationales au taux minimal de 15%; la régulation des grandes plates-formes numériques ( du type des Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft…) ou encore l’instauration de « salaires minimaux adéquats » dans l’UE (dont il ne faut, cependant, pas attendre qu’ils terrassent le dumping social !) À l’opposé, est réaffirmé avec force l’objectif d’une « Europe financière intégrée ».
Enfin, l’accent mis sur « la relation avec l’Afrique » et « le réengagement » dans les Balkans est en rapport direct avec l’influence acquise par la Chine dans ces régions : il reste à voir le contenu de ces dernières « priorités ».
On notera pour finir l’évocation express (moins d’une seconde !) par Emmanuel Macron d’un enjeu aussi essentiel et actuel qu’une « Union de la santé publique ».
Au total, un agenda qui nous rappelle que l’Europe est un terrain d’intervention politique plus incontournable que jamais.

16 décembre 2021 at 1:13 Laisser un commentaire

FACE A LA CHINE, L’ UE VEUT « SES » ROUTES DE LA SOIE

La Commission européenne vient de lancer le Global Gateway (Portail mondial), un ambitieux projet d’aide au développement en direction des pays du Sud. Pas moins de 300 milliards d’euros sont censés y être consacrés tout au long des 6 prochaines années. Ils financeront des investissements destinés à la construction d’ infrastructures dans les domaines les plus variés : les transports, l’énergie, le numérique, le climat, l’éducation, la recherche…À première vue, on ne peut qu’applaudir à un tel assaut de générosité des 27 Etats membres ! Et pourtant…
D’abord, il y a le contexte géopolitique: le bras de fer avec la Chine, dont les « Nouvelles routes de la soie » -et l’influence qu’en tire Pékin dans les pays en développement- intriguent les pays occidentaux depuis leur lancement en 2013. La principale sinon la seule finalité de ce grand projet de l’UE est de contrer son « rival systémique ». N’aurait-il pas mieux valu discuter des conditions d’une coopération responsable et à grande échelle entre ces deux acteurs majeurs des relations internationales ? Impossible, argumente Bruxelles : « Nous voulons des projets qui soient mis en œuvre avec un haut niveau de transparence, de bonne gouvernance et de qualité », l’Europe étant « guidée par ses valeurs ». Sous-entendu : tout l’inverse du projet chinois. De fait, à côté de nombreuses louanges, les  « Nouvelles routes de la soie » ont également suscité des critiques légitimes (Sri Lanka, RDC, Monténégro…) : notamment, celle du « piège de la dette » pour plusieurs pays pauvres, ainsi que celle de cas de corruption ou de négligences environnementales -des tares au demeurant reconnues par les autorités chinoises, qui se sont engagées à y remédier . 
Ces limites réelles du plan chinois font-ils du contre-projet européen l’ « alternative » vertueuse annoncée ? L’expérience des relations Europe-Sud permet d’en douter. Les pays d’Afrique subsaharienne n’ont certainement pas oublié le forcing exercé par l’UE pour leur imposer les « Accords de partenariat économique », autrement dit des accords de libre-échange entre le pot de terre et le pot de fer, censés faire reculer la pauvreté ! Ils devaient permettre aux pays pauvres de profiter des « bienfaits » de la mondialisation libérale ! On peut craindre que le Global Gateway suive la même logique Qu’on en juge :  « Le plan européen mêle des financements privés et publics » annonce le site d’information « Toute l’Europe » ; « Pour les entreprises européennes, ce plan pourrait signifier des opportunités importantes d’investissements dans des projets d’infrastructures massifs et d’accès aux matières premières et énergétiques » note le journal belge « L’Echo »; « Avec cette aide, Global Gateway espère également diffuser la technologie et l’expertise européennes dans les pays en développement » rapporte la radio allemande Deutsche Welle…On peut imaginer meilleure émulation qualitative entre les deux projets…
Il n’y a pas de bonne stratégie de domination : la volonté hégémonique est à proscrire d’où qu’elle vienne . A l’inverse, une coopération responsable entre Chine et Europe seraient à même de répondre positivement à l’immense besoin d’infrastructures du développement dans les pays du Sud. Et de donner un horizon à une humanité qui a perdu l’espoir.

10 décembre 2021 at 7:39 1 commentaire

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