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LES OEILLÈRES DE MONSIEUR JUNCKER

« Trop souvent, le débat sur l’avenir de l’Europe se réduit au choix binaire entre « plus » ou « moins » d’Europe. Or cette approche est trompeuse et simpliste ». Où peut-on lire ce constat d’évidence ? Dans le « livre blanc » que vient de publier Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne ! Il s’agit d’un document rédigé à l’intention des 27 Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE à la veille du 60ème anniversaire du traité de Rome qui fonda la Communauté économique européenne. Les media n’ont retenu de ce texte que les « Cinq scénarios pour l’Europe à l’horizon 2025 ». Le Président de la Commission y invite, en effet, les dirigeants des Etats membres à choisir clairement , parmi cinq options, la voie dans laquelle ils souhaitent voir engager l’Union européenne dans les années à venir : continuer comme aujourd’hui; ne conserver de l’UE que son « marché unique »; constituer à l’intérieur de l’UE différents groupes d’Etats prêts à renforcer leur coopération dans des domaines spécifiques (défense, sécurité intérieure, fiscalité, affaires sociales…); concentrer l’action de l’UE sur quelques domaines (recherche, commerce, sécurité, migration, gestion des frontières, défense…) en laissant les Etats gérer seuls les autres enjeux; ou encore accomplir le grand saut dans l’Europe fédérale. Réaliste, M. Juncker note d’ailleurs que « le résultat final sera différent (de ces cinq) scénarios ». Il s’attend à ce que les « 27 » décident de la « combinaison d’éléments à (en) tirer ». Vrai sujet de débat, en effet !

Mais l’introduction à ces « scénarios » vaut, elle aussi, que l’on s’y arrête, tant elle révèle (ou confirme) les blocages politiques, voire culturels, auxquels se heurte, dans les milieux dirigeants de l’UE, la conception du débat sur la construction européenne, son bilan, sa crise et son avenir. Des oeillères sur toute la ligne !

Le bilan tout d’abord. Ainsi, il n’y a, en « haut lieu », aucune place au doute sur le fait que « l’UE est le lieu où on ne se contente pas de discourir sur l’égalité, mais où on continue à se battre pour l’égalité ». On renverra M. Juncker au rapport d’Oxfam assurant en 2015 qu’ un Européen sur quatre est au bord de la pauvreté tandis qu’1 % des Européens détient un tiers des richesses. Pire que jamais ! Aucune hésitation non plus sur le fait que des « valeurs fondamentales » comme « la dignité humaine » continuent « à nous unir ». Oubliés le naufrage moral qu’a représenté le rejet cruel des réfugiés de guerre par la majorité des Etats membres ou l’humiliation infligée par la funeste « troïka » à la Grèce ainsi qu’à d’autres « partenaires » en grande difficulté. La crise de l’UE ensuite. A en croire M. Juncker, ce sont avant tout des événements extérieurs à l’Europe qui expliquent les « doutes sur l’économie sociale de marché de l’UE » (entendez le rejet des politiques d’austérité par une grande majorité des citoyens de l’Union européenne). Que l’on sache, le traité budgétaire ne nous a pas été imposé de l’étranger…L’avenir de l’UE, enfin. Il passe par la reconquête de l’adhésion des Européens à un projet commun. Or, reconnait M. Juncker, « Environ un tiers des citoyens ont confiance en l’UE aujourd’hui alors qu’ils étaient encore une moitié il y a dix ans »! Alors, que faire ? Là, le Président de la Commission donne en quelque sorte sa langue au chat : « rétablir la confiance, construire un consensus et créer un sentiment d’appartenance est plus difficile à une époque où l’information n’a jamais été aussi difficile à maîtriser ». Alors, tout ne serait qu’une question d’information ? Est-ce à ce niveau-là que va se situer le débat des 27 Chefs d’Etat et de gouvernement sur l’avenir de l’Europe ? Tiens, voilà un vrai sujet de débat pour une campagne présidentielle…

9 mars 2017 at 11:41 Laisser un commentaire

LES « TRAVAILLEURS DETACHES », NOS FRERES DE COMBAT.

wurtz-l-humanite-dimancheL’attitude -très exceptionnelle- de fermeté finalement adoptée ( le 20 juillet dernier ) par la Commission européenne vis-à-vis de 10 Etats membres d’Europe centrale et orientale au sujet de la directive « travailleurs détachés » mérite qu’on s’y arrête. Rappelons les faits. A l’origine, il y a un véritable scandale , que nous ne cessons de combattre, et qui est au coeur de l' »Europe libérale » : l’organisation de la mise en concurrence des peuples pour tirer les conquêtes sociales vers le bas tout en dressant les travailleurs européens les uns contre les autres afin de neutraliser leurs luttes. Ainsi, au nom de la « libre prestation des services » au sein du marché unique , les traités européens autorisent-ils tout employeur du secteur des services établi dans un Etat membre à « détacher temporairement » ( jusqu’à deux ans ! ) ses travailleurs dans un autre pays membre tout en continuant d’appliquer à ces salariés un certain nombre de normes de travail de leur pays d’origine . Les garanties accordées à ces centaines de milliers de travailleurs dans leur Etat d’accueil par la fameuse « Directive Détachement » de 1996 sont , à ce jour, très limitées. Même un salaire minimum qui ne serait pas de portée nationale ( par exemple un salaire de base fixé par une convention collective ) ne pourrait pas être imposé à leur employeur. La Cour de Justice de l’Union européenne l’affirmait catégoriquement en 2008 : il est strictement interdit à l’Etat qui les accueille d’imposer « aux prestataires de services établis dans un autre Etat membre, où les taux de salaire minimal sont inférieurs, une charge économique supplémentaire qui est susceptible de gêner ou rendre moins attrayante (sic) l’exécution de leurs prestations dans l’Etat d’accueil » ! (1) Par ailleurs, les cotisations sociales patronales restent celles du pays d’origine.

Or, après des années d’intenses luttes syndicales et politiques pour une rupture avec cette logique diabolique, la Commission européenne vient enfin, en mars dernier, de préparer un projet de révision de la Directive de 1996. Celui-ci -s’il ne touche pas au privilège patronal en matière de cotisation sociale- annonce néanmoins un changement réel en affirmant le principe « à travail égal salaire égal » entre travailleurs nationaux et « détachés », y compris en ce qui concerne d’éventuelles primes ou un 13ème mois. En outre, l’Etat d’accueil pourrait désormais imposer aux sous-traitants d’appliquer le même salaire que le donneur d’ordre.

Ce changement a aussitôt soulevé un tollé parmi le patronat des pays d’Europe centrale et orientale, dont les gouvernements ultra-libéraux ont organisé un tir de barrage contre le projet de Bruxelles. En vain, jusqu’ici. Il appartient aux forces de progrès de se mobiliser pour pousser l’avantage, non pas contre les « travailleurs détachés » , mais pour une Europe de l’égalité des droits et de la solidarité. A cet égard, comment ne pas être surpris et attristé d’apprendre qu’un orfèvre de la parole comme Jean-Luc Mélenchon ait pu choisir de parler à la tribune du Parlement européen à ce propos de « travailleur détaché qui vole son pain au travailleur qui se trouve sur place » ! (2) Nous sommes de ceux pour qui les valeurs de gauche ont encore un sens. Y compris sur les enjeux européens .

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(1) Cour de Justice de l’Union Européenne ( Arrêt Rüffert : avril 2008 )
(2) « Je crois que l’Europe qui a été construite, c’est une Europe de la violence sociale, comme nous le voyons dans chaque pays chaque fois qu’arrive un travailleur détaché qui vole son pain au travailleur qui se trouve sur place ». ( Le 5 juillet 2016.)

28 juillet 2016 at 7:19 1 commentaire

JOUER SUR LA PEUR POUR RELANCER L’EUROPE ?

wurtz-l-humanite-dimancheJ’ai lu et relu la phrase pour m’assurer d’avoir bien lu, tant la formule est sidérante : « La construction européenne a pu être initiée parce que les Européens avaient peur pour leur sécurité(…) C’est à nouveau sur l’air de « l’hymne à la peur » qu’elle doit aujourd’hui être relancée ». Les auteurs de cette assertion choquante ne sont pas des commentateurs fantaisistes , mais des voix internationalement écoutées -qu’on les approuve ou qu’on les critique- sur les enjeux européens. Ils s’appellent…Jacques Delors ; Pascal Lamy; Antonio Vitorino (ex-Commissaire européen portugais); Enrico Letta (ex-Président du Conseil italien); Yves Bertoncini ( Directeur de l’Institut Jacques Delors) ! (1)

Faut-il que les têtes pensantes de l’actuelle construction européenne se sentent démunies d’arguments susceptibles de regagner la confiance des citoyens pour en être réduites à un stratagème aussi peu reluisant ! Tremblez, paniquez, chers compatriotes, face à l’accumulation de périls qui vous entourent ! Pensez donc au contexte dans lequel vous vivez : il est « marqué par les craintes du changement climatique; de la finance folle; d’un afflux migratoire anarchique (sic); mais aussi et surtout par les menaces contre la sécurité des personnes et des biens ». Brrr! Heureusement pour les millions de femmes et d’hommes ainsi pris dans la nasse, la « sécurité collective » qui leur manque sera au coeur de « cette relance de la construction européenne ». D’ailleurs, cela tombe bien : « l’agenda européen des prochaines semaines offre de nombreuses opportunités » de commencer à mettre en oeuvre la relance en question : l’adoption d’ une « nouvelle stratégie européenne de sécurité »; « la révision de la stratégie de l’OTAN et « le projet d’un « Livre blanc » sur la défense ». Et comme ces éminentes personnalités savent pertinemment que le « sursaut militaire » qu’elles appellent de leur voeux ne correspond pas spontanément aux priorités des gens en matière de changement des politiques européennes, j’imagine qu’elles et leurs semblables envisagent de faire ce qu’il faut pour attiser les « peurs » autant que de besoin…

Est-ce ainsi qu’il faut comprendre le ton volontairement alarmiste d’un autre document , lui tout droit sorti du laboratoire d’idées de la Commission européenne et opportunément intitulé « En défense de l’Europe » ? (2) Sa première phrase fait froid dans le dos : « Si la menace d’une guerre en Europe était inconcevable jusqu’il y a peu, il n’est pas difficile d’en imaginer une aujourd’hui » ! Tout cela pour justifier une « intégration de défense européenne plus poussée », le « développement des capacités militaires », la « surveillance maritime et du contrôle des frontières », mais aussi le renforcement de « la contribution européenne au sein de l’OTAN ». Bref : que du bonheur ! Il serait temps que l’on ouvre un grand débat public sur la sécurité collective en Europe et dans le monde. Quand tirerons-nous enfin un bilan lucide du fiasco sécuritaire auquel nous ont conduits les aventures militaires aux quatre coins de la planète, tout comme l’idéologie de guerre froide sur le continent européen ? Relancer la construction européenne : oui ! Mais par le sursaut social et démocratique , pas le « sursaut militaire »! Par la résolution politique des problèmes, pas par la militarisation des esprits ! Par une nouvelle espérance, pas par la peur !

——-
(1) Tribune publiée le 17/6/2016 par l’Institut Jacques Delors.
(2) « Notes stratégiques de l’EPSC »

23 juin 2016 at 7:42 Laisser un commentaire

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