Posts filed under ‘Jean-Marie Le Pen’

LES TROIS LEÇONS DE « L’AFFAIRE GOULARD »

wurtz-l-humanite-dimanche« Sylvie Goulard doit expliquer pourquoi une enquête qui l’a contrainte à démissionner de son poste de ministre en France ne l’empêcherait pas de devenir commissaire européenne »: comment Emmanuel Macron a-t-il pu supposer que cette question de bon sens ne serait pas posée à sa candidate au poste de Commissaire lors de ses auditions par les parlementaires européens ? D’autant qu’à ce qui avait été reproché à l’ex-Ministre de la Défense venait de s’ajouter désormais un autre grief -et de taille- : celui d’avoir touché 10 000 € par mois de la part d’un grand lobby américain durant son mandat de députée européenne.  La sous-estimation par l’Elysée du handicap que représenterait ce passif dans une période où la question du rapport entre éthique et politique est devenue particulièrement sensible constitue une première leçon à retenir de « l’affaire » Goulard. Il ne suffit pas de se gargariser de belles paroles sur le « nouveau monde » pour s’imposer. Comme le disait Engels, « la preuve du pudding, c’est qu’on le mange ». 
Mais il y a un deuxième enseignement à tirer de ce fiasco politique de la « Macronie »: l’arrogance des « élites » françaises suscite un véritable phénomène de rejet en Europe ! Celle du Président de la République est suffisamment connue pour qu’il ne soit pas nécessaire de s’y appesantir. On se souvient aussi de la finesse de la tête de liste LREM aux élections européennes, Nathalie Loiseau. Elle avait dû renoncer à son poste -pourtant virtuellement garanti- de Présidente du groupe libéral européen, suite aux propos immodestes et insultants dont elle avait usé à propos de ses propres collègues ! Quant à Sylvie Goulard elle-même, elle n’a pas trouvé mieux que de répondre à ceux qui l’interrogeaient sur la contradiction entre sa démission du gouvernement français et sa candidature à la Commission européenne alors que l’enquête en cause à l’époque était toujours en cours : « Les standards sont plus élevés en France qu’au niveau européen. Vous ne voudriez pas qu’on impose aux autres pays les standards français » ! Outre la grossièreté du propos, on relèvera l’énormité de la bourde, quand on sait, par exemple, que dans les pays nordiques, les ministres ne bénéficient ni d’une voiture ni d’un appartement de fonction et peuvent être poussés à la démission pour une peccadille…
L’ « affaire » révèle enfin à qui l’ignorait une troisième réalité -que « l’Européen » Macron n’aurait pas dû oublier- : le Parlement européen dispose de pouvoirs non négligeables , y compris en matière de contrôle de la Commission. Sans son aval, un ou une Commissaire ne peut entrer en fonction ni la Commission tout entière entamer son mandat. Si le Parlement le décide, toute la Commission peut même être renversée. Il est donc particulièrement déplacé -et très marqué « ancien monde »- de reprocher, comme l’a fait Emmanuel Macron à la Présidente de la Commission, de ne pas tenir ses troupes, sa concertation avec deux présidents de groupe (droite PPE et social-démocrate) n’ayant finalement pas permis de faire adouber, comme prévu, Madame Goulard ! Eh oui : les élus européens  ne sont pas soumis aux arrangements politiciens des « premiers de cordée ». 

20 octobre 2019 at 6:07 Laisser un commentaire

POUTINE EST NOTRE ADVERSAIRE, PAS LA RUSSIE !

En recevant la cheffe de l’extrême-droite française au Kremlin, et en gratifiant ses sinistres alliés européens de paroles flatteuses, Vladimir Poutine vient, à son corps défendant, de clarifier les termes du débat sur les relations France-Russie, et, plus généralement, Union européenne-Russie. Poutine est l’une des cibles privilégiées de tant de dirigeants occidentaux ( à commencer par les jusqu’au boutistes de l’OTAN, contre-références absolues pour des progressistes européens ) qu’il suscitait parfois des réactions de complaisance à gauche. Eh bien, non : les ennemis de nos ennemis ne sont pas nécessairement nos amis ! Poutine est notre adversaire. Mais pas la Russie !

Gardons les yeux grands ouverts pour ne pas tomber d’un schématisme dans un autre. Par exemple, en hissant un homme comme Alexeï Navalny -l’organisateur de la récente mobilisation populaire réussie contre le pouvoir russe- sur un piédestal moral pour la seule raison qu’il se présente comme « l’opposant No 1 », voire « le rival » de Vladimir Poutine ! Certes, le système de corruption dont il dénonce l’existence en Russie est, depuis fort longtemps, une triste réalité. Mais ce constat ne fait pas de celui qui s’en sert habilement un parangon de démocratie. « Le juriste anti-corruption » Navalny est avant tout un nationaliste notoire, dont le discours anti-immigrés ne déparerait pas un tract lepéniste !

Ce qui interpelle aussi bien dans le « phénomène-Poutine » que dans le « cas-Navalny », c’est le soutien -massif dans le premier cas; relatif mais surprenant dans le second- dont ils bénéficient dans la population. Si le Président russe est (encore) si populaire dans son pays, malgré l’autoritarisme de son régime, les inégalités effrayantes de son « modèle » social et la brutalité de son armée, c’est qu’il a su, aux yeux de la grande majorité de ses concitoyens, recouvrer l’autorité et la dignité de la Russie face aux humiliations subies de la part d’un « Occident » par trop arrogant. Au début de l’ère Poutine, note un analyste proche de l’UE, « le Kremlin n’entend pas s’affirmer contre l’Europe mais avec elle. Vouloir « faire jeu égal avec l’UE » (…) se traduit en appels et attentes de coopérations, formalisés selon certains impératifs politiques et/ou économiques » (1) On connaît la suite. Faute de tirer les enseignements de cette réalité, nos dirigeants s’avèrent des promoteurs hors pair du nationalisme russe en général et de la popularité de Poutine en particulier. Inversement, si les récentes manifestations anti-corruption pilotées par Navalny, ont obtenu un réel succès, notamment parmi les très jeunes, de Moscou jusqu’à Vladivostok, c’est au chef du Kremlin qu’elles devraient donner à réfléchir : la génération montante réclame plus que la fierté nationale. Elle veut la justice et semble de plus en plus décidée à faire ce qu’il faut pour l’obtenir.

Le temps est venu, dans les deux grands ensembles -tous deux en crise- qui structurent notre continent, l’Union européenne et la Russie, de passer du face-à-face au côte-à-côte. Certes, il ne faut pas rêver : avec tout le passif accumulé de part et d’autre, et considérant la faible propension des pouvoirs en place des deux côtés à l’auto-critique, il est présentement utopique d’imaginer revenir à la belle idée gorbatchévienne de « Maison commune européenne » ! Puisse au moins le réalisme laisser une chance à nos intérêts communs.

——
(1) « Les relations UE-Russie : Moscou pose ses conditions ». Laurent Vinatier (Institut Jacques Delors -mars 2006).

6 avril 2017 at 7:09 Laisser un commentaire

LE NATIONALISME, POISON MORTEL POUR LA DÉMOCRATIE

wurtz-l-humanite-dimanche« Élue présidente de région, je supprimerai toutes les subventions aux associations qui viennent en aide aux migrants ! » : telle fut l’une des dernières sorties de la cheffe du FN « dédiabolisé » avant le second tour des élections régionales . (1) Voilà qui illustre en peu de mots une vision de la société propice aux engrenages funestes dont l’Histoire nous a enseigné qu’ils pouvaient conduire au pire : l’esprit de stigmatisation et de discrimination commence par viser le « migrant », puis, chemin faisant, le Français « d’origine étrangère », le « musulman » ou présumé tel et tous ceux qui ne « sont pas comme nous » . Une partie de la société , la plus vulnérable, risque alors insensiblement de devenir , aux yeux de l’autre, -comme le fustigeait déjà La Fontaine- « ces pelés, ces galeux d’où nous vient tout le mal ». Et, au-delà, il s’agit d’ « une vision du monde où la France détient une nette supériorité historique et culturelle sur les autres pays (…) peignant l’étranger comme un artisan majeur de nos maux » (2) .

Dans une telle mythologie, il n’y a guère de place pour un raisonnement rationnel : ainsi, dans certaines localités alsaciennes dont plus de 60% des habitants travaillent en Allemagne, la moitié des électeurs a soutenu , le 6 décembre dernier, un parti prônant la fermeture des frontières ! Eux s’inquiètent de voir…les migrants prendre leur travail outre-Rhin. (3) Cette logique d’exclusion et de division, on ne voit pas toujours où elle commence, on sait en revanche où elle peut finir. Il n’y a rien de plus vital pour la démocratie que d’éradiquer toutes ces graines de nationalisme, de racisme et de xénophobie , ces poisons mortels pour le vivre ensemble ! Pour paraphraser le pasteur Niemöller, réagissons à temps, quand ils s’en prennent aux « migrants » ou aux « étrangers », pour ne pas avoir à regretter notre laisser-faire lorsqu’ils s’en prendront à nous-mêmes !

Et « l’Europe », dans ce contexte ? Faudrait-il , par réaction au nationalisme europhobe du FN, « arrondir les angles » des critiques de gauche concernant les politiques désastreuses menées en son nom comme l’exercice scandaleux des pouvoirs en son sein ? Certainement pas ! Le type de construction européenne actuellement en vigueur est condamné, tant son échec est patent et sa légitimité fracassée aux yeux de la majorité des Européens. Mais si l’alternative passe nécessairement par des ruptures profondes avec le modèle européen actuel, elle n’est certainement pas à chercher du côté de la régression nationaliste ! Certains, à gauche, prônent une « Union de nations et de peuples souverains et associés » et préconisent, dans ce cadre, des politiques communes « à géométrie choisie » (4) . Cette proposition présente un double intérêt.

D’abord celui de prendre pleinement en compte l’importance durable du fait national et de l’articuler à la réalité incontournable et irréversible de notre temps : l’interdépendance par-delà les frontières. A l’opposé des pratiques actuelles des forces dominantes, le but du combat pour cette « refondation » de l’Europe est d’aboutir à une construction qui ne soit pas imposée « d’en haut » mais engagée à partir de chaque nation qui en exprime la volonté et par une implication effective des citoyens dans les choix à opérer. L’autre intérêt de cette vision alternative de la construction européenne est qu’elle prévoie que chaque pays membre puisse souverainement décider de son degré d’engagement dans ces politiques communes. Ce débat prend aujourd’hui, à l’évidence, une importance sans précédent.

———–
(1) Sur RMC le 10/12/2015
(2) François Miquet-Marty, Président de Viavoice ( Libération – 11/12/2015 )
(3) Voir Le Monde (11/12/2015)
(4) voir « Refonder l’Europe » -PCF 15/11/2013

17 décembre 2015 at 10:24 Laisser un commentaire

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